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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ac 5,12-16
Évangile : Jn 20,19-31
Le Christ vivant, c’est nous…
Les évangiles du temps de Pâques sont traditionnellement
empruntés à saint Jean. Après la découverte du
tombeau vide, au matin de Pâques, par
Marie-Madeleine, le même jour, le soir de
Pâques, par Pierre et Jean, l’évangéliste nous
raconte l’apparition du Ressuscité aux disciples
enfermés dans la peur, mais rassemblés, pour
leur confier la mission de libérer les gens :
« Tout homme à qui vous remettrez ses péchés,
ils lui seront remis; tout homme à qui vous
maintiendrez ses péchés, ils lui seront
maintenus » (Jn 20,23). Les verbes étant au
passif, ça signifie que c’est Dieu qui libère,
mais en même temps, il a besoin de nous pour le
faire. C’est toute une responsabilité, et
celle-ci n’est pas réservée aux Onze seulement,
puisque ce sont tous les disciples rassemblés
qui reçoivent cette mission. Mais pourquoi ce
récit de Pâques? Quels messages devons-nous
retenir?
1.
Le rassemblement.
Ce que saint Jean veut d’abord nous dire, c’est
que la foi, ça ne se vit pas tout seul :
« Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en
mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt
18,20). Pourquoi? Tout simplement parce que pour
rencontrer le Christ, il nous faut rencontrer
l’autre, les autres qui nous disent la présence
du Ressuscité. C’est dans l’autre, dans les
autres qu’on peut le reconnaître. Et pour preuve
saint Jean nous dit que, lors de ce premier
rassemblement, au soir de Pâques, Thomas n’était
pas avec les autres : « Or, l’un des Douze,
Thomas (dont le nom signifie : jumeau) n’était
pas avec eux, quand Jésus était venu » (Jn
20,24). Thomas, le jumeau, précise
l’évangéliste, notre jumeau… Il nous représente
bien, car nous non plus, nous n’étions pas là au
moment du premier rassemblement.
Les autres
disciples ont beau lui dire : « Nous avons vu
le Seigneur! » (Jn 20,25a) ils ne disent pas
Jésus, mais bien Seigneur, donc le
Ressuscité. Et pourtant, Thomas exige des
preuves : « Si je ne vois pas dans ses mains
la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt
à l’endroit des clous, si je ne mets la main
dans son côté, non, je ne croirai pas » (Jn
20,25b). N’est-ce pas un peu notre attitude
encore aujourd’hui, par rapport à la foi
chrétienne? On délaisse le rassemblement et on
fait sa petite recherche personnelle du
Ressuscité. Ça nous conduit dans deux directions
différentes et opposées en même temps :
1ère
direction .
On devient athée, parce qu’on se dit : C’est de
la foutaise tout ça. Si Christ était vraiment
ressuscité, le monde ne serait pas ce qu’il
est : les guerres, les conflits, les meurtres,
l’exploitation des petits, l’exclusion, les
condamnations, les maladies, les souffrances, la
mort… tout ça n’existerait plus; au contraire, ça
se continue comme avant. Si Christ était
vraiment ressuscité et que Pâques est le
commencement d’un monde nouveau, ça paraîtrait.
Et pourtant, tout est comme avant…
2ème
direction.
On devient illuminé; on a son Christ à soi. Il
nous appartient. On sait, nous, qu’on l’a
rencontré personnellement… et on va même jusqu’à
devenir des gourous pour les autres. Combien de
sectes religieuses ont été fondées de cette
façon, par des illuminés?
Alors,
saint Jean continue : « Huit jours plus tard
(le dimanche suivant), les disciples se
trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas
était avec eux. Jésus vient alors que les portes
étaient verrouillées, et il était là au milieu
d’eux. Il dit : ‘’La paix soit avec vous!'’ »
(Jn 20,26). Dans le fond, même si la
communauté rassemblée est fermée sur elle-même
(les portes verrouillées), le Christ se rend
présent dans le rassemblement, et là, Thomas en
fera l’expérience. De quelle façon?
2.
La croix : signe de résurrection.
