|
Réf. Bibliques : 2ème lecture : 1 Jn 2, 1-5a
Évangile : Lc 24, 35-48
En cette année B, on passe de Marc à Jean et aujourd’hui à
Luc, pour montrer toute la richesse des
manifestations du Christ ressuscité aux
disciples de la première heure. De sa présence
physique avec les siens, Jésus n’est plus
selon la chair, mais il est maintenant tout
aussi présent selon l’Esprit, et
l’expérience du premier jour de Pâques dure
encore, parce que ce jour ne finit plus : c’est
l’expérience du témoignage : « C’est
vous qui en êtes les témoins » (Lc 24,48).
-
Pâques : un jour qui dure encore :
En 1991, dans la revue Signes d’aujourd’hui, le théologien Marcel
Metzger se pose la question suivante :
« À quelle heure les disciples d’Emmaüs se
sont-ils donc couchés le soir de Pâques? »
Cette question est pertinente si on fait
une lecture littérale de l’évangile de Luc.
Ces deux disciples qui marchaient sur la
route vers Emmaüs, à une trentaine de
kilomètres de Jérusalem, ont fait
l’expérience du Ressuscité par
la Parole de Dieu échangée sur la route et
par le partage du pain rompu, chez l’un
d’entre eux, le soir tombant. Ces hommes
racontaient aux apôtres « ce qui s’était
passé sur la route, et comment ils avaient
reconnu le Seigneur quand il avait rompu le
pain » (Lc 24,35).
Cependant, après cette célébration eucharistique, les
disciples d’Emmaüs reprennent le chemin,
cette fois, vers Jérusalem. Ça suppose
plusieurs heures de marche à la nuit tombée.
Et lorsqu’ils arrivent à Jérusalem, les
disciples sont rassemblés pour vivre une
autre expérience du Ressuscité. Sur le plan
littéral, Pâques est donc un jour qui ne
finit pas. De sorte qu’aussitôt après
l’événement, Luc raconte que le Ressuscité
les emmène à Béthanie, petit village au sud
de Jérusalem, où il les bénit et se sépare
d’eux en montant au ciel…c’est donc
l’Ascension. Et eux retournent à Jérusalem,
au temple, pour célébrer leur joie, en
attendant l’Esprit de Pentecôte (Lc
24,50-53).
-
Une présence réelle du Ressuscité :
Que s’est-il donc passé ce 1er jour de
Pâques? Le tombeau vide constaté par les
femmes, Pierre et le disciple que Jésus
aimait, très tôt le matin, l’apparition à
Marie-Madeleine et aux autres femmes sur la
route, l’apparition aux disciples d’Emmaüs
sur la route aussi, l’apparition aux
disciples le soir de Pâques et à Thomas par
la suite et l’apparition aux Onze de
l’évangile de Luc qu’on a aujourd’hui…Que
devons-nous retenir de cette présence du
Ressuscité? Il y a des similitudes dans
tous les évangiles concernant la
Résurrection du Christ : tous affirment que
le tombeau est vide, que Jésus est vivant,
que ceux et celles qui l’ont vu ne l’ont pas
reconnu tout de suite et que le doute et la
peur font partie de l’expérience de foi de
ceux et celles qui l’ont rencontré.
Ce qui signifie que le Christ ressuscité n’est pas le cadavre
réanimé de Jésus de Nazareth; c’est le
crucifié transformé par Pâques : « Voyez
mes mains et mes pieds : c’est bien moi!
Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de
chair ni d’os, et vous constatez que j’en
ai » (Lc 24,39). Et pour dire qu’il est
le même tout en étant différent de celui
qu’ils ont connu sur les routes de Galilée,
après leur avoir demandé quelque chose à
manger (Lc 24,41), le Ressuscité « prit
le poisson et le mangea devant eux » (Lc
24,43), non pas avec eux, mais bien
devant eux, pour signifier, selon le
théologien Gérard Sindt que « manger
devient ici une preuve de la vérité d’un
être en relation qui abolit les
distances tout en les maintenant ».
Alors, la question qui vient : Mais qui
est-il donc? Il est ceux et celles qui
portent les marques de sa passion, qui
annonce sa Parole en ouvrant les esprits à
l’intelligence des Écritures, qui partagent
le pain rompu et qui proclament en son nom
le pardon des péchés. Ceux-là sont les
premiers témoins de Pâques.
