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Réf. Bibliques : 2ème lecture : 1 Co 3,16-23
Évangile : Mt 5,38-48
Un Amour plus que parfait!
Dimanche passé, nous avions la première séquence du Sermon
sur
la Montagne avec quatre lois de Moïse réinterprétées et
réactualisées par le Christ de l’évangile de
Matthieu. Aujourd’hui, deux autres lois sont
reprises par l’évangile. Avec le même genre
littéraire que la semaine passée, l’hyperbole,
Matthieu nous invite à dépasser la lettre de la
loi pour atteindre l’esprit. Matthieu termine en
disant cette phrase plutôt surprenante :
« Vous donc, soyez parfaits comme votre Père
céleste est parfait » (Mt 5,48). Être
parfait comme Dieu, ça veut dire quoi au juste?
À partir des lectures qui nous sont proposées,
essayons de faire la lumière sur cette
perfection qui nous est demandée…
Il faut nous rappeler le début de ce discours de Jésus sur la
montagne, où il disait être venu, non pas pour
abolir
la Loi, mais pour l’accomplir (Mt 5,17). Et
l’accomplir, ça signifiait : mettre la loi au
service de la personne humaine, afin de protéger
sa dignité, son intégrité et sa liberté. Pour
accomplir la loi, il faut donc passer de la
lettre à l’esprit, sinon, notre justice
ressemblera à celle des scribes et des
pharisiens que Matthieu dénonce avec virulence
(Mt 5,20).
Dans la foi chrétienne, la personne humaine est tellement
importante qu’elle est sacrée. En 2ème lecture
aujourd’hui, dans sa 1ère lettre aux
Corinthiens, saint Paul affirme solennellement
que l’être humain est Temple de Dieu et
que l’Esprit de Dieu habite en lui (1 Co 3,16).
C’est pourquoi, lorsqu’on applique une loi, ce
n’est pas la loi qui est première, c’est la
personne humaine qu’elle doit protéger… Et c’est
sacré!
Reprenons donc les deux dernières lois auxquelles Matthieu se
réfère et voyons comment leur application
pourrait se traduire aujourd’hui…
1.
« Vous avez appris qu’il a été dit : ‘’Œil pour
œil, dent pour dent’’ »
(Mt 5,38). Cette loi du talion, appliquée encore
aujourd’hui dans certaines cultures, consiste à
limiter la vengeance et à mesurer la juste
compensation : un œil et non pas les deux pour
un œil; une dent et non pas la mâchoire pour une
dent. On a beau limité la vengeance, il y a
vengeance quand même. Et c’est pourquoi, le
Christ de Matthieu vient tout chambouler :
« Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au
méchant… » (Mt 5,39a). Et comment s’applique
cette non vengeance au temps de Matthieu? Par
l’exagération pour montrer l’importance de ne
pas se venger, car la vengeance n’apporte aucune
solution, sinon une sorte de satisfaction
passagère. Un sage a déjà dit : « Se venger,
ça fait du bien un moment; pardonner, ça fait du
bien tout le temps ». Les exemples que
Matthieu donne peuvent sembler exagérer, mais
ils illustrent très bien qu’il est possible de
désarmer quelqu’un qui utilise la violence
physique ou psychologique : « Si quelqu’un te
gifle sur la joue droite, tends-lui encore
l’autre » (Mt 5,39b); « Si quelqu’un veut
te faire un procès et prendre ta tunique,
laisse-lui encore ton manteau » (Mt 5,40) et
« Si quelqu’un te réquisitionne pour faire
mille pas, fais-en deux mille avec lui » (Mt
5,41). Une telle façon de faire peut désarmer
n’importe qui…
Mais
comment appliquer cela aujourd’hui? Être
chrétien, ce n’est pas être crétin. Il faut bien
sûr travailler à restaurer la justice pour tous,
mais on peut le faire sans nous venger du mal
qui nous est fait… La vengeance n’apporte rien
de bon, sinon la violence. Le plus bel exemple,
c’est le conflit entre les Israéliens et les
Palestiniens. C’est un conflit interminable : on
se lance des bombes les uns sur les autres et
c’est toujours en riposte à l’autre. Comment
cela va-t-il finir?
2.
« Vous avez appris qu’il a été dit : ‘’Tu
aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi’’ »
(Mt 5,43). L’expression : haïr son ennemi
est absente de la Bible. Par ailleurs, pour un
bon juif pratiquant, le prochain c’est celui qui
partage la même foi et la même culture.
L’ennemi, c’est l’étranger, le païen, l’autre
qui est différent. On ne disait pas de le haïr,
mais on ne lui parlait pas, car il était impur
et c’était défendu de l’approcher. Le Christ de
Matthieu dit : « Eh bien moi, je vous dis :
‘’Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous
persécutent…’’ » (Mt 5,44). Si nous nous
disons fils et filles de Dieu, comment peut-on
séparer les gens, en prochain et en ennemi,
comme semble le faire la tradition juive de
l’époque? Le soleil se lève pour tout le monde,
les bons comme les méchants et la pluie tombe
sur les justes et sur les injustes (Mt 5,45)
Et Matthieu
va encore plus loin : si nous n’aimons que ceux
qui nous aiment, tout le monde fait ça… Comme
chrétiens, il faut faire plus! Autrement,
qu’est-ce qui nous distingue des autres? Si nous
ne saluons que nos frères, nos semblables, nos
proches, les païens en font autant! Qu’est-ce
qu’il y a de si extraordinaire? Dans le fond, ce
que Matthieu nous propose, c’est un Amour plus
que parfait : un amour dans toute sa gratuité,
sans discrimination, sans domination, illimité.
Cet amour nous fait ressembler à Dieu…
Si
j’actualise cela aujourd’hui, comment ça se
traduit dans nos vies de croyants? Aimer
l’autre, l’étranger, le différent de nous,
lorsqu’il est loin, il est facile à aimer… Mais,
lorsqu’il est à côté de nous, proche de nous,
c’est un peu plus difficile… C’est pourtant ce
qui nous est demandé. Ça dit quelque chose de la
perfection à laquelle nous sommes invités pour
ressembler à Dieu.
En terminant, saint Paul ne dit-il pas que nous appartenons
au Christ et que le Christ appartient à Dieu? Si
c’est vrai, il se peut que la vie nous dépouille
complètement, mais même dépouillé, nous
conserverons notre dignité de fils et de filles
de Dieu. Dans un billet sur l’évangile
d’aujourd’hui, le français Gérard Bessière
écrit : « Manteau, tunique, vêtement et
sous-vêtement… en somme, il faut accepter de se
laisser dépouiller et de se retrouver tout nu!
Plus d’avoir, plus de biens, reste un être riche
et pauvre de sa seule humanité, un visage, un
regard… On pense à tant de femmes et d’hommes
qui ont dû abandonner jusqu’à leurs habits en
entrant dans les camps où l’on voulait détruire
leurs corps et leurs âmes. Faut-il pousser la
non-violence jusqu’à pareille extrémité? Ne
serait-ce pas faire le jeu des violents et
renoncer à toute justice? Certains ont dénoncé
dans ces paroles une morale d’esclaves. La
dignité de la personne humaine n’exige-t-elle
pas qu’elle soit respectée en ses droits
élémentaires? Jésus pratique volontiers le
paradoxe qui choque, réveille, fait réagir et
réfléchir! Il veut conduire les hommes beaucoup
plus loin que les apparences, les réputations,
les situations. Au-delà de tout ce qui permet à
l’homme de s’habiller, de se protéger et de se
cacher parfois, il nous amène à notre nudité
première, en ce lieu désert où nous sommes
toujours en train de naître et de choisir notre
vie, de refuser ou d’accueillir en nous
l’humanité des autres qui est aussi la nôtre.
Mais les paroles de Jésus n’étaient pas que des
formules choc : un Vendredi, des soldats se
partageront ses vêtements et tireront sa tunique
au sort, après l’avoir cloué sur une croix… »
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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