Ce que saint Jean veut nous dire, c’est qu’on ne
peut séparer le Ressuscité du Crucifié : c’est
le même. Ce qui signifie qu’on ne peut vivre
Pâques sans d’abord passer par le Vendredi
Saint, et c’est vrai pour tout le monde. À
l’époque ou l’évangile de Jean est écrit (fin du
1er siècle), il y a les persécutions
des chrétiens, le rejet, l’exclusion, la haine,
la division, etc… Ça fait partie de la réalité
de sa communauté. C’est donc à travers les
disciples persécutés, rejetés, condamnés,
exclus, que Thomas va rencontrer et reconnaître
le Christ ressuscité. À travers eux, Thomas
réalise que les marques de la passion et de la
croix ne sont pas effacées par la lumière de
Pâques.
Par
ailleurs, dans le contexte historique qui est le
nôtre, il n’y a peut-être pas les mêmes
persécutions comme chez les chrétiens de Jean,
mais la maladie, la souffrance, les épreuves et
la mort font toujours partie de notre réalité
humaine. Pâques ne les a pas effacées. On peut
refuser de croire : ça n’enlève rien à notre
finitude humaine! Mais ça réduit l’espérance!
C’est pourquoi, la foi ne peut être une
certitude, car la foi ne change rien à notre
réalité humaine avec ses limites et ses
pauvretés. La foi ne peut être qu’une espérance…
Mais quelle espérance! Puisqu’elle fait de la
croix, un signe de résurrection, un passage
(Pâques) de libération : de la mort surgit la
vie. Saint Jean ajoute : « Il y a beaucoup
d’autres signes que Jésus a faits en présence
des disciples et qui ne sont pas mis par écrit
dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin
que vous croyiez que Jésus est le Messie, le
Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous
ayez la vie en son nom » (Jn 20,30-31).
3.
Nous sommes Christ.
Rappelons-nous le message que les femmes ont
reçu au tombeau, au matin de Pâques :
« Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les
morts? » (Lc 24,5). S’il est vivant, comment
l’est-il? Ce ne peut être qu’à travers ses
disciples. Ce n’est pas pour rien, qu’au soir de
Pâques, les disciples rassemblés ont été
recréés, comme au premier jour de la création,
par son souffle, par son Esprit : « Il
répandit sur eux son souffle et il leur dit :
Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22). Ils
sont devenus lui-même, et désormais, c’est par
eux, qu’il peut parler et agir : Ils sont son
corps : « C’est lui qui a donné certains
comme apôtres, d’autres comme prophètes,
d’autres encore comme évangélistes, d’autres
enfin comme pasteurs et chargés de
l’enseignement, afin de mettre les saints
(chrétiens) en état d’accomplir le ministère
pour bâtir le corps du Christ, jusqu’à ce que
nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la
foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à
l’état d’adultes, à la taille du Christ dans sa
plénitude » (Ép 4,11-13).
En 1ère
lecture aujourd’hui, dans les Actes des Apôtres,
l’auteur, saint Luc, nous dit clairement qu’au
tout début de l’Église, le Christ agissait
vraiment par l’intermédiaire des Apôtres :
« On allait jusqu’à sortir les malades sur les
places, on les mettait sur des lits et des
brancards : ainsi, quand Pierre passerait, il
toucherait l’un ou l’autre de son ombre » (Ac
5,15). Imaginez la force et la puissance des
chrétiens : l’ombre projetée au sol par le
disciple, c’est suffisant pour guérir quelqu’un.
Avons-nous cette même conviction aujourd’hui? Et
pourtant, c’est la mission qui est confiée non
seulement au Pape, aux évêques et aux prêtres,
mais à tous les chrétiens qui mettent leur
espérance dans le Christ ressuscité.
En terminant, je voudrais simplement vous partager cette
réflexion de l’exégète français F. Tricard, dans
les dossiers de
la Bible # 27 qui répondait à la question
suivante : «Y a-t-il des preuves de
la Résurrection?» Il écrit :
« Il n’y a qu’une réalité historiquement
constatable : une communauté de disciples se
forme après la mort de Jésus et s’en va annoncer
à un monde de plus en plus large et lointain la
nouvelle stupéfiante : cet homme de Nazareth,
Dieu l’a ressuscité et fait Seigneur et Christ.
Il n’y a pas d’autre preuve que cette communauté
des commencements qui vit, de lui et par lui,
d’une vie nouvelle, et qui a grandi comme
l’arbre issu du grain de sénevé, selon la
parabole du Maître. La meilleure preuve
aujourd’hui encore, si pauvre soit-elle, ce sont
les chrétiens ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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