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Réf. Bibliques : Évangile : Mc 10,46-52
Dans l’évangile d’aujourd’hui, on approche de Jérusalem, lieu
où se vit l’événement fondateur de notre foi
chrétienne; on fait une halte à Jéricho, et
voilà qu’on assiste au dernier miracle de Jésus
dans l’évangile de Marc : celui d’un aveugle qui
recouvre la vue ou plutôt celui d’un mal croyant
qui devient disciple du Christ. Si l’évangéliste
Marc situe son récit de Bartimée, l’étranger,
immédiatement après celui des disciples les plus
proches de Jésus, Jacques et Jean qu’on avait
dimanche passé, c’est qu’il a voulu dire quelque
chose aux chrétiens de sa communauté, et par le
fait même, à nous aussi aujourd’hui. Quels
messages peut-on en tirer?
1.
Un disciple n’est jamais arrivé.
Qu’est-ce que je veux dire par là? Dans la foi
chrétienne et dans notre vie de croyant, il ne
faut jamais se croire arriver ou encore prendre
pour acquis nos découvertes, nos connaissances,
nos conversions, notre foi et notre espérance
chrétienne. Pour bien comprendre cette réalité,
il nous faut mettre en parallèle le récit
d’aujourd’hui et celui qui le précède de
dimanche passé. Je m’explique : Nous sommes en
route vers Jérusalem. Jésus marche devant,
accompagné de ses disciples et suivi d’une foule
nombreuse… (Mc 10,46a)
1)
Tous à coup, on voit quelqu’un, un étranger, un
exclus, un mendiant aveugle, assis sur le bord
de la route (Mc 10,46b). Dimanche passé, le
récit de Marc commençait en disant que deux
disciples, les plus proches de Jésus, marchaient
avec lui (Mc 10,35a). Donc l’exclu, l’étranger
est assis et ne peut pas bouger, tandis que les
disciples, eux, sont debout et peuvent marcher.
2)
Apprenant par la foule que c’était Jésus de
Nazareth qui passait par là, l’aveugle se mit à
crier : « Jésus, fils de David, aie pitié de
moi! » (Mc 10,47). La semaine passée, les
deux disciples disaient à Jésus : « Maître,
nous voudrions que tu exauces notre demande »
(Mc 10,35b).
3)
Dans les deux cas, Jésus intervient de la même
façon : À Bartimée, il dit : « Que veux-tu
que je fasse pour toi? » (Mc 10,51a); aux 2
disciples Jacques et Jean, Jésus dit : « Que
voulez-vous que je fasse pour vous? » (Mc
10,36).
4)
L’aveugle répondit : « Rabbouni (comme
Marie-Madeleine au matin de Pâques), que je
voie! » (Mc 10,51b). Les disciples, eux,
demandent à Jésus : « Accorde-nous de siéger
l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta
gloire » (Mc 10,37).
N.B. Il y a
comme un renversement de situation dans ces deux
récits : au début, le mendiant aveugle est
assis, immobile sur le bord de la route. Sa très
grande foi le fait crier, même si la foule veut
le faire taire, puisqu’il crie de plus belle. Et
lorsqu’il est appelé par le Christ et encouragé
par la même foule qui voulait le faire taire, il
abandonne la seule sécurité qu’il possède, son
manteau,il bondit et court vers celui qui
l’appelle (Mc 10,50). À sa demande, la guérison
est totale : il devient disciple : « Jésus
lui dit : Va, ta foi t’a sauvé. Aussitôt l’homme
se mit à voir, et il suivait Jésus sur la
route » (Mc 10,52).
Les deux
disciples, quant à eux, sont debout; ils
accompagnent le Maître. Ils se croient donc
importants. Ils prennent pour acquis le chemin
parcouru, comme s’ils étaient arrivés. Ils
demandent à s’asseoir. La réponse du Christ est
claire : « Vous ne savez pas ce que vous
demandez » (Mc 10,38a). Ce qui veut dire :
Vous ne comprenez rien! Et là, c’est
l’exclusion : « Les dix autres avaient
entendu, et ils s’indignaient contre Jacques et
Jean » (Mc 10,41).
