|
Réf. Bibliques : 1ère lecture : Dn 12,1-3
2ème lecture : Hb 10,11-14.18
Évangile : Mc 13,24-32
À la fin de chaque année liturgique, les textes bibliques qui
nous sont proposés nous parlent de la fin des
temps. Les auteurs utilisent un procédé
littéraire qu’on appelle apocalypse. Mais
attention! Apocalypse n’est pas synonyme de
catastrophe, comme le laisse entendre certains
de nos contemporains. Au contraire, apocalypse
signifie révélation, ce qui veut dire :
annonce d’une Bonne Nouvelle, dans des
moments difficiles à vivre. Aujourd’hui, nous
avons 2 exemples de ces événements tragiques qui
servent de tremplins pour susciter l’espérance
des croyants.
1.
Apocalypse de Daniel.
Le livre de Daniel a été écrit dans des
circonstances dramatiques. Nous sommes en l’an
164 avant notre ère. Le roi grec Antiochus IV,
soutenu par un groupe de Juifs hellénisés, a
décrété la fin du Judaïsme. Imaginez : depuis
l’an 167 av. J-C., dans l’empire grec, le Temple
de Jérusalem est consacré à Zeus. La population
juive restée fidèle à Yahvé, le Dieu de
l’Alliance, est pourchassée et persécutée. Le
sang des martyrs coule à flot. Alors, l’auteur
du livre de Daniel raconte les événements et il
les interprète en utilisant le style
apocalyptique. Pour lui, il s’agit donc de la
fin des temps, du combat de la fin qui
s’achèvera par la victoire finale de Yahvé sur
les forces du mal, sur les divinités païennes.
Le passage
qu’on lit aujourd’hui raconte l’intervention
divine par l’intermédiaire de l’archange Michel,
le chef des armées célestes. Au moment où tout
semble perdu, Israël sera sauvé par Dieu.
Cependant, surgit un gros problème. Vous savez
que chez les Juifs, on ne croyait pas en la
Résurrection après la mort. On croyait à une
sorte de rétribution en cette vie, selon le bien
ou le mal qu’on faisait; de sorte que si
quelqu’un était bon, Dieu le bénissait, lui et
sa famille. Il le protégeait du mal. S’il était
mauvais, la malédiction était sur lui durant sa
vie. Mais voilà que durant cette période
grecque, plusieurs Juifs ont été martyrisés à
cause de leur fidélité au Dieu de l’Alliance.
Qu’arrivera-t-il à ceux-là, puisqu’ils sont
morts martyrs? Et c’est là que naît l’idée de la
Résurrection. Il n’est pas possible que les
martyrs soient morts en vain! Le prophète Daniel
écrit : « Beaucoup de gens qui dormaient dans
la poussière de la terre s’éveilleront : les uns
pour la vie éternelle, les autres pour la honte
et la déchéance éternelles » (Dn 12,2).
Pour les
croyants de cette époque difficile, c’est une
question de justice : ceux qui sont demeurés
fidèles à Dieu doivent être récompensés et ceux
qui les ont martyrisés doivent être punis. Le
concept de rétribution qui s’appliquait en cette
vie seulement, voilà qu’il est étendu au-delà de
la mort, à la Résurrection. Cette foi en la
Résurrection individuelle sera adoptée par le
Judaïsme de tendance pharisienne, alors qu’elle
sera rejetée par les Sadducéens. On peut le voir
dans l’évangile de Marc lorsque les Sadducéens
posent une question à Jésus sur la femme qui
meurt et qui a eu 7 maris… Avec lequel se
retrouvera-t-elle dans l’au-delà? (Mc 12,18-27)
Par
ailleurs, pour les chrétiens qui lisent le livre
de Daniel, ils reconnaissent le Christ lumière
et maître de Justice dans le verset suivant :
« Les sages brilleront comme la splendeur du
firmament, et ceux qui sont des maîtres de
justice pour la multitude resplendiront comme
les étoiles dans les siècles des siècles » (Dn
12,3).
2.
Apocalypse de Marc.
