Culture et Foi > Dossiers > Homélies > Pâques 4 (B) : 3 mai 2009

Pâques 4 (B) : 3 mai 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

DIMANCHE  DES  VOCATIONS…

Réf. Bibliques :  2ème lecture :  1 Jn 3,1-2
Évangile :  Jn 10,11-18

Le 4ème dimanche de Pâques est, dans chacune des trois années liturgiques, le dimanche du Bon Pasteur, du Beau Berger, le dimanche des vocations. Ce dimanche, nous lisons l’évangile de Jean 10, qui nous présente, immédiatement après le récit de l’aveugle-né (Jn 9), un enseignement sur le lien étroit qui existe entre le berger et ses brebis, entre le Christ et nous les humains.

Pour bien comprendre la Parole d’aujourd’hui et la faire devenir Parole de Dieu, il nous faut faire abstraction de l’image négative que nous avons du troupeau et des moutons, à cause de certains comportements plus ou moins évangéliques de certains dirigeants d’Église qui ont été et sont encore plus mercenaires que bergers ou pasteurs; ce qui a donné cette fameuse boutade, comparant les simples fidèles dans l’Église aux brebis de la Chandeleur, que jadis, le pape bénissait le 2 février et dont la laine servait à la fabrication du pallium porté par les évêques : « On les bénit et on les tond ». Et pourtant, l’image du berger et de son troupeau est encore très intéressante pour nous aujourd’hui; il s’y dégage des messages importants qui valorisent, non seulement les bergers, les pasteurs, mais aussi les brebis dont ils ont la charge.

L’Amour a un nom : Bon Pasteur ou Beau Berger. Dans l’évangile d’aujourd’hui, en se présentant comme le bon pasteur, le beau berger, le Christ de l’évangile de Jean donne un nom à l’Amour, celui du don de sa vie, car il y a un lien étroit entre vocation et vie : Être appelé, c’est donner sa vie et donner la vie. C’est ce que Jésus a fait pour nous et c’est ce que nous devons faire pour les autres. N’est-ce pas le sens même du commandement de l’Amour : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13,34; 15,12). Et comme il n’y a rien de plus grand que celui qui donne sa vie pour ceux qu’il aime (Jn 15,13), il n’y a donc rien de plus beau que « d’exposer sa vie pour ses brebis » (Jn 10,11b), d’où le titre de Beau Berger attribué au Christ de Pâques. C’est à cette même vocation que nous sommes appelés aujourd’hui, non seulement comme pape, comme évêques, comme prêtres ou comme religieux(ses), mais bien comme chrétien(ne)s, comme disciples du Christ : « Si vous avez de l’amour les uns pour les autres, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples » (Jn 13,35). Nous sommes donc invités à devenir beau berger, bon pasteur, pour les autres, à la suite du Christ.

Le berger mercenaire : Qui est-il? Dans l’évangile de Jean, on peut reconnaître derrière le personnage du berger mercenaire, les responsables Juifs qui refusent de reconnaître le Christ (cf. Jn 9 : le récit de l’aveugle-né). Par ailleurs, comme l’évangile de Jean a été écrit près de 70 ans après la mort de Jésus, ce sont sans doute des dirigeants d’Église qui sont visés ici : des chefs qui se sont bien installés dans leur poste de pouvoir et qui l’exercent de manière cruelle et anti-évangélique. Ceux-là ne sont pas prêts à risquer leur peau pour défendre un visage du Christ qui suscite l’opposition des Juifs, la risée des Grecs et l’irritation de certaines Églises à la foi ambiguë. Ils préfèrent abandonner le troupeau dont ils ont la charge. Le Christ bon pasteur, lui, n’abandonne aucune de ses brebis; chacune est unique et importante. Une parabole chez Matthieu et Luc montre le souci du berger pour une seule de ses brebis, le mal qu’il se donne pour la retrouver (Mt 18,10-14; Lc 15,1-7).

Qu’en est-il de nos pasteurs d’aujourd’hui? Sous prétexte de sauvegarder l’unité de l’Église et la pureté de la doctrine, on ne cesse de diviser, de condamner et d’exclure les brebis qui sortent de l’enclos, mais qui continuent d’écouter la voix du Christ de l’évangile. Le théologien Michel Hubaut écrit : « Dans l’Église, le bon Pasteur poursuit sa mission universelle. L’Église du Christ n’est plus liée à un enclos, culturel, une structure, mais à une Présence, celle du Bon Pasteur glorifié qui seul maintient l’unité du troupeau. Dans nos efforts d’unité, il ne faudra jamais oublier que le but n’est pas l’enclos de telle ou telle confession chrétienne, mais l’écoute de la Voix de l’unique Pasteur qui appelle tout homme par son nom ».

