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Dimanche de la Foi ou de la Miséricorde divine…
Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ac 4,32-35
2ème lecture : 1 Jn 5,1-6
Évangile : Jn 20,19-31
Pendant 50 jours ou plutôt 49 jours (7 X 7 jours), l’Église
déploie la fête de Pâques. Ce temps se termine
le 50ème jour qu’on appelle
la Pentecôte. Saint Athanase disait en effet
qu’il n’y a qu’un dimanche de Pâques qui dure
jusqu’à la Pentecôte. Aussi, s’il est vrai que
sans Pâques, il n’y aurait jamais eu de Noël, on
sait aussi qu’avant d’être annuelle, la
célébration pascale fut, chez les premiers
chrétiens, hebdomadaire : chaque dimanche était
un mémorial de la Résurrection du Seigneur. C’est au 2ème siècle seulement que l’Église choisit de
célébrer chaque année la fête de Pâques. Mais au
fait chaque dimanche est Pâques, puisque nous
célébrons le mémorial de la mort-résurrection du
Christ. Malheureusement, dans l’Église
catholique, à partir du 16ème siècle, dans le
conflit avec les Protestants, on a tellement
insisté sur le sacrifice de la messe qui
nous rend présent le sacrifice de la croix,
on a comme placé au second plan le mémorial de
la Résurrection. Et pourtant, on ne peut séparer
les deux : la messe ou l’Eucharistie, c’est le
mémorial de la mort-résurrection du Christ, ce
qui fait la fête de Pâques.
Aujourd’hui, les textes bibliques qui nous sont proposés sont
riches de sens et de significations. Je voudrais
en souligner quelques uns :
-
Le vécu de l’Église primitive :
En 1ère lecture aujourd’hui, dans le livre
des Actes des Apôtres, nous avons le 2ème
sommaire de 3, sur le vécu des premiers
chrétiens. Ce sommaire reprend ce qui avait
été le thème du premier : la prédication
apostolique et son succès auprès des foules
(Ac 4,33). Saint Luc insère ce verset entre
2 descriptions de la vie interne de la
communauté chrétienne : 1) « La multitude
de ceux qui avaient adhéré à la foi avait un
seul cœur et une seule âme; et personne ne
se disait propriétaire de ce qu’il
possédait, mais on mettait tout en commun »
(Ac 4,32). 2) « Aucun d’entre eux
n’était dans la misère, car tous ceux qui
possédaient des champs ou des maisons les
vendaient, et ils en apportaient le prix
pour le mettre à la disposition des Apôtres.
On en redistribuait une part à chacun des
frères au fur et à mesure de ses besoins »
(Ac 4,34-35).
Ces deux descriptions du vécu des premiers chrétiens peuvent
sembler irréalistes et utopiques, mais il
s’agit plutôt d’un projet que l’Église
primitive s’efforçait de réaliser en
proposant un double idéal : 1) L’idéal de
l’amitié grecque vanté par Aristote :
« Les amis n’ont qu’une âme entre eux et les
biens sont propriété commune ». 2)
L’idéal du peuple de Dieu proclamé par le
livre du Deutéronome : « Il n’y aura pas
de pauvre chez toi » (Dt 15,4). Encore
aujourd’hui, il faut nous laisser
interpeller par ce double idéal, car on est
encore loin de sa réalisation. Et pourtant
la foi chrétienne l’exige.
