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Pâques 5 (C) : 2 mai 2010
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  2ème lecture :  Ap 21,1-5a
Évangile :  Jn 13,31-33a.34-35

L’Amour !

Pour les deux prochaines semaines, nous revenons au soir du Jeudi Saint, où Jésus, dans l’évangile de Jean, nous laisse son testament. Celui-ci se résume en un mot : Amour! C’est bizarre, mais jeudi soir, je me préparais à faire l’homélie, lorsque quelqu’un sur Facebook m’écrit : « Monsieur Gravel, continuez à aimer avec compassion; nous en avons tellement besoin! » Ça m’a fait comprendre le sens de l’évangile d’aujourd’hui, c’est-à-dire que l’amour nous fait ressusciter; il nous fait ressembler au Christ de Pâques et il crée un monde nouveau.

1.       Dans l’évangile d’aujourd’hui, saint Jean nous parle de gloire : « Quand Judas fut sorti, Jésus déclara : ‘’Maintenant le Fils de l’homme est glorifié et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire; et il la lui donnera bientôt’’ » (Jn 13,31-32). L’évangéliste Jean s’adresse à l’Église de la fin du 1er siècle, une communauté de croyants qui, malgré les persécutions, vit déjà dans le monde de la gloire, de la résurrection, le monde nouveau d’après Pâques. N’est-ce pas la réalité décrite par l’Apocalypse que nous lisons également aujourd’hui ? « Moi Jean, j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et il n’y avait plus de mer » (Ap 21,1). Ça fait drôle ce paysage décrit par l’auteur du livre de l’Apocalypse, mais en même temps, on peut y reconnaître un paysage pascal, car on sait que la mer, dans la Bible, était le lieu où résident les forces du mal; donc, dans ce monde nouveau, le monde de la Résurrection, il ne peut plus y avoir de mer, car le mal a été vaincu. Et plus encore : dans ce monde nouveau, il n’y a plus de souffrances et de mort : « Dieu lui-même essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort n’existera plus; il n’y aura plus de pleurs, de cris, ni de tristesse; car la première création aura disparu » (Ap 21,4).

2.       Mais comment peut-on vérifier si, comme Église, nous sommes déjà entrés dans la gloire, dans la Résurrection, dans le temps pascal? La réponse est simple et compliquée à la fois. C’est par l’Amour avec un grand A. Mais l’Amour, ça veut dire quoi? Ça se traduit comment? Ça s’adresse à qui? « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,34). Ça fait longtemps qu’on répète cette phrase-là : Aimez-vous les uns les autres! Cependant, il manque souvent la partie la plus importante : Comme je vous ai aimés! C’est l’Amour dans toute sa gratuité, sa générosité; l’Amour qui est contagieux; l’Amour qui se répand, se multiplie; l’Amour qui se transmet.

Que de temps perdu à ignorer, à faire semblant, à haïr, à refuser, à entretenir, à démontrer de l’indifférence, etc au lieu d’aimer, simplement, gratuitement, sincèrement, honnêtement, généreusement, inconditionnellement. Et pourtant, la vie est si courte! Refuser d’aimer, c’est d’abord à nous que ça fait le plus mal : on développe de la rancœur, de l’angoisse, de l’amertume; on vit de la peine, du désarroi, de la souffrance, de l’indifférence et un mal-être qui peut même affecter notre santé physiologique et psychologique. Alors, pourquoi ne pas aimer véritablement?

3.       Mais, dira-t-on, nous sommes capables d’aimer : un amour sélectif, intéressé, calculé, contrôlé. Un amour qui est plus tourné vers soi que vers les autres. Un amour qui s’arrête à nos limites et à nos pauvretés. Mais l’Amour évangélique, l’Amour chrétien, n’a aucune limite et il exprime qui nous sommes véritablement : « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’Amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13,35). L’exégète français Jean Debruynne écrit : « Désormais ce n’est pas à la croix qu’ils portent autour du cou que l’on reconnaît les disciples du Christ, c’est à l’amour qu’ils ont les uns pour les autres ».

Rappelons-nous les 3 étapes de l’Amour que saint Augustin avait définies au 4ème siècle :

1)       Aimer être aimé : Tout le monde aime ça; il n’y a rien de particulier ou d’extraordinaire dans ça. L’Amour véritable est sûrement plus que ça…

2)       Aimer aimer : C’est déjà mieux, mais c’est dangereux. Ça peut devenir une sorte de narcissisme qui cherche à bien paraître en faisant un excès de générosité dans l’Amour…

3)       Aimer : Aimer tout court, sans plus; non pas pour faire plaisir; pour aimer simplement, par amour, sans rien attendre en retour…

4.       N’est-ce pas de cette façon que le Christ nous a aimés : inconditionnellement, gratuitement, simplement. Non pas pour faire plaisir ou pour bien paraître… Non! Simplement par Amour! Pour incarner ce Dieu qui n’est qu’Amour. Et même si l’Amour l’a conduit jusqu’à la croix, il a aimé jusqu’au bout, sans rien exiger en retour de son Amour. L’évangile ne dit pas : « Aimez-moi comme je vous ai aimés! », mais bien : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés! » (Jn 13,34b). C’est le summum de l’Amour; c’est l’Amour dans sa perfection… C’est l’Amour qui nous fait ressembler à Dieu; c’est l’Amour qui nous identifie au Christ ressuscité.

5.       Finalement, pourquoi saint Jean dit-il que le commandement de l’Amour de son évangile est un commandement nouveau? Écoutons saint Augustin encore une fois : « Est-ce que ce commandement n’existait pas déjà dans la loi ancienne puisqu’il est écrit : Tu aimeras ton prochain comme toi-même? Pourquoi donc le Seigneur appelle-t-il nouveau un commandement qui est à l’évidence si ancien? Est-ce un commandement nouveau parce qu’en nous dépouillant de l’homme ancien il nous revêt de l’homme nouveau? Certes, l’homme qui écoute ce commandement, ou plutôt qui y obéit, est renouvelé non par n’importe quel amour, mais par celui que le Seigneur nous donne : Comme je vous ai aimés. C’est cet Amour qui nous renouvelle, pour que nous soyons les héritiers de l’alliance nouvelle. Voilà pourquoi il nous a aimés : afin qu’à notre tour nous nous aimions les uns les autres. Il nous en a rendus capables en nous aimant, afin que par l’Amour mutuel nous soyons liés entre nous et que, par l’union très douce qui lie ses membres, nous soyons son corps, le corps d’une seule Tête, le Christ de Pâques ».

Voilà la gloire de Dieu! L’Homme debout! Rendu capable d’aimer comme le Christ, même s’il doit le payer de sa propre vie…

 

Bonne réflexion!
Bonne homélie! 

 

 

 

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