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Pâques 4 (C) : 25 avril 2010
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Ac 13,14.43-52
Évangile : Jn 10,27-30

Appelés à être vrai…

À chaque année, au 4ème dimanche de Pâques, nous sommes invités à contempler le Christ bon pasteur, beau berger, vrai pasteur, à partir du chapitre 10 de l’évangile de saint Jean. Ce dimanche souligne la journée mondiale de prière pour les vocations, lesquelles sont multiples dans l’Église, mais qui doivent toutes s’inspirer du Christ serviteur. Nous sommes tous et toutes appelés à servir et à devenir beau berger, vrai pasteur pour les autres. En cette année C où l’extrait de l’évangile de Jean 10 est plutôt bref, quels messages pouvons-nous en tirer pour l’Église d’aujourd’hui?

1.        Une Église en manque de pasteurs. Lorsqu’on regarde l’Église d’aujourd’hui, on a l’impression qu’elle est en déclin pour ne pas dire en phase terminale. Il y a bien sûr, des femmes et des hommes qui ont à cœur la foi chrétienne et qui s’engagent auprès des jeunes, des adultes et des familles de leurs communautés chrétiennes pour témoigner de leur foi et de leur appartenance au Christ de Pâques. Par ailleurs, ces ministères sont si peu encouragés, valorisés et reconnus, que les personnes qui les exercent ne sont jamais considérées comme de vrais pasteurs. Pourquoi? Tout simplement parce qu’elles ne correspondent pas aux modèles traditionnels des ministères ordonnés, qui sont réservés à des hommes célibataires, dont la vie doit être imprégnée d’un esprit de sacrifice et de renoncement, à la manière du saint curé d’Ars, et dont l’engagement doit s’inspirer du modèle d’un moine ou d’un religieux.

Comme ce genre de pasteur ne rejoint plus l’ensemble des croyants d’aujourd’hui, on peut vraiment dire que notre Église est en manque de pasteurs. Que faire? Prier pour que le Christ nous donne de nouveaux prêtres? En faire venir d’ailleurs? Fermer des églises? Regrouper des communautés chrétiennes, faute de pasteurs pour les accompagner? Et si on posait la question suivante : Pourquoi manquons-nous de pasteurs? Est-ce notre prière qui est mauvaise? Dieu serait-il sourd à nos appels? Et si le problème était de notre côté à nous? Du côté de l’Église elle-même? Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire qu’on vivrait une telle réalité! Alors où est le problème?

2.        Une Église de mercenaires. Dans l’extrait de l’évangile de Jean d’aujourd’hui, Jésus dit : « Mes brebis écoutent ma voix; moi je les connais, et elles me suivent » (Jn 10,27). Donc, le problème n’est pas du côté des brebis, mais plutôt du côté du pasteur… Qui donc peut parler aujourd’hui au nom du Christ, dans notre Église? Le pape seulement? Les évêques et les prêtres? Mais encore? La réponse est pourtant simple : toute personne qui croit au Christ et qui lui prête sa voix pour rassembler les brebis, les accompagner, les protéger et les aimer.

Ça veut dire qu’on ne peut s’improviser pasteur; il faut être reconnu par les brebis, et c’est dans la relation avec elles qu’on devient pasteur et qu’on peut remplir la mission du Christ, vrai berger, où s’exprime la relation entre les croyants et Dieu lui-même. Jésus nous dit qu’il donne la vie éternelle aux brebis et que personne ne peut lui enlever les brebis que Dieu lui a confiées : « Mon Père qui me les a données est plus grand que tout, et nul n’a le pouvoir d’arracher quelque chose de la main du Père » (Jn 10,29).

Quand on entend cela, on est en droit de se demander : Se peut-il que dans notre Église, il y ait des mercenaires qui se déguisent en pasteurs et qui dispersent le troupeau plutôt que de rassembler les brebis? Au début du chapitre 10, saint Jean dit : « Le mercenaire, qui n’est pas vraiment un berger et à qui les brebis n’appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et prend la fuite; et le loup s’en empare et les disperse » (Jn 10,12). Lorsqu’on se prend pour les propriétaires de la bergerie, il est fort possible qu’on empêche le Christ, beau berger, vrai pasteur, d’agir dans notre Église… Et c’est peut-être ce qui fait qu’on manque de pasteurs, parce qu’on se sait pas les reconnaître pour les suivre.

