Culture et Foi > Dossiers > Homélies > Pâques 3 (B) : 26 avril 2009

Pâques 3 (B) : 26 avril 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :   2ème lecture : 1 Jn 2, 1-5a
Évangile : Lc 24, 35-48

En cette année B, on passe de Marc à Jean et aujourd’hui à Luc, pour montrer toute la richesse des manifestations du Christ ressuscité aux disciples de la première heure. De sa présence physique avec les siens, Jésus n’est plus selon la chair, mais il est maintenant tout aussi présent selon l’Esprit, et l’expérience du premier jour de Pâques dure encore, parce que ce jour ne finit plus : c’est l’expérience du témoignage : « C’est vous qui en êtes les témoins » (Lc 24,48).

  1. Pâques : un jour qui dure encore : En 1991, dans la revue Signes d’aujourd’hui, le théologien Marcel Metzger se pose la question suivante : « À quelle heure les disciples d’Emmaüs se sont-ils donc couchés le soir de Pâques? » Cette question est pertinente si on fait une lecture littérale de l’évangile de Luc. Ces deux disciples qui marchaient sur la route vers Emmaüs, à une trentaine de kilomètres de Jérusalem, ont fait l’expérience du Ressuscité par la Parole de Dieu échangée sur la route et par le partage du pain rompu, chez l’un d’entre eux, le soir tombant. Ces hommes racontaient aux apôtres « ce qui s’était passé sur la route, et comment ils avaient reconnu le Seigneur quand il avait rompu le pain » (Lc 24,35).

Cependant, après cette célébration eucharistique, les disciples d’Emmaüs reprennent le chemin, cette fois, vers Jérusalem. Ça suppose plusieurs heures de marche à la nuit tombée. Et lorsqu’ils arrivent à Jérusalem, les disciples sont rassemblés pour vivre une autre expérience du Ressuscité. Sur le plan littéral, Pâques est donc un jour qui ne finit pas. De sorte qu’aussitôt après l’événement, Luc raconte que le Ressuscité les emmène à Béthanie, petit village au sud de Jérusalem, où il les bénit et se sépare d’eux en montant au ciel…c’est donc l’Ascension. Et eux retournent à Jérusalem, au temple, pour célébrer leur joie, en attendant l’Esprit de Pentecôte (Lc 24,50-53).

  1. Une présence réelle du Ressuscité : Que s’est-il donc passé ce 1er jour de Pâques? Le tombeau vide constaté par les femmes, Pierre et le disciple que Jésus aimait, très tôt le matin, l’apparition à Marie-Madeleine et aux autres femmes sur la route, l’apparition aux disciples d’Emmaüs sur la route aussi, l’apparition aux disciples le soir de Pâques et à Thomas par la suite et l’apparition aux Onze de l’évangile de Luc qu’on a aujourd’hui…Que devons-nous retenir de cette présence du Ressuscité? Il y a des similitudes dans tous les évangiles concernant la Résurrection du Christ : tous affirment que le tombeau est vide, que Jésus est vivant, que ceux et celles qui l’ont vu ne l’ont pas reconnu tout de suite et que le doute et la peur font partie de l’expérience de foi de ceux et celles qui l’ont rencontré.

Ce qui signifie que le Christ ressuscité n’est pas le cadavre réanimé de Jésus de Nazareth; c’est le crucifié transformé par Pâques : « Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai » (Lc 24,39). Et pour dire qu’il est le même tout en étant différent de celui qu’ils ont connu sur les routes de Galilée, après leur avoir demandé quelque chose à manger (Lc 24,41), le Ressuscité « prit le poisson et le mangea devant eux » (Lc 24,43), non pas avec eux, mais bien devant eux, pour signifier, selon le théologien Gérard Sindt que « manger devient ici une preuve de la vérité d’un être en relation qui abolit les distances tout en les maintenant ». Alors, la question qui vient : Mais qui est-il donc? Il est ceux et celles qui portent les marques de sa passion, qui annonce sa Parole en ouvrant les esprits à l’intelligence des Écritures, qui partagent le pain rompu et qui proclament en son nom le pardon des péchés. Ceux-là sont les premiers témoins de Pâques.

