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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ac 9,26-31
2ème lecture : 1 Jn 3,18-24
Évangile : Jn 15,1-8
Juste avant l’Ascension, nous voici encore pour 2 dimanches
avec l’évangéliste Jean, dans le discours
d’adieu de Jésus à ses disciples. Au soir du
Jeudi Saint, à
la Cène, Jésus donne ses recommandations aux
disciples. C’est une sorte de testament
spirituel donné par celui qui, le lendemain,
sera arrêté, jugé et condamné à la mort. Mais
s’agit-il véritablement d’un discours prononcé
par Jésus de Nazareth, à la veille de sa mort?
La réponse est non! Car ce discours a été rédigé
au long des années qui ont suivi la mort de
Jésus, au sein d’une communauté pour qui Jésus
n’a jamais été un grand disparu. Alors, ce
discours d’adieu que l’évangéliste Jean met dans
la bouche du nazaréen avant sa mort, c’est en
fait la Parole que le Christ toujours vivant
adresse aux disciples de la première heure et à
ceux d’aujourd’hui. Mais que retenir de ce
discours pour les chrétiens de tous les temps?
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Où est l’Église dans tout ça?
En scrutant les textes bibliques de ce
dimanche, en lisant les commentaires des 15
dernières années, la première question que
je me suis posée est la suivante : Où est
l’Église dans tout ça? L’Église que nous
connaissons et à laquelle nous appartenons
serait-elle devenue stérile comme la vigne
de l’Ancien Testament qui correspondait au
peuple d’Israël? Quand on regarde l’Église
d’aujourd’hui qui, dans ses dirigeants,
s’éloigne de plus en plus du vrai monde et
qui se distancie souvent du message d’amour
des évangiles (l’amour qui est fait
d’ouverture, d’accueil, de tolérance, de
miséricorde, de pardon et d’espérance), en
imposant des règles et des doctrines qui ne
correspondent plus au monde de notre temps,
on est en droit de se demander si notre
Église peut encore être émondée ou bien si
elle est complètement détachée du tronc,
c’est-à-dire déconnectée du Christ toujours
vivant à travers les hommes et les femmes
d’aujourd’hui? Ses sarments sont-ils tous
desséchés? En d’autres mots, notre Église
permet-elle encore à ses membres, à ses
sarments de porter des fruits?
J’ai
l’impression parfois que l’Église catholique
romaine se prend, à la fois, pour la vigne et le
vigneron…Et pourtant, l’évangile nous rappelle
et c’est le Christ ressuscité qui parle :
« Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est
le vigneron » (Jn 15,1). Ce qui signifie que
tous ceux qui se rattachent à la vigne, au
Christ, portent des fruits, et ceux-là
proviennent de milieux divers et multiples. Il y
en a même qui ne sont d’aucune appartenance
religieuse. Le théologien Charles Wackenheim
écrit en 1994 : « Nous connaissons tous des
hommes et des femmes qui ne se réclament pas du
Christ et qui se dévouent corps et âme aux plus
pauvres, aux opprimés et aux laissés pour
compte. Il arrive même que ces personnes
récusent toute référence religieuse qui leur
apparaît comme un alibi aussi inutile que
suspect. Mais l’évangile de Jean ne met pas en
balance les comportements des uns et des autres.
Il s’adresse à des croyants que le baptême a
entés sur le Christ. Tant mieux si des
non-chrétiens portent des fruits comparables! »
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« Demeurez en moi, comme moi en vous »
(Jn 15,4a) :
Ce verbe demeurer revient sept fois dans
l’extrait d’évangile que nous avons
aujourd’hui. Qu’est-ce à dire? Le verbe
demeurer dans l’évangile de Jean a un
sens théologique très fort : il sert à
décrire, non seulement la permanence divine
par rapport à la précarité humaine, mais
aussi l’intimité de Dieu et de l’homme qui
s’exprime à travers l’intimité du Père et du
Fils. Jésus dit à Philippe : « Ne
crois-tu pas que je suis dans le Père et que
le Père est en moi? » (Jn 14,10a). De
même, nous devons croire que le Christ
demeure en nous si nous sommes greffés à
lui, si nous demeurons en lui :
« Demeurez en moi, comme moi en vous. De
même que le sarment ne peut pas porter du
fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur
la vigne, de même vous non plus, si vous ne
demeurez pas en moi » (Jn 15,4).
La question
tout à fait légitime qu’on peut se poser : Qui
demeure dans le Christ et en qui le Christ
demeure? La réponse est simple : Celui ou celle
qui produit des fruits en abondance : « Moi,
je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui
qui demeure en moi et en qui je demeure,
celui-là donne beaucoup de fruit, car en dehors
de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn
15,5). Et pour demeurer dans le Christ, il nous
faut aimer comme lui. L’extrait de la 1ère
lettre de saint Jean que nous avons en 2ème
lecture aujourd’hui, nous dit ceci : « Mes
enfants, nous devons aimer : non pas avec des
paroles et des discours, mais par des actes et
en vérité » (1 Jn 3,18). C’est par notre
fidélité à ses commandements que nous demeurons
en Dieu et Dieu en nous (1 Jn 3,24). Par
ailleurs, ses commandements se résument en un
seul : « Or, voici son commandement : avoir
foi en son Fils Jésus Christ, et nous aimer les
uns les autres comme il nous l’a commandé »
(1 Jn 3,23). N’oublions surtout pas que l’Amour
ne condamne jamais, ne rejette personne et ne
refuse aucun pardon. L’Amour de Christ est
inconditionnel, donne la vie et produit des
fruits en abondance.
En terminant, la 1ère lecture d’aujourd’hui, l’extrait des
Actes des Apôtres qui nous raconte la difficulté
que saint Paul a eu à s’intégrer à la communauté
de Jérusalem, après sa conversion, nous fait
prendre conscience qu’il n’est pas facile de
changer l’opinion des gens sur nous-mêmes,
surtout lorsqu’on a été le contraire de ce que
nous sommes devenus. Les préjugés sont tenaces,
mais la foi qui est aussi confiance devrait
l’emporter. Pour saint Paul, il aura fallu un
Barnabé pour l’introduire auprès des apôtres,
mais il devra s’enfuir à Tarse, sa ville natale,
pour échapper à la mort. Un peu plus tard, le
même Barnabé jugera les options apostoliques de
Paul trop aventureuses. Il préférera suivre
Pierre et Paul se choisira d’autres coéquipiers.
Ce qui signifie qu’il faut toujours le courage
d’un Barnabé (fils de la consolation) pour
lancer un Paul et la sagesse de ce même Barnabé
de se savoir dépassé par lui. Si c’était vrai au
1er siècle de l’Église, il doit en être ainsi au
21ème siècle de notre Église.
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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