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Troisième dimanche du Temps ordinaire  (B) : 25 janvier 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 


Réf. Bibliques :    1ère lecture : Jo 3,1-5.10

                            2ème lecture : 1 Co 7,29-31

                            Évangile : Mc 1,14-20

Après l’appel des premiers disciples, selon saint Jean, voici l’appel raconté différemment des 4 premiers disciples, selon saint Marc, l’évangéliste de l’année B. Le Jésus discret et effacé de saint Jean est remplacé par un Jésus plein d’autorité selon saint Marc, qui, avant même d’enseigner, de prêcher et d’agir, se choisit des disciples. Il a tellement d’autorité et de charismes, comme Barack Obama des États-Unis, que personne n’ose le contester. Et pourtant, il n’oblige personne à le croire et à le suivre. Il ne fait qu’inviter : « Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche » (Mc 1,15a). Et, contrairement à Jean Baptiste qui annonçait un jugement sévère de l’histoire, Jésus, lui, proclame une Bonne Nouvelle qui invite à la conversion et à la foi : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1,15b). Mais quelle est cette Bonne Nouvelle? Que faire pour la vivre?

  1. La Bonne Nouvelle ou l’Évangile : Si on lit bien l’évangile de Marc, le premier évangéliste, et les autres à sa suite, la Bonne Nouvelle, c’est Jésus Christ, Fils de Dieu (Mc 1,1). Mais pourquoi est-il Bonne Nouvelle? Jésus est devenu Bonne Nouvelle par l’événement mort résurrection, qui nous a montré que la mort n’a pas le dernier mot sur la vie et que la personne humaine marquée par ses limites et ses fragilités peut accomplir de très grandes choses : plus de justice pour tous, le respect de l’autre, de tout autre, la reconnaissance de la dignité de toute personne, la capacité de pardonner et de se réconcilier, l’amour inconditionnel, le partage de nos richesses, l’égalité entre les humains, l’espérance d’un monde meilleur. Si cela n’est pas une Bonne Nouvelle, je me demande ce que c’est…

Aussi, la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, c’est annoncer le salut pour tous sans exception. Ce ne sont pas nos œuvres qui nous sauvent, c’est notre foi au Christ ressuscité. Les œuvres viennent après : « Si de ta bouche, tu confesses que Jésus est Seigneur et si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Rm 10,9). La foi est réponse à la Bonne Nouvelle et a pour objet Jésus que Dieu a ressuscité et fait Christ, Seigneur et Sauveur de toute l’humanité. La vraie justice est celle qui vient de la foi (Rm 10,6), qui est donnée par la foi (Rm 3,25), et la justice reçue par la foi est pardon (Ga 5,24), réconciliation avec Dieu (Ép 3,12), union à Jésus Christ (Ép 3,17), et elle inaugure la vie de l’Esprit (Ép 1,13-14).

L’invitation de Jésus Christ à la conversion et à la foi en la Bonne Nouvelle, fait appel à notre liberté humaine. Ce n’est pas obligatoire, c’est une option libre. Et la réponse à l’invitation doit aussi faire appel à notre liberté. Ce n’est pas pour rien que saint Paul, en 2ème lecture aujourd’hui, invite les Corinthiens à ne pas suivre certains illuminés de la communauté qui, à Corinthe, prétendaient interdire le mariage à tous, parce qu’ils voulaient imposer à tout le monde le célibat consacré. En voulant souligner le caractère provisoire mais réel des réalités de ce monde, dont le mariage fait partie, saint Paul écrit : « Frères, je dois vous le dire : le temps est limité : Dès lors, que ceux qui ont une femme, soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui sont heureux, comme s’ils n’étaient pas heureux, ceux qui font des achats, comme s’il ne possédaient rien, ceux qui tirent profit de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas. Car ce monde tel que nous le voyons est en train de passer » (1 Co 7,29-31).

Malheureusement, il y a là un danger d’interprétation que certains chrétiens n’ont pas toujours su éviter : le mépris du monde, le désengagement et l’évasion hors des tâches terrestres. La pensée de Paul et la logique de l’Évangile sont pourtant tout autres. Le monde que nous voyons requiert nos énergies, notre vigilance et notre imagination au service de la justice et de la paix. Essentielles, ces réalités sont néanmoins provisoires par rapport à notre appartenance au Christ de Pâques. L’exégète Charles Wackenheim écrit : « le chrétien ne dédaigne ni les enjeux ni les préoccupations d’ici-bas; il doit prendre garde de s’y engluer au point de fermer son cœur à la Parole de Dieu qui conteste tous les enfermements ».

Et on a un bel exemple d’enfermement en 1ère lecture aujourd’hui, où le prophète Jonas enferme dans la peur les Ninivites pour qu’ils se convertissent : « Jonas parcourut la ville en une journée à peine en proclamant : ‘’Encore quarante jours, et Ninive sera détruite!’’ » (Jo 3,4). On a longtemps fonctionné de cette façon en faisant peur aux gens : l’enfer, les démons, la mort et la perdition. Heureusement qu’aujourd’hui, nous en sommes sortis. La sauce ne prend plus. Car Dieu qui est miséricorde, pardon et amour, comment pourrait-il menacer les hommes et les femmes qui sont l’œuvre de sa création? Ne sont-ils pas créés à son image et à sa ressemblance? Pierre Domergue écrit : « Effectivement, Jonas prononce un oracle de condamnation : Ninive sera détruite. Effectivement, les Ninivites se sont convertis, et Dieu revient sur sa décision. Le lecteur de ce conte prophétique apprend ainsi qu’il n’y a plus de condamnation inconditionnelle : Dieu n’est pas tenu de donner raison à ses envoyés. Il n’est tenu qu’à sa propre parole, qui est tendresse et miséricorde ».

  1. La vocation : L’appel ou la vocation chrétienne peut se faire de multiples façons : directement comme dans la 1ère lecture aujourd’hui, où le jeune Samuel entend pour la première fois le Seigneur, croyant que c’était le prêtre Éli qui l’appela. Par trois fois, Samuel se lève et dit à Éli : Me voici. Sur le conseil du prêtre, la 4ème fois où le Seigneur appela Samuel, celui-ci répondit : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1 Sm 3,10). Par son écoute et par sa disponibilité, ajoute le texte, « Samuel grandit. Le Seigneur était avec lui, et aucune de ses paroles ne demeura sans effet » (1 Sm 3,19).

Ou par l’intermédiaire de quelqu’un, comme dans l’évangile de saint Jean. À la suite du témoignage de Jean-Baptiste, deux de ses disciples se mirent à suivre Jésus. Nous avons là le modèle de toute vocation chrétienne : c’est par le témoignage de quelqu’un qu’on peut chercher le Christ et le suivre quand il se présente à nous; on est alors dans des conditions pour le trouver et demeurer avec lui. Ces quatre verbes sont la marche à suivre pour devenir disciples du Ressuscité. C’est de cette façon qu’on peut témoigner à son tour et interpeller quelqu’un d’autre. C’est exactement ce que fait André avec son frère Simon : « Il trouve d’abord son frère Simon et lui dit : ‘’Nous avons trouvé le Messie (autrement dit : le Christ)’’ » (Jn 1,41).

En terminant, comme chrétiens appelés à témoigner de notre rencontre du Ressuscité, il nous faut proposer aux autres de chercher le Christ, de le suivre, de le trouver et de demeurer avec lui. Ainsi, ils deviendront disciples eux aussi. Pour connaître vraiment le Seigneur, il faut d’abord le chercher au-dedans de nous. Saint Augustin, au 4ème siècle, dans ses Confessions, écrit : « Où donc t’ai-je trouvé, pour te connaître? Tu n’étais pas encore dans ma mémoire, avant que je te connaisse… Ton meilleur serviteur est celui qui ne songe pas à recevoir de toi la réponse qu’il veut, mais plutôt à vouloir ce que tu lui dis. Tard je t’ai aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai aimée. C’est que tu étais au-dedans de moi, et, moi, j’étais au-dehors! Et c’est dehors que je te cherchais. Dans ma laideur, je me jetais sur la beauté de ce que tu as créé. Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi. Ce qui loin de toi me retenait, c’étaient ces choses qui n’existeraient pas, si elles n’étaient en toi. Tu m’as appelé, tu as crié, et tu as vaincu ma surdité; tu as brillé, tu as resplendi, et tu as dissipé mon aveuglement; tu as répandu ton parfum, je l’ai respirée et je soupire maintenant après toi; je t’ai goûtée et j’ai faim et soif de toi; tu m’as touché, et je brûle du désir de ta paix. »


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

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