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Réf. Bibliques :
1ère lecture : Dt 18,15-20
Évangile : Mc
1,21-28
La Parole de Dieu aujourd’hui porte sur le
prophétisme, autant dans la 1ère lecture que
dans l’évangile de Marc. Un prophète,
quel nom mystérieux pour celui ou celle qui
l’est et quelle belle mission pour celui ou
celle qui l’exerce! Un nom mystérieux oui! Car
on a de la difficulté à reconnaître ceux et
celles qui sont prophètes et une mission
extraordinaire, quand on regarde, après coup, ce
que les prophètes ont été et réalisé. Je
m’explique!
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Qu’est-ce qu’un prophète?
Selon le dictionnaire, est prophète la
personne qui prédit l’avenir. C’est
complètement faux, car la personne qui
prédit l’avenir, est un astrologue, un
cartomancien ou une diseuse de bonne
aventure. Ça n’a rien à voir avec le
prophète. Le prophète n’est pas celui qui
dit d’avance, mais celui qui parle au
nom du Seigneur. Ce n’est pas celui qui
prédit l’avenir; c’est celui qui aide les
autres à lire le présent. Et, s’il lui
arrive de parler au futur, c’est qu’il prend
le temps d’analyser le présent, de lire les
signes des temps et de prévenir les gens de
ce qui peut arriver dans l’avenir. Dans le
fond, le prophète a un bon jugement et un
gros bon sens. Ça lui permet de lire le
présent, de préparer l’avenir, de parer ou
de prévoir les mauvais coups et
d’accompagner les personnes qui cheminent
avec lui.
En 1ère lecture aujourd’hui, dans le livre du Deutéronome,
Moïse rappelle au peuple d’Israël que,
dorénavant, Dieu ne parlera plus
directement; il se servira d’un
intermédiaire, d’un prophète pour se dire et
s’exprimer : « Au milieu de vous, parmi
vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se
lever un prophète comme moi, et vous
l’écouterez. C’est bien ce que vous avez
demandé au Seigneur votre Dieu, au mont
Horeb, le jour de l’assemblée, quand vous
disiez : ‘’Je ne veux plus entendre la voix
du Seigneur mon Dieu, je ne veux plus voir
cette grande flamme, je ne veux pas
mourir!’’ » (Dt 18,15-16). Et pourtant,
ce fut difficile pour les israélites de
reconnaître Moïse comme prophète, comme il a
été difficile aussi de reconnaître Jésus
comme prophète. Dans l’extrait de l’évangile
de Marc que nous avons aujourd’hui, Jésus
enseigne dans la synagogue de Capharnaüm et
l’évangéliste nous dit : « On était
frappé par son enseignement, car il
enseignait en homme qui a autorité, et non
pas comme les scribes » (Mc 1,22).
Et pourtant, ça n’a pas empêché un homme de contester son
enseignement : « Que nous veux-tu, Jésus
de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre? Je
sais fort bien qui tu es : le Saint, le
Saint de Dieu » (Mc 1,24). C’est plutôt
particulier, car même sachant qui il est, ça
n’empêche pas l’homme de contester
la Parole portée par le prophète. Laissons de côté la
possession diabolique, car à l’époque de
Jésus, toute maladie, toute infirmité, toute
limite humaine, étaient considérées comme
des possessions d’esprits mauvais. Par
ailleurs, ce qu’il nous faut retenir, c’est
le silence que Jésus impose à cet homme; ça
lui vaut le respect de tous. Ça veut dire
que le Christ de l’évangile, puisqu’il
s’agit bien de lui, parle au nom de Dieu
avec une telle conviction, que sa Parole qui
annonce la nouveauté de Dieu, a raison de
toutes nos limites et de nos pauvretés :
« Saisis de frayeur, tous s’interrogeaient :
Qu’est-ce que cela veut dire? Voilà un
enseignement nouveau, proclamé avec
autorité! Il commande même aux esprits
mauvais, et ils lui obéissent » (Mc
1,27).
