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Pâques 6 (B) : 17 mai 2009
Raymond Gravel, prêtre

 



 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Ac 10,25-26.34-35.44-48
2ème lecture :  1 Jn 4,7-10
Évangile :  Jn 15,9-17

À une semaine de l’Ascension, le deuxième visage de Pâques, saint Jean, en deuxième lecture et dans l’évangile d’aujourd’hui, nous rappelle l’essence de ce que nous sommes devenus à cause de Christ : AMOUR, et l’essentiel de la foi chrétienne qui est : AIMER. Le Père aime le Fils, le Fils nous aime en nous communiquant l’amour du Père. Cet amour nous pousse à nous aimer les uns les autres. Il existe un lien tellement intime entre Dieu, le Christ et nous, que nous sommes tous de la même famille.

  1. Dieu est Amour. Dieu se définit par un seul mot : AMOUR. Dieu est Amour. Avec cette expression répétée, nous sommes au cœur de la lettre de saint Jean et au cœur de la foi chrétienne. Tout part de là, en effet. Dieu aime le premier; il est le fondement de tout amour. Le nôtre s’origine en lui. Nous n’y sommes pour rien : « Voici à quoi se reconnaît l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés » (1 Jn 4,10a). Par ailleurs, Dieu nous dit son Amour par son Fils Jésus Christ : « Voici comment Dieu a manifesté son amour parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui » (1 Jn 4,9). Ainsi, notre amour est révélateur : il nous fait voir qui nous sommes et qui est Dieu : « Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu, et ils connaissent Dieu » (1 Jn 4,7b).
  2. Demeurer dans l’Amour. Dans l’évangile de saint Jean, le verbe demeurer est très important. Il signifie : vivre, rester, partager, être dans l’intimité de celui qui aime. Ce qui veut dire pour tous les chrétiens d’hier et d’aujourd’hui, que la fidélité a un nom qui est un lieu : demeure, et même une identité : Amour. Nous les chrétiens, nous devons être des demeures d’Amour, et c’est ce que le Christ est venu nous apprendre en passant, c’est-à-dire dans sa Pâque : la fête du passage. L’exégète français Jean Debruynne écrit : « Jésus passe toujours de ce monde à son Père et pourtant en même temps Jésus demeure. Il s’agit à la fois de demeurer dans le passage et d’un passage qui demeure. Jésus n’a pas d’autre demeure que le passage. Jésus demeure passant parce que désormais le seul commandement et la seule fidélité c’est d’aimer. Dieu ne cherche pas des serviteurs ou des domestiques dont il n’a que faire. Dieu se cherche des amis. Si Dieu se fait homme, ce n’est ni par intérêt, ni pour un bénéfice, c’est par passion, c’est par Amour ».
  3. Un Amour fécondité. L’Amour de Dieu manifesté en Christ n’est pas d’abord réciproque. Jésus ne dit pas : Aimez-moi comme je vous ai aimés. Il dit : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15,12). Ce qui veut dire que nous devons aimer l’autre, non pas pour qu’il nous aime, mais bien pour qu’il puisse aimer quelqu’un d’autre, à son tour. Ce n’est donc pas un Amour réciproque, intéressé, mais un Amour gratuit, fécond, qui ne cesse de croître et de grandir. À ce sujet, saint Augustin, au 4ème siècle, distinguait trois degrés dans l’acte d’aimer :

1)       Aimer être aimé. Premier degré, le plus bas, ce qui ne veut pas dire le plus vil : Aimer être aimé. Dites-moi, quelle est la personne qui n’aimerait pas cela? Il faudrait être bien malhonnête pour prétendre le contraire. On en est tous là… Mais la vie nous a appris aussi que l’amour, ce doit être autre chose que cette satisfaction narcissique.

2)       Aimer aimer. Traduisons : c’est ici prendre du plaisir à aimer les autres. Cette fois, on se quitte un peu soi-même. On est toute générosité, tout altruisme. Mon Dieu, que cela est bien et bon de faire sa BA, de se dévouer, parfois d’aller jusqu’à jouer au pélican qui se laisse dévorer… Là aussi, pourquoi ne pas accepter cette gratification? Dites-moi, est-ce que vous auriez le courage d’aller voir tel malade, de partir soulager telle détresse, si vous n’y trouviez pas quelque chose de gratifiant? Mais attention! Tout excès dans ce domaine, celui de la générosité, est peut-être une forme mégalomane d’amour de soi.

3)       Aimer. C’est tout. Aimer l’autre pour lui-même, pas pour lui faire du bien, pas pour faire grandir notre vertu. Non, car finalement, on n’aime pas pour… On aime. C’est le sommet de la gratuité. Avouons-le, on n’y arrive pas souvent. Un seul semble s’être livré en pur amour, un certain Jésus assumant notre humanité, un certain Jésus nous livrant l’Esprit d’amour en son dernier soupir, un Jésus capable d’inventer le bon Samaritain qui aime sans retour et d’imaginer un Père ouvrant ses bras au fils prodigue. S’il fallait un mot pour résumer tout l’Évangile, c’est bien celui-ci : Aimer.  (Propos rapportés par le théologien Henri Denis )

  1. L’Amour est libre. En 1ère lecture aujourd’hui, nous avons un bel exemple de la grande liberté de l’Amour qu’est Dieu. L’Église du 1er siècle l’a expérimenté avec Pierre en tête. En annonçant la Parole, la Bonne Nouvelle de la Résurrection du Christ aux païens, Pierre reconnaissait l’égalité entre les humains : « Dieu ne fait pas de différence entre les hommes » (Ac 10,34). C’est une question de justice : « Mais quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste » (Ac 10,35). Par ailleurs, Pierre a vite compris que Dieu était libre d’agir sans que l’Église ait à en décider : « Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint s’empara de tous ceux qui écoutaient la parole » (Ac 10,44). Force lui a été de constater que Dieu n’appartient pas à l’Église. C’est un Dieu de liberté : « Pourrait-on refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous? » (Ac 10,47)

Si j’actualise aujourd’hui le message qui se dégage du livre des Actes des Apôtres, il me faut reconnaître que dans notre Église, certains dirigeants se croient détenteurs de la vérité et ils prétendent détenir un pouvoir sur Dieu et sur le Christ. À chaque fois qu’une personne est rejetée, condamnée, exclue, il faudrait nous demander si nous sommes fidèles à l’Amour. Si Dieu est Amour, que Christ est la manifestation de son Amour et qu’en aimant l’autre, le tout autre, nous demeurons dans son Amour, comment pouvons-nous en arriver à exclure quelqu’un par Amour? Il y a là contradiction dans les termes et incompréhension de la mission de l’Église qui nous est confiée. L’amour n’est pas réciproque; il est continuité, fécondité, gratuité. Le résultat ne nous appartient pas…


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

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