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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Jr 17,5-8
2ème lecture : 1 Co 15,12.16-20
Évangile : Lc 6,17.20-26
Le malheur des uns
ne doit pas faire le bonheur des autres…
Les Béatitudes de Luc, moins populaires et moins utilisées
que celles de Matthieu, nous renvoient à
l’exigence de l’évangile et à l’importance de
l’engagement chrétien, pour que s’accomplisse
maintenant cette Parole de l’Écriture. Nous
sommes à la fin du 1er siècle de notre ère, en
pleine persécution chrétienne… On entend depuis
des siècles, des prophètes parler de justice, de
partage, d’égalité. Aussi, quelques 30 ans après
Pâques, la communauté économiquement pauvre à
laquelle Luc s’adresse, ressent toujours avec
souffrance le manque d’efficacité de la
prédication de Jésus et de son annonce
révolutionnaire envers les pauvres proclamés
bienheureux à cause de la fin prochaine de leurs
détresses. Comme l’écrivait le théologien
français Alain Marchadour : « Cette vieille
promesse utopique, qui depuis le fond des temps
bibliques annonçait la fin de la pauvreté et
l’exaltation des opprimés, n’en finissait pas de
rester utopie ».
C’est pourquoi, l’évangéliste Luc, utilisant pourtant la même
tradition que l’évangéliste Matthieu, montre
clairement, dans son discours dans la plaine,
que Jésus lui-même, s’inscrivant dans la longue
tradition prophétique, annonce explicitement,
qu’en sa personne, les temps messianiques sont
enfin arrivés : Finie la pauvreté! « Heureux,
vous les pauvres, le Royaume de Dieu est à
vous! » (Lc 6,20)… La pauvreté sur le plan
économique : « Heureux, vous qui avez faim
maintenant : vous serez rassasiés! » (Lc
6,21a), la pauvreté sur le plan affectif :
« Heureux, vous qui pleurez maintenant : vous
rirez! » (Lc 6,21b), et la pauvreté sur le
plan social : « Heureux êtes-vous quand les
hommes vous haïssent, et vous repoussent, quand
ils insultent et rejettent votre nom comme
méprisable, à cause du Fils de l’homme » (Lc
6,22).
Par ailleurs, si au temps de saint Luc, l’utopie n’est
toujours pas devenue réalité, c’est à cause de
la richesse qui empêche l’abolition de la
pauvreté. Mais attention! Non pas que la
richesse est mauvaise en soi et que les riches
sont condamnés automatiquement lorsqu’ils
possèdent de grands biens. Non! Selon l’exégète
français Jacques Dupont, la richesse comporte
trois dangers qui guettent les riches, non pas
tant dans les biens qu’ils possèdent, mais par
rapport à l’attachement du cœur pour ces biens.
Premier danger :
« La richesse empêche l’homme de voir plus loin
que la vie présente, donc de savoir où est son
véritable intérêt ».
Ceux-là n’attendent rien de la vie, sinon de
profiter au maximum de ce qu’ils possèdent.
C’est à eux que Luc dit : « Hélas, vous les
riches : vous avez votre consolation! » (Lc
6,24). La traduction : malheureux est
mauvaise; car elle signifie une sorte de
malédiction; tandis que l’évangéliste fait tout
simplement un constat négatif de ce que fait la
richesse. En même temps, saint Luc donne la
possibilité aux riches de pouvoir renverser la
vapeur et de corriger la situation d’injustice
et de misère vécue par les pauvres.
Deuxième danger :
« La richesse enferme l’homme sur lui-même et
l’empêche de penser aux autres, à ceux qui
manquent du nécessaire ».
Ceux-là ne reconnaissent pas leur responsabilité
par rapport à la faim dans le monde qui touche
plus d’un milliard d’humains, et sont même
devenus imperméables, insensibles et
indifférents à la misère des autres. C’est à eux
que Luc dit : « Hélas, vous qui êtes repus
maintenant : vous aurez faim! Hélas, vous qui
riez maintenant : vous serez dans le deuil et
vous pleurerez » (Lc 6,25).
Troisième danger :
« La richesse tend à prendre dans le cœur de
l’homme une place qui revient à Dieu seul. Elle
devient une sorte d’idole ».
Lorsque le fait de posséder des biens devient
une fin en soi et que ceux qui les possèdent
restent insatiables et se croient supérieurs aux
autres, ça crée des inégalités et des injustices
que seule la foi en Dieu peut éviter ou
corriger. En 1ère lecture aujourd’hui, le
prophète Jérémie reconnaît que celui qui met sa
confiance en l’homme seulement « […] sera
comme un buisson sur une terre désolée, il ne
verra pas venir le bonheur. Il aura pour demeure
les lieux arides du désert, une terre salée et
inhabitable » (Jr 17,6). Ça ressemble
étrangement à certains pays d’aujourd’hui qui
sont exploités par des puissances étrangères et
maintenus dans une extrême vulnérabili té…Haïti
est un bel exemple! Tandis que celui qui met sa
confiance dans le Seigneur, ajoute le prophète,
« […] sera comme un arbre planté au bord des
eaux, qui étend ses racines vers le courant : il
ne craint pas la chaleur quand elle vient, et
son feuillage reste vert; il ne redoute pas une
année de sécheresse, car elle ne l’empêche pas
de porter du fruit » (Jr 17,8).
En 2ème lecture aujourd’hui, saint Paul qui écrit aux
Corinthiens leur dit : « Si nous avons mis
notre espoir dans le Christ pour cette vie
seulement, nous sommes les plus à plaindre de
tous les hommes » (1 Co 15,19). Qu’est-ce
que ça veut dire? Pour Paul, croire en la
résurrection de Jésus, ce n’est pas seulement
adhérer intellectuellement à une croyance du
passé; c’est l’événement fondateur, à partir
duquel la vie et la mort de l’homme prennent un
sens nouveau. Il est donc impossible de croire
vraiment que Christ est ressuscité, si cela
n’entraîne pas une transformation réelle de
l’homme aujourd’hui, dans son rapport à l’autre,
à la vie et à la mort.
Ce qui veut dire que la foi chrétienne devrait nous
responsabiliser davantage sur notre engagement à
construire un monde plus humain, un monde
meilleur, où règne la justice, l’égalité, la
dignité, la solidarité, la fraternité, le
partage et l’amour… ce que les religions nous
empêchent souvent de faire; d’où l’importance et
la nécessité d’épurer sans cesse la foi, pour
demeurer fidèle au Dieu de l’Alliance, en
n’oubliant surtout pas que c’est du côté des
pauvres et des petits qu’il nous faut le
chercher si on veut le trouver.
En terminant, je voudrais simplement vous partager cette
belle pensée du missionnaire laïque Raoul
Follereau : « Suivre le monde, lui
réapprendre la vie sous l’angle d’une joyeuse et
vigilante fraternité, lui dire qu’on ne possède
que le bonheur qu’on donne ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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