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Deuxième dimanche du Temps ordinaire  (B) : 18 janvier 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :    1ère lecture : 1 Sm 3, 3b-10.19

                            Évangile : Jn 1, 35-42

C’est avec l’évangile de saint Jean que nous commençons le temps ordinaire de l’année B, l’année de Marc. Et, contrairement aux synoptiques (Marc, Matthieu et Luc), saint Jean nous dit que les premiers disciples de Jésus ont été d’abord disciples de Jean-Baptiste et c’est ce dernier qui a servi d’intermédiaire pour que ses disciples deviennent disciples de Jésus. Encore une fois, il s’agit d’un texte théologique…donc, c’est après Pâques que l’événement est raconté et l’histoire de cet événement est déjà transformée par la lumière de Pâques. Ce qui veut dire que dans la communauté chrétienne de Jean, le conflit entre les baptistes et les chrétiens étaient plus aigu; de sorte qu’il fallait à l’évangéliste Jean composer un tel récit pour réconcilier les 2 mouvements : les baptistes et les chrétiens.

Aussi, dans l’évangile de Jean, Simon Pierre n’est pas le premier appelé par Jésus. C’est le disciple que Jésus aimait avec André, le frère de Pierre qui ont été faits disciples les premiers. Par ailleurs, l’appel de Pierre, par l’intermédiaire de son frère André  prend une grande importance, chez Jean, puisque : « Jésus posa son regard sur lui et dit : Tu es Simon, fils de Jean; tu t’appelleras Képha, ce qui veut dire : pierre » (Jn 1,42b). Encore là, il s’agit pour l’évangéliste Jean et sa communauté, de faire l’unité avec les communautés chrétiennes de Marc, de Matthieu et de Luc, où Pierre est considéré comme le chef de l’Église, sans rien enlever au disciple que Jésus aimait.

De toute façon, il s’agit d’un récit de vocation et d’appel; alors, quels sont les messages que l’on peut en tirer aujourd’hui?

  1. Un nouveau commencement : L’évangile de saint Jean débute par le mot : commencement : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1). Avec l’extrait d’aujourd’hui, on a là le commencement ou la naissance de la première communauté chrétienne. Et, contrairement aux autres évangélistes, le Jésus de Jean n’apparaît pas comme quelqu’un plein d’autorité. Il va et il vient (v. 36), comme s’il était indécis, sans attache, libre de cette liberté qu’il donnera à ses brebis : « Je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, il ira et viendra et trouvera de quoi se nourrir » (Jn 10,9).

De plus, ce n’est pas d’abord lui, Jésus, qui appelle; c’est Jean-Baptiste qui envoie. Et c’est par une question que Jésus reçoit ceux qui lui sont envoyés : « Que cherchez-vous? » (Jn 1,38b). C’est aussi par une question que les envoyés répondent : « Rabbi c’est-à-dire Maître, où demeures-tu? » (Jn 1,38c). C’est alors que peut être prononcées l’invitation : « Venez » et la promesse : « et vous verrez » (Jn 1,39a).

C’est le commencement d’un long cheminement des aveugles de naissance qui veulent voir…et lorsqu’ils verront, ils sauront où le Christ demeure : « Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez en mon amour; comme moi j’ai gardé fidèlement les commandements de mon Père et je demeure dans son amour » (Jn 15,10).

  1. Le regard : Poser son regard sur quelqu’un, qu’est-ce à dire? Tout d’abord, c’est Jean-Baptiste qui pose son regard sur Jésus et l’appelle par son nom : « l’Agneau de Dieu » (Jn 1,36). Ensuite, Jésus pose son regard sur Simon, l’appelle par son nom : « Tu es Simon, fils de Jean » et lui confie une tâche, une responsabilité : « Tu t’appelleras Képha, ce qui veut dire : pierre » (Jn 1,42). L’exégète français Jean Debruynne écrit : « Jean-Baptiste pose son regard sur Jésus qui va et vient et lorsque, quelques lignes plus loin, André amène son frère Pierre à Jésus, c’est Jésus qui posa son regard sur lui. Bien sûr ce regard est un choix. Bien sûr ce regard désigne. C’est sûr que ce regard est un appel…mais d’abord ce regard qui prend le temps de se poser a quelque chose de bouleversant d’humanité. Le regard de Jésus comme celui de Jean-Baptiste ne se contentent pas de regarder en passant comme devant une victime, ils regardent et ils voient. Ils se posent comme la main sur l’épaule. Ils se posent comme un baiser d’Amour ».

  2. La vocation : L’appel ou la vocation chrétienne peut se faire de multiples façons : directement comme dans la 1ère lecture aujourd’hui, où le jeune Samuel entend pour la première fois le Seigneur, croyant que c’était le prêtre Éli qui l’appelait. Par 3 fois, Samuel se lève et dit à Éli : Me voici. Sur le conseil du prêtre, la 4ème fois où le Seigneur appela Samuel, celui-ci répondit : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1 Sm 3,10). Par son écoute et par sa disponibilité, le texte ajoute : « Samuel grandit. Le Seigneur était avec lui, et aucune de ses paroles ne demeura sans effet » (1 Sm 3,19).

Ou par l’intermédiaire de quelqu’un, comme dans l’évangile de saint Jean. À la suite du témoignage de Jean-Baptiste, deux de ses disciples se mirent à suivre Jésus. Nous avons là le modèle de toute vocation chrétienne : c’est par le témoignage de quelqu’un qu’on peut chercher le Christ et le suivre quand il se présente à nous; on est alors dans des conditions pour le trouver et demeurer avec lui. Ces 4 verbes sont la marche à suivre pour devenir disciples du Ressuscité. C’est de cette façon qu’on peut témoigner à son tour et interpeller quelqu’un d’autre. C’est exactement ce que fait André avec son frère Simon : « Il trouve d’abord son frère Simon et lui dit : Nous avons trouvé le Messie (autrement dit : le Christ) » (Jn 1,41).

En terminant, comme chrétiens appelés à témoigner de notre rencontre du Ressuscité, il nous faut proposer aux autres de chercher le Christ, de le suivre, de le trouver et de demeurer avec lui. Ainsi, ils deviendront disciples eux aussi. Pour connaître vraiment le Seigneur, il faut d’abord le chercher au-dedans de nous. Saint Augustin, au 4ème siècle, dans ses Confessions, écrit : « Où donc t’ai-je trouvé, pour te connaître? Tu n’étais pas encore dans ma mémoire, avant que je te connaisse…Ton meilleur serviteur est celui qui ne songe pas à recevoir de toi la réponse qu’il veut, mais plutôt à vouloir ce que tu lui dis. Tard je t’ai aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai aimée. C’est que tu étais au-dedans de moi, et, moi, j’étais au-dehors! Et c’est dehors que je te cherchais. Dans ma laideur, je me jetais sur la beauté de ce que tu as créé. Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi. Ce qui loin de toi me retenait, c’étaient ces choses qui n’existeraient pas, si elles n’étaient en toi. Tu m’as appelé, tu as crié, et tu as vaincu ma surdité; tu as brillé, tu as resplendi, et tu as dissipé mon aveuglement; tu as répandu ton parfum, je l’ai respiré et je soupire maintenant après toi; je t’ai goûtée et j’ai faim et soif de toi; tu m’as touché, et je brûle du désir de ta paix. »

 

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

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