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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Is 6,1-2a.3-8
2ème lecture : 1 Co 15,1-11
Évangile : Lc 5,1-11
Nature humaine…mission divine
Dans les trois lectures bibliques d’aujourd’hui, nous
rencontrons trois hommes, avec leurs limites,
leurs pauvretés, leurs imperfections et leur
finitude, qui font une telle expérience de Dieu
qu’ils sont transformés pour devenir prophètes,
messagers d’espérance, missionnaires
d’évangile : Isaïe, l’homme aux lèvres impures
(1ère lecture), Paul, le persécuteur, chargé de
transmettre ce qu’il a reçu (2ème lecture), et
Simon Pierre, sur le bord du lac de Galilée,
conscient de sa faiblesse, appelé à tout laisser
pour suivre le Christ. Tous les trois,
s’appuyant sur le Seigneur, répondent dans la
foi : « Envoie-moi! ». Pour nous
aujourd’hui, qui relisons ces témoignages de
foi, que nous disent-ils? À quoi nous
engagent-ils? Quelle est notre mission?
1.
L’expérience de Dieu.
On ne devient pas prophète ou missionnaire comme
on devient électricien ou mécanicien. Dans la
foi, ce qui précède tout engagement, c’est la
rencontre de Dieu. Mais attention! Il n’y a pas
qu’une seule façon de rencontrer Dieu. Il y a
autant d’expériences qu’il y a d’humains.
L’expérience d’Isaïe, l’aristocrate de la cour
du roi, est différente de celle de Paul et
encore plus de celle de Pierre. Mais les trois
rencontrent Dieu, sont transformés par cette
expérience, et deviennent prophètes, messagers,
missionnaires, apôtres.
En 1ère
lecture aujourd’hui, Isaïe, en 740 avant notre
ère – « L’année de la mort du roi Ozias »
(Is 6,1a) –, lors d’une célébration liturgique à
grand déploiement au temple de Jérusalem,
rencontre le Dieu trois fois saint, le Dieu Tout
autre, dans sa majesté et dans sa royauté. À
travers le roi assis sur son trône, Isaïe
reconnaît le Dieu d’Israël : « Je vis le
Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé;
les pans de son manteau remplissaient le
Temple » (Is 6,1b). Il s’agit bien d’une
célébration : des anges avec trompettes ornent
le temple : « Des séraphins se tenaient
au-dessus de lui » (Is 6,2), et des voix de
chœur s’élèvent : « Ils se criaient l’un à
l’autre : Saint! Saint! Saint, le Seigneur Dieu
de l’univers. Toute la terre est remplie de sa
gloire » (Is 6,3). Les instruments musicaux
font vibrer les portes et l’encens est
abondant : « Les pivots des portes se mirent
à trembler à la voix de celui qui criait, et le
Temple se remplissait de fumée » (Is 6,4).
En 2ème
lecture, l’apôtre Paul nous dit que le Christ
lui est apparu (1 Co 15,8). Comment s’est faite
cette rencontre? Il est difficile de la décrire
dans sa matérialité, puisqu’elle nous est
racontée trois fois avec des variantes
importantes. Mais une chose est certaine : c’est
sur la route de Damas où Saül se rendait pour
arrêter des chrétiens et les traduire en
justice, qu’une lumière intense l’a éblouit, à
un point tel qu’il en a perdu la vue et qu’il a
reconnu le Christ qui l’interpellait. Son
expérience a été soudaine et renversante. Dans
le film, La dernière tentation du Christ
de Martin Scorcese, la rencontre de Paul le
prêcheur et de Jésus devenu vieux fait réfléchir
sur la réalité de toutes les expériences de
Dieu. Ces expériences n’ont sans doute rien de
matériel, mais ça n’enlève rien à la vérité de
leur réalité. Dans le film, Paul dit à Jésus :
« Peu importe que tu sois ressuscité ou pas,
ta résurrection est tellement nécessaire pour
les gens que si elle n’était pas vraie, il
faudrait l’inventer ». (Comprenne qui peut
comprendre).
