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Réf. Bibliques :
1ère lecture : Jo 3,1-5.10
2ème
lecture : 1 Co 7,29-31
Évangile : Mc
1,14-20
Après l’appel des premiers disciples, selon saint Jean, voici
l’appel raconté différemment des 4 premiers
disciples, selon saint Marc, l’évangéliste de
l’année B. Le Jésus discret et effacé de saint
Jean est remplacé par un Jésus plein d’autorité
selon saint Marc, qui, avant même d’enseigner,
de prêcher et d’agir, se choisit des disciples.
Il a tellement d’autorité et de charismes, comme
Barack Obama des États-Unis, que personne n’ose
le contester. Et pourtant, il n’oblige personne
à le croire et à le suivre. Il ne fait
qu’inviter : « Les temps sont accomplis, le
Règne de Dieu est tout proche » (Mc 1,15a).
Et, contrairement à Jean Baptiste qui annonçait
un jugement sévère de l’histoire, Jésus, lui,
proclame une Bonne Nouvelle qui invite à la
conversion et à la foi : « Convertissez-vous
et croyez à
la Bonne Nouvelle »
(Mc 1,15b). Mais quelle est cette Bonne
Nouvelle? Que faire pour la vivre?
-
La Bonne
Nouvelle ou l’Évangile : Si on lit bien l’évangile de Marc, le premier évangéliste, et
les autres à sa suite,
la Bonne Nouvelle, c’est Jésus Christ,
Fils de Dieu (Mc 1,1). Mais pourquoi
est-il Bonne Nouvelle? Jésus est devenu
Bonne Nouvelle par l’événement mort
résurrection, qui nous a montré que la mort
n’a pas le dernier mot sur la vie et que la
personne humaine marquée par ses limites et
ses fragilités peut accomplir de très
grandes choses : plus de justice pour tous,
le respect de l’autre, de tout autre, la
reconnaissance de la dignité de toute
personne, la capacité de pardonner et de se
réconcilier, l’amour inconditionnel, le
partage de nos richesses, l’égalité entre
les humains, l’espérance d’un monde
meilleur. Si cela n’est pas une Bonne
Nouvelle, je me demande ce que c’est…
Aussi,
la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, c’est
annoncer le salut pour tous sans exception.
Ce ne sont pas nos œuvres qui nous sauvent,
c’est notre foi au Christ ressuscité. Les
œuvres viennent après : « Si de ta
bouche, tu confesses que Jésus est Seigneur
et si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a
ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Rm
10,9). La foi est réponse à la Bonne
Nouvelle et a pour objet Jésus que Dieu a
ressuscité et fait Christ, Seigneur et
Sauveur de toute l’humanité. La vraie
justice est celle qui vient de la foi (Rm
10,6), qui est donnée par la foi (Rm 3,25),
et la justice reçue par la foi est pardon (Ga
5,24), réconciliation avec Dieu (Ép 3,12),
union à Jésus Christ (Ép 3,17), et elle
inaugure la vie de l’Esprit (Ép 1,13-14).
L’invitation de Jésus Christ à la conversion et à la foi en
la Bonne Nouvelle, fait appel à notre
liberté humaine. Ce n’est pas
obligatoire, c’est une option libre. Et la
réponse à l’invitation doit aussi faire
appel à notre liberté. Ce n’est pas pour
rien que saint Paul, en 2ème lecture
aujourd’hui, invite les Corinthiens à ne pas
suivre certains illuminés de la communauté
qui, à Corinthe, prétendaient interdire le
mariage à tous, parce qu’ils voulaient
imposer à tout le monde le célibat consacré.
En voulant souligner le caractère provisoire
mais réel des réalités de ce monde, dont le
mariage fait partie, saint Paul écrit :
« Frères, je dois vous le dire : le temps
est limité : Dès lors, que ceux qui ont une
femme, soient comme s’ils n’avaient pas de
femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne
pleuraient pas, ceux qui sont heureux, comme
s’ils n’étaient pas heureux, ceux qui font
des achats, comme s’il ne possédaient rien,
ceux qui tirent profit de ce monde, comme
s’ils n’en profitaient pas. Car ce monde tel
que nous le voyons est en train de passer »
(1 Co 7,29-31).
Malheureusement, il y a là un danger d’interprétation que
certains chrétiens n’ont pas toujours su
éviter : le mépris du monde, le
désengagement et l’évasion hors des tâches
terrestres. La pensée de Paul et la logique
de l’Évangile sont pourtant tout autres. Le
monde que nous voyons requiert nos énergies,
notre vigilance et notre imagination au
service de la justice et de la paix.
