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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ac 2,14.22b-33
Évangile : Lc 24,13-35
Une vraie messe !
La fête de Pâques se continue toute l’année,
mais d’une façon particulière en ce temps, dit
pascal, qui nous conduit jusqu’à la Pentecôte.
Et pourquoi ce temps pascal? Parce qu’il a fallu
du temps aux premiers chrétiens pour réaliser
que le Christ ne vit plus « selon la chair »,
c’est-à-dire en un Jésus de Nazareth réanimé; il
vit « selon l’Esprit », et il se révèle à ceux
et celles qui, comme les disciples d’Emmaüs,
acceptent de se mettre en route et se laissent
brûler le cœur au feu de la Parole.
L’évangile d’aujourd’hui, qu’on retrouve
uniquement chez Luc, est le plus beau récit de
tout l’évangile de Luc. C’est une catéchèse sur
la messe, sur l’Eucharistie, comme lieu
privilégié de la présence et de la
reconnaissance du Ressuscité… lieu toujours
accessible aujourd’hui pour rencontrer le Christ
et se laisser transformer par lui.
Ce récit, cette catéchèse, qui met en scène deux
disciples : Cléophas, un disciple de la première
communauté chrétienne, sans doute, et l’autre,
anonyme, que le peintre Rembrandt montre de dos,
pour signifier que ce disciple nous représente
tous et toutes, nous les chrétiens de tous les
temps, ce récit donc, nous fait découvrir
l’importance d’être en mouvement – il y a plein
de verbes d’action : faire route, marcher, se
rendre – pour cheminer dans sa foi, l’importance
d’être attentif et à l’écoute de la Parole de
Dieu qui s’exprime dans les personnes que l’on
rencontre (ici l’étranger) et l’importance du
geste du partage du pain, de ce que nous sommes,
dans ce pain rompu et partagé de nos
eucharisties… comme si le pain devenait, à son
tour, Parole de Dieu, car il nous dit quelque
chose du Ressuscité (référence à la Cène).
Ce récit est un chemin en 3 étapes :
1ère étape : sur la route.
Les disciples d’hier et d’aujourd’hui sont en
route. Toute notre vie, on marche, on avance, on
recule parfois, mais on chemine vers un but, et
dans ce long cheminement, on se raconte, on se
dit, on crie sa souffrance, on partage ses
déceptions et ses désespérances. Le Christ
ressuscité qui n’est plus perceptible par les
sens : « Mais leurs yeux étaient aveuglés et
ils ne le reconnaissaient pas » (Lc 24,16).
Le Christ vient donc à la rencontre des
disciples sur la route de leur vie, à travers
l’étranger qu’ils rencontrent ou plutôt qui les
rejoint sur la route.
Cet étranger qui semble ignorer les événements
survenus à Jérusalem, lesquels événements sont
la cause du désarroi des disciples (Lc 24,18),
cet étranger donc se permet de relire les
Écritures à la lumière de sa foi pascale; son
interprétation et son actualisation des récits
de Moïse et des Prophètes, font naître une
nouvelle Parole de Dieu qui brûle le cœur des
deux disciples : « Notre cœur n’était-il pas
brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur
la route, et qu’il nous faisait comprendre les
Écritures? » (Lc 24,32). Cette petite phrase
dit vraiment que le Christ ressuscité ne peut se
voir qu’avec le cœur. Les récits bibliques
relus, réinterprétés et réactualisés deviennent
Parole de Dieu qui brûle le cœur et qui prépare
à la rencontre véritable du Christ ressuscité.
C’est, en somme, la liturgie de la Parole de la
messe, de nos eucharisties chrétiennes.
2ème étape : la halte de la table.
Les disciples accueillent l’étranger à leur
table. Ils pratiquent l’hospitalité évangélique
envers lui. Celui qui est accueilli devient
celui qui préside, celui qui fractionne le pain,
c’est-à-dire ce qu’il est, pour le partager à
ses hôtes, devenus ses amis. Ce geste les
renvoie à la Cène, au dernier repas de Jésus
avec ses amis. L’évangéliste va même utiliser la
formule qu’on retrouve dans les récits de la
multiplication des pains : « Il prit le pain,
dit la bénédiction, le rompit et le leur donna »
(Lc 24,30). Il n’y a plus de doute
possible : c’est le Christ ressuscité qui est
vivant au milieu d’eux. C’est l’eucharistie, le
partage du pain qui leur permet de le
reconnaître vraiment.
