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Septième dimanche du Temps ordinaire (A) : 20 février 2011
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  2ème lecture :  1 Co 3,16-23
Évangile :  Mt 5,38-48

Un Amour plus que parfait!

Dimanche passé, nous avions la première séquence du Sermon sur la Montagne avec quatre lois de Moïse réinterprétées et réactualisées par le Christ de l’évangile de Matthieu. Aujourd’hui, deux autres lois sont reprises par l’évangile. Avec le même genre littéraire que la semaine passée, l’hyperbole, Matthieu nous invite à dépasser la lettre de la loi pour atteindre l’esprit. Matthieu termine en disant cette phrase plutôt surprenante : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). Être parfait comme Dieu, ça veut dire quoi au juste? À partir des lectures qui nous sont proposées, essayons de faire la lumière sur cette perfection qui nous est demandée…

Il faut nous rappeler le début de ce discours de Jésus sur la montagne, où il disait être venu, non pas pour abolir la Loi, mais pour l’accomplir (Mt 5,17). Et l’accomplir, ça signifiait : mettre la loi au service de la personne humaine, afin de protéger sa dignité, son intégrité et sa liberté. Pour accomplir la loi, il faut donc passer de la  lettre à l’esprit, sinon, notre justice ressemblera à celle des scribes et des pharisiens que Matthieu dénonce avec virulence (Mt 5,20).

Dans la foi chrétienne, la personne humaine est tellement importante qu’elle est sacrée. En 2ème lecture aujourd’hui, dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, saint Paul affirme solennellement que l’être humain est Temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en lui (1 Co 3,16). C’est pourquoi, lorsqu’on applique une loi, ce n’est pas la loi qui est première, c’est la personne humaine qu’elle doit protéger… Et c’est sacré!

Reprenons donc les deux dernières lois auxquelles Matthieu se réfère et voyons comment leur application pourrait se traduire aujourd’hui…

1.       « Vous avez appris qu’il a été dit : ‘’Œil pour œil, dent pour dent’’ » (Mt 5,38). Cette loi du talion, appliquée encore aujourd’hui dans certaines cultures, consiste à limiter la vengeance et à mesurer la juste compensation : un œil et non pas les deux pour un œil; une dent et non pas la mâchoire pour une dent. On a beau limité la vengeance, il y a vengeance quand même. Et c’est pourquoi, le Christ de Matthieu vient tout chambouler : « Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant… » (Mt 5,39a). Et comment s’applique cette non vengeance au temps de Matthieu? Par l’exagération pour montrer l’importance de ne pas se venger, car la vengeance n’apporte aucune solution, sinon une sorte de satisfaction passagère. Un sage a déjà dit : « Se venger, ça fait du bien un moment; pardonner, ça fait du bien tout le temps ». Les exemples que Matthieu donne peuvent sembler exagérer, mais ils illustrent très bien qu’il est possible de désarmer quelqu’un qui utilise la violence physique ou psychologique : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre » (Mt 5,39b); « Si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau » (Mt 5,40) et « Si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui » (Mt 5,41). Une telle façon de faire peut désarmer n’importe qui…

Mais comment appliquer cela aujourd’hui? Être chrétien, ce n’est pas être crétin. Il faut bien sûr travailler à restaurer la justice pour tous, mais on peut le faire sans nous venger du mal qui nous est fait… La vengeance n’apporte rien de bon, sinon la violence. Le plus bel exemple, c’est le conflit entre les Israéliens et les Palestiniens. C’est un conflit interminable : on se lance des bombes les uns sur les autres et c’est toujours en riposte à l’autre. Comment cela va-t-il finir?

2.       « Vous avez appris qu’il a été dit : ‘’Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi’’ » (Mt 5,43). L’expression : haïr son ennemi est absente de la Bible. Par ailleurs, pour un bon juif pratiquant, le prochain c’est celui qui partage la même foi et la même culture. L’ennemi, c’est l’étranger, le païen, l’autre qui est différent. On ne disait pas de le haïr, mais on ne lui parlait pas, car il était impur et c’était défendu de l’approcher. Le Christ de Matthieu dit : « Eh bien moi, je vous dis : ‘’Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent…’’ » (Mt 5,44). Si nous nous disons fils et filles de Dieu, comment peut-on séparer les gens, en prochain et en ennemi, comme semble le faire la tradition juive de l’époque? Le soleil se lève pour tout le monde, les bons comme les méchants et la pluie tombe sur les justes et sur les injustes (Mt 5,45)

Et Matthieu va encore plus loin : si nous n’aimons que ceux qui nous aiment, tout le monde fait ça… Comme chrétiens, il faut faire plus! Autrement, qu’est-ce qui nous distingue des autres? Si nous ne saluons que nos frères, nos semblables, nos proches, les païens en font autant! Qu’est-ce qu’il y a de si extraordinaire? Dans le fond, ce que Matthieu nous propose, c’est un Amour plus que parfait : un amour dans toute sa gratuité, sans discrimination, sans domination, illimité. Cet amour nous fait ressembler à Dieu…

Si j’actualise cela aujourd’hui, comment ça se traduit dans nos vies de croyants? Aimer l’autre, l’étranger, le différent de nous, lorsqu’il est loin, il est facile à aimer… Mais, lorsqu’il est à côté de nous, proche de nous, c’est un peu plus difficile… C’est pourtant ce qui nous est demandé. Ça dit quelque chose de la perfection à laquelle nous sommes invités pour ressembler à Dieu.

En terminant, saint Paul ne dit-il pas que nous appartenons au Christ et que le Christ appartient à Dieu? Si c’est vrai, il se peut que la vie nous dépouille complètement, mais même dépouillé, nous conserverons notre dignité de fils et de filles de Dieu. Dans un billet sur l’évangile d’aujourd’hui, le français Gérard Bessière écrit : « Manteau, tunique, vêtement et sous-vêtement… en somme, il faut accepter de se laisser dépouiller et de se retrouver tout nu! Plus d’avoir, plus de biens, reste un être riche et pauvre de sa seule humanité, un visage, un regard… On pense à tant de femmes et d’hommes qui ont dû abandonner jusqu’à leurs habits en entrant dans les camps où l’on voulait détruire leurs corps et leurs âmes. Faut-il pousser la non-violence jusqu’à pareille extrémité? Ne serait-ce pas faire le jeu des violents et renoncer à toute justice? Certains ont dénoncé dans ces paroles une morale d’esclaves. La dignité de la personne humaine n’exige-t-elle pas qu’elle soit respectée en ses droits élémentaires? Jésus pratique volontiers le paradoxe qui choque, réveille, fait réagir et réfléchir! Il veut conduire les hommes beaucoup plus loin que les apparences, les réputations, les situations. Au-delà de tout ce qui permet à l’homme de s’habiller, de se protéger et de se cacher parfois, il nous amène à notre nudité première, en ce lieu désert où nous sommes toujours en train de naître et de choisir notre vie, de refuser ou d’accueillir en nous l’humanité des autres qui est aussi la nôtre. Mais les paroles de Jésus n’étaient pas que des formules choc : un Vendredi, des soldats se partageront ses vêtements et tireront sa tunique au sort, après l’avoir cloué sur une croix… »


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

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