Ce qu’il
nous faut retenir de tout ça aujourd’hui, c’est
trois choses :
1)
Être disciple du Christ ne donne aucun
privilège, aucun titre honorifique autre que
celui de serviteur ou même d’esclave.
2)
Un chrétien n’est jamais arrivé, même si ça fait
longtemps qu’il est disciple. Aussi, il n’est
pas plus chrétien que celui qui vient à peine de
se convertir. Rappelons-nous la parabole des
ouvriers de la onzième heure dans l’évangile de
Matthieu (Mt 20,1-16).
3)
La foi n’est jamais acquise : Bartimée l’aveugle
s’adresse d’abord au fils de David, donc
celui qu’on croyait être le libérateur politique
du peuple d’Israël du pouvoir romain. Par
ailleurs, comme il demande à voir, donc à
croire, il reconnaît en Jésus, non plus ce
libérateur politique, mais bien le Maître, le
Rabbi, et mieux encore le Rabbouni de
Marie-Madeleine au matin de Pâques (Jn 20,16).
Jacques et Jean, eux, faisant partie des Douze
et croyant pouvoir obtenir un privilège,
puisqu’ils ont suivi le Christ depuis longtemps,
deviennent aveugles, à leur tour… Ils ne
comprennent pas la mission du Christ qui est
aussi la leur.
2.
Mais nous aujourd’hui.
Le théologien français Gérard Bessière écrit :
« Et nous? Ne sommes-nous pas souvent
aveugles, enfermés en nous-mêmes? Ne faudrait-il
pas jeter le manteau, nous délester de nos
protections, nous risquer dans le noir vers
Jésus pour être soudain illuminés de sa
lumière? » Selon l’exégète français Jean
Debruynne, deux chemins nous sont proposés dans
cet évangile : Le chemin de la confiance et le
chemin de la lumière :
1)
Le chemin de la confiance.
Au début du récit, Bartimée est assis au bord de
la route. Il est posé là comme une poubelle.
Sans doute que les gens ne le voyaient même
plus. Mais parce que quelqu’un, le Christ, lui
fait confiance, l’appelle, alors tout devient
possible! Jean Debruynne écrit : « Il suffit
d’une marque de confiance pour que celui qui
était assis se lève, pour que celui qui était
écrasé, humilié, méprisé se retrouve debout ».
Et là, ce n’est plus l’aveugle qui est rejeté,
c’est la seule protection qu’on lui a donné :
son manteau. Ce qui signifie qu’on peut même se
libérer de ce qui nous a toujours identifié et
il nous faut le faire, si on veut avancer sur la
route de la confiance.
2)
Le chemin de la lumière.
L’autre chemin que nous ouvre cet évangile,
c’est celui de la lumière. Comme chrétien, comme
disciple du Ressuscité, nous ne pouvons demander
la richesse, le bien-être, les récompenses… Nous
devons demander à voir, c’est-à-dire à
croire. Jean Debruynne écrit : « Marc
nous indique ainsi que la foi n’est pas un
savoir mais un regard pour voir. Voir
et croire dans l’Évangile deviennent un même
chemin ». Aujourd’hui, dans notre Église,
lorsqu’on refuse de voir le monde dans lequel on
vit, lorsqu’on refuse d’accueillir les réalités
nouvelles qui sont les nôtres, lorsqu’on exclut
des personnes, sous prétexte qu’elles ne
correspondent pas aux étiquettes qu’on veut leur
imposer, ne sommes-nous pas des aveugles nous
aussi? Ne refusons-nous pas le chemin de lumière
qui nous est proposé par le Christ de
l’évangile de Marc?
Bartimée
dans l’évangile qui demande à voir, voit, croit
et marche sur le chemin de la lumière, de sorte
que l’évangéliste ajoute : « Aussitôt l’homme
se mit à voir, et il suivait Jésus sur la
route » (Mc 10,52b). Demandons donc à voir
nous aussi comme le Bartimée de saint Marc. Jean
Debruynne termine en disant : « Ouvrir les
yeux, c’est déjà se mettre en route! Pour voir
Dieu, ne fermez pas les yeux, ouvrez-les! »
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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