|
Réf. Bibliques : 1ère lecture : 1 R 17,10-16
2ème lecture : Hb 9,24-28
Évangile : Mc 12,38-44
Si j’avais à donner un titre à l’évangile d’aujourd’hui, ce
serait le suivant : La richesse des pauvres
ou la générosité du cœur. Car c’est bien
de cela dont il est question en 1ère lecture et
dans l’évangile d’aujourd’hui : c’est l’exemple
concret d’une pauvre veuve, exemple qu’éclaire,
en 1ère lecture, le grand cœur de la veuve de
Sarepta qui offre ses dernières provisions à
Élie, le prophète de Dieu. Ce que ces textes
nous apprennent, c’est que Dieu est à l’œuvre
dans les plus petits gestes de partage, et ces
gestes, les pauvres savent les faire mieux
encore que les riches. C’est pourquoi, ils sont
les préférés de Dieu. Précisons d’abord ce que
sont la pauvreté et la richesse :
-Pauvreté : Une personne démunie matériellement ou
psychologiquement.
Une personne qui ne possède ni le pouvoir, ni
l’avoir.
Une personne marginalisée par la majorité.
Une personne qu’on exploite, qu’on condamne et
qu’on exclut.
-Richesse : Quelqu’un qui possède de grands biens.
Quelqu’un qui exerce le pouvoir.
Quelqu’un en autorité, qui décide pour les
autres.
Ce peut être quelqu’un de bien.
Mais pourquoi la générosité convient-elle mieux aux pauvres
qu’aux riches?
1.
La générosité est humble.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Christ de Marc
accuse directement les scribes et les pharisiens
d’être des orgueilleux qui cherchent uniquement
à paraître : « Méfiez-vous des scribes, qui
tiennent à sortir en robes solennelles et qui
aiment les salutations sur les places publiques,
les premiers rangs dans les synagogues et les
places d’honneur dans les dîners » (Mc
12,38-39). Dans le fond, ils sont tellement
préoccupés par le paraître qu’ils ne
peuvent être autrement que ce qu’ils
laissent paraître, c’est-à-dire des personnages
importants, bien en vue, qui ne peuvent décevoir
les autres et donnent beaucoup : « Jésus
s’était assis dans le Temple en face de la salle
du trésor, et regardait la foule déposer de
l’argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches
y mettaient de grosses sommes » (Mc 12,41).
Ça sonne fort… ça fait pesant dans le tronc.
Mais ne dit-on pas que la générosité de fait pas
de bruit? Il n’y a pas d’humilité dans ça : il
faut que tout le monde voit que le riche donne
beaucoup d’argent aux autres… Cf. Guy Laliberté
et Céline Dion. Et pourtant, dit l’évangile :
« Une pauvre veuve s’avança et déposa deux
piécettes » (Mc 12,42).
Mais
pourquoi une veuve? Parce qu’au temps de
l’évangéliste, les veuves et les orphelins
étaient parmi les plus pauvres de la société de
l’époque. Imaginez une femme avec 3 jeunes
enfants qui perd son mari. Elle n’a aucun droit
et pire encore, on peut même la chasser de son
domicile et elle se ramasse à la rue. Elle
devient la propriété des frères de son mari
décédé. S’appliquait pour eux le devoir du
lévirat. Mais comme ces hommes étaient souvent
eux-mêmes mariés, ils pouvaient se soustraire à
ce devoir…mais la veuve demeurait toujours leur
propriété et elle ne pouvait se remarier sans le
consentement des frères du défunt à qui elle
appartenait. Ce n’est pas pour rien que les
premiers chrétiens dénonçaient avec vigueur
cette situation, mais ça a pris quelques siècles
avant que ça change.
La veuve
donc, qui met deux petites piécettes dans le
tronc du Temple, elle ne le fait pas annoncer
dans les journaux; elle le fait tout simplement
avec le cœur. C’est la générosité du cœur, la
générosité dans toute sa gratuité. Une
générosité qui est humble et sincère :
« Cette pauvre veuve, dit Jésus, a mis
dans le tronc plus que tout le monde » (Mc
12,43). Et pourquoi? « Car tous, ils ont pris
sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur
son indigence : elle a tout donné, tout ce
qu’elle avait pour vivre » (Mc 12,44).
2.
La générosité est honnête.
Dans l’évangile, le Christ de Marc accuse les
scribes et les pharisiens d’être des voleurs :
« Ils dévorent les biens des veuves » (Mc
12,40a). Une question surgit : de quelle façon
ces hommes de pouvoir volent-ils les pauvres, en
l’occurrence les veuves? En permettant que ces
femmes vivent dans la misère. On leur enlevait
même leur maison, sous prétexte que c’était la
loi du lévirat, et qu’une femme ne pouvait être
propriétaire de biens matériels. Dans le fond,
ces hommes avaient beau donner beaucoup d’argent
au Temple et même à des œuvres caritatives, ils
s’accaparaient ces sommes de façons injustes
pour les distribuer ensuite. Il ne peut donc pas
y avoir générosité de leur part, car la
générosité est honnête; elle ne peut être le
fruit d’une injustice ou le résultat d’une
exploitation des pauvres.
