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Réf. Bibliques :
1ère
lecture : Lv 13,1-2.45-46
2ème lecture : 1
Co 10,31 - 11,1
Évangile : Mc
1,40-45
Il est triste de constater que toutes les sociétés humaines
ont eu et ont encore leurs exclus, leurs parias,
leurs intouchables. N’avons-nous pas les nôtres
aujourd’hui? Dans l’Israël ancien, comme à
d’autres époques et sous d’autres cieux,
c’étaient tout simplement les lépreux qui
représentaient cette catégorie de maudits. C’est
évident qu’on confondait toutes les affections
de la peau, comme étant de la lèpre, ce que la
médecine d’aujourd’hui saurait distinguer… De
plus, comme la maladie était considérée comme un
châtiment divin et que la lèpre présentait un
aspect répugnant, il y avait une double punition
pour le lépreux : il encourait une impureté
morale et religieuse, mais aussi sociale.
De tous temps, les hypocrites de la religion ont besoin de
cataloguer les gens comme impurs pour se
persuader qu’eux-mêmes ne le sont pas. C’est ce
que les textes de ce dimanche nous présentent.
Encore aujourd’hui, nous avons nos lépreux et ça
conforte toujours les hypocrites de la religion.
En juin 1987,
la Commission sociale de l’Épiscopat français a
écrit : « Jésus Christ a accueilli tous les
malades : ce doit être notre attitude vis-à-vis
des malades du sida, comme pour tous les
autres ». C’était au moment où on ne voulait
pas approcher les malades du sida. Maintenant
qu’on a compris qu’on peut toucher un sidéen
sans contracter la maladie, qu’on peut le
purifier, c’est-à-dire l’inclure dans nos
communautés, quels sont ceux qu’on dit impurs
et qu’on continue d’exclure? La Parole de Dieu
peut nous aider à les identifier afin de mieux
les guérir… Comment faire?
-
En enfreignant la Loi : Dans le
livre des Lévites, on obligeait les lépreux
à s’habiller différemment des autres, à
vivre à part et à ne pas s’approcher des
gens, et si, par malheur, quelqu’un osait
s’en approcher, le lépreux devait crier :
« Le lépreux atteint de cette plaie portera
des vêtements déchirés et les cheveux en
désordre, il se couvrira le haut du visage,
jusqu’aux lèvres, et il criera : Impur!
Impur! » (Lv 13,45). Et on empêchait les
gens de s’en approcher et de les toucher.
Saint Marc, dans son évangile propose une
double infraction du lépreux :
« Un lépreux vient trouver Jésus; il tombe à
ses genoux et le supplie : si tu le veux, tu
peux me purifier » (Mc 1,40), et de
Jésus : « Pris de pitié devant cet
homme, Jésus étendit la main, le toucha et
lui dit : Je le veux, sois purifié » (Mc
1,41). En enfreignant la Loi d’exclusion
sociale et religieuse, celui qu’on identifie
par sa maladie ou son mal : le lépreux,
devient quelqu’un : cet homme. Ce qui
signifie que l’exclusion déshumanise.
L’exclus devient un objet à jeter ou à
éviter. Le contact avec un autre humain lui
fait retrouver sa dignité d’être humain. Le
lépreux devient un homme.
Je me souviens, il y a plusieurs années, au début de mon
ministère presbytéral, j’accompagnais des
sidéens qui étaient rejetés par leur famille
et leurs amis. À l’hôpital, dans les
sections où on les enfermait, le personnel
hospitalier me demandait de porter des gants
et des vêtements plastifiés et me mettait en
garde de ne pas les toucher. Arrivé dans
leur chambre, j’enlevais tout ça et je les
touchais de mes mains, car je me disais : ça
ne se peut pas que j’attrape cette maladie,
simplement en faisant preuve de compassion
et en posant des gestes d’affection envers
ces malades. Le temps m’a donné raison… Mais
combien ont souffert, à la fin de leur vie,
parce qu’on les traitait comme des
pestiférés, des intouchables… et c’était à
la fin du 20ème siècle. La peur de la
contagion nous pousse donc, encore
aujourd’hui, à rejeter, à déshumaniser et à
exclure les blessés de la vie. Ça ressemble
étrangement à l’évangile. Maintenant que le
sida est mieux compris et plus contrôlé, qui
sont ceux qu’on rejette, qu’on déshumanise
et qu’on exclut?
-
En entrant dans le cœur de Dieu :
L’épisode de l’évangile d’aujourd’hui nous
dit quelque chose du cœur de Dieu. Jésus est
pris de pitié, c’est-à-dire il est ému
jusqu’aux entrailles. Il veut purifier le
lépreux. Il étend la main et le touche.
