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Pâques 3 (C) : 18 avril 2010
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  Évangile :  Jn 21,1-19

La guérison par l’amour…

Aujourd’hui, un autre récit d’apparition, en Galilée cette fois, là où les disciples sont retournés après la mort tragique de leur ami et maître, le Seigneur Jésus. Saint Jean récupère le récit de la pêche miraculeuse qu’on retrouve dans les autres évangiles, pour le placer après la mort de Jésus, à la lumière pascale. Tout le chapitre 21 de saint Jean est un ajout de l’évangile qui a été écrit vers 100-120 de notre ère. Il s’agit sans doute d’un disciple de l’évangéliste qui a voulu réconcilier les chrétiens qui reconnaissaient Pierre comme chef de l’Église naissante avec ceux qui préféraient l’autre disciple, celui que Jésus aimait et qui est sûrement à l’origine de l’évangile de Jean. Mais quels messages pouvons-nous retenir de ce récit d’apparition?

1.       Une présence dans l’absence. Jésus est mort. Ce fut sans doute un drame épouvantable pour ses proches, pour ses disciples. Ils sont tous retournés chez eux, en Galilée, mais l’absence du maître se fait sentir douloureusement. Saint Jean nomme 7 disciples, le chiffre parfait pour dire la totalité : « Il y avait Simon Pierre, avec Thomas, dont le nom signifie : Jumeau, Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples » (Jn 21,2). Ils sont l’Église, sur une barque, dans la mer, au cœur des forces du mal, en train de pêcher sans résultat… Ils sont dans la nuit, puisque le maître est absent : « Or, ils passèrent la nuit sans rien prendre » (Jn 21,3c).

Au lever du jour, au matin, le Christ glorifié est là, sur le rivage. En notant que Jésus est sur le rivage, l’évangéliste affirme qu’il est ressuscité, glorifié, puisqu’il est maintenant dans le monde nouveau, là où il n’y a plus de mer (Ap 21,1). Comme dans les autres récits d’apparition, le Ressuscité prend l’initiative de se donner à voir, mais les disciples ne le reconnaissent pas encore (Jn 21,4). Aussitôt que le Christ devient présent, les ténèbres disparaissent; c’est le jour nouveau qui commence, jour de résurrection, jour de nouvelle création. De plus, il s’intéresse à ses disciples : « ‘’Les enfants, auriez-vous un peu de poisson?’’ Ils lui répondent : ‘’Non’’ »  (Jn 21,5). En leur disant de jeter les filets à droite, il les invite à se tourner vers Dieu. Lors du jugement, les élus seront placés à la droite de Dieu (Mt 25,34). Les disciples obéissent et c’est l’abondance; le filet se remplit de poissons. Et c’est là que l’amour reconnaît le Ressuscité : « Le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : ‘’C’est le Seigneur!’’ » (Jn 21,7a). Le regard du cœur rejoint nécessairement le regard de la foi. C’est l’amour qui fait voir et croire (Jn 20,8).

2.       La conversion de Pierre. « Quand Simon Pierre l’entendit déclarer que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau » (Jn 21,7b). C’est plutôt bizarre : s’habiller pour se jeter à l’eau! Ça veut dire quoi au juste? Pierre avait perdu sa confiance en Jésus qui venait d’être condamné à la crucifixion. C’était tellement inacceptable pour lui, qu’il l’avait renié trois fois. Maintenant qu’il sait qu’il est vivant, il se rend compte de la gravité de son reniement. Face à la lumière de son Seigneur, il se découvre pécheur; il a perdu sa dignité… il est nu comme Adam et Ève au jardin d’Éden (Gn 3,10). En s’habillant, il retrouve sa dignité; il croit de nouveau en Jésus, en son amour et en son pardon, et il sait maintenant qu’il peut aller rejoindre le Seigneur sur le rivage, puisque la mer ne peut plus le submerger. Pierre est pardonné.

Et pour montrer la place que Simon Pierre occupe dans toute l’Église, celle de Jean mais aussi celle des autres évangélistes, par trois fois, le Christ lui demande de professer son amour et sa foi : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci? » (Jn 21,15a), et par trois fois, Pierre répond : « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais » (Jn 21,15b). Et c’est la mission qui lui est confiée : « Sois le berger de mes agneaux » (Jn 21,15c), « sois le pasteur de mes brebis » (Jn 21,16c), « sois le berger de mes brebis » (Jn 21,17c). Ce qui veut dire que seul l’amour est nécessaire pour suivre le Christ et pour réaliser la mission qui consiste à aimer, guider, accompagner, servir les autres comme Jésus l’a fait. L’autorité de Pierre n’est que service : service du Christ et des autres. Ici, Pierre représente tous les disciples.

3.       La participation des disciples. Dans l’Église où le Christ se fait présent, tous les disciples jouent un rôle important : ils participent à la libération des hommes et des femmes prisonniers des forces du mal, de la mer. Et ce sont tous les hommes et toutes les femmes qui peuvent être libérés : il y avait 153 poissons, c’est-à-dire tous les poissons, puisqu’à l’époque, on connaissait 153 espèces de poissons. Aussi, les forces du mal ne peuvent rien contre l’Église; le filet ne se déchire pas (Jn 21,11b). Bien plus, il signifie l’unité dans la diversité.

Le repas que prennent ensemble les disciples et Jésus rappelle l’Eucharistie. Le pain et le poisson sont les symboles de la célébration eucharistique. Par ailleurs, préparé par le Christ ressuscité, sur le rivage, donc dans l’autre monde, celui de Pâques, sur un feu de braise qui rappelle l’amour qui rassemble, ce repas invite au partage et à la communion : les disciples sont maintenant invités à y participer : « Apportez donc de ce poisson que vous venez de prendre » (Jn 21,10). Chacun est donc invité à donner et à recevoir. Tous savent maintenant que le Christ est présent à son Église, dans la célébration de l’Eucharistie, malgré son absence physique.

4.       Le disciple que Jésus aimait. Malheureusement, cette dernière partie de cet ajout de Jean (Jn 21,20-25), n’est pas dans l’évangile d’aujourd’hui… Cependant, le message qui en ressort, c’est que le disciple que Jésus aimait a lui aussi une place privilégiée dans l’Église :

1)       Il est derrière Pierre : « Pierre s’étant retourné vit derrière lui le disciple que Jésus aimait » (Jn 21,20a). Il le précède même dans l’amour et dans la foi. Rappelons-nous au matin de Pâques, ce disciple arrive le premier au tombeau : « C’est alors que l’autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entra à son tour dans le tombeau; il vit et il crut » (Jn 20,8).

2)       Il est celui qui était appuyé, le soir du dernier repas, sur Jésus : « Celui qui, au cours du repas, s’était penché vers sa poitrine et qui avait dit : Seigneur, qui est celui qui va te livrer? » (Jn 21,20b).

3)       Il est le témoin de l’évangile de Jean : « C’est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est conforme à la vérité » (Jn 21,24). On peut donc dire qu’il s’agit de Jean lui-même.

En terminant, c’est à nous aujourd’hui qu’est confiée la mission de libérer les hommes et les femmes qui sont toujours prisonniers de la mer. À chacun et à chacune de nous, le Seigneur nous dit : « M’aimes-tu plus que ceux-ci? » Répondre oui, c’est exigeant; c’est dire en même temps : « Oui, je t’aime à travers celui qui me fait souffrir, à travers celle qui m’exaspère, à travers ceux et celles qui me font du mal ». Mon amour du Christ doit avoir la qualité de l’amour de l’autre, des autres; sinon, je ne peux aimer véritablement. C’est un amour possible : il est, à la fois, humain et divin!


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

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