Essentielles, ces réalités sont néanmoins
provisoires par rapport à notre appartenance
au Christ de Pâques. L’exégète Charles
Wackenheim écrit : « le chrétien ne
dédaigne ni les enjeux ni les préoccupations
d’ici-bas; il doit prendre garde de s’y
engluer au point de fermer son cœur à
la Parole de Dieu qui conteste tous les enfermements ».
Et on a un bel exemple d’enfermement en 1ère lecture
aujourd’hui, où le prophète Jonas enferme
dans la peur les Ninivites pour qu’ils se
convertissent : « Jonas parcourut la
ville en une journée à peine en proclamant :
‘’Encore quarante jours, et Ninive sera
détruite!’’ » (Jo 3,4). On a longtemps
fonctionné de cette façon en faisant peur
aux gens : l’enfer, les démons, la mort et
la perdition. Heureusement qu’aujourd’hui,
nous en sommes sortis. La sauce ne prend
plus. Car Dieu qui est miséricorde, pardon
et amour, comment pourrait-il menacer les
hommes et les femmes qui sont l’œuvre de sa
création? Ne sont-ils pas créés à son
image
et à sa ressemblance? Pierre Domergue
écrit : « Effectivement, Jonas prononce
un oracle de condamnation : Ninive sera
détruite. Effectivement, les Ninivites se
sont convertis, et Dieu revient sur sa
décision. Le lecteur de ce conte prophétique
apprend ainsi qu’il n’y a plus de
condamnation inconditionnelle : Dieu n’est
pas tenu de donner raison à ses envoyés. Il
n’est tenu qu’à sa propre parole, qui est
tendresse et miséricorde ».
-
La vocation :
L’appel ou la vocation chrétienne peut se
faire de multiples façons : directement
comme dans la 1ère lecture aujourd’hui, où
le jeune Samuel entend pour la première fois
le Seigneur, croyant que c’était le prêtre
Éli qui l’appela. Par trois fois, Samuel se
lève et dit à Éli : Me voici. Sur le conseil
du prêtre, la 4ème fois où le Seigneur
appela Samuel, celui-ci répondit :
« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute »
(1 Sm 3,10). Par son écoute et par sa
disponibilité, ajoute le texte,
« Samuel grandit. Le Seigneur était avec
lui, et aucune de ses paroles ne demeura
sans effet » (1 Sm 3,19).
Ou par l’intermédiaire de quelqu’un,
comme dans l’évangile de saint Jean. À la
suite du témoignage de Jean-Baptiste, deux
de ses disciples se mirent à suivre Jésus.
Nous avons là le modèle de toute vocation
chrétienne : c’est par le témoignage de
quelqu’un qu’on peut chercher le
Christ et le suivre quand il se
présente à nous; on est alors dans des
conditions pour le trouver et
demeurer avec lui. Ces quatre verbes
sont la marche à suivre pour devenir
disciples du Ressuscité. C’est de cette
façon qu’on peut témoigner à son tour et
interpeller quelqu’un d’autre. C’est
exactement ce que fait André avec son frère
Simon : « Il trouve d’abord son frère
Simon et lui dit : ‘’Nous avons trouvé le
Messie (autrement dit : le Christ)’’ » (Jn
1,41).
En terminant, comme chrétiens appelés à témoigner de notre
rencontre du Ressuscité, il nous faut proposer
aux autres de chercher le Christ, de le suivre,
de le trouver et de demeurer avec lui. Ainsi,
ils deviendront disciples eux aussi. Pour
connaître vraiment le Seigneur, il faut d’abord
le chercher au-dedans de nous. Saint Augustin,
au 4ème siècle, dans ses Confessions, écrit :
« Où donc t’ai-je trouvé, pour te connaître? Tu
n’étais pas encore dans ma mémoire, avant que je
te connaisse… Ton meilleur serviteur est celui
qui ne songe pas à recevoir de toi la réponse
qu’il veut, mais plutôt à vouloir ce que tu lui
dis. Tard je t’ai aimée, Beauté si ancienne et
si nouvelle, tard je t’ai aimée. C’est que tu
étais au-dedans de moi, et, moi, j’étais
au-dehors! Et c’est dehors que je te cherchais.
Dans ma laideur, je me jetais sur la beauté de
ce que tu as créé. Tu étais avec moi et je
n’étais pas avec toi. Ce qui loin de toi me
retenait, c’étaient ces choses qui
n’existeraient pas, si elles n’étaient en toi.
Tu m’as appelé, tu as crié, et tu as vaincu ma
surdité; tu as brillé, tu as resplendi, et tu as
dissipé mon aveuglement; tu as répandu ton
parfum, je l’ai respirée et je soupire
maintenant après toi; je t’ai goûtée et j’ai
faim et soif de toi; tu m’as touché, et je brûle
du désir de ta paix. »
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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