J’ajouterais : Comment peut-on reconnaître la Présence du Ressuscité, le Bon Pasteur, si on refuse de lui prêter notre voix pour dire à toutes les brebis de tous les enclos qu’elles sont uniques et aimées inconditionnellement par lui?

Un seul troupeau, un seul Pasteur (Jn 10,16b) : Qu’est-ce à dire? S’agit-il d’être tous pareils, comme des moutons, uniformes et soumis aux dirigeants de notre Église? Non! Ce n’est pas à l’uniformité que nous sommes appelés, mais bien à l’unité. Michel Hubaut ajoute : « L’Église n’est pas un troupeau grégaire mais une commune-union au Bon Pasteur pour qui chaque croyant est une brebis unique qu’il appelle par son nom. Étonnant, Jésus n’hésite pas à comparer cette connaissance-intimité du bon pasteur avec chacun de nous au lien spirituel, filial qui l’unit à son Père. C’est dire que nous sommes loin d’avoir inventorié les riches potentialités de notre relation avec le Christ! « J’ai d’autres brebis qui ne sont pas encore de cet enclos et celles-là aussi il faut que je les mène » (Jn 10,16a). Le désir de Jésus d’entrer en communion avec ses brebis a une visée universaliste. Son amour vigilant de pasteur s’étend à tous les hommes, sans distinction de race, de nation, et même de religion. Partout il a des brebis prêtes à écouter sa voix et à le suivre. Il veut les mener toutes à la vie éternelle. Le seul enclos qui n’exclut personne n’est pas un lieu mais une vie, celle du Père ».

Nous sommes donc appelés à devenir tous et toutes des bons pasteurs à l’image du Bon Pasteur, le Christ ressuscité. Et, quant au rôle du pape ou des évêques dans l’Église catholique, c’est un rôle de serviteurs pour les brebis qui ne leur appartiennent pas, mais qui appartiennent au Christ, le seul vrai Pasteur. Saint Augustin, au 4ème siècle, écrivait : « Jésus dit à Pierre : Pais mes brebis (Jn 21,15-17) et non pas tes brebis : Pais-les comme miennes et non tiennes ». Et il ajoutait ceci pour tous ses diocésains : « Pour vous je suis l’évêque, et c’est le nom d’une charge, mais avec vous je suis chrétien, et c’est le nom d’une grâce ».

En terminant, je voudrais vous partager cette réflexion du théologien français Henri Denis sur la journée des vocations : « Vocation. Journée des vocations. On n’en sort pas. On a beau dire et redire, on a beau faire : ce sera toujours et encore la vocation de prêtres, de religieux, de religieuses. Espérons que ce mot sera enfin rendu à tous les chrétiens, toutes les chrétiennes. Car, si je puis dire : il colle à notre peau de membres de l’Église. Savez-vous que le mot Église vient d’un mot grec qui veut dire appeler? Les chrétiens sont, comme Paul le répète à satiété, les appelés (appelés à la sainteté). Pas seulement quelques-uns, mais tous, pour former ainsi l’Église qui est la grande CONVOQUÉE de Dieu, convoquée à l’universelle communion avec le Père, par le Fils, dans l’Esprit. On confond parfois vocation et charisme. Le charisme est singulier, à moins qu’il ne soit lié à une fonction reçue pour le service du Peuple; tandis que la vocation est universelle. Mais voilà le problème : comment éviter que la vocation devienne une sorte de fluide que Dieu enverrait et qu’il ne faut pas trahir en le laissant passer? Image fausse, proche de la prédestination. J’ai entendu un jour un prélat dire : « Il y a beaucoup de vocations qui se perdent dans le diocèse ». Vous imaginez ce que cela peut signifier pour un jeune qui a loyalement entamé une vie de séminaire et qui, plus loyalement encore, doit y renoncer. Disons-le clairement : il y a autant de vocations que d’humains, car Dieu appelle toujours, tous et chacun. Pourquoi exclure de cette vocation ceux qui ont répondu de manières diverses : les Socrate, Bouddha, Confucius jusqu’aux libres penseurs morts pour la liberté de leur conscience? Il y a alors la vocation qui va s’épanouir et se concrétiser dans la foi et la pratique chrétiennes, dans la responsabilité de l’annonce de la Bonne Nouvelle et l’édification de la communauté de l’Église. On devrait toujours s’émerveiller de son baptême, qui est justement le signe de cet appel. Un Dieu qui appelle. Vous vous rendez compte, c’est autre chose qu’un divin Horloger ou un Juge terrifiant. Il appelle, il appelle à toute heure. Ne serions-nous pas tous plus ou moins les ouvriers de la onzième heure? »


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

[ RETOUR]

 

 

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca