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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Dt 18,15-20
2ème lecture : 1 Co 7,32-35
Évangile: Mc 1,21-28
Jésus Christ, un prophète qui dérange !
La 1ère lecture et l’évangile d’aujourd’hui nous
parlent de prophétisme. Un prophète, quel nom
mystérieux pour celui ou celle qui l’est et
quelle belle mission pour celui ou celle qui
l’exerce. Et pourtant, on devrait tous et toutes
être prophètes. Le concile Vatican II a affirmé
que tous les baptisés participent à la fonction
prophétique du Christ. Mais qu’en est-il au
juste? Qu’est-ce qu’un prophète?
1.
Le prophète.
Selon le dictionnaire, est prophète celui ou
celle qui prédit l’avenir. C’est complètement
faux, car la personne qui prédit l’avenir, est
une astrologue, une cartomancienne ou une
diseuse de bonne aventure. Ça n’a rien à voir
avec le prophétisme. Au fond, le prophète n’est
pas celui ou celle qui dit d’avance, mais celui
ou celle qui parle au nom de quelqu’un… comme
chrétien au nom du Christ, au nom de Dieu. Le
prophète ne prédit pas l’avenir; il lit le
présent. Et, s’il lui arrive de parler au futur,
c’est qu’il a pris le temps d’analyser le
présent, de lire les signes des temps et de
prévenir l’avenir. Un prophète doit avoir un bon
jugement et un gros bon sens.
En 1ère
lecture aujourd’hui, au livre du Deutéronome,
Moïse rappelle au peuple d’Israël que,
dorénavant, Dieu ne parlera plus directement au
peuple; il se servira d’un intermédiaire, d’un
prophète pour s’exprimer : « Au milieu de
vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu
fera se lever un prophète comme moi, et vous
l’écouterez. C’est bien ce que vous avez demandé
au Seigneur votre Dieu, au mont Horeb, le jour
de l’assemblée, quand vous disiez : ‘’Je ne veux
plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, je
ne veux plus voir cette grande flamme, je ne
veux pas mourir!’’ » (Dt 18,15-16). Par
ailleurs, il a été difficile de reconnaître
Moïse comme prophète, comme il a été difficile
de reconnaître le Christ comme prophète.
Dans
l’évangile d’aujourd’hui, l’évangéliste Marc a
beau dire : «On était frappé par son
enseignement, car il enseignait en homme qui a
autorité et non pas comme les scribes » (Mc
1,22), ça n’a pas empêché un homme de contester
son enseignement : « Que nous veux-tu, Jésus
de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre? Je
sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de
Dieu » (Mc 1,24). C’est plutôt particulier,
car même s’il sait qui il est, l’homme le
conteste quand même et refuse la nouveauté de la
Parole qu’il porte. Mais qui est donc cet homme
présenté par Marc comme un possédé, qui connaît
l’identité du Christ de l’évangile et qui
s’oppose à son enseignement? Il faut que ce soit
quelqu’un en autorité : un dirigeant de la
communauté, un prêtre, un scribe, un curé du
temps… qui refuse la nouveauté de l’évangile,
comme il s’en trouve encore beaucoup
aujourd’hui. Et là, Jésus l’invite fortement à
se taire (Mc 1,25). Et l’évangéliste ajoute :
« Tous s’interrogeaient : Qu’est-ce que cela
veut dire? Voilà un enseignement nouveau,
proclamé avec autorité! Il commande même aux
esprits mauvais, et ils lui obéissent » (Mc
1,27).
Sans
vouloir faire de parallèle avec aujourd’hui, il
me semble que si Marc précise qu’il s’agit d’un
enseignement nouveau, différent de celui des
prêtres et des scribes du temps, cet
enseignement a dû choquer, brasser, secouer
même, les responsables religieux de l’époque.
Mais le Christ de l’évangile ne s’attaque pas à
l’homme lui-même, mais à sa fermeture, à son
refus d’accueillir la nouveauté de Dieu qui
s’exprime à travers lui, à ses lois, à ses
préceptes et à ses règlements qui l’étouffent et
qui enferment les gens dans une culpabilité qui
est contraire à l’Esprit de Liberté du Christ de
l’évangile. Un exégète français anonyme écrit :
« C’est bien le sens de l’ordre de Jésus à
l’esprit mauvais : ‘’Silence! Sors de cet
homme!’’ Jésus est venu pour que les hommes
aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. Son
autorité est uniquement un pouvoir de vie et non
de mort. Les scribes finissaient par stériliser
la Loi. Jésus la libère de tout carcan pour en
faire une Parole créatrice de vie. Et nous, en
Église, que faisons-nous de cette Parole? Trop
souvent, nous transformons les paroles de
l’Évangile en autant de préceptes moraux,
juridiques, qui enferment les consciences en les
culpabilisant, au lieu d’en faire des appels de
l’Esprit de Liberté qui veut nous mettre debout,
faire de nous des éveillés, des vivants ».
2.
Le prophète aujourd’hui.
Qui sont les prophètes d’aujourd’hui? Le
cardinal belge Godfried Danneels écrit : « Le
nom de Dieu c’est Jésus de Nazareth. Car c’est
par le Fils que je connais le Père. C’est la
voie d’accès. Je peux évidemment parler du Père
mais il est toujours caché derrière le nom de
son Fils. C’est un homme concret qui a vécu avec
nous et parmi nous, qui laisse des traces dans
l’histoire. C’est un Dieu historique ». Si
je poursuis la réflexion du cardinal Danneels,
je dois dire que ce Dieu historique incarné par
Jésus de Nazareth est toujours vivant
aujourd’hui, à travers nous, son Église. Ce qui
signifie que le nom de Dieu aujourd’hui, c’est
le Christ ressuscité, et le Christ ressuscité,
c’est nous. C’est pourquoi, nous sommes toutes
et tous des prophètes de par notre baptême et
notre engagement comme disciples du Ressuscité,
puisque nous sommes son Corps. Alors la question
qu’on nous pose est la suivante : Quels visages
donnons-nous à voir de Dieu, du Christ, au monde
dans lequel nous vivons? Le visage d’un Dieu
vengeur? Guerrier? Juge? Mesquin? Hypocrite? Ou
bien un visage d’un Dieu d’Amour? De tolérance?
De pardon? De partage? De paix? D’espérance?
On dit souvent aujourd’hui que les hommes et les
femmes ne veulent plus entendre parler de Dieu.
Est-ce vraiment de Dieu que les gens ne veulent
plus entendre parler? Ne serait-ce pas plutôt
certains visages de Dieu qu’on leur présente? À
écouter certains dirigeants d’aujourd’hui, qui
incarnent un Dieu plutôt pervers : qui juge, qui
condamne et qui exclut, je peux comprendre que
des croyants ne veulent plus en entendre parler.
Mais si on leur présente un Dieu d’Amour qui
accueille l’autre, le tout autre, dans le
respect et la dignité, il me semble que les
croyants d’aujourd’hui comme ceux d’hier,
seraient moins réfractaires à ce Dieu de
l’histoire, qui est un Dieu de Liberté et
d’Amour.
En terminant, on peut bien demander à Dieu, dans nos prières,
de nous envoyer des prophètes pour parler en son
nom. J’oserais dire : Arrêtons de lui en
demander et commençons par reconnaître ceux qui
sont déjà là et qui nous parlent de lui, car,
comme le dit bien l’exégète québécois
Jean-Pierre Prévost : « Le problème n’est pas
du côté de Dieu qui nous envoie toujours les
prophètes qu’il nous faut, mais plutôt de notre
côté à nous et de l’accueil que nous leur
réservons ». Savons-nous écouter la Parole
de nos prophètes qui nous disent différemment,
bien sûr, mais qui nous disent la nouveauté de
notre Dieu?
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