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Réf. Bibliques : 2ème lecture : Ap 21,1-5a
Évangile : Jn 13,31-33a.34-35
L’Amour
!
Pour les deux prochaines semaines, nous revenons au soir du
Jeudi Saint, où Jésus, dans l’évangile de Jean,
nous laisse son testament. Celui-ci se résume en
un mot : Amour! C’est bizarre, mais jeudi
soir, je me préparais à faire l’homélie, lorsque
quelqu’un sur Facebook m’écrit : « Monsieur
Gravel, continuez à aimer avec compassion; nous
en avons tellement besoin! » Ça m’a fait
comprendre le sens de l’évangile d’aujourd’hui,
c’est-à-dire que l’amour nous fait ressusciter;
il nous fait ressembler au Christ de Pâques et
il crée un monde nouveau.
1.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, saint Jean nous
parle de gloire : « Quand Judas fut sorti,
Jésus déclara : ‘’Maintenant le Fils de l’homme
est glorifié et Dieu est glorifié en lui. Si
Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui
donnera sa propre gloire; et il la lui donnera
bientôt’’ » (Jn 13,31-32). L’évangéliste
Jean s’adresse à l’Église de la fin du 1er
siècle, une communauté de croyants qui, malgré
les persécutions, vit déjà dans le monde de la
gloire, de la résurrection, le monde nouveau
d’après Pâques. N’est-ce pas la réalité décrite
par l’Apocalypse que nous lisons également
aujourd’hui ? « Moi Jean, j’ai vu un ciel
nouveau et une terre nouvelle, car le premier
ciel et la première terre avaient disparu, et il
n’y avait plus de mer » (Ap 21,1). Ça fait
drôle ce paysage décrit par l’auteur du livre de
l’Apocalypse, mais en même temps, on peut y
reconnaître un paysage pascal, car on sait que
la mer, dans la Bible, était le lieu où résident
les forces du mal; donc, dans ce monde nouveau,
le monde de la Résurrection, il ne peut plus y avoir de mer, car le mal a été vaincu. Et plus
encore : dans ce monde nouveau, il n’y a plus de
souffrances et de mort : « Dieu lui-même
essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort
n’existera plus; il n’y aura plus de pleurs, de
cris, ni de tristesse; car la première création
aura disparu » (Ap 21,4).
2.
Mais comment peut-on vérifier si, comme Église,
nous sommes déjà entrés dans la gloire, dans la
Résurrection, dans le temps pascal? La réponse
est simple et compliquée à la fois. C’est par
l’Amour avec un grand A. Mais l’Amour, ça veut
dire quoi? Ça se traduit comment? Ça s’adresse à
qui? « Je vous donne un commandement
nouveau : c’est de vous aimer les uns les
autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi,
aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,34).
Ça fait longtemps qu’on répète cette phrase-là :
Aimez-vous les uns les autres! Cependant,
il manque souvent la partie la plus importante :
Comme je vous ai aimés! C’est l’Amour
dans toute sa gratuité, sa générosité; l’Amour
qui est contagieux; l’Amour qui se répand, se
multiplie; l’Amour qui se transmet.
Que de
temps perdu à ignorer, à faire semblant, à haïr,
à refuser, à entretenir, à démontrer de
l’indifférence, etc au lieu d’aimer, simplement,
gratuitement, sincèrement, honnêtement,
généreusement, inconditionnellement. Et
pourtant, la vie est si courte! Refuser d’aimer,
c’est d’abord à nous que ça fait le plus mal :
on développe de la rancœur, de l’angoisse, de
l’amertume; on vit de la peine, du désarroi, de
la souffrance, de l’indifférence et un mal-être
qui peut même affecter notre santé physiologique
et psychologique. Alors, pourquoi ne pas aimer
véritablement?
3.
Mais, dira-t-on, nous sommes capables d’aimer :
un amour sélectif, intéressé, calculé, contrôlé.
Un amour qui est plus tourné vers soi que vers
les autres. Un amour qui s’arrête à nos limites
et à nos pauvretés. Mais l’Amour évangélique,
l’Amour chrétien, n’a aucune limite et il
exprime qui nous sommes véritablement : « Ce
qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes
disciples, c’est l’Amour que vous aurez les uns
pour les autres » (Jn 13,35). L’exégète
français Jean Debruynne écrit : « Désormais
ce n’est pas à la croix qu’ils portent autour du
cou que l’on reconnaît les disciples du Christ,
c’est à l’amour qu’ils ont les uns pour les
autres ».
Rappelons-nous les 3 étapes de l’Amour que saint
Augustin avait définies au 4ème siècle :
1)
Aimer être aimé : Tout le monde aime ça; il n’y a rien de particulier ou
d’extraordinaire dans ça. L’Amour véritable est
sûrement plus que ça…
2)
Aimer aimer : C’est déjà mieux, mais c’est dangereux. Ça peut devenir une sorte de
narcissisme qui cherche à bien paraître en
faisant un excès de générosité dans l’Amour…
3)
Aimer : Aimer
tout court, sans plus; non pas pour faire
plaisir; pour aimer simplement, par amour, sans
rien attendre en retour…
4.
N’est-ce pas de cette façon que le Christ nous a
aimés : inconditionnellement, gratuitement,
simplement. Non pas pour faire plaisir ou pour
bien paraître… Non! Simplement par Amour! Pour
incarner ce Dieu qui n’est qu’Amour. Et même si
l’Amour l’a conduit jusqu’à la croix, il a aimé
jusqu’au bout, sans rien exiger en retour de son
Amour. L’évangile ne dit pas : « Aimez-moi
comme je vous ai aimés! », mais bien :
« Aimez-vous les uns les autres, comme je vous
ai aimés! » (Jn 13,34b). C’est le summum de
l’Amour; c’est l’Amour dans sa perfection… C’est
l’Amour qui nous fait ressembler à Dieu; c’est
l’Amour qui nous identifie au Christ ressuscité.
5.
Finalement, pourquoi saint Jean dit-il que le
commandement de l’Amour de son évangile est un
commandement nouveau? Écoutons saint Augustin
encore une fois : « Est-ce que ce
commandement n’existait pas déjà dans la loi
ancienne puisqu’il est écrit : Tu aimeras ton
prochain comme toi-même? Pourquoi donc le
Seigneur appelle-t-il nouveau un commandement
qui est à l’évidence si ancien? Est-ce un
commandement nouveau parce qu’en nous
dépouillant de l’homme ancien il nous revêt de
l’homme nouveau? Certes, l’homme qui écoute ce
commandement, ou plutôt qui y obéit, est
renouvelé non par n’importe quel amour, mais par
celui que le Seigneur nous donne : Comme je
vous ai aimés. C’est cet Amour qui nous
renouvelle, pour que nous soyons les héritiers
de l’alliance nouvelle. Voilà pourquoi il nous a
aimés : afin qu’à notre tour nous nous aimions
les uns les autres. Il nous en a rendus capables
en nous aimant, afin que par l’Amour mutuel nous
soyons liés entre nous et que, par l’union très
douce qui lie ses membres, nous soyons son
corps, le corps d’une seule Tête, le Christ de
Pâques ».
Voilà la gloire de Dieu! L’Homme debout! Rendu capable
d’aimer comme le Christ, même s’il doit le payer
de sa propre vie…
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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