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Réf. Bibliques : 2ème lecture : Hb 4,12-13
Évangile : Mc 10,17-30
Plus nous avançons sur le chemin du service, celui du
Serviteur, le Christ, plus les exigences du
Royaume se font précises. Ce dimanche, les
disciples doivent préférer le Christ à tout :
l’argent, les richesses que l’on a et les biens
que l’on possède; sinon, il est impossible de
suivre le Christ. Mais que nous disent les
textes bibliques d’aujourd’hui? Quelle Parole de
Dieu font-ils naître pour nous, maintenant?
1.
« Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle? »
(Mc 10,17)
Telle est la question posée par l’homme riche de l’évangile
de Marc, le jeune homme riche de l’évangile de
Matthieu (Mt 19,16-30) et le notable de
l’évangile de Luc (Lc 18,18-30). N’est-ce pas
aussi la question que bien des chrétiens se
posent encore aujourd’hui? Que devons-nous faire
pour nous sauver? On sait tous que le salut est
offert gratuitement par le Christ ressuscité, et
pourtant, on se demande encore ce qu’il faut
faire pour le mériter?
La réponse
de l’évangile est claire : nous avons simplement
à être disciples, et pour être disciples,
nous n’avons rien à faire et rien à posséder.
Tout nous est donné gratuitement; nous n’avons
qu’à accueillir ce qui nous est offert, non pas
pour en faire notre propriété… ce serait
l’enlever aux autres. C’est tout simplement
en vivre avec les autres. Dans le fond,
accueillir le Christ dans notre vie, être ses
disciples, ce n’est pas le posséder, c’est d’en
vivre. On peut bien suivre la Loi à la lettre :
« Ne commets pas de meurtre, ne commets pas
d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas
de faux témoignage, ne fait de tort à personne,
honore ton père et ta mère » (Mc 10,19),
mais ce n’est pas en suivant la Loi qu’on
devient disciple; c’est en suivant le Christ. Et
suivre le Christ, c’est beaucoup plus exigeant
que suivre
la Loi du permis et du défendu… car pour suivre le Christ, il faut
être libre… libre pour aimer en toute gratuité.
L’exégète
français Jean Debruynne écrit : « Un homme
accourt vers Jésus et tombe à genoux devant lui.
Manifestement cet homme veut bien faire et même
faire ce qu’il y a de mieux… mais justement cet
homme est dans le faire. Faire c’est
encore avoir, c’est avoir fait, avoir
réalisé, avoir réussi, avoir des résultats… et
l’évangile c’est être. L’évangile ce
n’est pas à faire, c’est à vivre.
Il ne s’agit pas de collectionner les résultats
mais au contraire de se déposséder de tous les
bagages qu’on emporte avec soi pour être libre
pour suivre Jésus ».
2.
« Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer
dans le royaume de Dieu! »
(Mc 10,23)
Cette parole du Christ de l’évangile de Marc
s’adresse à tous les disciples. La question
qu’on peut se poser est la suivante : Pourquoi
est-ce si difficile à ceux qui possèdent des
richesses de suivre le Christ? Tout simplement
parce que lorsqu’on possède des richesses et que
ça devient prioritaire, nous ne sommes pas
libres d’aimer en toute gratuité. Saint Marc
précise et il est le seul à le faire :
« Posant alors son regard sur l’homme riche,
Jésus se mit à l’aimer… » (Mc 10,21a). Et
là, il l’invite à se déposséder pour le suivre :
« Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux
pauvres et tu auras un trésor au ciel; puis
viens et suis-moi » (Mc 10,21b). Mais comme
l’homme riche n’est pas libre d’aimer,
l’évangéliste ajoute : « Mais lui, à ces
mots, devient sombre et s’en alla tout triste,
car il avait de grands biens » (Mc 10,22).
Mais
attention! Le Christ ne condamne pas les riches
et leurs biens. Il leur demande tout simplement
d’être libre pour aimer. C’est la seule façon de
le suivre et pour y arriver, c’est une question
de priorité. Louis Vigée disait : « Je suis
riche des biens dont je sais me passer ». Et
pour montrer jusqu’à quel point l’argent, la
richesse et le pouvoir peuvent être un obstacle
sur la route du Christ à suivre, saint Marc
utilise l’image de ces petites portes des
édifices publics de l’époque qui permettaient
aux hommes de passer, mais qui empêchaient leur
monture d’y pénétrer, ces petites portes qu’on
appelait le shah d’une aiguille, comme on peut
en voir encore une dans la basilique de la
Nativité à Bethléem. Il écrit : « Il est plus facile à un chameau de passer
par le trou d’une aiguille qu’à un riche
d’entrer dans le royaume de Dieu » (Mc
10,25). Puisqu’il est presque impossible à un
chameau de se plier pour passer par la petite
porte, il est donc impossible à ceux qui
possèdent des richesses et qui en font leur
priorité d’entrer dans le royaume.
3.
« Pierre se mit à dire à Jésus : ‘’Voilà que nous avons tout quitté pour
te suivre’’ »
(Mc 10,28).
De fait, Pierre fait partie de ces quelques
disciples qui ont renoncé à tout pour suivre le
Christ. Ceux-là l’ont préféré à tous leurs biens
pour le suivre. Ils ont effectivement laissé
soit leurs filets, soit leur barque avec leur
père Zébédée et leurs ouvriers, soit le bureau
des taxes, afin de partir à la suite du Christ
(Mc 1,16-20 & 2,13-14). Et c’est là qu’arrive le
renversement de la situation évangélique.
Lorsqu’on préfère le Christ à tout, lorsqu’on
renonce à nos biens, lorsqu’on se dépossède de
nos richesses : « Celui qui aura quitté à
cause de moi et de l’Évangile, une maison ou
des frères ou des sœurs ou une
mère ou un père ou des enfants
ou une terre » (Mc 10,29), celui-là ne
s’appauvrit pas, il ne les perd pas, il les
reçoit dès maintenant au centuple : « des
maisons et des frères et des sœurs
et des mères et des enfants et
des terres, avec, bien sûr, des persécutions
et, dans le monde à venir, la vie éternelle »
(Mc 10,30). Ce qui veut dire que préférer le
Christ, le choisir, ce n’est pas abandonner ses
parents ou ses richesses, c’est tout simplement
être libre face à ses proches et par rapport à
ses richesses. Être libre, c’est s’en remettre à
Dieu pour aimer. Saint Paul ne dit-il pas dans
sa 1ère lettre aux Corinthiens : « Même si je
distribuais tous mes biens aux affamés, s’il me
manque l’amour, cela ne me sert à rien » (1
Co 13,3). Saint Marc ajoute aussi les
persécutions par souci de réalisme pour
signifier que le chemin pascal du Christ est
aussi celui de ses disciples.
En terminant,
la Parole de Dieu qui peut être proclamée
aujourd’hui, doit nécessairement tenir compte de
notre réalité humaine contemporaine. Sinon, ce
serait une parole non vivante, une lettre morte,
figée dans le ciment de l’histoire, qui ne
pourrait nous interpeller aujourd’hui. Si
c’était le cas, ça contredirait ce court extrait
de la lettre aux Hébreux que nous avons ce
dimanche et qui dit : « Elle est vivante, la
parole de Dieu, énergique et plus coupante
qu’une épée à deux tranchants; elle pénètre au
plus profond de l’âme, jusqu’aux jointures et
jusqu’aux moelles; elle juge des intentions et
des pensées du cœur. Pas une créature n’échappe
à ses yeux, tout est nu devant elle, dominé par
son regard; nous aurons à lui rendre des
comptes » (Hb 4,12-13).
L’exégète français Alain Marchadour écrit : « La parole de
Dieu n’est pas une écriture morte, figée une
fois pour toutes dans le passé où elle a été
prononcée. La parole de Dieu précède chacun et
vient à sa rencontre pour engager un dialogue,
éveiller le désir, entraîner sur le chemin de la
conversion… Cette parole révèle nos fragilités,
mais en même temps, elle apporte avec elle
lumière et force pour nous faire aller de
l’avant. Elle dénonce aussi nos pesanteurs; elle
les conteste et provoque chacun à la
conversion ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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