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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ml 3,19-20a
Évangile : Lc 21,5-19
Apocalypse : une catastrophe ou une espérance?
Dimanche passé, nous entendions les Sadducéens poser à Jésus
une question sur la résurrection des morts;
aujourd’hui, Jésus lui-même amorce un discours
sur la fin des temps. Plutôt que d’avoir peur et
de vivre dans l’angoisse, le disciple doit
utiliser le temps qui lui est donné à tenir bon
et à témoigner de l’Évangile : « C’est par
votre persévérance que vous obtiendrez la vie! »
(Lc 21,19). Lorsque nous arrivons à la fin de
l’année liturgique, à chaque année, nous avons
des textes d’évangile à saveur apocalyptique.
Mais attention! Certains voudraient y voir des
annonces de catastrophes et de tragédies qui
précèdent la fin des temps, à cause de
l’imperfection et de la limite humaine… mais, il
n’en est rien. Au contraire, ce style littéraire
qu’on appelle apocalypse décrit tout
simplement la réalité souvent cruelle de
l’existence humaine dans laquelle nous nous
trouvons, pour y lancer un cri d’espérance, à
cause de notre foi en
la Résurrection. Oui! Nous sommes promis à la
Résurrection, mais nous devons toutefois passer par la souffrance et par la mort, à
cause de notre finitude humaine. Il ne faut
surtout pas désespérer et ces textes
apocalyptiques sont là pour nous le faire
penser.
1.
La réalité de Luc.
Au temps où Luc écrit son évangile (80-90 ap.
J-C.), nous sommes en pleines persécutions. La
guerre juive de 66 qui a débouché sur la prise
de Jérusalem par les Romains et la destruction
du temple en 70 ont pu être perçus autant par
les Juifs que par les chrétiens comme des signes
avant-coureurs de la fin des temps, d’autant
plus que durant les années qui ont suivi ces
bouleversements, les chrétiens ont connu des
temps très difficiles, des temps de
persécutions. Les Actes des Apôtres racontent
les épreuves rencontrées par la jeune Église :
« Les prêtres, le commandant du temple et les
sadducéens mirent la main sur Pierre et Jean et
les emprisonnèrent » (Ac 4,1-3); « Paul
et Silas ont été dépouillés de leurs vêtements,
battus et jetés en prison » (Ac 16,22-24).
La fidélité au Christ conduit les disciples à
provoquer l’opposition de tous : les Juifs, les
païens, l’État romain, leur propre famille :
« Vous serez détestés de tous, à cause de mon
Nom » (Lc 21,17). Par ailleurs, malgré les
souffrances et les déchirements, les disciples
peuvent continuer d’espérer : « Ce sera pour
vous l’occasion de rendre témoignage.
Mettez-vous dans la tête que vous n’avez pas à
vous soucier de votre défense. Moi-même, je vous
inspirerai un langage et une sagesse à laquelle
tous vos adversaires ne pourront opposer ni
résistance ni contradiction » (Lc 21,13-15).
Et plus encore : « Mais pas un cheveu de
votre tête ne sera perdu » (Lc 21,18).
2.
Les faux messies.
Ce qui fait l’originalité du discours de Luc,
c’est l’annonce de faux messies. On peut relever
l’activité de prophètes zélotes pendant la
guerre juive (66-70) qui, selon Flavius Josèphe,
annonçaient comme imminents les signes du
salut. Dans l’optique de Luc, il s’agit
plutôt des faux docteurs qui perturbent les
communautés : « Jésus répondit : ‘’Prenez
garde de ne pas vous laisser égarer, car
beaucoup viendront sous mon nom en disant :
‘’C’est moi’’, ou encore :’’Le moment est tout
proche’’. Ne marchez pas derrière eux!’’ »
(Lc 21,8). Ces prophètes de malheur avaient
d’autant plus d’emprise sur les chrétiens,
puisque ceux-ci étaient réellement persécutés :
« Mais avant tout cela, on portera la main
sur vous et on vous persécutera; on vous livrera
aux synagogues, on vous jettera en prison, on
vous fera comparaître devant des rois et des
gouverneurs, à cause de mon Nom » (Lc
21,12).
Saint Luc
reconnaît que sa communauté vit des moments
difficiles et que l’Église naissante traverse
des temps troubles, mais ces moments d’épreuves,
on les retrouve tout au long de l’histoire
humaine. Déjà le prophète Malachie, au 5ème
siècle avant le Christ, annonçait des jours
meilleurs, à une époque de grands
bouleversements, où sa communauté vivait un
certain découragement : « Voici que vient le
Jour du Seigneur, brûlant comme une fournaise »
(Ml 3,19a). Malachie critique sévèrement le
culte de son temps : critiques contre les
fidèles qui présentent à Dieu des bêtes
estropiées (Ml 1,8), critiques contre les
prêtres négligents qui n’enseignent pas la Loi
de Dieu (Ml 2,1-9). Par ailleurs, le prophète
fait part de son optimisme : « Mais pour vous
qui craignez mon Nom, le Soleil de justice se
lèvera : il apportera la guérison dans son
rayonnement » (Ml 3,20a).
