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DIMANCHE DES
VOCATIONS…
Réf. Bibliques : 2ème lecture : 1 Jn 3,1-2
Évangile : Jn 10,11-18
Le 4ème dimanche de Pâques est, dans chacune des trois années
liturgiques, le dimanche du Bon Pasteur, du Beau
Berger, le dimanche des vocations. Ce dimanche,
nous lisons l’évangile de Jean 10, qui nous
présente, immédiatement après le récit de
l’aveugle-né (Jn 9), un enseignement sur le lien
étroit qui existe entre le berger et ses brebis,
entre le Christ et nous les humains.
Pour bien comprendre
la Parole d’aujourd’hui et la faire devenir
Parole de Dieu, il nous faut faire abstraction
de l’image négative que nous avons du troupeau
et des moutons, à cause de certains
comportements plus ou moins évangéliques de
certains dirigeants d’Église qui ont été et sont
encore plus mercenaires que bergers ou pasteurs;
ce qui a donné cette fameuse boutade, comparant
les simples fidèles dans l’Église aux
brebis de
la Chandeleur,
que jadis, le pape bénissait le 2 février et
dont la laine servait à la fabrication du
pallium porté par les évêques : « On les
bénit et on les tond ». Et pourtant, l’image
du berger et de son troupeau est encore très
intéressante pour nous aujourd’hui; il s’y
dégage des messages importants qui valorisent,
non seulement les bergers, les pasteurs, mais
aussi les brebis dont ils ont la charge.
L’Amour a un nom : Bon Pasteur ou Beau Berger.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, en se présentant comme le bon
pasteur, le beau berger, le Christ de l’évangile
de Jean donne un nom à l’Amour, celui du don de
sa vie, car il y a un lien étroit entre vocation
et vie : Être appelé, c’est donner sa vie
et donner la vie. C’est ce que Jésus a
fait pour nous et c’est ce que nous devons faire
pour les autres. N’est-ce pas le sens même du
commandement de l’Amour : « Aimez-vous les
uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn
13,34; 15,12). Et comme il n’y a rien de plus
grand que celui qui donne sa vie pour ceux qu’il
aime (Jn 15,13), il n’y a donc rien de plus beau
que « d’exposer sa vie pour ses brebis »
(Jn 10,11b), d’où le titre de Beau Berger
attribué au Christ de Pâques. C’est à cette même
vocation que nous sommes appelés aujourd’hui,
non seulement comme pape, comme évêques, comme
prêtres ou comme religieux(ses), mais bien comme
chrétien(ne)s, comme disciples du Christ :
« Si vous avez de l’amour les uns pour les
autres, tous reconnaîtront que vous êtes mes
disciples » (Jn 13,35). Nous sommes donc
invités à devenir beau berger, bon pasteur, pour
les autres, à la suite du Christ.
Le berger mercenaire : Qui est-il?
Dans l’évangile de Jean, on peut reconnaître derrière le
personnage du berger mercenaire, les
responsables Juifs qui refusent de reconnaître
le Christ (cf. Jn 9 : le récit de l’aveugle-né).
Par ailleurs, comme l’évangile de Jean a été
écrit près de 70 ans après la mort de Jésus, ce
sont sans doute des dirigeants d’Église qui sont
visés ici : des chefs qui se sont bien installés
dans leur poste de pouvoir et qui l’exercent de
manière cruelle et anti-évangélique. Ceux-là ne
sont pas prêts à risquer leur peau pour défendre
un visage du Christ qui suscite l’opposition des
Juifs, la risée des Grecs et l’irritation de
certaines Églises à la foi ambiguë. Ils
préfèrent abandonner le troupeau dont ils ont la
charge. Le Christ bon pasteur, lui, n’abandonne
aucune de ses brebis; chacune est unique et
importante. Une parabole chez Matthieu et Luc
montre le souci du berger pour une seule de ses
brebis, le mal qu’il se donne pour la retrouver
(Mt 18,10-14; Lc 15,1-7).
Qu’en est-il de nos pasteurs d’aujourd’hui? Sous prétexte de
sauvegarder l’unité de l’Église et la pureté de
la doctrine, on ne cesse de diviser, de
condamner et d’exclure les brebis qui sortent de
l’enclos, mais qui continuent d’écouter la voix
du Christ de l’évangile. Le théologien Michel
Hubaut écrit : « Dans l’Église, le bon
Pasteur poursuit sa mission universelle.
L’Église du Christ n’est plus liée à un
enclos, culturel, une structure, mais à une
Présence, celle du Bon Pasteur glorifié qui seul
maintient l’unité du troupeau. Dans nos efforts
d’unité, il ne faudra jamais oublier que le but
n’est pas l’enclos de telle ou telle
confession chrétienne, mais l’écoute de
la Voix de l’unique Pasteur qui appelle tout homme par son nom ».
J’ajouterais : Comment peut-on reconnaître
la Présence du Ressuscité, le Bon Pasteur, si on refuse de lui prêter notre voix
pour dire à toutes les brebis de tous les enclos
qu’elles sont uniques et aimées
inconditionnellement par lui?
Un seul troupeau, un seul Pasteur (Jn 10,16b) :
Qu’est-ce à dire? S’agit-il d’être tous pareils, comme des moutons,
uniformes et soumis aux dirigeants de notre
Église? Non! Ce n’est pas à l’uniformité que
nous sommes appelés, mais bien à l’unité. Michel
Hubaut ajoute : « L’Église n’est pas un
troupeau grégaire mais une commune-union
au Bon Pasteur pour qui chaque croyant est une
brebis unique qu’il appelle par son nom.
Étonnant, Jésus n’hésite pas à comparer cette
connaissance-intimité du bon pasteur avec chacun
de nous au lien spirituel, filial qui l’unit à
son Père. C’est dire que nous sommes loin
d’avoir inventorié les riches potentialités de
notre relation avec le Christ! « J’ai
d’autres brebis qui ne sont pas encore de cet
enclos et celles-là aussi il faut que je les
mène » (Jn 10,16a). Le désir de Jésus
d’entrer en communion avec ses brebis a une
visée universaliste. Son amour vigilant de
pasteur s’étend à tous les hommes, sans
distinction de race, de nation, et même de
religion. Partout il a des brebis prêtes à
écouter sa voix et à le suivre. Il
veut les mener toutes à la vie éternelle.
Le seul enclos qui n’exclut personne n’est pas
un lieu mais une vie, celle du Père ».
Nous sommes donc appelés à devenir tous et toutes des bons
pasteurs à l’image du Bon Pasteur, le Christ
ressuscité. Et, quant au rôle du pape ou des
évêques dans l’Église catholique, c’est un rôle
de serviteurs pour les brebis qui ne leur
appartiennent pas, mais qui appartiennent au
Christ, le seul vrai Pasteur. Saint Augustin, au
4ème siècle, écrivait : « Jésus dit à
Pierre : Pais mes brebis (Jn 21,15-17) et
non pas tes brebis : Pais-les comme
miennes et non tiennes ». Et il ajoutait
ceci pour tous ses diocésains : « Pour vous
je suis l’évêque, et c’est le nom d’une charge,
mais avec vous je suis chrétien, et c’est le nom
d’une grâce ».
En terminant, je voudrais vous partager cette réflexion du
théologien français Henri Denis sur la journée
des vocations : « Vocation. Journée des
vocations. On n’en sort pas. On a beau dire et
redire, on a beau faire : ce sera toujours et
encore la vocation de prêtres, de religieux, de
religieuses. Espérons que ce mot sera enfin
rendu à tous les chrétiens, toutes les
chrétiennes. Car, si je puis dire : il colle à
notre peau de membres de l’Église. Savez-vous
que le mot Église vient d’un mot grec qui veut
dire appeler? Les chrétiens sont, comme
Paul le répète à satiété, les appelés
(appelés à la sainteté). Pas seulement
quelques-uns, mais tous, pour former ainsi
l’Église qui est la grande CONVOQUÉE de
Dieu, convoquée à l’universelle communion avec
le Père, par le Fils, dans l’Esprit. On confond
parfois vocation et charisme. Le charisme est
singulier, à moins qu’il ne soit lié à une
fonction reçue pour le service du Peuple; tandis
que la vocation est universelle. Mais voilà le
problème : comment éviter que la vocation
devienne une sorte de fluide que Dieu enverrait
et qu’il ne faut pas trahir en le laissant
passer? Image fausse, proche de la
prédestination. J’ai entendu un jour un prélat
dire : « Il y a beaucoup de vocations qui se
perdent dans le diocèse ». Vous imaginez ce
que cela peut signifier pour un jeune qui a
loyalement entamé une vie de séminaire et qui,
plus loyalement encore, doit y renoncer.
Disons-le clairement : il y a autant de
vocations que d’humains, car Dieu appelle
toujours, tous et chacun. Pourquoi exclure de
cette vocation ceux qui ont répondu de manières
diverses : les Socrate, Bouddha, Confucius
jusqu’aux libres penseurs morts pour la liberté
de leur conscience? Il y a alors la vocation qui
va s’épanouir et se concrétiser dans la foi et
la pratique chrétiennes, dans la responsabilité
de l’annonce de
la Bonne
Nouvelle et l’édification de la communauté de l’Église. On devrait toujours
s’émerveiller de son baptême, qui est justement
le signe de cet appel. Un Dieu qui appelle. Vous
vous rendez compte, c’est autre chose qu’un
divin Horloger ou un Juge terrifiant. Il
appelle, il appelle à toute heure. Ne
serions-nous pas tous plus ou moins les ouvriers
de la onzième heure? »
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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