Dans
l’évangile de Luc, on voit Pierre, Jacques et
Jean qui, au cœur de leur quotidien, ont peiné
toute la nuit sans succès. Après avoir écouté
l’enseignement de Jésus, Simon a répondu avec
confiance à l’invitation du Christ : « Avance
au large, et jetez les filets pour prendre du
poisson » (Lc 5,4). L’expérience de ces
trois hommes ressemble beaucoup aux nôtres.
Combien de fois nous arrive-t-il de rencontrer
une personne qui nous inspire confiance,
d’entendre une parole, d’écouter un message qui
nous transforme et qui change le cours de notre
existence? C’est souvent dans le quotidien de
nos vies, dans les situations difficiles ou
désespérées que nous rencontrons le Christ, que
nous faisons l’expérience de Dieu.
Rappelons-nous l’ancien évêque de Recife au
Brésil, décédé il y a un peu plus de dix ans,
qui avait choisi de vivre, non pas dans son
palais épiscopal, mais avec les pauvres, car
pour lui, le pauvre est sacrement de la présence
réelle du Christ. Jacques Lison, dans le Prions
en Église de ce dimanche en fait l’éloge. Il
écrit : « Devant une communauté scandalisée
par le vol d’un ciboire, Helder Camara s’écria
un jour : Comme nous sommes tous aveugles! Nous
sommes choqués parce que notre frère, ce pauvre
voleur, a jeté les hosties dans la boue. Mais
dans la boue vit le Christ tous les jours chez
nous, au Nordeste. Il nous faut ouvrir les
yeux! »
2.
Notre finitude humaine.
Il ne nous est pas demandé d’être des surhommes
ou des surfemmes pour devenir prophètes,
messagers d’espérance, porte-parole de Dieu,
missionnaires d’évangile. C’est dans notre
humanité avec nos fragilités, nos pauvretés et
nos limites que Dieu nous invite à nous engager
à une mission qui nous dépasse, mais une mission
qu’il nous est possible d’accomplir et de
réaliser.
En 1ère
lecture aujourd’hui, Isaïe est conscient de sa
fragilité : « Malheur à moi! Je suis perdu,
car je suis un homme aux lèvres impures »
(Is 6,5a), ce qui veut dire en langage de
l’époque : « Je n’ai rien de divin…Je ne suis
qu’un homme ». Et c’est dans son humanité
qu’Isaïe entend l’appel et veut y répondre :
« J’entendis alors la voix du Seigneur qui
disait : ‘’Qui enverrai-je? Qui sera notre
messager?’’ Et j’ai répondu :’’Moi, je serai ton
messager : envoie-moi’’ » (Is 6,8).
En 2ème
lecture, saint Paul se décrit comme un avorton :
« Et en tout dernier lieu, il est même apparu
à l’avorton que je suis » (1 Co 15,8). Il se
décrit comme le plus petit des Apôtres, indigne
de l’être, parce qu’il était persécuteur de
l’Église de Dieu (1 Co 15,9). Mais c’est lui que
Dieu a appelé pour devenir missionnaire de
l’évangile auprès des nations, des païens. Et
saint Paul l’a été jusqu’à sa mort, parce que
transformé par la grâce de Dieu (1 Co 15,11).
Dans
l’évangile, Simon Pierre est lui aussi conscient
de sa petitesse et de sa fragilité : « Simon
Pierre tomba aux pieds de Jésus, en disant :
Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un
homme pécheur » (Lc 5,8). Mais c’est aussi à
lui, cet homme imparfait que le Christ dit :
« Sois sans crainte, désormais ce sont des
hommes que tu prendras » (Lc 5,10b).
3.
Une mission divine.