Des
guerres, des tremblements de terre, des famines,
des épidémies et des intempéries de toutes
sortes, il y en a toujours eu et il y en aura
encore. Cette année, la terre a tremblé
violemment en Haïti et ailleurs dans le monde et
la guerre sévit toujours en Irak et en
Afghanistan; le sida a fait et continue de faire
des ravages un peu partout sur la planète et les
scientifiques s’attendent d’une année à l’autre
à une pandémie de la grippe. À partir de ces
dures réalités, il y a encore de ces prophètes
de malheur et de ces faux messies pour faire
peur aux gens et leur annoncer que c’est la fin
du monde. On va même jusqu’à dire que ce sera en
décembre 2012 : « Ne marchez pas derrière
eux » (Lc 21,8b); « ne vous effrayez
pas » (Lc 21,9b); « ce sera pour vous
l’occasion de rendre témoignage » (Lc
21,13); « c’est par votre persévérance que
vous obtiendrez la vie » (Lc 21,19).
3.
Actualisation.
Si j’actualise la Parole aujourd’hui, je me
rends compte qu’on a toujours besoin de ces
récits d’apocalypse pour nous rappeler que nous
sommes d’abord des êtres de finitude,
c’est-à-dire des êtres matériels, limités,
soumis aux lois naturelles et aux règles souvent
cruelles de la nature humaine; mais nous sommes
aussi des êtres spirituels, promis à la Vie avec
un grand V, parce que sauvés gratuitement par le
Christ ressuscité. Comment se fait-il alors, que
dans l’Église même, il y a encore de ces hommes
qui occupent des fonctions importantes et qui
agissent en prophètes de malheur et en faux
messies? Il n’y a pas si longtemps encore, on
entendait un cardinal dire haut et fort qu’au
Québec, on avait perdu tous nos repères et que
la société laïque dans laquelle nous sommes se
dirige vers un cul-de-sac. Au même moment, un
autre évêque optait pour une laïcité ouverte; il
reconnaissait que le Québec avait souffert trop
longtemps d’un mariage parfois serré entre la
religion et les gouvernements, ce qui a laissé
un goût amer chez plusieurs de nos
contemporains.
On a donc
d’un côté, le ton pessimiste d’un cardinal qui
parle de vide spirituel, de rupture religieuse
et culturelle, de crise de la famille et de
l’éducation, de citoyens désorientés, démotivés,
sujets à l’instabilité et rivés à des valeurs
passagères et superficielles, de relativisme
religieux et d’intégrisme laïciste… et d’un
autre côté, le ton optimiste d’un évêque qui,
tout en reconnaissant les limites de la société
québécoise actuelle, parle d’espérance et d’un
tournant positif pour l’avenir. Il écrit :
« Je mets de l’avant une laïcité ouverte…Je ne
suis pas nostalgique de la société ecclésiale
d’avant 1960 et je ne veux surtout pas la
rétablir. La montée de la laïcité fut salutaire
pour la société et pour la religion catholique
elle-même. Une épuration. Un appel qui nous a
été lancé, à nous les catholiques, à retrouver
les racines profondes de notre foi, à nous
rapprocher de l’humilité des évangiles et à
continuer d’œuvrer pour un monde meilleur et
plus juste dans une économie de moyens mais
animés du même souffle. J’en appelle à un
dialogue avec les tenants de toutes formes de
laïcité. Un dialogue constructif inspiré de nos
valeurs communes et respectueux de la vérité de
l’histoire ».
C’est à
nous de choisir entre ces deux visions d’Église.
Laquelle est la plus évangélique? Laquelle
correspond le mieux au message de saint Luc?
Laquelle respecte le plus l’intelligence de la
société québécoise d’aujourd’hui?
En terminant, je voudrais simplement citer l’exégète français
Jean Debruynne, dans son commentaire sur
l’évangile d’aujourd’hui : « …Des jours
viendront où il n’en restera pas pierre sur
pierre…C’est en ces termes que Luc annonce la
ruine du Temple de Jérusalem. Ce n’est sans
doute pas tant la démolition du bâtiment qui
concerne Jésus. Jésus n’est pas un promoteur qui
rêve de remplacer une vieille église par une
nouvelle plus à la mode et plus moderne. Jésus
ne veut plus de Temple du tout parce que Jésus
ne veut plus de religion. Il a déjà deviné que
son Évangile risque bien vite de devenir une
religion : Beaucoup viendront sous mon nom en
disant : ‘’C’est moi!’’ Ne les suivez pas. Jésus
n’est pas venu annoncer une religion mais la
foi ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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