Mais, comme un prophète est difficile à reconnaître, parce
que nos limites humaines nous font contester
sa Parole, même Jésus n’a pas été reconnu
comme prophète, de sorte qu’il sera rejeté
comme les prophètes de l’Ancien Testament,
et, en plus, il sera crucifié. L’exégète
québécois Jean-Pierre Prévost écrit :
« Le peuple de
la Bible a été vraiment choyé de compter dans ses rangs d’aussi grands prophètes
que Moïse, Samuel, Nathan, Élie, Élisée,
Amos, Isaïe, Jérémie et une pléiade
d’autres, tous aussi originaux les uns que
les autres, et tous animés d’une même
passion pour leur Dieu et d’un même amour
pour leur peuple, aux jours heureux aussi
bien qu’au cœur des pires tragédies.
Pourtant, ce même peuple a fait la vie dure
à ses plus grands prophètes. Les fils
d’Israël ont reproché à Moïse de leur avoir
fait prendre le chemin de la liberté, et la
plupart des rois d’Israël et de Juda ont
fait la sourde oreille à des prophètes de la
trempe d’Élie et d’Isaïe. Jésus a bien
résumé le sort qu’on réserve habituellement
aux prophètes, avec son fameux dicton : Un
prophète n’est méprisé que dans son pays (Mc
6,4). L’histoire des prophètes bibliques a
souvent été la chronique d’une mort
annoncée : on n’a pas voulu les écouter, on
les a dénoncés, persécutés, emprisonnés, mis
à mort. Heureusement, leurs gestes ont parlé
fort et leurs écrits sont restés ».
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Qui sont les prophètes d’aujourd’hui?
Le cardinal belge Godfried Danneels a
écrit : « Le nom de Dieu c’est Jésus de
Nazareth. Car c’est par le Fils que je
connais le Père. C’est la voie d’accès. Je
peux évidemment parler du Père mais il est
toujours caché derrière le nom de son Fils.
C’est un homme concret qui a vécu avec nous
et parmi nous, qui laisse des traces dans
l’histoire. C’est un Dieu historique ».
Si je poursuis la réflexion du cardinal
Danneels, je dois dire que ce Dieu
historique incarné par Jésus de Nazareth est
toujours vivant à travers nous, son Église.
Ce qui signifie que le nom de Dieu
aujourd’hui, c’est le Christ ressuscité, et
le Christ ressuscité c’est nous. C’est
pourquoi nous sommes tous des prophètes de
par notre baptême et notre engagement comme
disciples du Ressuscité, puisque nous sommes
son Corps. Quels visages donnons-nous à voir
de Dieu, du Christ, au monde dans lequel
nous vivons? Le visage d’un Dieu vengeur?
Guerrier? Mesquin et hypocrite? Ou le visage
d’un Dieu d’amour? De tolérance? De partage?
De pardon? De paix? D’espérance?
On dit souvent aujourd’hui que les hommes et les femmes de
notre temps ne veulent plus entendre parler
de Dieu. Est-ce vraiment de Dieu que les
gens ne veulent plus entendre parler? Ou
bien est-ce la sorte de visage de Dieu qu’on
leur présente? À écouter certains de nos
dirigeants qui incarnent un Dieu pervers :
qui juge, qui condamne et qui exclut, je
peux comprendre que des croyants ne veulent
plus en entendre parler. Mais, si l’on
présente un Dieu d’amour, qui accueille
l’autre, le tout autre, dans le respect et
la dignité, il me semble que les croyants
d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, seraient
moins réfractaires à ce Dieu de l’histoire,
qui est un Dieu de liberté et d’amour.
Dans nos prières, on peut bien demander à Dieu de nous
envoyer des prophètes pour parler en son
nom. J’oserais dire : Arrêtons de lui en
demander et commençons par reconnaître ceux
qui sont déjà là et qui nous parlent de lui,
car, comme le dit bien Jean-Pierre Prévost :
« Le problème n’est pas du côté de Dieu
qui nous envoie toujours les prophètes qu’il
nous faut, mais plutôt de notre côté à nous
et de l’accueil que nous leur réservons ».
En terminant, savons-nous écouter
la Parole de nos prophètes qui nous disent
différemment, bien sûr, mais qui nous disent la
nouveauté de notre Dieu?
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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