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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Jr 1,4-5.17-19
2ème lecture : 1 Co 12,31-13,13
Évangile : Lc 4,21-30
« Nul
n’est prophète en son pays » (Lc 4,24)
Dimanche dernier, nous étions dans la synagogue
de Nazareth pour entendre une Parole de
libération: « L’Esprit du Seigneur est sur
moi parce que le Seigneur m’a consacré par
l’onction. Il m’a envoyé porter
la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux
prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles
qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés
la libération, annoncer une année de bienfaits
accordée par le Seigneur »
(Lc 4,18-19), qui doit se réaliser maintenant :
« Cette parole de l’Écriture, que vous venez
d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle
s’accomplit » (Lc 4,21).
Ce dimanche, toujours dans la même synagogue,
nous voyons les gens de Nazareth passer de
l’admiration à la haine, concernant celui qu’ils
croyaient connaître : « N’est-ce pas là le
fils de Joseph? » (Lc 4,22b), mais qu’ils
refusent d’écouter, parce qu’il les invite à
s’ouvrir à l’étranger et à la nouveauté : « À
ces mots, dans la synagogue, tous devinrent
furieux » (Lc 4,28). La mission de Jésus
commence déjà par le rejet des siens, parce
qu’ils ne le reconnaissent pas comme prophète :
« Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de
la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement
de la colline où la ville est construite, pour
le précipiter en bas » (Lc 4,29). Chez Luc,
cette tentative de meurtre évoque certainement
la Passion de Jésus et la formule : « Mais
lui, passant au milieu d’eux, allait son
chemin » (Lc 4,30), annonce déjà le chemin
de sa résurrection qui le conduira après Pâques,
d’abord chez les païens, car c’est là que
triomphera la Bonne Nouvelle du Ressuscité.
L’exégète français Jean Debruynne, commentant le
texte de Luc d’aujourd’hui, change le mot
pays par le mot religion. Il écrit :
« Dans la synagogue de Nazareth, Jésus fait
l’admiration de ses auditeurs. Pourtant,
certains ne peuvent pas s’empêcher de faire
remarquer qu’il n’est que le fils de Joseph.
Jésus leur dit : Aucun prophète n’est bien
accueilli dans son pays… Et si le pays était la
religion, la paroisse, le mouvement ou
l’association?
La Bible est pleine de prophètes qui n’ont pu
annoncer la Parole qu’ailleurs, chez ceux qui ne
croient pas, parce qu’eux sont encore capables
de se poser des questions, ils ne savent pas
tout d’avance ».
Ce qui nous amène à dire : Mais est-ce si
différent aujourd’hui? Non! Car encore de nos
jours, lorsqu’un prophète se lève, en Église, ce
sont les plus fervents pratiquants qui
l’écrasent et qui cherchent à le discréditer :
« Il change toute la religion! Il veut démolir
l’Église! C’est un faux prophète… on n’a qu’à
regarder sa famille! » N’est-ce pas là les
propos qu’on entend, non pas de la part de
chrétiens progressistes qui ont pris leur
distance par rapport à l’institution, mais qui
demeurent profondément croyants, mais bien de
ceux et celles qui vont à l’église tous les
dimanches et même sur semaine et qui se sont
installés bien confortablement dans un système
religieux sclérosé, qui préfère mourir plutôt
que de s’adapter aux hommes et aux femmes de
notre temps?
Et pourtant, on continue de dire que la Parole
de Dieu est vivante et qu’elle s’accomplit
aujourd’hui! Si la religion est le véhicule de
la foi, il faut parfois changer le véhicule pour
continuer à transporter les croyants; sinon, on
risque de rester en panne sur le bord du chemin.
N’est-ce pas la même épreuve qu’a vécue le
prophète Jérémie, dont on a un extrait
aujourd’hui? Jérémie a beau savoir que Dieu l’a
choisi comme prophète : « Avant même de te
former dans le sein de ta mère, je te
connaissais; avant que tu viennes au jour, je
t’ai consacré; je fais de toi un prophète pour
les peuples » (Jr 1,5), que Dieu parle à
travers lui : « Lève-toi, tu prononceras
contre eux tout ce que je t’ordonnerai » (Jr
1,17a), et qu’il le protège : « Ils te
combattront, mais ils ne pourront rien contre
toi, car je suis avec toi pour te délivrer »
(Jr 1,19)… Ça n’a pas empêché Jérémie de douter
et de souffrir : « Chaque fois que j’ai à
dire la parole, je dois appeler au secours… À
cause de la parole du Seigneur, je suis en
butte, à longueur de journée aux outrages et aux
sarcasmes » (Jr 20,8); de sorte que Jérémie
voudrait bien cesser d’être prophète :
« Quand je dis : Je n’en ferai plus mention, je
ne dirai plus la parole en son nom, alors elle
devient au-dedans de moi comme un feu dévorant,
prisonnier de mon corps; je m’épuise à le
contenir, mais n’y arrive pas » (Jr 20,9).
Le prophète va même jusqu’à maudire le jour de
sa naissance : « Maudit, le jour où je fus
enfanté! Le jour où ma mère m’enfanta, qu’il ne
devienne pas béni! Maudit l’homme qui annonça à
mon père : ‘’Un fils t’est né!’’ Et il le combla
de joie! Que cet homme devienne pareil aux
villes que, de façon irrévocable, le Seigneur a
renversées! Qu’il entende au matin des appels au
secours et à midi des cris de guerre! Et Lui,
que ne m’a-t-il fait mourir dès le sein? Ma mère
serait devenue ma tombe, sa grossesse n’arrivant
jamais à terme. Pourquoi donc suis-je sorti du
sein, pour connaître peine et affliction, pour
être, chaque jour, miné par la honte? » (Jr
20,14-18).
Par ailleurs, nous faut-il désespérer de notre
monde, lorsque nous prenons conscience de ses
limites, de ses fragilités, de ses pauvretés, de
ses perversités et même de ses atrocités? La
réponse est non! Et pourquoi? À cause du chemin
supérieur à tous les autres que le monde est
capable d’emprunter. Saint Paul, en deuxième
lecture aujourd’hui, dans son hymne à la
charité que tout le monde connaît, nous en
donne un bon aperçu. L’Amour-charité, en grec
l’Agapè, nous fait ressembler au Christ
ressuscité et à Dieu lui-même, puisque saint
Jean nous dit que Dieu est Amour. De plus,
l’Agapè nous rend capable de nous dépasser et de
nous surpasser. Cet Amour est plus grand que la
connaissance, que la science et que la foi qui
transporte les montagnes. Cet Amour est, à la
fois, humain et divin : il ne supporte pas le
vice : la jalousie, l’orgueil, l’impureté
(traduit ici par malhonnêteté), l’ambition, la
colère et la rancune; mais il comporte toutes
les vertus : la patience, la générosité, la
serviabilité, la loyauté, la persévérance, la
confiance et l’espérance. L’Amour-charité,
l’Agapè, ne fait jamais défaut, traduit ici
par : « L’Amour ne passera jamais » (1 Co
13,8a).
Mais pourquoi l’Agapè est-elle supérieure à la
foi et à l’espérance? C’est que l’Agapè nous
fait passer du partiel au parfait :
« En effet, notre connaissance est partielle,
nos prophéties sont partielles. Quand viendra
l’achèvement, ce qui est partiel disparaîtra »
(1 Co 13,9-10). C’est comme passer de
l’enfance à l’âge adulte (1 Co 13,11). Et là,
saint Paul utilise une image qui était vraie en
son temps, mais qui l’est moins aujourd’hui :
l’image du miroir qui était à l’époque plutôt
floue : « Nous voyons actuellement une image
obscure dans un miroir; ce jour-là, nous verrons
face à face. Actuellement, ma connaissance est
partielle; ce jour-là, je connaîtrai vraiment,
comme Dieu m’a connu » (1 Co 13,12). En un
mot, saint Paul nous présente dans l’Agapè,
l’élan d’amour qui vient de Dieu et qui dynamise
les disciples de Jésus animés par la vie de
l’Esprit.
En terminant, on peut dire que l’Amour est plus
fort que la mort! Dans l’évangile de Luc, on a
voulu précipiter Jésus en bas de la colline,
pour le faire mourir : « Mais lui, passant au
milieu d’eux, allait son chemin » (Lc 4,30).
Il en sera de même pour tous les prophètes qui
oseront dire la Parole dans l’aujourd’hui de
leur histoire… mais il faut garder l’espérance!
Car le mystère pascal est commencé et rien ne
peut l’arrêter!
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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