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Réf. Bibliques :
1ère lecture : 1 Sm 3, 3b-10.19
Évangile : Jn 1,
35-42
C’est avec l’évangile de saint Jean que nous commençons le
temps ordinaire de l’année B, l’année de Marc.
Et, contrairement aux synoptiques (Marc,
Matthieu et Luc), saint Jean nous dit que les
premiers disciples de Jésus ont été d’abord
disciples de Jean-Baptiste et c’est ce dernier
qui a servi d’intermédiaire pour que ses
disciples deviennent disciples de Jésus. Encore
une fois, il s’agit d’un texte théologique…donc,
c’est après Pâques que l’événement est raconté
et l’histoire de cet événement est déjà
transformée par la lumière de Pâques. Ce qui
veut dire que dans la communauté chrétienne de
Jean, le conflit entre les baptistes et les
chrétiens étaient plus aigu; de sorte qu’il
fallait à l’évangéliste Jean composer un tel
récit pour réconcilier les 2 mouvements : les
baptistes et les chrétiens.
Aussi, dans l’évangile de Jean, Simon Pierre n’est pas le
premier appelé par Jésus. C’est le disciple que
Jésus aimait avec André, le frère de Pierre qui
ont été faits disciples les premiers. Par
ailleurs, l’appel de Pierre, par l’intermédiaire
de son frère André prend une grande importance,
chez Jean, puisque : « Jésus posa son regard
sur lui et dit : Tu es Simon, fils de Jean; tu
t’appelleras Képha, ce qui veut dire : pierre »
(Jn 1,42b). Encore là, il s’agit pour
l’évangéliste Jean et sa communauté, de faire
l’unité avec les communautés chrétiennes de
Marc, de Matthieu et de Luc, où Pierre est
considéré comme le chef de l’Église, sans rien
enlever au disciple que Jésus aimait.
De toute façon, il s’agit d’un récit de vocation et d’appel;
alors, quels sont les messages que l’on peut en
tirer aujourd’hui?
-
Un nouveau commencement :
L’évangile de saint Jean débute par le mot :
commencement : « Au commencement
était le Verbe, et le Verbe était tourné
vers Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn
1,1). Avec l’extrait d’aujourd’hui, on a là
le commencement ou la naissance de la
première communauté chrétienne. Et,
contrairement aux autres évangélistes, le
Jésus de Jean n’apparaît pas comme quelqu’un
plein d’autorité. Il va et il vient
(v. 36), comme s’il était indécis, sans
attache, libre de cette liberté qu’il
donnera à ses brebis : « Je suis la
porte : si quelqu’un entre par moi, il sera
sauvé, il ira et viendra et trouvera de quoi
se nourrir » (Jn 10,9).
De plus, ce n’est pas d’abord lui, Jésus, qui appelle; c’est
Jean-Baptiste qui envoie. Et c’est par une
question que Jésus reçoit ceux qui lui sont
envoyés : « Que cherchez-vous? »
(Jn 1,38b). C’est aussi par une question
que les envoyés répondent : « Rabbi
c’est-à-dire Maître, où demeures-tu? » (Jn
1,38c). C’est alors que peut être prononcées
l’invitation : « Venez » et la
promesse : « et vous verrez »
(Jn 1,39a).
C’est le commencement d’un long cheminement des aveugles de
naissance qui veulent voir…et lorsqu’ils
verront, ils sauront où le Christ demeure :
« Si vous êtes fidèles à mes
commandements, vous demeurerez en mon amour;
comme moi j’ai gardé fidèlement les
commandements de mon Père et je demeure dans
son amour » (Jn 15,10).
-
Le regard :
Poser son regard sur quelqu’un, qu’est-ce à
dire? Tout d’abord, c’est Jean-Baptiste qui
pose son regard sur Jésus et
l’appelle par son nom : « l’Agneau de
Dieu » (Jn 1,36). Ensuite, Jésus pose
son regard sur Simon, l’appelle par son
nom : « Tu es Simon, fils de Jean »
et lui confie une tâche, une
responsabilité : « Tu t’appelleras Képha,
ce qui veut dire : pierre » (Jn 1,42).
