Culture et Foi > Dossiers > Homélies > Pâques 6 (C) : 9 mai 2010

Pâques 6 (C) : 9 mai 2010
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Ac 15,1-2.22-29
Évangile :  Jn 14,23-29

Faut-il s’inquiéter?

À la veille de l’Ascension, en lisant les textes de la Parole de Dieu d’aujourd’hui, une question m’est venue : Dans l’Église d’aujourd’hui, faut-il s’inquiéter? La réponse est malheureusement « oui! » Et pourquoi? Puisque le Christ nous dit dans l’évangile de Jean : « Ne soyez pas bouleversés et effrayés » (Jn 14,27c). Mais la foi n’est pas la religion et l’inquiétude concerne bien plus la religion et l’Église qui dit porter la foi et l’exprimer, mais qui refuse de s’adapter aux réalités contemporaines. Que faire? Sinon changer, se convertir, afin de demeurer fidèle au Christ de Pâques. Quels messages pouvons-nous retenir de la Parole d’aujourd’hui?

1.       Amour du Christ = fidélité à sa parole. « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole » (Jn 14,23a). Qu’est-ce que ça veut dire? Quelle est cette parole du Christ? C’est une parole qui vient d’ailleurs : « Or la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé » (Jn 14,24b). C’est une parole qui n’est pas dite d’avance, une fois pour toutes : « Mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14,26). C’est donc l’Esprit Saint qui nous habite, qui nous rend capable de comprendre la Parole de Dieu qui s’exprime aujourd’hui et qui s’actualise sans cesse dans notre histoire.

Dans l’évangile de saint Jean, l’Amour du Christ est synonyme de fidélité à sa parole… ce qui signifie que la fidélité comme l’Amour ne peut être figée dans le temps et fixée dans un texte sacré de la Bible. La fidélité comme l’Amour est en mouvement, en croissance, en évolution. L’exégète français Jean Debruynne dit que la fidélité à l’évangile est vivante. Il écrit : « Le Ressuscité parle de fidélité et de fidélité à la Parole… et pourtant les paroles s’envolent et les écrits restent. Rien n’est plus fugace, fragile et passant qu’une parole. C’est pourtant là que Jésus place la fidélité. Tout en affirmant qu’il demeure, Jésus conjugue des verbes qui bougent : venir, envoyer, donner, s’en aller, revenir, arriver… Jésus fait ainsi de la fidélité bien autre chose qu’un tombeau, un cimetière ou un monument aux morts. Pour Jésus la fidélité est un changement, une conversion. La fidélité est vivante ».

2.       Nous sommes demeure de Dieu. « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui » (Jn 14,23). Ce qui signifie que Dieu n’habite plus un temple de pierre, de brique ou de bois; il habite le cœur humain. Ce Jésus physiquement absent par son Ascension, devient spirituellement présent par sa Résurrection. C’est pourquoi, le Dieu qui nous habite, c’est le Dieu Trinité : Père ou Mère, Fils et Esprit. Ce qui a fait dire au théologien français André Rebré : « Le grand vide ouvert dans la vie des disciples et dans la nôtre, c’est le Dieu Trinité qui le comble. Il fallait le départ de Jésus pour que la Trinité soit ainsi plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes ».

Qu’attendons-nous pour nous respecter dans nos différences? Dans nos forces et nos talents? Dans nos limites et nos fragilités? Il n’y a rien de plus sacré que la dignité humaine! Nous sommes temple de Dieu, demeure de la Trinité, Christ ressuscité! Le théologien français Marc Joulin écrit : « Rien de ce qui touche l’humanité ne peut nous être indifférent, parce que tout prend une valeur nouvelle, récapitulé dans l’Humanité glorifiée du Christ qui sera tout en tous au dernier jour. Loin d’être une religion d’évasion, dans la paix artificielle d’un nirvana, notre foi nous assure de la valeur du monde et de la dignité de l’humanité. La paix que nous a promise le Christ, sa paix, est une paix pour travailler au respect et à la promotion de tout ce qui constitue l’homme, inséparablement corps et esprit. La paix du Christ est une paix à construire pour nous et surtout pour les autres, ce qui est rarement facile, mais c’est aux faiseurs de paix que Jésus a promis le bonheur et qu’ils seraient en vérité fils et filles de Dieu ».

3.       La seule règle = Aimer. Au moment de l’Église naissante, le livre des Actes des Apôtres fait état d’une controverse qui a surgi dès le commencement : devait-on, oui ou non, imposer aux païens convertis à la foi chrétienne les obligations légales et rituelles du judaïsme? Paul y était hostile, alors que certains missionnaires judéo-chrétiens voulaient imposer la circoncision à tous : « Si vous ne recevez pas la circoncision selon la loi de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés » (Ac 15,1). Déjà, la religion devenait un obstacle à la foi chrétienne. On voulait imposer des règles qui n’ont rien à voir avec le message du Christ de l’Évangile. Rappelons-nous saint Jean, la semaine passée : « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13,35). Comment se fait-il que les premiers chrétiens aient oublié cela?

Et comment se fait-il qu’encore aujourd’hui, la religion avec ses règles et ses interdits prenne encore le dessus sur la foi chrétienne? On s’enfarge dans les détails et on oublie l’essentiel : à chaque semaine pour ne pas dire à chaque jour, je reçois des appels de personnes qui me témoignent de la rigidité des prêtres ou des personnes responsables de leur paroisse : On refuse 2 parrains ou 2 marraines pour un baptême; on empêche un jeune de 15 ans d’être parrain du baptême de sa petite sœur, car le droit canon dit qu’il faut avoir 16 ans. On refuse d’accueillir un enfant dont les parents sont homosexuels, même avec le certificat civil de parentalité. Nos églises sont vides, parce que nos célébrations sont ennuyantes et complètement déconnectées de la réalité des jeunes et des adultes d’aujourd’hui. On impose des fardeaux inutiles aux gens et on se demande pourquoi ils ont décroché? On refuse de bénir un couple qui s’aime parce que divorcé, mais on bénit des motos, des chiens et des médailles. Dans un mariage, on ne veut surtout pas entendre une chanson profane, parce que ce n’est pas liturgique… etc.

Pourquoi ces règles deviennent-elles si importantes dans notre Église au risque de blesser à tout jamais les personnes qui s’en sont distanciées et qui voudraient s’en approcher? Personnellement, ça fait des années que j’essaie de faire de notre Église un lieu d’accueil et d’ouverture pour permettre à plus de croyants possibles de faire partie de nos communautés chrétiennes, de se ressourcer, de vivre l’Évangile et de porter le message d’espérance et d’amour du Christ au monde d’aujourd’hui. La seule règle qu’on peut exiger, c’est d’aimer… Rien d’autre! Selon l’exégète français Gérard Naslin : « Il faut faire confiance dans l’action de l’Esprit et dans l’amour fraternel comme moteurs de la vie de l’Église. L’absence physique de Jésus est l’envers de sa présence auprès du Père grâce à laquelle nous sommes branchés sur le courant de l’amour de Dieu ».

En terminant, faut-il s’inquiéter? Oui, de la religion qui est en train de faire mourir l’Église… Non, de la foi qui peut encore la ressusciter… C’est l’espérance qui m’habite et qui m’empêche de baisser les bras!

 

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

[ RETOUR ]

 

 

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca