|
Réf. Bibliques : Évangile : Jn 21,1-19
La guérison par l’amour…
Aujourd’hui, un autre récit d’apparition, en Galilée cette
fois, là où les disciples sont retournés après
la mort tragique de leur ami et maître, le
Seigneur Jésus. Saint Jean récupère le récit de
la pêche miraculeuse qu’on retrouve dans les
autres évangiles, pour le placer après la mort
de Jésus, à la lumière pascale. Tout le chapitre
21 de saint Jean est un ajout de l’évangile qui
a été écrit vers 100-120 de notre ère. Il s’agit
sans doute d’un disciple de l’évangéliste qui a
voulu réconcilier les chrétiens qui
reconnaissaient Pierre comme chef de l’Église
naissante avec ceux qui préféraient l’autre
disciple, celui que Jésus aimait et qui est
sûrement à l’origine de l’évangile de Jean. Mais
quels messages pouvons-nous retenir de ce récit
d’apparition?
1.
Une présence dans l’absence.
Jésus est mort. Ce fut sans doute un drame
épouvantable pour ses proches, pour ses
disciples. Ils sont tous retournés chez eux, en
Galilée, mais l’absence du maître se fait sentir
douloureusement. Saint Jean nomme 7 disciples,
le chiffre parfait pour dire la totalité :
« Il y avait Simon Pierre, avec Thomas, dont le
nom signifie : Jumeau, Nathanaël, de Cana en
Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres
disciples » (Jn 21,2). Ils sont l’Église,
sur une barque, dans la mer, au cœur des forces
du mal, en train de pêcher sans résultat… Ils
sont dans la nuit, puisque le maître est
absent : « Or, ils passèrent la nuit sans
rien prendre » (Jn 21,3c).
Au lever du
jour, au matin, le Christ glorifié est là, sur
le rivage. En notant que Jésus est sur le
rivage, l’évangéliste affirme qu’il est
ressuscité, glorifié, puisqu’il est maintenant
dans le monde nouveau, là où il n’y a plus de
mer (Ap 21,1). Comme dans les autres récits
d’apparition, le Ressuscité prend l’initiative
de se donner à voir, mais les disciples ne le
reconnaissent pas encore (Jn 21,4). Aussitôt que
le Christ devient présent, les ténèbres
disparaissent; c’est le jour nouveau qui
commence, jour de résurrection, jour de nouvelle
création. De plus, il s’intéresse à ses
disciples : « ‘’Les enfants, auriez-vous un
peu de poisson?’’ Ils lui répondent : ‘’Non’’ »
(Jn 21,5). En leur disant de jeter les
filets à droite, il les invite à se tourner vers
Dieu. Lors du jugement, les élus seront placés à
la droite de Dieu (Mt 25,34). Les disciples
obéissent et c’est l’abondance; le filet se
remplit de poissons. Et c’est là que l’amour
reconnaît le Ressuscité : « Le disciple que
Jésus aimait dit à Pierre : ‘’C’est le
Seigneur!’’ » (Jn 21,7a). Le regard du cœur
rejoint nécessairement le regard de la foi.
C’est l’amour qui fait voir et croire (Jn 20,8).
2.
La conversion de Pierre.
« Quand Simon Pierre l’entendit déclarer que c’était le Seigneur, il
passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui,
et il se jeta à l’eau »
(Jn 21,7b). C’est plutôt bizarre : s’habiller
pour se jeter à l’eau! Ça veut dire quoi au
juste? Pierre avait perdu sa confiance en Jésus
qui venait d’être condamné à la crucifixion.
C’était tellement inacceptable pour lui, qu’il
l’avait renié trois fois. Maintenant qu’il sait
qu’il est vivant, il se rend compte de la
gravité de son reniement. Face à la lumière de
son Seigneur, il se découvre pécheur; il a perdu
sa dignité… il est nu comme Adam et Ève au
jardin d’Éden (Gn 3,10). En s’habillant, il
retrouve sa dignité; il croit de nouveau en
Jésus, en son amour et en son pardon, et il sait
maintenant qu’il peut aller rejoindre le
Seigneur sur le rivage, puisque la mer ne peut
plus le submerger. Pierre est pardonné.
