|
Réf. Bibliques : Évangile Veillée pascale : Lc
24,1-12
Évangile Jour de Pâques : Jn 20,1-9
Un jour nouveau !
Que ce soit le récit de la résurrection selon saint Luc ou
selon saint Jean, il est question de visite de
femmes au cimetière très tôt le matin, de
tombeau vide, de crainte, de peur, de surprise
et de questions… Que se passe-t-il?
1.
Le tombeau vide.
Chez Luc, des femmes se rendent au sépulcre,
très tôt le matin, pour embaumer le corps de
Jésus, mort le vendredi… mais le tombeau est
vide. Pour l’évangéliste Luc, le tombeau vide
n’est pas la preuve du retour à la vie du
cadavre de Jésus… Il nous renvoie à une
question : Où est le Seigneur Jésus? Son
cadavre n’a plus d’importance; ce n’est plus ce
corps inanimé qu’on cherche : c’est le Seigneur
ressuscité, et comme ces femmes n’ont pas
l’habitude de cette nouvelle présence,
l’évangéliste écrit : « Elles ne trouvèrent
pas le corps du Seigneur Jésus » (Lc
24,3). Ça veut dire que ce qui précède la foi,
c’est l’absence, le vide, le manque. C’est ce
que vivent ces femmes venues au tombeau pour
enterrer dignement celui qu’elles ont aimé, afin
d’entamer leur deuil. Leur démarche sera
complètement bouleversée.
Chez Jean,
c’est Marie-Madeleine seule qui se rend au
tombeau, très tôt le matin : « Alors qu’il
fait encore sombre » (Jn 20,1b). Elle
n’entre pas dans le tombeau, mais elle voit que
la pierre à l’entrée du tombeau a été enlevée (Jn
20,1c). Elle en déduit que le tombeau est vide
puisqu’elle court dire à Pierre et au disciple
que Jésus aimait : « On a enlevé le
Seigneur de son tombeau et nous ne savons
pas où on l’a mis » (Jn 20,2b). Pour
l’évangéliste Jean, le cadavre de Jésus n’a plus
d’importance, puisque pour lui aussi, c’est
l’absence du Seigneur Jésus qui pose
problème. Marie-Madeleine n’est pas dans la foi,
elle non plus; elle est dans la crainte et dans
le questionnement. Un peu plus loin,
l’évangéliste nous dira de quelle manière elle
adhérera à la foi. Pour l’instant, elle court
(l’amour fait courir).
Donc, qu’il
s’agisse de Luc ou de Jean, en utilisant
l’expression : Seigneur, nous sommes dans
le registre pascal, puisque c’est après Pâques
seulement, que ce qualificatif a été appliqué à
Jésus. Il s’agit donc du Christ ressuscité, non
encore reconnu par les femmes et les disciples.
2.
Le message de Pâques.
Dans l’évangile de Luc, une fois entrées dans le
tombeau, les femmes sont accueillies par deux
personnages de lumière, qui sont peut-être des
anges, selon les disciples d’Emmaüs (Lc 24,23),
ou bien Jésus ressuscité lui-même. L’exégète
français Jean Debruynne écrit : « C’est le
monde à l’envers : le tombeau qui est la maison
des morts devient la maison des vivants. La
tombe qui est froide de la solitude de la mort
devient un lieu de rencontre, le sépulcre creusé
dans le rocher où il fait nuit devient
éblouissant de lumière ». Et c’est la
question aux femmes : « Pourquoi
cherchez-vous le Vivant parmi les morts? » (Lc
24,5b).
Combien de
fois, dans notre vie, nous arrive-t-il de
chercher Dieu dans les souvenirs, le passé, les
regrets? Combien de fois regardons-nous derrière
dans l’espoir d’y retrouver Dieu, pendant que
lui est là au présent, au cœur de nos réalités
et qui attend patiemment qu’on le découvre et
qu’on le reconnaisse? La foi ne peut être un
relent de nostalgie du passé. Elle ne peut
surgir qu’au présent, au cœur de nos expériences
nouvelles.
C’est
pourquoi les femmes se souviennent des paroles
que Jésus avait dites : « Il faut que le Fils
de l’homme soit livré aux mains des pécheurs,
qu’il soit crucifié et que, le troisième jour,
il ressuscite » (Lc 24,7). C’était suffisant
pour ces femmes : « Revenues du tombeau,
elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous
les autres » (Lc 24,9). Elles empruntent le
chemin de la foi. Mais c’est un chemin qui n’est
pas évident : « Les propos des femmes
semblèrent délirants pour les disciples, et ils
ne les croyaient pas » « Lc 24,11).
Cependant, Pierre court au tombeau, lui aussi;
il voit le linceul resté là, mais s’en retourne
chez lui dans l’étonnement (Lc 24,12). Pierre
n’adhère pas encore à la foi; il reste étonné
seulement.