Encore aujourd’hui, il nous est possible de faire
l’expérience du Ressuscité comme au premier
temps de l’Église. La seule différence,
c’est qu’il nous est impossible de comparer
cette présence du Ressuscité avec celle du
Nazaréen, comme les premiers chrétiens
pouvaient le faire. Cependant, leur
témoignage devrait nous suffire. Le prêtre
Léon Paillot écrit : « Je crois qu’il
nous faudrait être plus prudents dans nos
affirmations péremptoires : il nous faut
nous demander si Jésus ne se rend pas
présent à notre monde d’une manière autre
que celle que nous avons tendance à
affirmer. Il nous faudrait regarder
ailleurs. Un peu plus loin que le bout de
notre nez. Deux exemples : Voyez mes
mains et mes pieds, dit-il. Mains et
pieds transpercés par des clous, martyrisés
par tout ce que notre humanité sécrète de
haine, de violence et de guerre. Ces mains
et ces pieds, ce sont celles de tous les
frères et sœurs du Christ victimes
aujourd’hui de la guerre et de la violence.
Et n’est-ce pas par la bouche des millions
d’êtres humains qui souffrent et meurent
aujourd’hui de la faim qu’il nous demande :
Avez-vous quelque chose à manger? »
Vous avez sans doute entendu parler de cette crise à
l’organisme catholique de nos évêques qu’on
appelle Développement et Paix. Avec
l’article de lundi dernier de Jean-Claude
Leclerc qui est paru dans le Devoir, on voit
très bien que cette crise est provoquée par
la droite ultra catholique Campaign Life
Coalition qui utilise le média ultra
conservateur LifeSiteNews.com pour
discréditer l’organisme caritatif qui vient
en aide aux plus démunis du globe, tout
simplement parce que Développement et Paix
ne subventionne pas le mouvement fanatique
Campaign Life Coalition qui juge, qui
condamne et qui exclut tous ceux et celles
qui ne pensent pas comme eux. Les rédacteurs
du LifeSiteNews vont même jusqu’à dénoncer
le cardinal Turcotte dans ses propos sur
l’avortement et sur le condom… Faut le
faire. Ils disent même que l’archevêque de
Montréal a tenu des propos contraires à
l’enseignement du Magistère. Si vous allez
sur ce site, vous verrez tous les mensonges
et les demi vérités qu’on crache à pleine
page. Et pourtant, ces gens-là se disent
chrétiens, catholiques… Ils sont des contre
témoignage évangéliques. Ils continuent
d’opprimer, d’ostraciser, de crucifier… les
femmes qui ont subi un avortement, les
homosexuels qui essaient simplement
d’assumer ce qu’ils sont, les blessés de la
vie qui ont besoin de compassion, tous ceux
et celles qui osent les dénoncer parce que
leurs discours sont contraires à l’Évangile.
Personnellement, j’ai reçu quelques 200
courriels de bêtises, tous en anglais, qui
veulent m’excommunier et m’envoyer en enfer…
En terminant, en 2ème lecture aujourd’hui, saint Jean nous
rappelle que pour connaître Jésus Christ, il
nous faut faire l’expérience de l’Amour :
« Celui qui dit : Je le connais, et qui ne garde
pas ses commandements, est un menteur : la
vérité n’est pas en lui » (1 Jn 2,4).
« Mais en celui qui garde fidèlement sa parole,
l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection »
(1 Jn 2,5). Et pour bien montrer la
différence qui existe entre notre expérience de
foi et celle des premiers disciples, je vous
suggère la réflexion suivante, qui nous vient du
4ème siècle, de saint Augustin : « Le Christ
total s’est fait connaître d’eux [ses disciples]
et s’est fait connaître de nous. Mais il n’a pas
été connu tout entier par eux, ni tout entier
par nous. Eux, ils ont vu la tête, et ils ont
cru au corps. Nous, nous avons vu le corps et
nous avons cru à la tête. Cependant, le Christ
ne fait défaut à personne : il est tout entier
en tous, et pourtant son corps lui demeure
attaché ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
[
RETOUR]
|