Et pour
montrer la place que Simon Pierre occupe dans
toute l’Église, celle de Jean mais aussi celle
des autres évangélistes, par trois fois, le
Christ lui demande de professer son amour et sa
foi : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus
que ceux-ci? » (Jn 21,15a), et par trois
fois, Pierre répond : « Oui, Seigneur, je
t’aime, tu le sais » (Jn 21,15b). Et c’est
la mission qui lui est confiée : « Sois le
berger de mes agneaux » (Jn 21,15c),
« sois le pasteur de mes brebis » (Jn
21,16c), « sois le berger de mes brebis »
(Jn 21,17c). Ce qui veut dire que seul l’amour
est nécessaire pour suivre le Christ et pour
réaliser la mission qui consiste à aimer,
guider, accompagner, servir les autres comme
Jésus l’a fait. L’autorité de Pierre n’est que
service : service du Christ et des autres. Ici,
Pierre représente tous les disciples.
3.
La participation des disciples.
Dans l’Église où le Christ se fait présent, tous
les disciples jouent un rôle important : ils
participent à la libération des hommes et des
femmes prisonniers des forces du mal, de la mer.
Et ce sont tous les hommes et toutes les femmes
qui peuvent être libérés : il y avait 153
poissons, c’est-à-dire tous les poissons,
puisqu’à l’époque, on connaissait 153 espèces de
poissons. Aussi, les forces du mal ne peuvent
rien contre l’Église; le filet ne se déchire pas
(Jn 21,11b). Bien plus, il signifie l’unité dans
la diversité.
Le repas
que prennent ensemble les disciples et Jésus
rappelle l’Eucharistie. Le pain et le poisson
sont les symboles de la célébration
eucharistique. Par ailleurs, préparé par le
Christ ressuscité, sur le rivage, donc dans
l’autre monde, celui de Pâques, sur un feu de
braise qui rappelle l’amour qui rassemble, ce
repas invite au partage et à la communion : les
disciples sont maintenant invités à y
participer : « Apportez donc de ce poisson
que vous venez de prendre » (Jn 21,10).
Chacun est donc invité à donner et à recevoir.
Tous savent maintenant que le Christ est présent
à son Église, dans la célébration de
l’Eucharistie, malgré son absence physique.
4.
Le disciple que Jésus aimait.
Malheureusement, cette dernière partie de cet
ajout de Jean (Jn 21,20-25), n’est pas dans
l’évangile d’aujourd’hui… Cependant, le message
qui en ressort, c’est que le disciple que Jésus
aimait a lui aussi une place privilégiée dans
l’Église :
1)
Il est derrière Pierre : « Pierre s’étant
retourné vit derrière lui le disciple que Jésus
aimait » (Jn 21,20a). Il le précède même
dans l’amour et dans la foi. Rappelons-nous au
matin de Pâques, ce disciple arrive le premier
au tombeau : « C’est alors que l’autre
disciple, celui qui était arrivé le premier,
entra à son tour dans le tombeau; il vit et il
crut » (Jn 20,8).
2)
Il est celui qui était appuyé, le soir du
dernier repas, sur Jésus : « Celui qui, au
cours du repas, s’était penché vers sa poitrine
et qui avait dit : Seigneur, qui est celui qui
va te livrer? » (Jn 21,20b).
3)
Il est le témoin de l’évangile de Jean :
« C’est ce disciple qui témoigne de ces choses
et qui les a écrites, et nous savons que son
témoignage est conforme à la vérité » (Jn
21,24). On peut donc dire qu’il s’agit de Jean
lui-même.
En terminant, c’est à nous aujourd’hui qu’est confiée la
mission de libérer les hommes et les femmes qui
sont toujours prisonniers de la mer. À chacun et
à chacune de nous, le Seigneur nous dit :
« M’aimes-tu plus que ceux-ci? » Répondre oui,
c’est exigeant; c’est dire en même temps :
« Oui, je t’aime à travers celui qui me fait
souffrir, à travers celle qui m’exaspère, à
travers ceux et celles qui me font du mal ». Mon
amour du Christ doit avoir la qualité de l’amour
de l’autre, des autres; sinon, je ne peux aimer
véritablement. C’est un amour possible : il est,
à la fois, humain et divin!
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
[
RETOUR ]
|