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Pâques 2 (B) : 19 avril 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 


 

Dimanche de la Foi ou de la Miséricorde divine…

Réf. Bibliques :  1ère lecture :   Ac 4,32-35
2ème lecture :   1 Jn 5,1-6
Évangile :   Jn 20,19-31

Pendant 50 jours ou plutôt 49 jours (7 X 7 jours), l’Église déploie la fête de Pâques. Ce temps se termine le 50ème jour qu’on appelle la Pentecôte. Saint Athanase disait en effet qu’il n’y a qu’un dimanche de Pâques qui dure jusqu’à la Pentecôte. Aussi, s’il est vrai que sans Pâques, il n’y aurait jamais eu de Noël, on sait aussi qu’avant d’être annuelle, la célébration pascale fut, chez les premiers chrétiens, hebdomadaire : chaque dimanche était un mémorial de la Résurrection du Seigneur. C’est au 2ème siècle seulement que l’Église choisit de célébrer chaque année la fête de Pâques. Mais au fait chaque dimanche est Pâques, puisque nous célébrons le mémorial de la mort-résurrection du Christ. Malheureusement, dans l’Église catholique, à partir du 16ème siècle, dans le conflit avec les Protestants, on a tellement insisté sur le sacrifice de la messe qui nous rend présent le sacrifice de la croix, on a comme placé au second plan le mémorial de la Résurrection. Et pourtant, on ne peut séparer les deux : la messe ou l’Eucharistie, c’est le mémorial de la mort-résurrection du Christ, ce qui fait la fête de Pâques.

Aujourd’hui, les textes bibliques qui nous sont proposés sont riches de sens et de significations. Je voudrais en souligner quelques uns :

  1. Le vécu de l’Église primitive : En 1ère lecture aujourd’hui, dans le livre des Actes des Apôtres, nous avons le 2ème sommaire de 3, sur le vécu des premiers chrétiens. Ce sommaire reprend ce qui avait été le thème du premier : la prédication apostolique et son succès auprès des foules (Ac 4,33). Saint Luc insère ce verset entre 2 descriptions de la vie interne de la communauté chrétienne : 1) « La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avait un seul cœur et une seule âme; et personne ne se disait propriétaire de ce qu’il possédait, mais on mettait tout en commun » (Ac 4,32). 2) « Aucun d’entre eux n’était dans la misère, car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et ils en apportaient le prix pour le mettre à la disposition des Apôtres. On en redistribuait une part à chacun des frères au fur et à mesure de ses besoins » (Ac 4,34-35).

Ces deux descriptions du vécu des premiers chrétiens peuvent sembler irréalistes et utopiques, mais il s’agit plutôt d’un projet que l’Église primitive s’efforçait de réaliser en proposant un double idéal : 1) L’idéal de l’amitié grecque vanté par Aristote : « Les amis n’ont qu’une âme entre eux et les biens sont propriété commune ». 2) L’idéal du peuple de Dieu proclamé par le livre du Deutéronome : « Il n’y aura pas de pauvre chez toi » (Dt 15,4). Encore aujourd’hui, il faut nous laisser interpeller par ce double idéal, car on est encore loin de sa réalisation. Et pourtant la foi chrétienne l’exige.

  1. Nés de Dieu, nous sommes Christ ressuscité : Quelle belle lettre que cette lettre de saint Jean qui nous dit la dignité de ceux et celles qui croient au Christ ressuscité : « Tout homme qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est vraiment né de Dieu; tout homme qui aime le Père aime aussi celui qui est né de lui » (1 Jn 5,1). Pâques est présenté comme une nouvelle création, et déjà sur la croix du Vendredi Saint, l’Église est née et sa mission commence au matin de Pâques. Saint Jean Chrysostome, au 4ème siècle, disait : « Il jaillit de son côté de l’eau et du sang (Jn 19,34)… J’ai dit que cette eau et ce sang étaient le symbole du baptême et des mystères (l’eucharistie). Or l’Église est née de ces deux sacrements : par ce bain de la renaissance et de la rénovation dans l’Esprit, par le baptême donc, et par les mystères. Or les signes du baptême et des mystères sont issus du côté. Ainsi le Christ a formé l’Église, à partir de son côté, comme il a formé Ève à partir du côté d’Adam ».

En même temps, tout est Amour : « Nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu lorsque nous aimons Dieu » (1 Jn 5,2a), et pour aimer Dieu, il faut d’abord aimer ses enfants : « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas » (1 Jn 4,20). Et l’amour se manifeste dans notre manière d’être et dans notre façon de vivre comme chrétiens : « Car l’amour de Dieu, c’est cela : garder ses commandements. Ses commandements ne sont pas un fardeau » (1 Jn 5,3). Sur ce, saint Augustin ajoute : « Dans ce qu’on aime, ou bien il n’y a pas de fatigue ou bien cette fatigue elle-même est aimée ».

  1. La mission chrétienne : Paix, joie, libération, espérance et présence :  Cette page d’évangile que nous lisons à chaque année au 2ème dimanche de Pâques, constituait primitivement la fin de l’évangile de Jean. Le chapitre 21 est l’œuvre de disciples de l’évangéliste qui ont voulu montrer le rôle particulier de Pierre dans l’Église et la place toute aussi importante du disciple que Jésus aimait. Cette page d’évangile comporte des messages importants :

    1. Cette apparition aux disciples au soir de Pâques et au dimanche suivant signifie d’abord l’importance du rassemblement dominical au nom de notre foi et de notre appartenance au Christ et à l’Église. De sorte que, lors du premier rassemblement, Thomas est absent; il n’a donc pas pu faire l’expérience du Ressuscité. C’est seulement le dimanche suivant qu’il a pu, lui aussi, rencontrer le Seigneur. Ce qui signifie qu’encore aujourd’hui, il nous est possible à nous aussi, de vivre l’expérience du Ressuscité, lors de nos rassemblements dominicaux.

    2. Lors de ces rassemblements, le Christ se fait présent, malgré nos portes verrouillées. Il est là pour nous donner sa paix : « La paix soit avec vous! » (Jn 20,19b). En le voyant et en le reconnaissant à travers les autres et spécialement ceux et celles qui portent les marques et les blessures du crucifié, les participants au rassemblement ressentent une grande joie : « Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur » (Jn 20,20b). De nouveau, la paix les envahit : « La paix soit avec vous! » (Jn 20,21a). L’exégète français Jean Debruynne écrit ce très beau commentaire : « C’est une merveilleuse chanson d’espérance que ce texte d’Évangile. C’est quand nous avons fermé la porte à Jésus, quand nous avons mis les verrous, que Jésus entre et se tient là. C’est au moment où l’on doute le plus de lui que Jésus arrive. C’est la nuit que naît le jour. C’est en hiver que le printemps commence. C’est quand il n’y a plus d’espoir que l’espérance se lève. C’est quand il n’y a plus de raison de croire que la foi ouvre ses yeux. Les verrous sont tirés, la porte est hermétiquement close et pourtant Jésus est là. Il n’est pas en dehors de nous, il est dedans. Il se présente : La paix soit avec vous! Jésus n’est ni reproche ni accusation, il est Paix. La Paix soit avec vous! »

    3. Rassemblés au nom de notre foi et de notre appartenance au Christ, nous sommes recréés, investis de son Esprit : « Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22). C’est la Pentecôte, c’est la mission qui commence. Cette nouvelle création fait des disciples, des Christs ressuscités. Il faut donc ouvrir  les portes et partir annoncer cette Bonne Nouvelle que Christ est vivant, qu’il nous assure de sa présence, qu’il nous laisse sa paix et qu’il nous offre la liberté : «  Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus » (Jn 20,23). C’est toute une responsabilité : on a le pouvoir de libérer les gens ou de refuser de le faire. J’aurais le goût de dire : Libérons-les tous et toutes! André Sève écrit : « On dit que Jean XXIII est devenu un saint parce que devant l’énormité de sa tâche, il s’était totalement ouvert au Saint-Esprit : Aide-moi à faire ce que je dois faire. Je ne serai un bon envoyé que si j’ouvre tout chez moi à l’Esprit. Annoncer la Bonne Nouvelle, cela peut se faire partout et sans paroles : par notre promptitude à rendre service, à ne jamais dénigrer, à garder le calme et la confiance. Mais qu’est-ce qu’il a, celui-là? pensera-t-on. Il a l’Esprit ».

    4. Thomas est, à la fois, notre jumeau et notre modèle dans la foi. Absent du premier rassemblement et blessé dans son amour pour celui qu’il avait suivi, Thomas a une réaction très humaine : Il ne veut pas souffrir davantage. Il entendait le témoignage des autres, mais il lui fallait plus que ça : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas » (Jn 20,25b). Par ailleurs, au dimanche suivant, lorsque Thomas, rassemblé avec les autres, peut voir lui aussi que le Christ présent est aussi celui qui a souffert la passion et le crucifiement, il accède à la foi de manière remarquable : « Thomas lui dit alors : Mon Seigneur et mon Dieu! » (Jn 20,28). L’exégète français Patrick Jacquement nous décrit bien ce Thomas de l’évangile de Jean : « Quel est donc le verrou qui empêche alors Thomas de croire? Après la déception du Golgotha il ne veut pas se laisser abuser. Il est sur la défensive, il doute quand il entend le récit des disciples. S’il s’agit du Jésus qu’il a suivi, il a été blessé à mort. S’il s’agit d’un autre, il n’est pas prêt à risquer une nouvelle aventure. Jésus vient dénouer le dilemme. Il est bien le crucifié, avec ses plaies, il est bien vivant, comme il l’avait promis. La porte de la foi s’ouvre pour Thomas : Mon Seigneur et mon Dieu! »

En terminant, pour nous qui sommes encore dans l’octave de Pâques, dans notre rassemblement dominical, soyons attentifs à ceux et celles qui souffrent. Reconnaissons en eux et en elles le Christ de Pâques, et, au moment de l’Eucharistie, prenons conscience de ce que nous recevons dans ce partage du pain et du vin eucharistiés. Saint Cyrille de Jérusalem, au 4ème siècle, écrit : « Sous la figure du pain t’est donné le corps et sous la figure du vin t’est donné le sang, afin que tu deviennes, en ayant participé au corps et au sang du Christ, un seul corps et un seul sang avec le Christ. Ainsi devenons-nous des porte-Christ, son corps et son sang se répandant en nos membres ».


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

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