L’exégète français Jean Debruynne écrit :
« Jean-Baptiste pose son regard sur Jésus
qui va et vient et lorsque, quelques lignes
plus loin, André amène son frère Pierre à
Jésus, c’est Jésus qui posa son regard sur
lui. Bien sûr ce regard est un choix. Bien
sûr ce regard désigne. C’est sûr que ce
regard est un appel…mais d’abord ce regard
qui prend le temps de se poser a quelque
chose de bouleversant d’humanité. Le regard
de Jésus comme celui de Jean-Baptiste ne se
contentent pas de regarder en passant comme
devant une victime, ils regardent et ils
voient. Ils se posent comme la main sur
l’épaule. Ils se posent comme un baiser
d’Amour ».
-
La vocation :
L’appel ou la vocation chrétienne peut se
faire de multiples façons : directement
comme dans la 1ère lecture aujourd’hui, où
le jeune Samuel entend pour la première fois
le Seigneur, croyant que c’était le prêtre
Éli qui l’appelait.
Par 3 fois, Samuel se lève et dit à Éli : Me
voici. Sur le conseil du prêtre, la 4ème
fois où le Seigneur appela Samuel, celui-ci
répondit : « Parle, Seigneur, ton
serviteur écoute » (1 Sm 3,10). Par son
écoute et par sa disponibilité, le texte
ajoute : « Samuel grandit. Le Seigneur
était avec lui, et aucune de ses paroles ne
demeura sans effet » (1 Sm 3,19).
Ou par l’intermédiaire de quelqu’un, comme dans
l’évangile de saint Jean. À la suite du
témoignage de Jean-Baptiste, deux de ses
disciples se mirent à suivre Jésus. Nous
avons là le modèle de toute vocation
chrétienne : c’est par le témoignage de
quelqu’un qu’on peut chercher le
Christ et le suivre quand il se
présente à nous; on est alors dans des
conditions pour le trouver et
demeurer avec lui. Ces 4 verbes sont la
marche à suivre pour devenir disciples du
Ressuscité. C’est de cette façon qu’on peut
témoigner à son tour et interpeller
quelqu’un d’autre. C’est exactement ce que
fait André avec son frère Simon : « Il
trouve d’abord son frère Simon et lui dit :
Nous avons trouvé le Messie (autrement dit :
le Christ) » (Jn 1,41).
En terminant, comme chrétiens appelés à témoigner de notre
rencontre du Ressuscité, il nous faut proposer
aux autres de chercher le Christ, de le suivre,
de le trouver et de demeurer avec lui. Ainsi,
ils deviendront disciples eux aussi. Pour
connaître vraiment le Seigneur, il faut d’abord
le chercher au-dedans de nous. Saint Augustin,
au 4ème siècle, dans ses Confessions, écrit :
« Où donc t’ai-je trouvé, pour te connaître? Tu
n’étais pas encore dans ma mémoire, avant que je
te connaisse…Ton meilleur serviteur est celui
qui ne songe pas à recevoir de toi la réponse
qu’il veut, mais plutôt à vouloir ce que tu lui
dis. Tard je t’ai aimée, Beauté si ancienne et
si nouvelle, tard je t’ai aimée. C’est que tu
étais au-dedans de moi, et, moi, j’étais
au-dehors! Et c’est dehors que je te cherchais.
Dans ma laideur, je me jetais sur la beauté de
ce que tu as créé. Tu étais avec moi et je
n’étais pas avec toi. Ce qui loin de toi me
retenait, c’étaient ces choses qui
n’existeraient pas, si elles n’étaient en toi.
Tu m’as appelé, tu as crié, et tu as vaincu ma
surdité; tu as brillé, tu as resplendi, et tu as
dissipé mon aveuglement; tu as répandu ton
parfum, je l’ai respiré et je soupire maintenant
après toi; je t’ai goûtée et j’ai faim et soif
de toi; tu m’as touché, et je brûle du désir de
ta paix. »
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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