Encore aujourd’hui, il nous est possible de faire l’expérience du Ressuscité comme au premier temps de l’Église. La seule différence, c’est qu’il nous est impossible de comparer cette présence du Ressuscité avec celle du Nazaréen, comme les premiers chrétiens pouvaient le faire. Cependant, leur témoignage devrait nous suffire. Le prêtre Léon Paillot écrit : « Je crois qu’il nous faudrait être plus prudents dans nos affirmations péremptoires : il nous faut nous demander si Jésus ne se rend pas présent à notre monde d’une manière autre que celle que nous avons tendance à affirmer. Il nous faudrait regarder ailleurs. Un peu plus loin que le bout de notre nez. Deux exemples : Voyez mes mains et mes pieds, dit-il. Mains et pieds transpercés par des clous, martyrisés par tout ce que notre humanité sécrète de haine, de violence et de guerre. Ces mains et ces pieds, ce sont celles de tous les frères et sœurs du Christ victimes aujourd’hui de la guerre et de la violence. Et n’est-ce pas par la bouche des millions d’êtres humains qui souffrent et meurent aujourd’hui de la faim qu’il nous demande : Avez-vous quelque chose à manger? »

Vous avez sans doute entendu parler de cette crise à l’organisme catholique de nos évêques qu’on appelle Développement et Paix. Avec l’article de lundi dernier de Jean-Claude Leclerc qui est paru dans le Devoir, on voit très bien que cette crise est provoquée par la droite ultra catholique Campaign Life Coalition qui utilise le média ultra conservateur LifeSiteNews.com pour discréditer l’organisme caritatif qui vient en aide aux plus démunis du globe, tout simplement parce que Développement et Paix ne subventionne pas le mouvement fanatique Campaign Life Coalition qui juge, qui condamne et qui exclut tous ceux et celles qui ne pensent pas comme eux. Les rédacteurs du LifeSiteNews vont même jusqu’à dénoncer le cardinal Turcotte dans ses propos sur l’avortement et sur le condom… Faut le faire. Ils disent même que l’archevêque de Montréal a tenu des propos contraires à l’enseignement du Magistère. Si vous allez sur ce site, vous verrez tous les mensonges et les demi vérités qu’on crache à pleine page. Et pourtant, ces gens-là se disent chrétiens, catholiques… Ils sont des contre témoignage évangéliques. Ils continuent d’opprimer, d’ostraciser, de crucifier… les femmes qui ont subi un avortement, les homosexuels qui essaient simplement d’assumer ce qu’ils sont, les blessés de la vie qui ont besoin de compassion, tous ceux et celles qui osent les dénoncer parce que leurs discours sont contraires à l’Évangile. Personnellement, j’ai reçu quelques 200 courriels de bêtises, tous en anglais, qui veulent m’excommunier et m’envoyer en enfer…

En terminant, en 2ème lecture aujourd’hui, saint Jean nous rappelle que pour connaître Jésus Christ, il nous faut faire l’expérience de l’Amour : « Celui qui dit : Je le connais, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n’est pas en lui » (1 Jn 2,4). « Mais en celui qui garde fidèlement sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection » (1 Jn 2,5). Et pour bien montrer la différence qui existe entre notre expérience de foi et celle des premiers disciples, je vous suggère la réflexion suivante, qui nous vient du 4ème siècle, de saint Augustin : « Le Christ total s’est fait connaître d’eux [ses disciples] et s’est fait connaître de nous. Mais il n’a pas été connu tout entier par eux, ni tout entier par nous. Eux, ils ont vu la tête, et ils ont cru au corps. Nous, nous avons vu le corps et nous avons cru à la tête. Cependant, le Christ ne fait défaut à personne : il est tout entier en tous, et pourtant son corps lui demeure attaché ».

 

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

[ RETOUR]

 

 

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca