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Réf. Bibliques : 2ème lecture : 2 Tm 3,14-4,2
Évangile : Lc 18,1-8
La puissance de la prière…
Qui donc est sur la
route du Royaume? Dimanche passé, on a vu que
c’est celui qui rebrousse chemin, qui revient
sur ses pas, pour emprunter et ouvrir de
nouveaux sentiers, qui se retrouve sur la route
du Royaume. Aujourd’hui, on voit que c’est celle
qui prie avec insistance et persévérance qui se
retrouve sur la route du Royaume. Par ailleurs,
la prière doit nous rendre responsables de ce
que nous demandons; sinon, notre prière n’est
que magie et superstition : « La prière ne
nous dispense pas de nous battre, mais elle doit
permettre aux armes de notre combat de demeurer
celles de l’Évangile. Nous résoudrions peut-être
dans une sérénité plus grande les problèmes de
nos communautés et de l’Église en général, si
nous savions prier effectivement et sans jamais
nous lasser » (A.-M. Bernard). Mais que
devons-nous comprendre dans la Parole de Dieu
que nous proclamons aujourd’hui?
1.
La prière comme expression de la foi.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, à travers une
parabole qui met en scène un juge injuste et une
femme complètement démunie, tout d’abord parce
qu’elle est femme et aussi veuve, donc sans
ressource, le Christ de l’évangile de Luc nous
dit qu’il faut prier avec insistance et
persévérance. J’aurais le goût de dire :
« Dis-moi comment tu pries et je te dirai en
quelle sorte de Dieu tu crois! » Ce qui me fait
dire cela, c’est la réponse de Jésus, à la fin
de l’évangile, qui se traduit par une question :
« Mais le Fils de l’homme, quand il viendra,
trouvera-t-il la foi sur terre? » (Lc
18,8b).
En effet, au moment
où Luc écrit, beaucoup avaient bel et bien perdu
tout espoir. Ils avaient cru que Jésus
reviendrait vite pour inaugurer le Royaume qu’il
avait annoncé. Mais rien ne venait, ni le
Seigneur, ni les temps nouveaux. Ils le
suppliaient. Toujours rien! Pourquoi donc les
faisait-il attendre ainsi? Dieu serait-il plus
sourd à leurs appels que ce juge injuste imploré
avec insistance par cette pauvre veuve? N’est-ce
pas un peu notre attitude par rapport à Dieu qui
semble absent de nos vies et sourd à nos
prières? Quand nous prions, en quel Dieu
croyons-nous? Que lui demandons-nous?
Rappelons-nous ce que disait le cardinal
français Etchegaray, au sujet de la prière :
« La prière n’est ni refuge, ni dérobade, ni
appel au miracle. La vraie prière exige que nous
cherchions à faire nous-mêmes ce que nous
demandons à Dieu de faire ». De sorte que si
la veuve de l’évangile obtient justice, ce n’est
pas à cause de ce juge qui lui est sans justice.
C’est par sa ténacité, par sa persévérance et
par son engagement qu’elle a obtenu justice. Il
en est de même pour chacun de nous; non pas
parce que Dieu ressemble à ce juge injuste. Non!
Tout simplement parce que Dieu ne peut rien
faire sans nous, d’où son absence et son
impuissance lorsque la prière ne comporte aucun
engagement. Le cardinal Etchegaray continue :
« Si je demande notre pain de chaque jour, je
dois donner moi-même ce pain à ceux qui en
manquent. Si je prie pour la paix, je dois
m’engager moi-même sur le chemin de la paix. La
prière n’est pas faite de mots en l’air : nous
ne pouvons prier que si nous sommes pleinement
responsables de ce que nous demandons ».
Ainsi, dirons-nous,
Dieu est patient et c’est ce qui faisait dire au
religieux français, André Rebré : « Au regard
de la patience de Dieu, que signifie notre
impatience? Elle disqualifie les hommes appelés
à être partenaires de Dieu pour rendre la terre
plus humaine, y faire grandir la paix, la
justice, la liberté. Pour cela il faut du temps,
tout le temps de l’histoire, mais aussi le
travail, les initiatives et les combats des
hommes, le témoignage de foi des croyants. Car
le temps de la patience de Dieu réclame notre
activité, comme celle de la veuve qui multiplie
les démarches. Aurons-nous la même obstination,
la même confiance, la même foi qu’elle? C’est la
question que nous adresse Jésus : Le Fils de
l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi
sur la terre? »
2.
La foi comme engagement.
Mais sur quoi repose notre foi? Sur des dogmes?
Sur des règles? Sur des lois? Non! La foi repose
sur la Parole de Dieu. Une Parole qu’on retrouve
d’abord dans les textes sacrés et qui nous parle
de justice, de paix, de liberté. Mais une Parole
aussi qui doit se dire aujourd’hui, pour le
monde d’aujourd’hui. C’est pourquoi, la Parole
ne peut être enfermée dans les textes sacrés;
elle ne peut s’exprimer aujourd’hui dans les
termes d’autrefois. Si la Parole est vivante et
peut encore parler de justice, de paix et de
liberté aux hommes et aux femmes de notre temps,
il lui faut cette liberté de parole pour
exprimer une Parole neuve de Dieu; sinon, qu’on
arrête de dire que la Parole est vivante.
Dans sa 2ème lettre
à Timothée, saint Paul nous dit : « Proclame
la Parole, interviens à temps et à contretemps,
dénonce le mal, fais des reproches, encourage,
mais avec une grande patience et avec le souci
d’instruire » (2 Tm 4,2). Il y a un risque à
dire et à proclamer la Parole, car la Parole
doit déranger nécessairement, puisqu’elle parle
de justice, de paix et de liberté; et c’est
pourquoi, saint Paul ajoute : « Un temps
viendra où l’on ne supportera plus
l’enseignement solide… On se détournera de la
vérité pour se retourner vers les fables »
(2 Tm 4,3-4). Qu’est-ce à dire? En interprétant
souvent, de manière littérale, les textes
bibliques, n’a-t-on pas fait de ces récits des
fables qui ont éloigné et qui éloignent encore
plus d’un croyants? Comment alors exprimer une
Parole neuve de Dieu, une Parole qui libère et
qui fait espérer à des gens qui ne veulent plus
entendre la Parole? Il faut donc aux
missionnaires de l’évangile, l’honnêteté de
reconnaître leurs erreurs et l’humilité de ne
pas prétendre détenir la vérité.
La foi ne peut être
certitude; elle ne peut être qu’espérance. C’est
sans doute ce qui faisait dire à Bernanos :
« Ma foi, c’est 24 heures de doute, moins une
minute d’espérance ». La foi
chrétienne n’est pas un savoir ni une idéologie;
elle est rencontre de quelqu’un, du Christ, du
Fils de Dieu, que saint Jean appelle la Parole :
« Le Verbe qui s’est fait chair et qui a
habité parmi nous » (Jn 1,14). S’engager à
sa suite, c’est devenir à son tour Parole et
Verbe de Dieu : « À ceux qui l’ont reçu, à
ceux qui croient en son nom, il a donné le
pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn
1,12). Et plus encore : « Ceux-là ne sont pas
nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un
vouloir d’homme, mais de Dieu » (Jn 1,13).
La foi comme engagement nous fait donc devenir
des fils et des filles de Dieu, des Christs
ressuscités, des Christs vivants.
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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