L’évangéliste Marc a son discours apocalyptique
lui aussi, non pas pour prédire une catastrophe,
mais bien pour annoncer un monde nouveau. Le
retour du Seigneur que Marc annonce, juste
avant d’entamer le récit de la passion de Jésus,
c’est déjà l’annonce de la Résurrection. C’est
la victoire de la vie sur la mort; c’est le jour
vainqueur de la nuit. C’est comme si nous
assistions à une seconde naissance du monde, à
une nouvelle création, à un nouveau
commencement. Et tout le cosmos y participe :
« En ces temps-là, après une terrible détresse,
le soleil s’obscurcira et la lune perdra son
éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les
puissances célestes seront ébranlées » (Mc
13,24-25), et toute la création est concernée :
« Il (le Fils de l’homme) enverra les
anges pour rassembler les élus des quatre coins
du monde, de l’extrémité de la terre à
l’extrémité du ciel » (Mc 13,27).
Qu’est-ce
que ça veut dire tout ça? Marc écrit son
évangile à Rome vers 70 de notre ère. Le Temple
de Jérusalem vient d’être détruit par les
Romains, les chrétiens sont dénoncés et
massacrés par les empereurs successifs : Néron,
Domitien, Claude et les autres. Ce que
l’évangéliste annonce, ce n’est pas une
catastrophe; c’est la fin d’un régime oppressif
et inhumain, et l’avènement d’un monde meilleur.
Les astres qui sont vus comme des divinités chez
les Romains, seront ébranlés et le salut est
offert à tous, sans exception, des quatre
coins du monde, de l’extrémité de la terre à
l’extrémité du ciel (Mc 13,27b). Et pour
bien montrer qu’il s’agit d’un monde nouveau,
d’une vie nouvelle qui surgit, la comparaison
avec le figuier annonce, non pas l’automne et la
saison morte, mais bien le printemps de ce monde
nouveau avec toutes ses promesses de vie :
« Que la comparaison du figuier vous instruise :
Dès que ses branches deviennent tendres et que
sortent les feuilles, vous savez que l’été est
proche » (Mc 13,28). Donc, si Christ est
ressuscité, et de fait il l’est, puisque Marc
écrit après Pâques, dites-vous bien que l’été
est proche et que le monde nouveau est déjà né,
même si ça ne paraît pas encore.
Et la
question de savoir le moment où ça paraîtra, le
Christ de l’évangile de Marc répond : « Quand
au jour et à l’heure, nul ne les connaît, pas
même les anges dans le ciel, pas même le Fils,
mais seulement le Père » (Mc 13,32). Ce qui
veut dire pour tous les Témoins de Jéhovah de ce
monde : « Arrêtez de prédire la fin du monde! Ça
ne donne absolument rien ». Au contraire,
participez à la croissance du monde nouveau,
commencé à Pâques et qui se continue encore
aujourd’hui, à travers nous. Et la seule façon
d’y participer, c’est par notre engagement à
rendre le monde meilleur, c’est-à-dire rétablir
la justice, redonner la dignité à ceux et celles
qui l’ont perdue et rendre compte de l’espérance
qui nous habite.
En terminant, en 2ème lecture aujourd’hui, qui fait suite à
celle de la semaine passée, l’auteur de la
lettre aux Hébreux nous dit explicitement que le
sacrifice du Christ sur la croix du Vendredi
Saint, donne à ceux qui le reconnaissent, la
sainteté : « Par son sacrifice unique, il a
mené pour toujours à leur perfection ceux qui
reçoivent de lui la sainteté » (Hb 10,14),
et le pardon définitif de leurs limites et de
leurs péchés : « Quand le pardon est accordé,
on n’offre plus le sacrifice pour les péchés »
(Hb 10,18). Et c’est pourquoi, dit le
théologien belge Jacques Vermeylen : « À
partir de ce texte christologique, il est
possible de développer une réflexion sur les
pratiques chrétiennes. Le prêtre chrétien n’est
pas un hiereus, spécialiste du sacré,
comme ceux de la Première Alliance et d’autres
religions, et c’est pourquoi parler de
sacerdoce à son sujet est pour le moins
ambigu. D’autre part, s’il est vrai que le
sacrifice efficace a été offert une fois pour
toutes par le Christ, parler du sacrifice de
la messe ne peut se faire sans précautions ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
[
RETOUR]
|