|
Réf. Bibliques :
1ère lecture : Jb 7,1-4.6-7
2ème lecture : 1 Co
9,16-19.22-23
Évangile : Mc
1,29-39
Nous avions la semaine passée et encore aujourd’hui, dans
l’évangile de Marc, ce qu’on appelle : la
journée de Jésus à Capharnaüm. La journée
avait commencé à la synagogue où Jésus a prêché
avec autorité et guéri un possédé. Aujourd’hui,
après le lieu religieux, nous voici dans 3
autres lieux : un lieu privé (la maison de
Simon), un lieu public (devant la maison), un
lieu désert (pour la prière). Cette journée nous
montre un Jésus dont la parole et l’action
témoignent de la puissance de la foi chrétienne,
puisque ces textes ont été écrits après Pâques
et relatent des événements théologiques compris
et relus à la lumière pascale.
-
Pourquoi la souffrance?
De tous les temps, les humains souffrent et
ont essayé de comprendre et d’expliquer la
souffrance humaine. Est-ce que Dieu a créé
la souffrance? Est-ce qu’il la veut? La
souffrance est-elle une punition de Dieu?
Y’a-t-il un lien entre le mal et la
souffrance? Ce sont là des questions qu’on
se pose depuis la nuit des temps et nos
réponses demeurent incomplètes et ne sont
pas toujours satisfaisantes. Et pourtant,
une brève formule d’Évely, l’a dit naguère
avec succès : « Dieu n’envoie pas la
maladie, il envoie le médecin ». Dans ce
cas, pourquoi la souffrance? Tout simplement
parce que celle-ci fait partie de notre
condition humaine mortelle. La violence, la
maladie, le mal, la souffrance et la mort
font partie de notre réalité humaine. Il
faut, en même temps, les combattre bien sûr,
mais aussi les assumer.
On a un bel exemple, en 1ère lecture aujourd’hui, d’une
réflexion sur notre condition humaine
souffrante dans le livre de Job, dont
l’auteur a voulu personnifier la souffrance
à travers son personnage, Job, à qui
arrivent tous les malheurs de l’existence.
Dans ce livre, dont on a malheureusement,
qu’un court extrait, l’auteur veut faire
réfléchir sur la souffrance, ses causes, les
responsabilités de celui qui souffre et son
attitude devant celle-ci. Job est affligé de
tous les malheurs, ses amis théologiens
viennent lui répéter à satiété que s’il est
dans cet état, c’est qu’il a péché et qu’il
est puni de Dieu. Job proteste de son
innocence et refuse une telle
interprétation. Par ailleurs, il ne se
complaît pas dans la souffrance; il en
appelle au Dieu qu’il a connu contre Celui
qui maintenant se dérobe. Il frôle souvent
le blasphème et c’est tout à fait correct,
car, à la fin du livre, le Seigneur dira que
son serviteur Job a mieux parlé de lui que
ses amis théologiens : « Or, après qu’il
eut adressé ces paroles à Job, le Seigneur
dit à Élifaz deTémân : Ma colère flambe
contre toi et contre tes deux amis, parce
que vous n’avez pas parlé de moi avec
droiture comme l’a fait mon serviteur Job »
(Jb 42,7).
Le message, c’est de nous dire que la souffrance a beau être
inévitable, elle n’en demeure pas moins
inacceptable. Il faut la combattre à tout
prix. N’est-ce pas aussi l’attitude de Jésus
dans cette journée à Capharnaüm de
l’évangile de Marc? Toute la journée, il
combat le mal et la souffrance. Jésus ne
fait pas de magie : il soulage, réconforte,
accompagne, guérit, ressuscite : « Or, la
belle-mère de Simon était au lit avec de la
fièvre. Sans plus attendre, on parle à Jésus
de la malade. Jésus s’approcha d’elle, la
prit par la main, et il la fit lever. La
fièvre la quitta, et elle les servait »
(Mc 1,30-31). On ne peut faire une lecture
littérale de ce texte; sinon, on réduit le
geste de Jésus à un tour de magie, sans
plus. Les mots utilisés par l’évangéliste
ont un sens beaucoup plus large et veulent
exprimer une importante réalité de l’Église
du 1er siècle et du 21ème siècle. La
belle-mère de Simon, c’est l’Église, c’est
la figure du chrétien, victime de la fièvre
du péché, c’est-à-dire de la limite humaine
qui nous empêche de nous tenir debout. Le
Christ qui s’approche, lui saisit la main et
la fait se lever (egeirein) qui veut dire
ressusciter, il s’agit ici d’un langage de
Pâques pour dire que par le baptême
chrétien, le Christ nous ressuscite et nous
donne la possibilité de nous tenir debout
pour remplir notre mission chrétienne qui
est de servir.
-
La résurrection :
Il s’agit là du vrai miracle, celui de la
guérison offert à tous les chrétiens. La
souffrance persiste, bien sûr, car les
chrétiens demeurent des êtres humains,
c’est-à-dire limités, fragiles et
vulnérables. Par ailleurs, avec Christ, ils
deviennent capables de combattre leurs
souffrances et de les assumer, pour
accompagner et guérir les autres. N’est-ce
pas ce que saint Paul affirme, en 2ème
lecture aujourd’hui, lorsqu’il dit qu’il se
doit d’annoncer cette Bonne Nouvelle :
« Malheur à moi si je n’annonçais pas
l’Évangile » (1 Co 9,16b). Et pour dire
que le Christ ressuscité agit à travers lui,
il ajoute : « Oui, libre à l’égard de
tous, je me suis fait le serviteur de tous
afin d’en gagner le plus grand nombre
possible. J’ai partagé la faiblesse des plus
faibles pour gagner aussi les faibles. Je me
suis fait tout à tous pour en sauver à tout
prix quelques-uns » (1 Co 9,19.22).
Non pas que les autres ne sont pas sauvés…Non! C’est qu’ils
n’ont pas encore rencontré le Christ qui
console, soulage et guérit toutes les
souffrances. Ce qui veut dire que le monde a
besoin d’autres Paul et d’autres chrétiens
pour ce faire. La résurrection est pour tous
sans exception et celle-ci s’exprime d’abord
et avant tout par la guérison de nos
blessures, de nos limites et de nos
souffrances. Telle était la mission du
Christ et telle est la mission de tous les
chrétiens que nous sommes. La finitude
humaine, le mal et la souffrance sont
toujours là, mais ils n’ont pas le dernier
mot sur la vie humaine, parce que Christ, en
s’approchant de nous, nous prend par la main
et nous fait nous lever, c’est-à-dire qu’il
nous ressuscite et nous met debout pour
servir.
En terminant, il y a une différence entre reconnaître notre
humanité vulnérable, fragile et limitée et se
complaire dans cette situation de finitude.
L’Évangile nous invite donc à nous accompagner
les uns les autres, à nous guérir de nos
blessures et à nous mettre debout, malgré la
finitude de notre humanité. C’est ce qu’on
appelle l’espérance. C’est de croire que
tout est possible à cause de notre foi au Christ
de Pâques.
Dans ses Confessions, saint Augustin écrit : « Seigneur,
je ne cache pas mes plaies : tu es le médecin,
je suis le malade; tu es miséricordieux, je suis
misérable. N’est-ce pas que la vie de l’homme
sur la terre est une corvée? Qui peut désirer
des peines et des tracas? Tu ordonnes de les
supporter, non de les aimer. Personne n’aime ce
qu’il supporte, bien qu’il aime à supporter. On
a beau se réjouir de supporter, on préférerait
n’avoir rien à supporter. Dans l’adversité,
j’aspire au bonheur; dans le bonheur, je redoute
l’adversité. Entre ces deux extrêmes, y a-t-il
un milieu, où la vie humaine ne soit pas une
corvée?... Parce que l’on continue à désirer la
prospérité, parce que l’adversité elle-même est
pénible, et que la patience peut y faire
naufrage! N’est-ce pas que la vie de l’homme sur
la terre est une corvée sans interruption? Et
toute mon espérance n’est que dans ta grande
miséricorde ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
[
RETOUR]
|