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Trente-troisième dimanche du Temps ordinaire (C) : 14 novembre 2010
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Ml 3,19-20a
Évangile :  Lc 21,5-19

Apocalypse : une catastrophe ou une espérance?

Dimanche passé, nous entendions les Sadducéens poser à Jésus une question sur la résurrection des morts; aujourd’hui, Jésus lui-même amorce un discours sur la fin des temps. Plutôt que d’avoir peur et de vivre dans l’angoisse, le disciple doit utiliser le temps qui lui est donné à tenir bon et à témoigner de l’Évangile : « C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie! » (Lc 21,19). Lorsque nous arrivons à la fin de l’année liturgique, à chaque année, nous avons des textes d’évangile à saveur apocalyptique. Mais attention! Certains voudraient y voir des annonces de catastrophes et de tragédies qui précèdent la fin des temps, à cause de l’imperfection et de la limite humaine… mais, il n’en est rien. Au contraire, ce style littéraire qu’on appelle apocalypse décrit tout simplement la réalité souvent cruelle de l’existence humaine dans laquelle nous nous trouvons, pour y lancer un cri d’espérance, à cause de notre foi en la Résurrection. Oui! Nous sommes promis à la Résurrection, mais nous devons toutefois passer par la souffrance et par la mort, à cause de notre finitude humaine. Il ne faut surtout pas désespérer et ces textes apocalyptiques sont là pour nous le faire penser.

1.       La réalité de Luc. Au temps où Luc écrit son évangile (80-90 ap. J-C.), nous sommes en pleines persécutions. La guerre juive de 66 qui a débouché sur la prise de Jérusalem par les Romains et la destruction du temple en 70 ont pu être perçus autant par les Juifs que par les chrétiens comme des signes avant-coureurs de la fin des temps, d’autant plus que durant les années qui ont suivi ces bouleversements, les chrétiens ont connu des temps très difficiles, des temps de persécutions. Les Actes des Apôtres racontent les épreuves rencontrées par la jeune Église : « Les prêtres, le commandant du temple et les sadducéens mirent la main sur Pierre et Jean et les emprisonnèrent » (Ac 4,1-3); « Paul et Silas ont été dépouillés de leurs vêtements, battus et jetés en prison » (Ac 16,22-24). La fidélité au Christ conduit les disciples à provoquer l’opposition de tous : les Juifs, les païens, l’État romain, leur propre famille : « Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom » (Lc 21,17). Par ailleurs, malgré les souffrances et les déchirements, les disciples peuvent continuer d’espérer : « Ce sera pour vous l’occasion de rendre témoignage. Mettez-vous dans la tête que vous n’avez pas à vous soucier de votre défense. Moi-même, je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction » (Lc 21,13-15). Et plus encore : « Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu » (Lc 21,18).

2.       Les faux messies. Ce qui fait l’originalité du discours de Luc, c’est l’annonce de faux messies. On peut relever l’activité de prophètes zélotes pendant la guerre juive (66-70) qui, selon Flavius Josèphe, annonçaient comme imminents les signes du salut. Dans l’optique de Luc, il s’agit plutôt des faux docteurs qui perturbent les communautés : « Jésus répondit : ‘’Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom en disant : ‘’C’est moi’’, ou encore :’’Le moment est tout proche’’. Ne marchez pas derrière eux!’’ » (Lc 21,8). Ces prophètes de malheur avaient d’autant plus d’emprise sur les chrétiens, puisque ceux-ci étaient réellement persécutés : « Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et on vous persécutera; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon Nom » (Lc 21,12).

Saint Luc reconnaît que sa communauté vit des moments difficiles et que l’Église naissante traverse des temps troubles, mais ces moments d’épreuves, on les retrouve tout au long de l’histoire humaine. Déjà le prophète Malachie, au 5ème siècle avant le Christ, annonçait des jours meilleurs, à une époque de grands bouleversements, où sa communauté vivait un certain découragement : « Voici que vient le Jour du Seigneur, brûlant comme une fournaise » (Ml 3,19a). Malachie critique sévèrement le culte de son temps : critiques contre les fidèles qui présentent à Dieu des bêtes estropiées (Ml 1,8), critiques contre les prêtres négligents qui n’enseignent pas la Loi de Dieu (Ml 2,1-9). Par ailleurs, le prophète fait part de son optimisme : « Mais pour vous qui craignez mon Nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement » (Ml 3,20a).