Mais attention! Comme le Ressuscité ne peut pas
être vu par les yeux, comme on pouvait voir
Jésus de Nazareth avant sa mort, saint Luc
précise, encore une fois, qu’au moment où les
disciples le reconnaissent, il disparaît
aussitôt : « Alors leurs yeux s’ouvrirent, et
ils le reconnurent, mais il disparut à leurs
regards » (Lc 24,31), c’est-à-dire que
l’étranger reprend son visage d’étranger et le
Ressuscité ne peut être possédé. C’est une
expérience de foi qu’il nous faut refaire sans
cesse.
Nous avons là, la 2ème partie de la messe :
l’eucharistie, le partage du pain. On peut
vraiment dire que ce n’est pas avec les yeux
qu’on découvre le Ressuscité : les disciples
voient clair au moment même où ils ne voient
plus le Christ. C’est en méditant les Écritures
et en partageant le pain que le Christ se rend
présent et se fait reconnaître à ceux et celles
qui participent au rassemblement. C’est évident
qu’il y a d’autres façons de rencontrer et de
reconnaître le Ressuscité, mais l’Eucharistie
demeure le lieu privilégié de la rencontre et de
la reconnaissance du Christ de Pâques.
3ème étape : la remise en route.
Les disciples reprennent la route. Ils
retournent d’abord à Jérusalem où les Onze
apôtres et leurs compagnons sont réunis (Lc
24,33), pour authentifier leur expérience du
Ressuscité, car la foi personnelle doit être
confrontée à la foi de l’Église apostolique (Lc
24,34)… et, comme le récit reste ouvert, les
disciples iront de par le monde partager leur
expérience du Ressuscité, afin de faire naître
l’espérance chez tous et toutes. Telle est la
mission de l’Église et telle est la mission de
tous les disciples : Sur nos chemins de
déception, de tristesse, d’angoisse, nous avons
tous besoin d’espérance, et le Christ vient nous
rejoindre à travers ces hommes et ces femmes qui
se sont laissés brûler le cœur au feu de sa
Parole et qui l’ont reconnu à la fraction et au
partage du pain, de ce qu’ils sont.
Comme le dit si bien Simon-Pierre en 1ère
lecture aujourd’hui : « Élevé dans la gloire
par la puissance de Dieu, le Christ a reçu de
son Père l’Esprit Saint qui était promis et il
l’a répandu sur nous » (Ac 2,33). Voilà
pourquoi nous sommes devenus capables, par le
baptême, de dire Dieu et de manifester la
présence du Christ ressuscité au monde. En
d’autres mots : fts de l’expérience
eucharistique, notre mission consiste à
rejoindre les hommes et les femmes sur la route
de leur vie, à passer de l’étranger à l’ami(e)
qui brûle leur cœur au feu de la Parole et à
manifester le Christ ressuscité par le partage
du pain que nous sommes et que nous sommes
devenus et, par lequel pain, ils peuvent eux
aussi rencontrer et reconnaître le Christ
ressuscité.
En terminant, je voudrais simplement citer le
théologien français Gérard Bessière qui écrivait
en 1999 : « Que de chemins, par le monde, sur
lesquels des hommes marchent en ayant perdu
l’espoir. Que de rêves et d’attentes déçus! La
présence, les paroles peuvent aider, mais elles
ne suffisent pas à ranimer l’espérance. C’est le
partage qui fait resurgir la vie et le goût de
vivre. Ailleurs, Jésus nous a dit que ce geste
le rejoint quand on le fait vers tout être qui
est dans la détresse : ‘’J’ai eu faim et tu m’as
donné à manger…’’ Quand nous partageons, c’est à
lui aussi que nous donnons, sans même le savoir.
Un Autre est là, qui tend la main et ouvre la
nôtre. À jamais, Jésus habite le don. Emmaüs,
c’est partout, c’est ici, aujourd’hui ».
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