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Troisième dimanche du Temps ordinaire (B) : 22 janvier 2012
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Jo 3,1-5.10
2ème lecture :  1 Co 7,29-31
Évangile:  Mc 1,14-20

La foi chrétienne exige la liberté et la sincérité !

Après l’appel des premiers disciples, selon saint Jean, voici l’appel des quatre premiers disciples, raconté différemment, selon saint Marc, l’évangéliste de l’année B. Le Jésus discret et effacé de saint Jean est remplacé par un Jésus plein d’autorité qui, avant même d’enseigner, de prêcher et d’agir, se choisit des disciples. Il a tellement d’autorité et de charismes, que personne n’ose le contester. Et pourtant, il n’oblige personne à le croire et à le suivre. Il ne fait qu’inviter : « Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche » (Mc 1,15a). Et, contrairement à Jean-Baptiste qui annonçait un jugement sévère de l’histoire, Jésus, lui, proclame une Bonne Nouvelle qui invite à la conversion et à la foi : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1,15b). Mais quelle est cette Bonne Nouvelle? Que faire pour la vivre?

1.       La Bonne Nouvelle ou l’Évangile. Si on lit bien l’évangile de Marc, le premier évangéliste, et les autres à sa suite, la Bonne Nouvelle, c’est Jésus Christ, Fils de Dieu (Mc 1,1). Mais pourquoi est-il Bonne Nouvelle? Jésus est devenu Bonne Nouvelle par l’événement mort-résurrection, qui nous a montré que la mort n’a pas le dernier mot sur la vie et que la personne humaine, marquée par ses limites et ses fragilités, peut accomplir de très grandes choses : plus de justice pour tous, le respect de l’autre, de tout autre, la reconnaissance de la dignité de toute personne, la capacité illimitée de pardonner et de se réconcilier, l’amour inconditionnel, le partage de nos richesses, l’égalité entre les humains, l’espérance d’un monde meilleur. Si cela n’est pas une Bonne Nouvelle, je me demande ce que c’est…

Aussi, la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, c’est d’annoncer le salut pour tous sans exception. Ce ne sont pas nos œuvres qui nous sauvent; c’est notre foi au Christ de Pâques, au Christ ressuscité. Les œuvres viennent après : « Si de ta bouche, tu confesses que Jésus est Seigneur et si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Rm 10,9). La foi est réponse à la Bonne Nouvelle et a pour objet Jésus que Dieu a ressuscité et fait Christ, Seigneur et Sauveur de toute l’humanité. La vraie justice est celle qui vient de la foi (Rm 10,6), qui est donnée par la foi (Rm 3,25), et la justice reçue par la foi, est pardon (Ga 5,24), réconciliation avec Dieu (Ép 3,12), union à Jésus Christ (Ép 3,17), et elle inaugure la vie de l’Esprit (Ép 1,13-14).

L’invitation de Jésus Christ à la conversion et à la foi en la Bonne Nouvelle, fait appel à notre liberté humaine. Ce n’est pas obligatoire; c’est une option libre et sans contrainte. Et la réponse à l’invitation qui nous est faite, doit aussi faire appel à notre liberté et à notre responsabilité. Ce n’est pas pour rien que saint Paul, en 2ème lecture aujourd’hui, invite les Corinthiens à ne pas suivre certains illuminés de la communauté qui, à Corinthe, prétendaient interdire le mariage à tous, parce qu’ils voulaient imposer à tout le monde le célibat consacré. En voulant souligner le caractère provisoire mais réel des réalités de ce monde, dont le mariage fait partie, saint Paul écrit : « Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme, soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui sont heureux, comme s’ils n’étaient pas heureux, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui tirent profit de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas. Car ce monde tel que nous le voyons est en train de passer » (1 Co 7,29-31).

Malheureusement, il y a, dans ces propos de saint Paul, un danger d’interprétation que l’Église n’a pas su éviter : le mépris du monde, le désengagement et l’évasion hors des tâches terrestres, comme si ce n’était pas nécessaire. Et pourtant, la pensée de Paul et la logique de l’Évangile sont tout le contraire. Le monde que nous voyons requiert nos énergies, notre vigilance et notre imagination au service de la justice et de la paix. Essentielles, ces réalités sont néanmoins provisoires par rapport à notre appartenance au Christ de Pâques. L’exégète Charles Wackenheim écrit : « Le chrétien ne dédaigne ni les enjeux ni les préoccupations d’ici-bas; il doit prendre garde de s’y engluer au point de fermer son cœur à la Parole de Dieu qui conteste tous les enfermements ».

Et on a un bel exemple d’enfermement en 1ère lecture aujourd’hui, où le prophète Jonas enferme dans la peur les Ninivites pour qu’ils se convertissent : « Jonas parcourut la ville en une journée à peine en proclamant : ‘’Encore quarante jours, et Ninive sera détruite!’’ » (Jo 3,4). On a longtemps fonctionné de cette façon en faisant peur aux gens : l’enfer, les démons, la mort et la perdition… etc. Heureusement qu’aujourd’hui, nous en sommes sortis. La sauce ne prend plus. Car Dieu, qui est miséricorde, pardon et amour, comment pourrait-il menacer les femmes et les hommes qui sont l’œuvre de sa création? Ne sont-ils pas créés à l’image et à la ressemblance de Dieu? Pierre Domergue écrit : « Effectivement, Jonas prononce un oracle de condamnation : Ninive sera détruite. Effectivement, les Ninivites se sont convertis, et Dieu revient sur sa décision. Le lecteur de ce conte prophétique apprend ainsi qu’il n’y a plus de condamnation inconditionnelle : Dieu n’est pas tenu de donner raison à ses envoyés. Il n’est tenu qu’à sa propre parole, qui est tendresse et miséricorde ».

2.       Devenir disciples. À la question, que faire pour vivre la Bonne Nouvelle? Je réponds ceci : pour vivre la Bonne Nouvelle, nous devons devenir disciples du Christ, c’est-à-dire se laisser voir par le Christ : « Passant au bord du lac de Galilée, Jésus vit Simon et son frère André en train de jeter leurs filets : c’étaient des pêcheurs » (Mc 1,16), entendre son invitation : « Jésus leur dit : ‘’Venez derrière moi. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes’’ » (Mc 1,17), et y répondre librement : « Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent » (Mc 1,18).

Voilà deux symboles importants à définir :

1)         Le filet. Symbole de séduction. Tomber dans les filets de quelqu’un, c’est se laisser séduire par lui. Le Christ de l’évangile de Marc est un séducteur; il est tellement séduisant, qu’on ne peut y échapper, d’où l’empressement des quatre premiers disciples appelés à le suivre. Ils le font spontanément, en toute liberté.

2)         Pêcheurs d’hommes. Il est vrai que la pêche consiste à prendre ou à capturer des poissons. Mais le sens de la pêche humaine utilisé par saint Marc est tout autre. Il faut se rappeler que, dans la Bible, la mer est symbole des forces du mal, et pêcher des hommes, c’est libérer l’homme de l’emprise de la mer, des forces du mal. Donc, la mission des disciples ne consiste pas à prendre ou à capturer des hommes, mais plutôt à les libérer. Telle est la mission de l’Église encore aujourd’hui.

En terminant, je voudrais simplement vous citer l’exégète français Jean Debruynne, dans son commentaire de l’évangile d’aujourd’hui : « C’est l’arrestation de Jean-Baptiste qui sert de signal. Jean-Baptiste est jeté en prison et cela libère la parole de l’évangile comme si l’arrestation de Jean était le rendez-vous fixé pour que Jésus sorte du silence. Comme si un relais se passait de Jean à Jésus. Comme si l’histoire changeait et passait de l’ancien au nouveau testament. Jean-Baptiste est arrêté mais rien ne peut jamais arrêter la Parole de Dieu, et le premier acte de mission de Jésus est d’appeler un Peuple en appelant ses disciples. Il les appelle à le suivre comme des disciples, mais déjà aussi il les appelle à le suivre comme des successeurs ». Et j’ajouterais, c’est en toute liberté que les quatre disciples acceptent de suivre le Christ, et c’est en toute liberté, que nous acceptons, encore aujourd’hui, de devenir disciples du Ressuscité, de suivre le Christ de Pâques. Nous sommes donc les successeurs des premiers disciples, qui eux, étaient les successeurs de Jésus ressuscité.

 

 

 

 

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