Des guerres, des tremblements de terre, des famines, des épidémies et des intempéries de toutes sortes, il y en a toujours eu et il y en aura encore. Cette année, la terre a tremblé violemment en Haïti et ailleurs dans le monde et la guerre sévit toujours en Irak et en Afghanistan; le sida a fait et continue de faire des ravages un peu partout sur la planète et les scientifiques s’attendent d’une année à l’autre à une pandémie de la grippe. À partir de ces dures réalités, il y a encore de ces prophètes de malheur et de ces faux messies pour faire peur aux gens et leur annoncer que c’est la fin du monde. On va même jusqu’à dire que ce sera en décembre 2012 : « Ne marchez pas derrière eux » (Lc 21,8b); « ne vous effrayez pas » (Lc 21,9b); « ce sera pour vous l’occasion de rendre témoignage » (Lc 21,13); « c’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie » (Lc 21,19).

3.       Actualisation. Si j’actualise la Parole aujourd’hui, je me rends compte qu’on a toujours besoin de ces récits d’apocalypse pour nous rappeler que nous sommes d’abord des êtres de finitude, c’est-à-dire des êtres matériels, limités, soumis aux lois naturelles et aux règles souvent cruelles de la nature humaine; mais nous sommes aussi des êtres spirituels, promis à la Vie avec un grand V, parce que sauvés gratuitement par le Christ ressuscité. Comment se fait-il alors, que dans l’Église même, il y a encore de ces hommes qui occupent des fonctions importantes et qui agissent en prophètes de malheur et en faux messies? Il n’y a pas si longtemps encore, on entendait un cardinal dire haut et fort qu’au Québec, on avait perdu tous nos repères et que la société laïque dans laquelle nous sommes se dirige vers un cul-de-sac. Au même moment, un autre évêque optait pour une laïcité ouverte; il reconnaissait que le Québec avait souffert trop longtemps d’un mariage parfois serré entre la religion et les gouvernements, ce qui a laissé un goût amer chez plusieurs de nos contemporains.

On a donc d’un côté, le ton pessimiste d’un cardinal  qui parle de vide spirituel, de rupture religieuse et culturelle, de crise de la famille et de l’éducation, de citoyens désorientés, démotivés, sujets à l’instabilité et rivés à des valeurs passagères et superficielles, de relativisme religieux et d’intégrisme laïciste… et d’un autre côté, le ton optimiste d’un évêque qui, tout en reconnaissant les limites de la société québécoise actuelle, parle d’espérance et d’un tournant positif pour l’avenir. Il écrit : « Je mets de l’avant une laïcité ouverte…Je ne suis pas nostalgique de la société ecclésiale d’avant 1960 et je ne veux surtout pas la rétablir. La montée de la laïcité fut salutaire pour la société et pour la religion catholique elle-même. Une épuration. Un appel qui nous a été lancé, à nous les catholiques, à retrouver les racines profondes de notre foi, à nous rapprocher de l’humilité des évangiles et à continuer d’œuvrer pour un monde meilleur et plus juste dans une économie de moyens mais animés du même souffle. J’en appelle à un dialogue avec les tenants de toutes formes de laïcité. Un dialogue constructif inspiré de nos valeurs communes et respectueux de la vérité de l’histoire ».

C’est à nous de choisir entre ces deux visions d’Église. Laquelle est la plus évangélique? Laquelle correspond le mieux au message de saint Luc? Laquelle respecte le plus l’intelligence de la société québécoise d’aujourd’hui?

En terminant, je voudrais simplement citer l’exégète français Jean Debruynne, dans son commentaire sur l’évangile d’aujourd’hui : « …Des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre…C’est en ces termes que Luc annonce la ruine du Temple de Jérusalem. Ce n’est sans doute pas tant la démolition du bâtiment qui concerne Jésus. Jésus n’est pas un promoteur qui rêve de remplacer une vieille église par une nouvelle plus à la mode et plus moderne. Jésus ne veut plus de Temple du tout parce que Jésus ne veut plus de religion. Il a déjà deviné que son Évangile risque bien vite de devenir une religion : Beaucoup viendront sous mon nom en disant : ‘’C’est moi!’’ Ne les suivez pas. Jésus n’est pas venu annoncer une religion mais la foi ».


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

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