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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ac
15,1-2.22-29
Évangile : Jn 14,23-29
Faut-il s’inquiéter?
À la veille de l’Ascension, en lisant les textes de
la Parole de Dieu d’aujourd’hui, une question
m’est venue : Dans l’Église d’aujourd’hui,
faut-il s’inquiéter? La réponse est
malheureusement « oui! » Et pourquoi? Puisque le
Christ nous dit dans l’évangile de Jean :
« Ne soyez pas bouleversés et effrayés » (Jn
14,27c). Mais la foi n’est pas la religion et
l’inquiétude concerne bien plus la religion et
l’Église qui dit porter la foi et l’exprimer,
mais qui refuse de s’adapter aux réalités
contemporaines. Que faire? Sinon changer, se
convertir, afin de demeurer fidèle au Christ de
Pâques. Quels messages pouvons-nous retenir de
la Parole d’aujourd’hui?
1.
Amour du Christ = fidélité à sa parole.
« Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma
parole »
(Jn 14,23a). Qu’est-ce que ça veut dire? Quelle est cette
parole du Christ? C’est une parole qui vient
d’ailleurs : « Or la parole que vous entendez
n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a
envoyé » (Jn 14,24b). C’est une parole qui
n’est pas dite d’avance, une fois pour toutes :
« Mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le
Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera
tout, il vous fera souvenir de tout ce que je
vous ai dit » (Jn 14,26). C’est donc
l’Esprit Saint qui nous habite, qui nous rend
capable de comprendre
la Parole de Dieu qui s’exprime aujourd’hui et
qui s’actualise sans cesse dans notre histoire.
Dans
l’évangile de saint Jean, l’Amour du Christ est
synonyme de fidélité à sa parole… ce qui
signifie que la fidélité comme l’Amour ne peut
être figée dans le temps et fixée dans un texte
sacré de la Bible. La fidélité comme l’Amour est
en mouvement, en croissance, en évolution.
L’exégète français Jean Debruynne dit que la
fidélité à l’évangile est vivante. Il écrit :
« Le Ressuscité parle de fidélité et de fidélité
à
la Parole… et pourtant les paroles s’envolent et les écrits restent. Rien n’est
plus fugace, fragile et passant qu’une parole.
C’est pourtant là que Jésus place la fidélité.
Tout en affirmant qu’il demeure, Jésus conjugue
des verbes qui bougent : venir, envoyer, donner,
s’en aller, revenir, arriver… Jésus fait ainsi
de la fidélité bien autre chose qu’un tombeau,
un cimetière ou un monument aux morts. Pour
Jésus la fidélité est un changement, une
conversion. La fidélité est vivante ».
2.
Nous sommes demeure de Dieu.
« Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole; mon Père l’aimera,
nous viendrons chez lui, nous irons demeurer
auprès de lui »
(Jn 14,23). Ce qui signifie que Dieu n’habite
plus un temple de pierre, de brique ou de bois;
il habite le cœur humain. Ce Jésus physiquement
absent par son Ascension, devient
spirituellement présent par sa Résurrection.
C’est pourquoi, le Dieu qui nous habite, c’est
le Dieu Trinité : Père ou Mère, Fils et Esprit.
Ce qui a fait dire au théologien français André
Rebré : « Le grand vide ouvert dans la vie
des disciples et dans la nôtre, c’est le Dieu
Trinité qui le comble. Il fallait le départ de
Jésus pour que
la Trinité soit ainsi plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes ».
Qu’attendons-nous pour nous respecter dans nos
différences? Dans nos forces et nos talents?