Rappelez-vous ce que disait, au 4ème siècle,
saint Basile de Césarée : « À qui fais-je du
tort, dit l’avare, en gardant ce qui
m’appartient? Mais quels sont, dis-le moi, les
biens qui t’appartiennent? D’où les as-tu tirés?
Tu ressembles à un homme qui, prenant place au
théâtre, voudrait empêcher les autres d’entrer
et entendrait jouir seul du spectacle auquel
tous ont droit. Tels sont les riches : les biens
communs qu’ils ont accaparés, ils s’en décrètent
les maîtres, parce qu’ils en sont les premiers
occupants. Si chacun ne gardait que ce qui est
requis pour ses besoins courants, et que le
superflu il le laisse aux indigents, la richesse
et la pauvreté seraient abolies… »
3.
La générosité est sincère et vraie.
En parlant des scribes, le Christ de Marc dit :
« Ils affectent de prier longuement » (Mc
12,40b), pour montrer leur hypocrisie. Combien
se cachent derrière la religion pour justifier
leur intransigeance et leur intolérance? N’y
a-t-il pas de ces attitudes, encore aujourd’hui,
chez les scribes et les pharisiens du 21ème
siècle? Quand, au nom de la religion, on
condamne les personnes qui vivent un échec dans
leur mariage, on exclut les homosexuels qui
essaient tout simplement d’assumer leur réalité
ou encore, on refuse la pleine égalité entre les
hommes et les femmes dans l’Église, ne
sommes-nous pas comme ces scribes de l’évangile?
Et pourtant, l’évangile est là… qu’en
faisons-nous?
Dans la
parabole du riche et du pauvre Lazare, que seul
saint Luc raconte, n’y a-t-il pas un message
clair à ce sujet. Quand le riche se retrouve
dans de grandes souffrances parce qu’il a ignoré
durant sa vie le pauvre Lazare à côté de lui, il
dit à Abraham : « Je te prie d’envoyer Lazare
dans la maison de mon père, car j’ai cinq
frères. Qu’il les avertisse pour qu’ils ne
viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de
torture » (Lc 16,27-28), la réponse est
limpide : « Ils ont Moïse et les prophètes,
qu’ils les écoutent » (Lc 16,29). Mais le
riche insiste : « Non, Abraham, mon père,
mais si quelqu’un vient à eux de chez les morts,
ils se convertiront » (Lc 16,30). La réponse
est on ne peut plus claire : « S’ils
n’écoutent pas Moïse, ni les prophètes, même si
quelqu’un ressuscite des morts ils ne seront pas
convaincus » (Lc 16,31).
En effet,
le Christ est ressuscité d’entre les morts, et
il y a encore aujourd’hui, un milliard d’humains
sur la planète qui souffrent de la faim. Que
d’hypocrisie de la part des scribes et des
pharisiens de ce monde qui se cachent derrière
la prière pour justifier leur inaction. En 1ère
lecture aujourd’hui, nous avons un bel exemple
où la dignité humaine ne se mesure pas selon
notre appartenance à un peuple ou à une Église
ou encore au statut social de quelqu’un. Dieu
agit et se reconnaît à travers une femme,
païenne, veuve par-dessus le marché, qui a pour
mission de nourrir son prophète. C’est par elle
qu’Élie peut continuer sa mission. En 2009, en
qui Dieu se reconnaît-il et par qui agit-il dans
notre société et dans notre Église?
En terminant, un mot sur la 2ème lecture aujourd’hui : Non à
la religion! Oui à la foi! Quand je lis cet
extrait de la lettre aux Hébreux, j’ai
l’impression parfois que la religion passe
souvent, malheureusement, à côté de la foi. Dans
sa comparaison du Christ de la nouvelle Alliance
avec le grand prêtre de l’ancienne Alliance,
l’auteur de la lettre aux Hébreux écrit
explicitement : « Le Christ n’a pas à
recommencer plusieurs fois son sacrifice, comme
le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans
le sanctuaire en offrant un sang qui n’était pas
le sien » (Hb 9,25). Alors, comment se
fait-il que dans la religion, on dit répéter le
sacrifice du Christ à chaque semaine, et même à
chaque jour? Se peut-il que la messe ne soit pas
un sacrifice, mais bien une célébration, une
fête de
la Résurrection? De plus, si le Christ nous a
affranchis du péché une fois pour toutes par sa
mort sur la croix du Vendredi Saint, comment se
fait-il que nous doutions encore de ce pardon,
en confessant nos péchés? La célébration du
pardon n’est donc pas l’occasion de nous
confesser, nous sommes déjà pardonnés; par
ailleurs, c’est le lieu où l’on doit célébrer
ensemble l’Amour du Christ pour nous et
l’espérance du salut en plénitude que nous
attendons toujours : « Ainsi le Christ, après
s’être offert une seule fois pour enlever les
péchés de la multitude, apparaîtra une seconde
fois, non plus à cause du péché, mais pour le
salut de ceux qui l’attendent » (Hb 9,28).
Convertissons-nous donc à l’évangile! C’est urgent! C’est une
question de confiance et d’espérance pour tous
les croyants et c’est une question de justice et
de dignité pour tous les humains.
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
[
RETOUR]
|