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Quatrième dimanche du Temps ordinaire  (B) : 1er février 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :    1ère lecture : Dt 18,15-20

                            Évangile : Mc 1,21-28

La Parole de Dieu aujourd’hui porte sur le prophétisme, autant dans la 1ère lecture que dans l’évangile de Marc. Un prophète, quel nom mystérieux pour celui ou celle qui l’est et quelle belle mission pour celui ou celle qui l’exerce! Un nom mystérieux oui! Car on a de la difficulté à reconnaître ceux et celles qui sont prophètes et une mission extraordinaire, quand on regarde, après coup, ce que les prophètes ont été et réalisé. Je m’explique!

  1. Qu’est-ce qu’un prophète? Selon le dictionnaire, est prophète la personne qui prédit l’avenir. C’est complètement faux, car la personne qui prédit l’avenir, est un astrologue, un cartomancien ou une diseuse de bonne aventure. Ça n’a rien à voir avec le prophète. Le prophète n’est pas celui qui dit d’avance, mais celui qui parle au nom du Seigneur. Ce n’est pas celui qui prédit l’avenir; c’est celui qui aide les autres à lire le présent. Et, s’il lui arrive de parler au futur, c’est qu’il prend le temps d’analyser le présent, de lire les signes des temps et de prévenir les gens de ce qui peut arriver dans l’avenir. Dans le fond, le prophète a un bon jugement et un gros bon sens. Ça lui permet de lire le présent, de préparer l’avenir, de parer ou de prévoir les mauvais coups et d’accompagner les personnes qui cheminent avec lui.

En 1ère lecture aujourd’hui, dans le livre du Deutéronome, Moïse rappelle au peuple d’Israël que, dorénavant, Dieu ne parlera plus directement; il se servira d’un intermédiaire, d’un prophète pour se dire et s’exprimer : « Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez. C’est bien ce que vous avez demandé au Seigneur votre Dieu, au mont Horeb, le jour de l’assemblée, quand vous disiez : ‘’Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir!’’ » (Dt 18,15-16). Et pourtant, ce fut difficile pour les israélites de reconnaître Moïse comme prophète, comme il a été difficile aussi de reconnaître Jésus comme prophète. Dans l’extrait de l’évangile de Marc que nous avons aujourd’hui, Jésus enseigne dans la synagogue de Capharnaüm et l’évangéliste nous dit : « On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes » (Mc 1,22).

Et pourtant, ça n’a pas empêché un homme de contester son enseignement : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu » (Mc 1,24). C’est plutôt particulier, car même sachant qui il est, ça n’empêche pas l’homme de contester la Parole portée par le prophète. Laissons de côté la possession diabolique, car à l’époque de Jésus, toute maladie, toute infirmité, toute limite humaine, étaient considérées comme des possessions d’esprits mauvais. Par ailleurs, ce qu’il nous faut retenir, c’est le silence que Jésus impose à cet homme; ça lui vaut le respect de tous. Ça veut dire que le Christ de l’évangile, puisqu’il s’agit bien de lui, parle au nom de Dieu avec une telle conviction, que sa Parole qui annonce la nouveauté de Dieu, a raison de toutes nos limites et de nos pauvretés : « Saisis de frayeur, tous s’interrogeaient : Qu’est-ce que cela veut dire? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité! Il commande même aux esprits mauvais, et ils lui obéissent » (Mc 1,27).

Mais, comme un prophète est difficile à reconnaître, parce que nos limites humaines nous font contester sa Parole, même Jésus n’a pas été reconnu comme prophète, de sorte qu’il sera rejeté comme les prophètes de l’Ancien Testament, et, en plus, il sera crucifié. L’exégète québécois Jean-Pierre Prévost écrit : « Le peuple de la Bible a été vraiment choyé de compter dans ses rangs d’aussi grands prophètes que Moïse, Samuel, Nathan, Élie, Élisée, Amos, Isaïe, Jérémie et une pléiade d’autres, tous aussi originaux les uns que les autres, et tous animés d’une même passion pour leur Dieu et d’un même amour pour leur peuple, aux jours heureux aussi bien qu’au cœur des pires tragédies. Pourtant, ce même peuple a fait la vie dure à ses plus grands prophètes. Les fils d’Israël ont reproché à Moïse de leur avoir fait prendre le chemin de la liberté, et la plupart des rois d’Israël et de Juda ont fait la sourde oreille à des prophètes de la trempe d’Élie et d’Isaïe. Jésus a bien résumé le sort qu’on réserve habituellement aux prophètes, avec son fameux dicton : Un prophète n’est méprisé que dans son pays (Mc 6,4). L’histoire des prophètes bibliques a souvent été la chronique d’une mort annoncée : on n’a pas voulu les écouter, on les a dénoncés, persécutés, emprisonnés, mis à mort. Heureusement, leurs gestes ont parlé fort et leurs écrits sont restés ».

  1. Qui sont les prophètes d’aujourd’hui? Le cardinal belge Godfried Danneels a écrit : « Le nom de Dieu c’est Jésus de Nazareth. Car c’est par le Fils que je connais le Père. C’est la voie d’accès. Je peux évidemment parler du Père mais il est toujours caché derrière le nom de son Fils. C’est un homme concret qui a vécu avec nous et parmi nous, qui laisse des traces dans l’histoire. C’est un Dieu historique ». Si je poursuis la réflexion du cardinal Danneels, je dois dire que ce Dieu historique incarné par Jésus de Nazareth est toujours vivant à travers nous, son Église. Ce qui signifie que le nom de Dieu aujourd’hui, c’est le Christ ressuscité, et le Christ ressuscité c’est nous. C’est pourquoi nous sommes tous des prophètes de par notre baptême et notre engagement comme disciples du Ressuscité, puisque nous sommes son Corps. Quels visages donnons-nous à voir de Dieu, du Christ, au monde dans lequel nous vivons? Le visage d’un Dieu vengeur? Guerrier? Mesquin et hypocrite? Ou le visage d’un Dieu d’amour? De tolérance? De partage? De pardon? De paix? D’espérance?

On dit souvent aujourd’hui que les hommes et les femmes de notre temps ne veulent plus entendre parler de Dieu. Est-ce vraiment de Dieu que les gens ne veulent plus entendre parler? Ou bien est-ce la sorte de visage de Dieu qu’on leur présente? À écouter certains de nos dirigeants qui incarnent un Dieu pervers : qui juge, qui condamne et qui exclut, je peux comprendre que des croyants ne veulent plus en entendre parler. Mais, si l’on présente un Dieu d’amour, qui accueille l’autre, le tout autre, dans le respect et la dignité, il me semble que les croyants d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, seraient moins réfractaires à ce Dieu de l’histoire, qui est un Dieu de liberté et d’amour.

Dans nos prières, on peut bien demander à Dieu de nous envoyer des prophètes pour parler en son nom. J’oserais dire : Arrêtons de lui en demander et commençons par reconnaître ceux qui sont déjà là et qui nous parlent de lui, car, comme le dit bien Jean-Pierre Prévost : « Le problème n’est pas du côté de Dieu qui nous envoie toujours les prophètes qu’il nous faut, mais plutôt de notre côté à nous et de l’accueil que nous leur réservons ».

En terminant, savons-nous écouter la Parole de nos prophètes qui nous disent différemment, bien sûr, mais qui nous disent la nouveauté de notre Dieu?

 

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

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