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Réf. Bibliques : Évangile : Mc 10,35-45
Sur la route vers Jérusalem, après la 1ère annonce de la
mort-résurrection de Jésus (Mc 8,31), où le
Christ-serviteur de l’évangile de Marc invite
Pierre à le suivre, mais que Pierre refuse de
prendre le même chemin que lui, et après la 2ème
annonce de la mort-résurrection de Jésus (Mc
9,31), où le Christ-serviteur invite tous ses
disciples à le suivre, pendant qu’eux
s’interrogent à savoir qui est le plus grand
parmi eux, nous voici encore aujourd’hui, sur la
route, de plus en plus proche de Jérusalem, où
le Christ-serviteur, ou plutôt esclave cette
fois, annonce pour une 3ème fois le chemin qui
est le sien et que les Douze devront suivre :
« Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils
de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux
scribes; il le condamneront à mort et le
livreront aux païens, ils se moqueront de lui,
ils cracheront sur lui, ils le flagelleront, il
le tueront et, trois jours après, il
ressuscitera » (Mc 10,33-34). Encore une
fois, ses disciples les plus proches, Jacques le
frère du Seigneur et Jean le disciple que Jésus
aimait ne comprennent toujours pas leur mission;
ils veulent le pouvoir et exigent les premières
places : « Accorde-nous de siéger, l’un à ta
droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire »
(Mc 10,37). Que répondre à des proches
collaborateurs qui ne comprennent rien?
« Vous ne savez pas ce que vous demandez… »
(Mc 10,38a) Mais la question qu’on doit se poser
aujourd’hui dans notre Église : Nous,
comprenons-nous vraiment la mission qui est la
nôtre? Pour y répondre, il nous faut redéfinir
la mission du Christ aujourd’hui… Quelle
est-elle?
1.
Une Église pauvre.
Le théologien français Gérard Bessière écrit : « Chaque fois que je
vais à Cahors, je regarde sur la colline altière
le château de Mercuès qui fut durant des siècles
la résidence des évêques. Symbole! Ces hommes
d’Église étaient aussi des seigneurs, ils
avaient terres et vassaux. C’étaient de saints
personnages, parfois. Mais que la parole de
Jésus semble lointaine : Celui qui veut être
le premier sera le serviteur de tous. Je
sais, il ne faut pas oublier le contexte
historique mais comment ne pas s’étonner que les
paroles de Jésus aient eu de telles
postérités? » J’ai le goût d’ajouter : Mais
qu’en est-il aujourd’hui? Ne sommes-nous pas
comme Église dans une situation semblable : trop
riches! Trop riches de nos propriétés, de nos
musées, de nos églises, de nos basiliques, de
nos cathédrales, de notre pouvoir, de notre
savoir et de notre avoir? Je peux comprendre que
nous héritons d’une longue tradition ecclésiale,
mais comment ne pas s’étonner que nous en soyons
encore là aujourd’hui? L’évangile de Marc nous
le rappelle : « Vous le savez : ceux que l’on
regarde comme chefs des nations païennes
commandent en maîtres; les grands font sentir
leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être
ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre
serviteur. Celui qui veut être le premier sera
l’esclave de tous » (Mc 10,42-44).
Je ne suis
pas sûr que cette parole d’évangile se réalise
dans notre Église du 21ème siècle. Gérard
Bessière continue : « Qu’on ne dise pas que
c’est une question d’esprit! Jésus oppose le
fonctionnement du pouvoir dans les sociétés et
le régime original de l’autorité dans la
communauté chrétienne. Que de fois le
gouvernement de l’Église s’est calqué sur
l’organisation, les méthodes et les habitudes
des royaumes! La parole de Jésus demeure,
gênante : parmi vous, il ne doit pas en être
ainsi. Il faudra donc créer. Comment cela se
fera-t-il? Je ne le sais pas. Ce dont je suis
sûr, c’est que le monde entier retiendra son
souffle le jour où les chrétiens de tous grades,
à commencer par les plus en vue, se feront
petits et serviteurs ».
2.
Une Église de serviteurs (d’esclaves).
« Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être
servi, mais pour servir, et donner sa vie en
rançon pour la multitude »
(Mc 10,45). Si la mission du Christ en est une de service,
celle des disciples qui sont son corps doit
l’être aussi. Alors pourquoi le pouvoir
est-il rattaché au ministère dans l’Église?
Puisque ministre et ministère
signifient serviteur et service,
en grec : diakonia. N’y a-t-il pas là
déviation dans l’exercice du ministère pour les
ministres de l’Église? Et si je relie bien
l’extrait de l’évangile de Marc que nous avons
aujourd’hui, c’est encore plus que ça ce qui
nous est demandé : Nous devons être, non
seulement des serviteurs, en grec :
diakonos, mais des esclaves, en
grec : doulos : « Celui qui veut être
le premier sera l’esclave de tous » (Mc
10,44). Quelle est la différence entre un
serviteur et un esclave? Selon le prêtre
français Léon Paillot : « L’idée d’esclavage
est plus forte que celle de serviteur. Le
service est un acte libre et volontaire, alors
que l’esclave n’a pas de volonté propre, il est
totalement dépendant ».
Le Dieu de
Jésus Christ serait-il esclave? Oui, bien sûr,
car il dépend de nous. Il ne peut être reconnu
que par les hommes et les femmes qu’il a créés
par amour. Ce qui signifie que notre Dieu est
dépendant de l’Amour qu’il nous porte. Sa seule
puissance est d’aimer et il ne peut rien sans
nous. Si Dieu est créateur, il ne peut l’être
qu’à travers nous. Et c’est pourquoi la mission
de l’Église consiste à donner la vie par amour à
d’autres, et le seul modèle que nous ayons,
c’est le Christ ressuscité. Donc, l’Église n’a
pas à mettre des obstacles sur la route pour
empêcher les pauvres, les blessés de la vie et
les marginaux de passer; au contraire, l’Église
doit inviter les riches, les bien-pensant et les
bien-portant à se dépouiller de leur avoir, de
leur savoir et de leur pouvoir, pour aider les
autres, les moins bien nantis à avancer sur la
route du Royaume. L’Église doit nous apprendre à
aimer dans la gratuité; c’est sa seule façon de
dire Dieu et de servir l’Homme.
En terminant, je vous propose cette belle réflexion du Belge
Gabriel Ringlet, dont le titre est le suivant :
Dieu en état de service : « Quand Dieu
célèbre la première messe, et quand il veut
adorer : C’est mon corps et c’est mon sang,
il tombe à genoux aux pieds de l’homme et lui
lave les pieds…Le service religieux n’est
désormais service de Dieu, que s’il est service
de l’homme. Non seulement au service de son âme,
mais aussi de ses pieds, de tout son corps, de
tout lui-même, de la tête aux pieds. Il s’agira
donc moins de servir la messe, que de servir
l’homme ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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