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Vingt-neuvième dimanche du Temps ordinaire (C) : 17 octobre 2010
Raymond Gravel, prêtre  

 

 

 

Réf. Bibliques :   2ème lecture :  2 Tm 3,14-4,2
Évangile :  Lc 18,1-8

La puissance de la prière…

Qui donc est sur la route du Royaume? Dimanche passé, on a vu que c’est celui qui rebrousse chemin, qui revient sur ses pas, pour emprunter et ouvrir de nouveaux sentiers, qui se retrouve sur la route du Royaume. Aujourd’hui, on voit que c’est celle qui prie avec insistance et persévérance qui se retrouve sur la route du Royaume. Par ailleurs, la prière doit nous rendre responsables de ce que nous demandons; sinon, notre prière n’est que magie et superstition : « La prière ne nous dispense pas de nous battre, mais elle doit permettre aux armes de notre combat de demeurer celles de l’Évangile. Nous résoudrions peut-être dans une sérénité plus grande les problèmes de nos communautés et de l’Église en général, si nous savions prier effectivement et sans jamais nous lasser » (A.-M. Bernard). Mais que devons-nous comprendre dans la Parole de Dieu que nous proclamons aujourd’hui?

1.       La prière comme expression de la foi. Dans l’évangile d’aujourd’hui, à travers une parabole qui met en scène un juge injuste et une femme complètement démunie, tout d’abord parce qu’elle est femme et aussi veuve, donc sans ressource, le Christ de l’évangile de Luc nous dit qu’il faut prier avec insistance et persévérance. J’aurais le goût de dire : « Dis-moi comment tu pries et je te dirai en quelle sorte de Dieu tu crois! » Ce qui me fait dire cela, c’est la réponse de Jésus, à la fin de l’évangile, qui se traduit par une question : « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre? » (Lc 18,8b).

En effet, au moment où Luc écrit, beaucoup avaient bel et bien perdu tout espoir. Ils avaient cru que Jésus reviendrait vite pour inaugurer le Royaume qu’il avait annoncé. Mais rien ne venait, ni le Seigneur, ni les temps nouveaux. Ils le suppliaient. Toujours rien! Pourquoi donc les faisait-il attendre ainsi? Dieu serait-il plus sourd à leurs appels que ce juge injuste imploré avec insistance par cette pauvre veuve? N’est-ce pas un peu notre attitude par rapport à Dieu qui semble absent de nos vies et sourd à nos prières? Quand nous prions, en quel Dieu croyons-nous? Que lui demandons-nous? Rappelons-nous ce que disait le cardinal français Etchegaray, au sujet de la prière : « La prière n’est ni refuge, ni dérobade, ni appel au miracle. La vraie prière exige que nous cherchions à faire nous-mêmes ce que nous demandons à Dieu de faire ». De sorte que si la veuve de l’évangile obtient justice, ce n’est pas à cause de ce juge qui lui est sans justice. C’est par sa ténacité, par sa persévérance et par son engagement qu’elle a obtenu justice. Il en est de même pour chacun de nous; non pas parce que Dieu ressemble à ce juge injuste. Non! Tout simplement parce que Dieu ne peut rien faire sans nous, d’où son absence et son impuissance lorsque la prière ne comporte aucun engagement. Le cardinal Etchegaray continue : « Si je demande notre pain de chaque jour, je dois donner moi-même ce pain à ceux qui en manquent. Si je prie pour la paix, je dois m’engager moi-même sur le chemin de la paix. La prière n’est pas faite de mots en l’air : nous ne pouvons prier que si nous sommes pleinement responsables de ce que nous demandons ».

Ainsi, dirons-nous, Dieu est patient et c’est ce qui faisait dire au religieux français, André Rebré : « Au regard de la patience de Dieu, que signifie notre impatience? Elle disqualifie les hommes appelés à être partenaires de Dieu pour rendre la terre plus humaine, y faire grandir la paix, la justice, la liberté. Pour cela il faut du temps, tout le temps de l’histoire, mais aussi le travail, les initiatives et les combats des hommes, le témoignage de foi des croyants. Car le temps de la patience de Dieu réclame notre activité, comme celle de la veuve qui multiplie les démarches. Aurons-nous la même obstination, la même confiance, la même foi qu’elle? C’est la question que nous adresse Jésus : Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? »

2.       La foi comme engagement. Mais sur quoi repose notre foi? Sur des dogmes? Sur des règles? Sur des lois? Non! La foi repose sur la Parole de Dieu. Une Parole qu’on retrouve d’abord dans les textes sacrés et qui nous parle de justice, de paix, de liberté. Mais une Parole aussi qui doit se dire aujourd’hui, pour le monde d’aujourd’hui. C’est pourquoi, la Parole ne peut être enfermée dans les textes sacrés; elle ne peut s’exprimer aujourd’hui dans les termes d’autrefois. Si la Parole est vivante et peut encore parler de justice, de paix et de liberté aux hommes et aux femmes de notre temps, il lui faut cette liberté de parole pour exprimer une Parole neuve de Dieu; sinon, qu’on arrête de dire que la Parole est vivante.

Dans sa 2ème lettre à Timothée, saint Paul nous dit : « Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d’instruire » (2 Tm 4,2). Il y a un risque à dire et à proclamer la Parole, car la Parole doit déranger nécessairement, puisqu’elle parle de justice, de paix et de liberté; et c’est pourquoi, saint Paul ajoute : « Un temps viendra où l’on ne supportera plus l’enseignement solide… On se détournera de la vérité pour se retourner vers les fables » (2 Tm 4,3-4). Qu’est-ce à dire? En interprétant souvent, de manière littérale, les textes bibliques, n’a-t-on pas fait de ces récits des fables qui ont éloigné et qui éloignent encore plus d’un croyants? Comment alors exprimer une Parole neuve de Dieu, une Parole qui libère et qui fait espérer à des gens qui ne veulent plus entendre la Parole? Il faut donc aux missionnaires de l’évangile, l’honnêteté de reconnaître leurs erreurs et l’humilité de ne pas prétendre détenir la vérité.

La foi ne peut être certitude; elle ne peut être qu’espérance. C’est sans doute ce qui faisait dire à Bernanos : « Ma foi, c’est 24 heures de doute, moins une minute d’espérance ». La foi chrétienne n’est pas un savoir ni une idéologie; elle est rencontre de quelqu’un, du Christ, du Fils de Dieu, que saint Jean appelle la Parole : « Le Verbe qui s’est fait chair et qui a habité parmi nous » (Jn 1,14). S’engager à sa suite, c’est devenir à son tour Parole et Verbe de Dieu : « À ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12). Et plus encore : « Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu » (Jn 1,13). La foi comme engagement nous fait donc devenir des fils et des filles de Dieu, des Christs ressuscités, des Christs vivants.


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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