L’amour renverse les lois. Jésus recrée la
relation que la Loi avait rompue. Il fait
preuve de compassion. Il prend sur lui la
souffrance de l’autre. C’est la seule façon
de le guérir. Et pour bien montrer qu’il y a
inclusion dans la communauté, Jésus lui dit
de remplir les prescriptions de la Loi :
« Attention, ne dis rien à personne, mais va
te montrer au prêtre. Et donne pour ta
purification ce que Moïse prescrit dans
la Loi » (Mc
1,44a). Et l’évangéliste ajoute : « Ta
guérison sera pour les gens un témoignage »
(Mc 1,44b).
En peu de mots, l’évangéliste Marc nous montre ce que peut
faire l’amour dans toute sa gratuité.
Lorsqu’il s’exprime en compassion et en
miséricorde, la guérison est, non seulement
possible, mais automatique, et elle devient
un témoignage pour les autres; de sorte que
l’homme guéri devient disciple : « Une
fois parti, cet homme se met à proclamer et
à répandre la nouvelle » (Mc 1,45a).
N’est-ce pas ce que saint Paul nous demande
de faire, en 2ème lecture aujourd’hui,
lorsqu’il nous dit : « Faites comme moi :
en toutes circonstances je tâche de
m’adapter à tout le monde; je ne cherche pas
mon intérêt personnel, mais celui de la
multitude des hommes, pour qu’ils soient
sauvés » (1 Co 10,33). Et pourquoi
prendre Paul pour modèle? Tout simplement
parce que son modèle à lui, c’est le Christ,
et le Christ nous guérit de toutes nos
blessures et de nos exclusions.
Le théologien belge Pierre Mourlon Beernaert écrit :
« Mais si Jésus ignore nos frontières, si
même la lèpre terrible recule devant son
contact purificateur, que deviennent pour
nous les exclus et les intouchables? En soi,
ils n’existent plus; nos catégories (gens
normaux et gens marginaux) éclatent et il
n’y a plus à craindre d’être contaminé, dans
la lignée de Jésus! Rappelons-nous que
l’humilité n’est pas mépris de soi, mais
reconnaissance de l’autre. Puisque Jésus
touche l’intouchable et ne reconnaît plus
d’exclusion (ni des malades, ni des
pécheurs), c’est que nous sommes aussi
invités à nous donner la main; la vraie
contagion, dont le chrétien est porteur, est
celle de la sainteté du Christ qui sait
faire que nous ne soyons un obstacle pour
personne et que nous apprenions de mieux en
mieux à respecter les gens tels qu’ils sont,
sans que la peur ne nous les fasse rejeter
et exclure. Une Bonne Nouvelle est une
longue route! »
-
En acceptant de payer le prix de l’Amour :
Le prix de l’amour, c’est la croix et elle se manifeste nécessairement.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, le fait que
Jésus se laisse approcher par le lépreux et
plus encore, puisqu’il le touche et le
purifie, Jésus devient lépreux à son
tour, c’est-à-dire qu’il est rejeté par les
autres : « Il n’était plus possible à
Jésus d’entrer ouvertement dans une ville.
Il était obligé d’éviter les lieux habités »
(Mc 1,45b). Ce qui signifie que le
Christ, en nous guérissant prend sur lui nos
maladies, nos infirmités, nos péchés. Et
nous sommes invités à faire comme lui, et
comme la libération est nécessaire pour tout
le monde, l’évangile se termine en disant :
« Mais de partout on venait à lui » (Mc
1,45c).
En terminant, je voudrais simplement vous citer ce
commentaire du français Michel Viot, sur ce
temps liturgique qu’on dit ordinaire,
mais qui n’a rien d’ordinaire : « Regardez
cette maison lépreuse! À force de mettre de côté
les lépreux de tous genres on en a fait des
marginaux. Le mot lui-même en est devenu
adjectif…qu’on dit être qualificatif! Il en va
souvent ainsi dans nos manières de dire,
d’écrire ou de faire. Rappelez-vous les
lazarets, ces établissements isolés dans une
rade pour y mettre de côté, en quarantaine,
disait-on, tous les infectés de cette maladie.
Les lépreux sont en rade, interdits d’accueil
aussi bien que de bonjour. Mais Jésus, lui, a
l’audace aujourd’hui de toucher l’intouchable.
Cela se passe au 6ème dimanche, dimanche qui
appartient au temps dit ordinaire.
Ordinaire, dites-vous? Ordinaire de toucher les
reclus, ordinaire de rendre neuf cet homme en
sursis? Allons donc! Tout est extraordinaire en
ce dimanche. Rien n’est comme d’habitude. Rien
n’est fait selon les règles. Jésus le touche et
c’est défendu. Jésus l’envoie reprendre place
dans la communauté des vivants et c’est défendu.
C’est le signe évident d’un monde nouveau qui
naît. C’est redonner visage d’homme à tous les
interdits du cœur, aux recalés de partout, aux
chômeurs, aux sidaïques, aux handicapés, aux
divorcés, aux homosexuels, aux immigrés…L’amour
fait de ces choses! »
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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