Après avoir rencontré Dieu, après l’avoir
reconnu, après avoir accepté notre humanité,
nous devenons capables de réaliser la mission
divine qui nous est confiée. Cette mission
consiste à transformer le monde, à l’humaniser,
à le rendre meilleur. Ce n’est pas une mission
facile. Elle comporte bien des ratés et bien des
échecs…Mais c’est une mission possible et
nécessaire, si nous voulons vivre et survivre.
Isaïe a
connu des échecs. Il a vécu la guerre la plus
terrible de son époque entre Israël, le Royaume
du Nord, en alliance avec l’Assyrie, et Juda le
Royaume du Sud… une guerre entre frères d’un
même pays. Par ailleurs, son prophétisme a
permis au peuple de garder l’espérance et de
passer au travers cette dure épreuve. Ça lui a
permis de survivre.
Saint Paul
aussi a connu des échecs. Il a fondé plusieurs
communautés. Il a dû, à maintes reprises, leur
écrire des lettres pour leur rappeler
l’Évangile, la Bonne Nouvelle du salut :
« Vous serez sauvés par lui si vous le gardez
tel que je vous l’ai annoncé; autrement, c’est
pour rien que vous êtes devenus croyants »
(1 Co 15,2). C’est aussi de façon tragique qu’il
est mort. Comme citoyen romain, il fut décapité,
sous l’empereur Néron, vers 67 de notre ère. Par
ailleurs, son enseignement est encore très
pertinent de nos jours : il nous ramène à
l’essence de notre foi.
Pierre et
ses compagnons ont eux aussi travaillé à rendre
le monde meilleur. Ces apôtres sont encore pour
nous des modèles d’engagement pour annoncer
l’évangile à tous et à toutes sans exception. Et
même s’ils ont tous fini martyrs, leurs
témoignages de foi, d’espérance et d’amour
demeurent vivants pour l’Église de notre temps.
Pour nous
chrétiens et chrétiennes du 21ème siècle, il y a
un message que l’évangile de Luc nous laisse
aujourd’hui : c’est un message de confiance et
d’espérance. Avec l’appel de Simon à jeter les
filets, malgré une nuit sans rien prendre, il y
a comme une invitation à ne jamais désespérer,
une sorte de refus de résignation. Pour remplir
la mission divine qui nous est confiée, il ne
faut jamais se résigner et baisser les bras.
En terminant, voici ce qu’écrit l’exégète français Jean
Debruynne là-dessus : « Ne connaissez-vous
jamais cette nuit? Cette nuit longue, aride,
stérile, solitaire et qui n’en finit pas? Ne
vivez-vous jamais ces nuits du cœur, ces nuits
de la vie où rien ne vient, où rien n’arrive
jamais, où il n’y a rien d’autre à attraper que
le rien, le vide et toujours la même absence?
Aujourd’hui Jésus vous dit que ces nuits-là ne
sont pas sans issue. Jésus est celui qui passe
la nuit. On ne le voit qu’au petit jour, comme
s’il arrivait par hasard au moment où on ne
l’attendait plus. Jésus, c’est le nom de
l’espérance quand il n’y a plus d’espérance.
Jésus, c’est la chance de ceux qui n’ont pas eu
de chance. Jésus, c’est la réussite de ceux qui
ont tout raté. Jésus, c’est la victoire contre
l’échec. C’est la vie contre la résignation. Car
attention! Ne prenez pas Jésus pour un lot de
consolation! Jésus n’est pas une roue de secours
ou un mouchoir pour pleurer. Jésus, c’est
l’abondance contre le manque. Jésus, c’est la
barque trop pleine contre la barque trop vide.
Jésus, c’est le jour contre la nuit. Jésus,
c’est l’impossible quand tout ce qui est
possible n’a pas marché. Et pourtant Jésus ne
nous introduit ni dans le rêve ni dans
l’illusion. Jésus se tient à ras de terre de nos
réalités. L’espérance, la vraie, appartient à
ceux qui n’ont plus d’espérance ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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