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Septième dimanche du Temps ordinaire (B) : 22 février 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 


Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Is 43,18-19.21-22.24c-25
2ème lecture :  2 Co 1,18-22
Évangile :  Mc 2,1-12

Si on pose la question suivante : Qui donc est notre Dieu? Et qu’on se sert des 3 lectures de ce dimanche pour y répondre, on arrive à ceci : Dieu est créateur et même re-créateur : « Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas? » (Is 43,19a). Dieu est aussi pardon : « Mais moi, oui, moi je pardonne tes révoltes, à cause de moi-même, et je ne veux plus me souvenir de tes péchés » (Is 43,25). Dieu réalise ses promesses à travers son Fils qui n’est que oui : « Le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons annoncé parmi vous, Sylvain, Timothée et moi, n’a pas été à la fois oui et non; il n’a jamais été que oui. Et toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur oui dans sa personne » (2 Co 1,19-20a). Enfin, Dieu se montre à travers le Christ comme celui qui pardonne, qui guérit, qui relève et qui ressuscite : « Eh bien! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre, je te l’ordonne, dit-il au paralysé : ‘’Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi’’ » (Mc 2,10-11).

  1. Dieu créateur et re-créateur : Entre 550-539 av. J.-C., le second Isaïe, entrevoyant la libération des Juifs exilés à Babylone, s’efforce de ranimer leur espérance. Cette parole prophétique s’adresse à tous : à ceux qui sont découragés d’avoir été abandonnés par Dieu et les autres qui se sont laissés entraîner par l’idolâtrie. Dieu va les libérer une seconde fois, à travers un roi païen, Cyrus. Ce sera un nouvel Exode, plus merveilleux encore que la sortie d’Égypte. Et c’est pourquoi, après leur avoir rappelé le premier Exode : « Ainsi parle le Seigneur, celui qui traça dans la mer un chemin, un sentier dans les eaux déchaînées, qui fit sortir char et cheval, armée et troupe d’élite ensemble; ils se sont couchés pour ne plus se relever, étouffés comme une mèche et éteints » (Is 43,16-17), il leur dit, et c’est le texte d’aujourd’hui : « Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé » (Is 43,18). Et pourquoi? Parce que Dieu ne peut faire que du neuf, de la nouveauté : la route tracée sur la mer deviendra un chemin, un sentier à travers le désert : « Oui, je vais faire passer une route dans le désert, des fleuves dans les lieux arides » (Is 43,19b). Les 2 conduisent à la liberté. Dieu recrée sans cesse le monde, et malgré nos infidélités, lui Dieu, reste fidèle, de sorte que, tous les évangiles reconnaissent qu’au matin de Pâques, Dieu réalise sa nouvelle création à travers le Christ ressuscité.

  2. Dieu pardon : Déjà, le prophète Isaïe annonce la gratuité du pardon de Dieu, sa grande miséricorde et son amour infini : « Toi, Jacob, tu ne m’as pas appelé, tu ne t’étais pas fatigué pour moi, Israël! Par tes péchés tu m’as traité comme un esclave, par tes fautes tu m’as fatigué. Mais moi, oui, moi je pardonne tes révoltes, à cause de moi-même, et je ne veux plus me souvenir de tes péchés » (Is 43,22.24c-25). Et c’est ce pardon de Dieu qui recrée, qui guérit, qui relève et qui redonne la vie. N’est-ce pas ce que saint Marc nous raconte dans son récit de l’homme paralysé, couché sur un brancard et porté par 4 hommes qui doivent percer un trou dans le toit pour s’approcher de Jésus ressuscité. Dans ce récit d’évangile, tout est bloqué, figé, immobile : dans la maison de Pierre, dans l’Église où se trouve le Ressuscité, la foule, immobile bloque l’entrée (Mc 2,2). Les scribes sont assis bien confortablement, sans bouger. Malheureusement, la traduction liturgique ne rend pas bien le texte grec : « Or, il y avait dans l’assistance quelques scribes qui raisonnaient en eux-mêmes : » (Mc 2,6). On devrait plutôt lire : « Quelques scribes étaient assis là (katoménoi) (assis passivement) et raisonnaient en leurs cœurs » (Mc 2,6). Les scribes sont immobiles eux aussi, figés dans leurs certitudes sur Dieu : « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul? » (Mc 2,7). Et c’est là que le Christ de Pâques démontre aux chrétiens qu’il y a un lien entre le pardon de Dieu et la guérison ou la re-création, en disant : « Qu’est-ce qui est le plus facile? De dire au paralysé : ‘’Tes péchés sont pardonnés’’, ou bien de dire : ‘’Lève-toi, prends ton brancard et marche’’ » (Mc 2,9).

  3. Dieu de la Vie : L’affirmation principale des textes bibliques d’aujourd’hui, c’est que Dieu nous veut vivant, debout, en marche. Le prophète Isaïe annonce au temps de l’Exil la germination d’un monde nouveau (Is 43,19a), un monde libéré de l’oppression et de l’injustice, et pour que ce monde puisse avancer et marcher, Dieu dit : « Je vais faire passer une route dans le désert, des fleuves dans les lieux arides » (Is 43,19b). Et, c’est à travers le Christ de Pâques que ce nouveau monde est né, de sorte que, par la foi au Christ, tout devient possible : l’Église a beau être figée dans l’immobilisme et la passivité, quatre hommes décident de percer le toit de la maison pour qu’un paralysé soit guéri par Jésus ressuscité. Et la guérison consiste à redonner la vie à celui qui l’a perdue; en guérissant son âme par le pardon de Dieu, l’homme se lève, il ressuscite : « L’homme se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde » (Mc 2,12a). Une fois debout, ressuscité, l’homme ne peut plus rester immobile. Il sort de la maison, il se met en marche. Il devient missionnaire. Il faut ajouter, que si ça n’avait été de la foi de ces quatre hommes, le paralysé n’aurait pas pu s’approcher du Christ; donc, il serait toujours paralysé. Il en faut des croyants et des croyantes pour conduire au Christ tous ceux et celles qui souffrent d’immobilisme, de paralysie, de passivité. Saint Paul, en 2ème lecture, nous parle de Sylvain, de Timothée et de lui-même (2 Co 1,19). Saint Marc lui, en soulignant l’intervention de ces quatre hommes non identifiés, tout comme l’anonymat du paralysé, peut-être veut-il que nous nous reconnaissions dans ces personnages, pour que nous puissions prendre conscience que nous sommes tous des paralysés, qui, une fois guéris, debout, ressuscités, deviennent des porteurs d’autres paralysés qui ont besoin, eux aussi, de rencontrer le Christ ressuscité.

En terminant, je voudrais simplement vous citer une réflexion d’un théologien belge, Jean Vernette, sur l’utilité du péché. Le péché qui nous paralyse n’est pas aussi dramatique qu’on le dit. Au contraire, le péché nous rapproche du cœur de Dieu : « Un vieux rabbin racontait : chacun de nous est relié à Dieu par un fil. Et lorsqu’on commet une faute, le fil est cassé. Mais lorsqu’on regrette sa faute, Dieu fait un nœud au fil. Du coup, le fil est plus court qu’avant. Et le pécheur est un peu plus près de Dieu! Ainsi, de faute en repentir, de nœud en nœud, nous nous rapprochons de Dieu. Finalement, chacun de nos péchés est l’occasion de raccourcir d’un cran la corde à nœuds et d’arriver plus vite près du cœur de Dieu. Tout est grâce! Même les péchés ».


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

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