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Pâques 5 (B) : 10 mai 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture : Ac 9,26-31
2ème lecture : 1 Jn 3,18-24
Évangile : Jn 15,1-8

Juste avant l’Ascension, nous voici encore pour 2 dimanches avec l’évangéliste Jean, dans le discours d’adieu de Jésus à ses disciples. Au soir du Jeudi Saint, à la Cène, Jésus donne ses recommandations aux disciples. C’est une sorte de testament spirituel donné par celui qui, le lendemain, sera arrêté, jugé et condamné à la mort. Mais s’agit-il véritablement d’un discours prononcé par Jésus de Nazareth, à la veille de sa mort? La réponse est non! Car ce discours a été rédigé au long des années qui ont suivi la mort de Jésus, au sein d’une communauté pour qui Jésus n’a jamais été un grand disparu. Alors, ce discours d’adieu que l’évangéliste Jean met dans la bouche du nazaréen avant sa mort, c’est en fait la Parole que le Christ toujours vivant adresse aux disciples de la première heure et à ceux d’aujourd’hui. Mais que retenir de ce discours pour les chrétiens de tous les temps?

  1. Où est l’Église dans tout ça? En scrutant les textes bibliques de ce dimanche, en lisant les commentaires des 15 dernières années, la première question que je me suis posée est la suivante : Où est l’Église dans tout ça? L’Église que nous connaissons et à laquelle nous appartenons serait-elle devenue stérile comme la vigne de l’Ancien Testament qui correspondait au peuple d’Israël? Quand on regarde l’Église d’aujourd’hui qui, dans ses dirigeants, s’éloigne de plus en plus du vrai monde et qui se distancie souvent du message d’amour des évangiles (l’amour qui est fait d’ouverture, d’accueil, de tolérance, de miséricorde, de pardon et d’espérance), en imposant des règles et des doctrines qui ne correspondent plus au monde de notre temps, on est en droit de se demander si notre Église peut encore être émondée ou bien si elle est complètement détachée du tronc, c’est-à-dire déconnectée du Christ toujours vivant à travers les hommes et les femmes d’aujourd’hui? Ses sarments sont-ils tous desséchés? En d’autres mots, notre Église permet-elle encore à ses membres, à ses sarments de porter des fruits?

J’ai l’impression parfois que l’Église catholique romaine se prend, à la fois, pour la vigne et le vigneron…Et pourtant, l’évangile nous rappelle et c’est le Christ ressuscité qui parle : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron » (Jn 15,1). Ce qui signifie que tous ceux qui se rattachent à la vigne, au Christ, portent des fruits, et ceux-là proviennent de milieux divers et multiples. Il y en a même qui ne sont d’aucune appartenance religieuse. Le théologien Charles Wackenheim écrit en 1994 : « Nous connaissons tous des hommes et des femmes qui ne se réclament pas du Christ et qui se dévouent corps et âme aux plus pauvres, aux opprimés et aux laissés pour compte. Il arrive même que ces personnes récusent toute référence religieuse qui leur apparaît comme un alibi aussi inutile que suspect. Mais l’évangile de Jean ne met pas en balance les comportements des uns et des autres. Il s’adresse à des croyants que le baptême a entés sur le Christ. Tant mieux si des non-chrétiens portent des fruits comparables! »

  1. « Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jn 15,4a) : Ce verbe demeurer revient sept fois dans l’extrait d’évangile que nous avons aujourd’hui. Qu’est-ce à dire? Le verbe demeurer dans l’évangile de Jean a un sens théologique très fort : il sert à décrire, non seulement la permanence divine par rapport à la précarité humaine, mais aussi l’intimité de Dieu et de l’homme qui s’exprime à travers l’intimité du Père et du Fils. Jésus dit à Philippe : « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? » (Jn 14,10a). De même, nous devons croire que le Christ demeure en nous si nous sommes greffés à lui, si nous demeurons en lui : « Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter du fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi » (Jn 15,4).

La question tout à fait légitime qu’on peut se poser : Qui demeure dans le Christ et en qui le Christ demeure? La réponse est simple : Celui ou celle qui produit des fruits en abondance : « Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5). Et pour demeurer dans le Christ, il nous faut aimer comme lui. L’extrait de la 1ère lettre de saint Jean que nous avons en 2ème lecture aujourd’hui, nous dit ceci : « Mes enfants, nous devons aimer : non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité » (1 Jn 3,18). C’est par notre fidélité à ses commandements que nous demeurons en Dieu et Dieu en nous (1 Jn 3,24). Par ailleurs, ses commandements se résument en un seul : « Or, voici son commandement : avoir foi en son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé » (1 Jn 3,23). N’oublions surtout pas que l’Amour ne condamne jamais, ne rejette personne et ne refuse aucun pardon. L’Amour de Christ est inconditionnel, donne la vie et produit des fruits en abondance.

En terminant, la 1ère lecture d’aujourd’hui, l’extrait des Actes des Apôtres qui nous raconte la difficulté que saint Paul a eu à s’intégrer à la communauté de Jérusalem, après sa conversion, nous fait prendre conscience qu’il n’est pas facile de changer l’opinion des gens sur nous-mêmes, surtout lorsqu’on a été le contraire de ce que nous sommes devenus. Les préjugés sont tenaces, mais la foi qui est aussi confiance devrait l’emporter. Pour saint Paul, il aura fallu un Barnabé pour l’introduire auprès des apôtres, mais il devra s’enfuir à Tarse, sa ville natale, pour échapper à la mort. Un peu plus tard, le même Barnabé jugera les options apostoliques de Paul trop aventureuses. Il préférera suivre Pierre et Paul se choisira d’autres coéquipiers. Ce qui signifie qu’il faut toujours le courage d’un Barnabé (fils de la consolation) pour lancer un Paul et la sagesse de ce même Barnabé de se savoir dépassé par lui. Si c’était vrai au 1er siècle de l’Église, il doit en être ainsi au 21ème siècle de notre Église.

 

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

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