Dans
l’évangile de Jean, il n’y a pas de message
verbal de la part d’anges ou de Jésus lui-même;
il n’y a que la réaction de panique de
Marie-Madeleine… mais c’est suffisant pour que
Pierre et le disciple que Jésus aimait se
rendent eux aussi au tombeau. La perte de celui
qu’ils ont connu et aimé, le manque et son
absence les font courir tous les deux. Par
ailleurs, comme l’amour fait courir plus vite,
le disciple que Jésus aimait arrive le premier
(Jn 20,4). Par respect pour Pierre, il n’entre
pas (Jn 20,5). Pierre entre et voit le linceul
resté là et le linge qui avait recouvert sa
tête, roulé à part à sa place (Jn 20, 6-7).
Chez saint
Jean, ce n’est pas le tombeau vide qui fait
croire les disciples : c’est l’amour :
« C’est alors qu’entra l’autre disciple
(celui que Jésus aimait), lui qui était
arrivé le premier au tombeau (car l’amour
fait courir plus vite). Il vit et il crut »
(Jn 20,8). En est-il de même aujourd’hui,
dans notre expérience de Pâques? Qu’est-ce qui
nous pousse à croire? Comment rencontrer le
Ressuscité?
3.
Pâques aujourd’hui.
En ce jour de Pâques 2010, avons-nous le cœur à
la fête, à la Résurrection? Croyons-nous qu’il s’agit pour nous, comme pour les premiers chrétiens,
d’un jour nouveau? D’un nouveau commencement?
D’une re-création? Avec tout ce qui arrive à
l’Église aujourd’hui, avons-nous confiance en
l’avenir? Espérons-nous ressusciter nous aussi?
À Pâques 1995, le français André Rebré écrit :
« En ce jour de Pâques, nous sommes peut-être
venus, comme ces femmes, pour embaumer un mort.
Ce mort, c’est nous-mêmes assaillis de doutes,
nous découvrant incapables de pardonner et de
faire la paix, repliés sur notre souffrance
d’avoir perdu un être cher, désespérant de
trouver sens à la vie. La joyeuse surprise de
Pâques s’adresse aussi à nous : Ne cherche pas
le Vivant parmi les morts, car c’est aussi toi
que le Vivant de Pâques fait revivre, si tu le
veux ».
La question
que nous pouvons nous poser aujourd’hui :
Avons-nous trouvé le corps du Seigneur Jésus? Où
est le Vivant, le Ressuscité? L’avons-nous
rencontré? Reconnu? À une question que me posait
un croyant sur Facebook, sur ce que ferait le
Christ s’il s’incarnait aujourd’hui, j’ai
répondu : « Mais le Christ, il s’est incarné
dans notre monde, puisqu’il est ressuscité!
Reste à voir maintenant où il est? » Un
autre a répondu : « Il est dans la rue, avec
les prostitués des deux sexes, les jeunes et les
vieux, les drogués, les alcooliques, pour leur
redonner l’estime de soi qu’ils ont perdu. Il
est dans les malades, les mourants, les pauvres,
les victimes d’agression de toutes sortes, les
homosexuels, pour leur dire que Dieu les a faits
ainsi parce qu’il les aime. Il est aussi avec
les quelques prêtres et évêques qui essaient
sincèrement de suivre son enseignement
évangélique ».
Si je
comprends bien, le Ressuscité, c’est d’abord
quelqu’un de faible, de fragile, de vulnérable…
qui n’est pas tellement friand de pouvoir et qui
se sent mal à l’aise dans les palais et dans les
grandes réceptions. Se peut-il, comme Église,
qu’à certains moments, nous nous soyons trompés
sur la présence du Ressuscité? Il y a cette
histoire que racontait un doyen de cathédrale :
« Jésus marche sur le trottoir par une nuit
de Noël particulièrement froide. Il voit un
itinérant qui est complètement gelé devant une
église, d’où on entend des hymnes à la gloire de
la naissance du Sauveur. Il s’approche de
l’itinérant et lui dit : ‘’Pourquoi ne vas-tu
pas te réchauffer dans l’église?’’ L’itinérant
lui répond : ‘’Jésus, je ne peux pas; ils ne
veulent pas me laisser entrer’’. Jésus regarde
l’église avec tristesse et lui dit : Bof! ‘’Ne
t’en fais pas, mon non plus, ils ne veulent pas
me laisser entrer’’ ».
Avec tous
ces scandales sexuels perpétrés par des prêtres
sur des enfants innocents, sommes-nous
conscients des erreurs de jugements dont nous
nous sommes rendus coupables dans l’Église?
N’avons-nous pas manqué de compassion envers les
blessés de la vie? Ne serait-ce pas l’occasion
cette année, de reconnaître nos torts avec
humilité, sincérité et honnêteté? Nous avons la
possibilité de prendre nos responsabilités et ce
n’est pas par le mensonge et le déni qu’on peut
y arriver. Si nous voulons célébrer Pâques dans
la vérité et ressusciter avec le Christ Jésus,
nous devons comme Église accepter humblement que
nous nous sommes trompés. On ne peut célébrer
Pâques sans d’abord passer par le Vendredi
Saint.
Joyeuses Pâques 2010 !
[
RETOUR ]
|