Relisez la 1ère lecture aujourd’hui, lorsque Paul et Barnabé sont arrivés à Antioche de Pisidie et qu’ils se sont rendus à la synagogue pour enseigner, toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur… donc, les Juifs qui s’étaient convertis et les Païens. L’auteur du livre des Actes des Apôtres écrit : « Quand les Juifs virent tant de monde, ils furent remplis de fureur; ils repoussaient les affirmations de Paul avec des injures » (Ac 13,45). Les Juifs se croyaient propriétaires de la religion nouvelle… Ils n’acceptaient pas que des Païens puissent y adhérer aussi facilement. Alors, qu’ont-ils fait? « Ils entraînèrent les dames influentes converties au judaïsme, ainsi que les notables de la ville; ils provoquèrent des poursuites contre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire » (Ac 13,50). Dans le fond, les Juifs préféraient fermer la synagogue plutôt que de changer leurs pratiques…

N’y a-t-il pas des ressemblances avec l’Église d’aujourd’hui?  Ne préférons-nous pas fermer boutique, fermer nos églises plutôt que de changer nos pratiques et nos règles? Je crois sincèrement que nous avons une réflexion à faire et il est grand temps qu’on la fasse, avant qu’il ne soit trop tard. Il ne faut jamais oublier que l’Église n’a de sens que si elle est l’Église du Christ, vrai pasteur.

3.        L’Église du Christ, vrai pasteur. Si Christ est vivant aujourd’hui, il l’est nécessairement à travers nous, qui sommes son corps de Ressuscité. Ce qui veut dire qu’il est impossible qu’il nous manque de pasteurs dans notre Église, à moins, bien sûr, qu’on refuse de reconnaître ceux et celles qui parlent en son nom. C’est pourquoi, en ce dimanche des vocations, il nous faut élargir notre prière, pour que celle-ci puisse refléter les réalités nouvelles qui sont les nôtres, afin que Dieu puisse donner à l’Église les pasteurs dont on a besoin. Il faudra sans doute modifier les règles des ministères ordonnés et reconnaître d’autres ministères qui seront accessibles à un plus grand nombre de chrétiens qui veulent témoigner de leur foi et de leur espérance chrétienne. C’est la seule façon d’assurer un avenir à notre Église, car une institution qui ne tient pas compte de sa jeunesse, ne peut survivre…Et les jeunes sont complètement absents de notre Église.

En terminant, je voudrais vous proposer cette belle prière d’Action de grâce pour la diversité des ministères, du théologien français Michel Hubaut : « Grâces te soient rendues, O Christ, pour tous ceux que tu appelles à être la bouche de ton Corps et qui proclament ton Nom jusqu’aux extrémités de la terre. Grâces te soient rendues, O Christ, pour tous ceux que tu appelles à être les mains de ton Corps et qui construisent un monde de justice et de paix. Grâces te soient rendues, O Christ, pour tous ceux que tu appelles à être les yeux de ton Corps et qui regardent avec tendresse chaque homme rencontré. Grâces te soient rendues, O Christ, pour tous ceux que tu appelles à être les oreilles de ton Corps et qui entendent le cri des pauvres et des méprisés. Grâces te soient rendues, O Christ, pour tous ceux que tu appelles à être les serviteurs de l’unité de ton Corps, tous les responsables de communautés qui aident chacun de tes membres à découvrir et à accomplir sa propre vocation. Grâces te soient rendues, O Christ, pour ces témoins qui rendent visible ta nouvelle Présence sacramentelle; pour ces dispensateurs de ta Vie pascale qui, au rythme de chaque eucharistie, irrigue, féconde tous les membres de ton Corps et rassemble la terre et le ciel, le provisoire et l’éternel, les vivants et les morts, la douleur du monde et la béatitude de ton Royaume, le présent, le passé et l’avenir de l’homme ».

 

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

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