-
Nés de Dieu, nous sommes Christ ressuscité :
Quelle belle lettre que cette lettre de saint Jean qui nous
dit la dignité de ceux et celles qui croient
au Christ ressuscité : « Tout homme qui
croit que Jésus est le Christ, celui-là est
vraiment né de Dieu; tout homme qui aime le
Père aime aussi celui qui est né de lui »
(1 Jn 5,1). Pâques est présenté comme
une nouvelle création, et déjà sur la croix
du Vendredi Saint, l’Église est née et sa
mission commence au matin de Pâques. Saint
Jean Chrysostome, au 4ème siècle, disait :
« Il jaillit de son côté de l’eau et
du sang (Jn 19,34)… J’ai dit que cette
eau et ce sang étaient le symbole du baptême
et des mystères (l’eucharistie). Or l’Église
est née de ces deux sacrements : par ce bain
de la renaissance et de la rénovation dans
l’Esprit, par le baptême donc, et par les
mystères. Or les signes du baptême et des
mystères sont issus du côté. Ainsi le Christ
a formé l’Église, à partir de son côté,
comme il a formé Ève à partir du côté
d’Adam ».
En même temps, tout est Amour : « Nous reconnaissons que
nous aimons les enfants de Dieu lorsque nous
aimons Dieu » (1 Jn 5,2a), et pour aimer
Dieu, il faut d’abord aimer ses enfants :
« Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit,
est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit
pas » (1 Jn 4,20). Et l’amour se
manifeste dans notre manière d’être et dans
notre façon de vivre comme chrétiens :
« Car l’amour de Dieu, c’est cela : garder
ses commandements. Ses commandements ne sont
pas un fardeau » (1 Jn 5,3). Sur ce,
saint Augustin ajoute : « Dans ce qu’on
aime, ou bien il n’y a pas de fatigue ou
bien cette fatigue elle-même est aimée ».
-
La mission chrétienne : Paix, joie,
libération, espérance et présence :
Cette page d’évangile que nous lisons à
chaque année au 2ème dimanche de Pâques,
constituait primitivement la fin de
l’évangile de Jean. Le chapitre 21 est
l’œuvre de disciples de l’évangéliste qui
ont voulu montrer le rôle particulier de
Pierre dans l’Église et la place toute aussi
importante du disciple que Jésus aimait.
Cette page d’évangile comporte des messages
importants :
-
Cette apparition aux disciples au soir de Pâques et au
dimanche suivant signifie d’abord
l’importance du rassemblement dominical
au nom de notre foi et de notre
appartenance au Christ et à l’Église. De
sorte que, lors du premier
rassemblement, Thomas est absent; il n’a
donc pas pu faire l’expérience du
Ressuscité. C’est seulement le dimanche
suivant qu’il a pu, lui aussi,
rencontrer le Seigneur. Ce qui signifie
qu’encore aujourd’hui, il nous est
possible à nous aussi, de vivre
l’expérience du Ressuscité, lors de nos
rassemblements dominicaux.
-
Lors de ces rassemblements, le Christ se fait présent, malgré
nos portes verrouillées. Il est là pour
nous donner sa paix : « La paix soit
avec vous! » (Jn 20,19b). En le
voyant et en le reconnaissant à travers
les autres et spécialement ceux et
celles qui portent les marques et les
blessures du crucifié, les participants
au rassemblement ressentent une grande
joie : « Les disciples furent remplis
de joie en voyant le Seigneur » (Jn
20,20b). De nouveau, la paix les
envahit : « La paix soit avec vous! »
(Jn 20,21a). L’exégète français Jean
Debruynne écrit ce très beau
commentaire : « C’est une
merveilleuse chanson d’espérance que ce
texte d’Évangile. C’est quand nous avons
fermé la porte à Jésus, quand nous avons
mis les verrous, que Jésus entre et se
tient là. C’est au moment où l’on doute
le plus de lui que Jésus arrive. C’est
la nuit que naît le jour. C’est en hiver
que le printemps commence. C’est quand
il n’y a plus d’espoir que l’espérance
se lève. C’est quand il n’y a plus de
raison de croire que la foi ouvre ses
yeux. Les verrous sont tirés, la porte
est hermétiquement close et pourtant
Jésus est là. Il n’est pas en dehors de
nous, il est dedans. Il se présente :
La paix soit avec vous! Jésus n’est
ni reproche ni accusation, il est Paix.
La Paix soit avec vous! »
-
Rassemblés au nom de notre foi et de notre appartenance au
Christ, nous sommes recréés, investis de
son Esprit : « Ayant ainsi parlé, il
répandit sur eux son souffle et il leur
dit : Recevez l’Esprit Saint » (Jn
20,22). C’est
la Pentecôte, c’est la mission qui commence. Cette nouvelle création fait des
disciples, des Christs ressuscités. Il
faut donc ouvrir les portes et partir
annoncer cette Bonne Nouvelle que Christ
est vivant, qu’il nous assure de sa
présence, qu’il nous laisse sa paix et
qu’il nous offre la liberté : « Tout
homme à qui vous remettrez ses péchés,
ils lui seront remis; tout homme à qui
vous maintiendrez ses péchés, ils lui
seront maintenus » (Jn 20,23). C’est
toute une responsabilité : on a le
pouvoir de libérer les gens ou de
refuser de le faire. J’aurais le goût de
dire : Libérons-les tous et toutes!
André Sève écrit : « On dit que Jean
XXIII est devenu un saint parce que
devant l’énormité de sa tâche, il
s’était totalement ouvert au
Saint-Esprit : Aide-moi à faire ce que
je dois faire. Je ne serai un bon envoyé
que si j’ouvre tout chez moi à l’Esprit.
Annoncer
la Bonne
Nouvelle, cela peut se faire partout et sans paroles : par notre promptitude à
rendre service, à ne jamais dénigrer, à
garder le calme et la confiance. Mais
qu’est-ce qu’il a, celui-là?
pensera-t-on. Il a l’Esprit ».
-
Thomas est, à la fois, notre jumeau et notre modèle dans la
foi. Absent du premier rassemblement et
blessé dans son amour pour celui qu’il
avait suivi, Thomas a une réaction très
humaine : Il ne veut pas souffrir
davantage. Il entendait le témoignage
des autres, mais il lui fallait plus que
ça : « Si je ne vois pas dans ses
mains la marque des clous, si je ne mets
pas mon doigt à l’endroit des clous, si
je ne mets pas la main dans son côté,
non, je ne croirai pas » (Jn
20,25b). Par ailleurs, au dimanche
suivant, lorsque Thomas, rassemblé avec
les autres, peut voir lui aussi que le
Christ présent est aussi celui qui a
souffert la passion et le crucifiement,
il accède à la foi de manière
remarquable : « Thomas lui dit
alors : Mon Seigneur et mon Dieu! »
(Jn 20,28). L’exégète français Patrick
Jacquement nous décrit bien ce Thomas de
l’évangile de Jean : « Quel est donc
le verrou qui empêche alors Thomas de
croire? Après la déception du Golgotha
il ne veut pas se laisser abuser. Il est
sur la défensive, il doute quand il
entend le récit des disciples. S’il
s’agit du Jésus qu’il a suivi, il a été
blessé à mort. S’il s’agit d’un autre,
il n’est pas prêt à risquer une nouvelle
aventure. Jésus vient dénouer le
dilemme. Il est bien le crucifié, avec
ses plaies, il est bien vivant, comme il
l’avait promis. La porte de la foi
s’ouvre pour Thomas : Mon Seigneur et
mon Dieu! »
En terminant, pour nous qui sommes encore dans l’octave de
Pâques, dans notre rassemblement dominical,
soyons attentifs à ceux et celles qui souffrent.
Reconnaissons en eux et en elles le Christ de
Pâques, et, au moment de l’Eucharistie, prenons
conscience de ce que nous recevons dans ce
partage du pain et du vin eucharistiés. Saint
Cyrille de Jérusalem, au 4ème siècle, écrit :
« Sous la figure du pain t’est donné le corps et
sous la figure du vin t’est donné le sang, afin
que tu deviennes, en ayant participé au corps et
au sang du Christ, un seul corps et un seul sang
avec le Christ. Ainsi devenons-nous des
porte-Christ, son corps et son sang se
répandant en nos membres ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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