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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ac 13,14.43-52
Évangile : Jn 10,27-30
Appelés à être vrai…
À chaque année, au 4ème dimanche de Pâques, nous sommes
invités à contempler le Christ bon pasteur,
beau berger, vrai pasteur, à
partir du chapitre 10 de l’évangile de saint
Jean. Ce dimanche souligne la journée mondiale
de prière pour les vocations, lesquelles sont
multiples dans l’Église, mais qui doivent toutes
s’inspirer du Christ serviteur. Nous
sommes tous et toutes appelés à servir et à
devenir beau berger, vrai pasteur pour les
autres. En cette année C où l’extrait de
l’évangile de Jean 10 est plutôt bref, quels
messages pouvons-nous en tirer pour l’Église
d’aujourd’hui?
1.
Une Église en manque de pasteurs.
Lorsqu’on regarde l’Église d’aujourd’hui, on a
l’impression qu’elle est en déclin pour ne pas
dire en phase terminale. Il y a bien sûr, des
femmes et des hommes qui ont à cœur la foi
chrétienne et qui s’engagent auprès des jeunes,
des adultes et des familles de leurs communautés
chrétiennes pour témoigner de leur foi et de
leur appartenance au Christ de Pâques. Par
ailleurs, ces ministères sont si peu encouragés,
valorisés et reconnus, que les personnes qui les
exercent ne sont jamais considérées comme de
vrais pasteurs. Pourquoi? Tout simplement parce
qu’elles ne correspondent pas aux modèles
traditionnels des ministères ordonnés, qui sont
réservés à des hommes célibataires, dont la vie
doit être imprégnée d’un esprit de sacrifice et
de renoncement, à la manière du saint curé
d’Ars, et dont l’engagement doit s’inspirer du
modèle d’un moine ou d’un religieux.
Comme ce
genre de pasteur ne rejoint plus l’ensemble des
croyants d’aujourd’hui, on peut vraiment dire
que notre Église est en manque de pasteurs. Que
faire? Prier pour que le Christ nous donne de
nouveaux prêtres? En faire venir d’ailleurs?
Fermer des églises? Regrouper des communautés
chrétiennes, faute de pasteurs pour les
accompagner? Et si on posait la question
suivante : Pourquoi manquons-nous de pasteurs?
Est-ce notre prière qui est mauvaise? Dieu
serait-il sourd à nos appels? Et si le problème
était de notre côté à nous? Du côté de l’Église
elle-même? Ce ne serait pas la première fois
dans l’histoire qu’on vivrait une telle réalité!
Alors où est le problème?
2.
Une Église de mercenaires.
Dans l’extrait de l’évangile de Jean
d’aujourd’hui, Jésus dit : « Mes brebis
écoutent ma voix; moi je les connais, et elles
me suivent » (Jn 10,27). Donc, le problème
n’est pas du côté des brebis, mais plutôt du
côté du pasteur… Qui donc peut parler
aujourd’hui au nom du Christ, dans notre Église?
Le pape seulement? Les évêques et les prêtres?
Mais encore? La réponse est pourtant simple :
toute personne qui croit au Christ et qui lui
prête sa voix pour rassembler les brebis, les
accompagner, les protéger et les aimer.
Ça veut
dire qu’on ne peut s’improviser pasteur; il faut
être reconnu par les brebis, et c’est dans la
relation avec elles qu’on devient pasteur et
qu’on peut remplir la mission du Christ, vrai
berger, où s’exprime la relation entre les
croyants et Dieu lui-même. Jésus nous dit qu’il
donne la vie éternelle aux brebis et que
personne ne peut lui enlever les brebis que Dieu
lui a confiées : « Mon Père qui me les a
données est plus grand que tout, et nul n’a le
pouvoir d’arracher quelque chose de la main du
Père » (Jn 10,29).
Quand on
entend cela, on est en droit de se demander : Se
peut-il que dans notre Église, il y ait des
mercenaires qui se déguisent en pasteurs et qui
dispersent le troupeau plutôt que de rassembler
les brebis? Au début du chapitre 10, saint Jean
dit : « Le mercenaire, qui n’est pas vraiment
un berger et à qui les brebis n’appartiennent
pas, voit-il venir le loup, il abandonne les
brebis et prend la fuite; et le loup s’en empare
et les disperse » (Jn 10,12). Lorsqu’on se
prend pour les propriétaires de la bergerie, il
est fort possible qu’on empêche le Christ, beau
berger, vrai pasteur, d’agir dans notre Église…
Et c’est peut-être ce qui fait qu’on manque de
pasteurs, parce qu’on se sait pas les
reconnaître pour les suivre.
Relisez la
1ère lecture aujourd’hui, lorsque Paul et
Barnabé sont arrivés à Antioche de Pisidie et
qu’ils se sont rendus à la synagogue pour
enseigner, toute la ville se rassembla pour
entendre la parole du Seigneur… donc, les Juifs
qui s’étaient convertis et les Païens. L’auteur
du livre des Actes des Apôtres écrit :
« Quand les Juifs virent tant de monde, ils
furent remplis de fureur; ils repoussaient les
affirmations de Paul avec des injures » (Ac
13,45). Les Juifs se croyaient propriétaires de
la religion nouvelle… Ils n’acceptaient pas que
des Païens puissent y adhérer aussi facilement.
Alors, qu’ont-ils fait? « Ils entraînèrent
les dames influentes converties au judaïsme,
ainsi que les notables de la ville; ils
provoquèrent des poursuites contre Paul et
Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire »
(Ac 13,50). Dans le fond, les Juifs
préféraient fermer la synagogue plutôt que de
changer leurs pratiques…
N’y a-t-il
pas des ressemblances avec l’Église
d’aujourd’hui? Ne préférons-nous pas fermer
boutique, fermer nos églises plutôt que de
changer nos pratiques et nos règles? Je crois
sincèrement que nous avons une réflexion à faire
et il est grand temps qu’on la fasse, avant
qu’il ne soit trop tard. Il ne faut jamais
oublier que l’Église n’a de sens que si elle est
l’Église du Christ, vrai pasteur.
3.
L’Église du Christ, vrai pasteur.
Si Christ est vivant aujourd’hui, il l’est
nécessairement à travers nous, qui sommes son
corps de Ressuscité. Ce qui veut dire qu’il est
impossible qu’il nous manque de pasteurs dans
notre Église, à moins, bien sûr, qu’on refuse de
reconnaître ceux et celles qui parlent en son
nom. C’est pourquoi, en ce dimanche des
vocations, il nous faut élargir notre prière,
pour que celle-ci puisse refléter les réalités
nouvelles qui sont les nôtres, afin que Dieu
puisse donner à l’Église les pasteurs dont on a
besoin. Il faudra sans doute modifier les règles
des ministères ordonnés et reconnaître d’autres
ministères qui seront accessibles à un plus
grand nombre de chrétiens qui veulent témoigner
de leur foi et de leur espérance chrétienne.
C’est la seule façon d’assurer un avenir à notre
Église, car une institution qui ne tient pas
compte de sa jeunesse, ne peut survivre…Et les
jeunes sont complètement absents de notre
Église.
En terminant, je voudrais vous proposer cette belle prière
d’Action de grâce pour la diversité des
ministères, du théologien français Michel
Hubaut : « Grâces te soient rendues, O
Christ, pour tous ceux que tu appelles à être la
bouche de ton Corps et qui proclament ton Nom
jusqu’aux extrémités de la terre. Grâces te
soient rendues, O Christ, pour tous ceux que tu
appelles à être les mains de ton Corps et qui
construisent un monde de justice et de paix.
Grâces te soient rendues, O Christ, pour tous
ceux que tu appelles à être les yeux de ton
Corps et qui regardent avec tendresse chaque
homme rencontré. Grâces te soient rendues, O
Christ, pour tous ceux que tu appelles à être
les oreilles de ton Corps et qui entendent le
cri des pauvres et des méprisés. Grâces te
soient rendues, O Christ, pour tous ceux que tu
appelles à être les serviteurs de l’unité de ton
Corps, tous les responsables de communautés qui
aident chacun de tes membres à découvrir et à
accomplir sa propre vocation. Grâces te soient
rendues, O Christ, pour ces témoins qui rendent
visible ta nouvelle Présence sacramentelle; pour
ces dispensateurs de ta Vie pascale qui, au
rythme de chaque eucharistie, irrigue, féconde
tous les membres de ton Corps et rassemble la
terre et le ciel, le provisoire et l’éternel,
les vivants et les morts, la douleur du monde et
la béatitude de ton Royaume, le présent, le
passé et l’avenir de l’homme ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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