Dans nos limites et nos fragilités? Il n’y a
rien de plus sacré que la dignité humaine! Nous
sommes temple de Dieu, demeure de la Trinité,
Christ ressuscité! Le théologien français Marc
Joulin écrit : « Rien de ce qui touche
l’humanité ne peut nous être indifférent, parce
que tout prend une valeur nouvelle, récapitulé
dans l’Humanité glorifiée du Christ qui sera
tout en tous au dernier jour. Loin d’être une
religion d’évasion, dans la paix artificielle
d’un nirvana, notre foi nous assure de la valeur
du monde et de la dignité de l’humanité. La paix
que nous a promise le Christ, sa paix, est une
paix pour travailler au respect et à la
promotion de tout ce qui constitue l’homme,
inséparablement corps et esprit. La paix du
Christ est une paix à construire pour nous et
surtout pour les autres, ce qui est rarement
facile, mais c’est aux faiseurs de paix que
Jésus a promis le bonheur et qu’ils seraient en
vérité fils et filles de Dieu ».
3.
La seule règle = Aimer.
Au moment de l’Église naissante, le livre des
Actes des Apôtres fait état d’une controverse
qui a surgi dès le commencement : devait-on, oui
ou non, imposer aux païens convertis à la foi
chrétienne les obligations légales et rituelles
du judaïsme? Paul y était hostile, alors que
certains missionnaires judéo-chrétiens voulaient
imposer la circoncision à tous : « Si vous ne
recevez pas la circoncision selon la loi de
Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés » (Ac
15,1). Déjà, la religion devenait un obstacle à
la foi chrétienne. On voulait imposer des règles
qui n’ont rien à voir avec le message du Christ
de l’Évangile. Rappelons-nous saint Jean, la
semaine passée : « Ce qui montrera à tous les
hommes que vous êtes mes disciples, c’est
l’amour que vous aurez les uns pour les autres »
(Jn 13,35). Comment se fait-il que les
premiers chrétiens aient oublié cela?
Et comment
se fait-il qu’encore aujourd’hui, la religion
avec ses règles et ses interdits prenne encore
le dessus sur la foi chrétienne? On s’enfarge
dans les détails et on oublie l’essentiel : à
chaque semaine pour ne pas dire à chaque jour,
je reçois des appels de personnes qui me
témoignent de la rigidité des prêtres ou des
personnes responsables de leur paroisse : On
refuse 2 parrains ou 2 marraines pour un
baptême; on empêche un jeune de 15 ans d’être
parrain du baptême de sa petite sœur, car le
droit canon dit qu’il faut avoir 16 ans. On
refuse d’accueillir un enfant dont les parents
sont homosexuels, même avec le certificat civil
de parentalité. Nos églises sont vides, parce
que nos célébrations sont ennuyantes et
complètement déconnectées de la réalité des
jeunes et des adultes d’aujourd’hui. On impose
des fardeaux inutiles aux gens et on se demande
pourquoi ils ont décroché? On refuse de bénir un
couple qui s’aime parce que divorcé, mais on
bénit des motos, des chiens et des médailles.
Dans un mariage, on ne veut surtout pas entendre
une chanson profane, parce que ce n’est pas
liturgique… etc.
Pourquoi
ces règles deviennent-elles si importantes dans
notre Église au risque de blesser à tout jamais
les personnes qui s’en sont distanciées et qui
voudraient s’en approcher? Personnellement, ça
fait des années que j’essaie de faire de notre
Église un lieu d’accueil et d’ouverture pour
permettre à plus de croyants possibles de faire
partie de nos communautés chrétiennes, de se
ressourcer, de vivre l’Évangile et de porter le
message d’espérance et d’amour du Christ au
monde d’aujourd’hui. La seule règle qu’on peut
exiger, c’est d’aimer… Rien d’autre! Selon
l’exégète français Gérard Naslin : « Il faut
faire confiance dans l’action de l’Esprit et
dans l’amour fraternel comme moteurs de la vie
de l’Église. L’absence physique de Jésus est
l’envers de sa présence auprès du Père grâce à
laquelle nous sommes branchés sur le courant de
l’amour de Dieu ».
En terminant, faut-il s’inquiéter? Oui, de la religion qui
est en train de faire mourir l’Église… Non, de
la foi qui peut encore la ressusciter… C’est
l’espérance qui m’habite et qui m’empêche de
baisser les bras!
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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