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Dimanche de la Pentecôte (B) : 31 mai 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Ac 2,1-11
2ème lecture :  Ga 5,16-25
Évangile :  Jn 15,26-27; 16,12-15

Il faut le dire clairement : la Pentecôte n’est pas une fête indépendante, pas plus qu’elle n’est la fête du Saint-Esprit. La Pentecôte est la plénitude de Pâques, le 50ème jour (7x 7) de la Pâque du Christ vivant, dont la vie se manifeste désormais à travers ses disciples qui forment l’Église. Après la Résurrection et l’Ascension, la Pentecôte nous fait entrer dans le mystère pascal. Comme Église, nous sommes partie prenante de Pâques… en étant le Christ ressuscité, le Christ vivant et agissant au cœur du monde. Que nous disent les textes bibliques d’aujourd’hui, concernant cette fête?

1.       Actes 2,1-11. À chaque année, on relit ce texte du livre des Actes des Apôtres où saint Luc, par des allusions à l’ancienne Alliance, nous montre qu’avec la Pentecôte, le mystère de Pâques est complété et qu’il s’agit désormais d’une recréation du monde, une création nouvelle où l’on retrouve l’harmonie, l’unité et la Loi nouvelle.

1)             L’harmonie. Avec le récit de la tour de Babel (Gn 11,1-9), l’auteur veut nous montrer la désharmonie entre les humains qui parlent des langues différentes et qui sont incapables de se comprendre : « Allons, descendons et brouillons ici leur langue, qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres! » (Gn 11,7). La tour demeure inachevée et les hommes sont dispersés : « De là, le Seigneur les dispersa sur toute la surface de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville » (Gn 11,8). Pour saint Luc, la Pentecôte, c’est l’harmonie retrouvée : « Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient dans la stupéfaction parce que chacun d’eux les entendait parler sa propre langue » (Ac 2,6). C’est donc Babel à l’envers : « Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle? »  (Ac 2,8)

2)             L’unité. Dans le récit des Actes, douze nations sont nommées pour parler de l’universalité de la mission chrétienne, et, malgré cette diversité, l’unité est assurée : « Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce; des bords de la mer Noire, de la province d’Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l’Égypte et de la Lybie proche de Cyrène, Romains résidant ici, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous, nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu » (Ac 2,9-11). Le don de l’Esprit de Christ, l’Esprit Saint, rétablit donc l’unité de langage dans la pluralité des langues. Ce qui signifie que l’unité n’est possible que dans l’acceptation de la diversité.

3)       Loi nouvelle. Par une autre allusion à l’ancienne Alliance, saint Luc veut montrer que la Pentecôte nous fait passer de la Loi de Moïse à une Loi nouvelle. Pour se faire, saint Luc évoque la grandiose manifestation de Dieu au mont Sinaï, pour la conclusion de la première Alliance. Selon les explications rabbiniques, des flammes de feu avaient gravé les 10 commandements sur les tables de pierre. Ici, les langues de feu se posent sur chacun des membres de l’assemblée : « Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d’eux » (Ac 2,3). La Loi nouvelle n’est donc plus inscrite sur des tables de pierre; elle est inscrite dans le cœur des disciples. N’est-ce pas ce que le prophète Ézéchiel avait déjà annoncé : « Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf; j’enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair » (Éz 36,26). On peut comprendre ici que la Loi nouvelle, c’est celle de l’Amour et que l’Amour peut s’exprimer dans toutes les langues, puisqu’il est universel et l’Amour permet l’unité.

2.       Galates 5,16-25. Au tout début de sa lettre, saint Paul explique aux Galates qu’ils n’ont pas à suivre la Loi juive pour être d’authentiques croyants. Oui, le croyant est libre de toute loi. Par ailleurs, saint Paul s’inquiète : « Vous, frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, que cette liberté ne donne aucune prise à la chair! Mais, par l’amour, mettez-vous au service les uns des autres » (Ga 5,13). Un chrétien doit vivre sous la conduite de l’Esprit : « Mais en vous laissant conduire par l’Esprit, vous n’êtes plus sujets de la Loi » (Ga 5,18).

La foi chrétienne reste une lutte entre la Loi de Moïse inscrite sur des tables de pierre et la Loi de l’Esprit inscrite dans le cœur des croyants. Qu’on ne s’y trompe pas : c’est l’Esprit qui nous fait vivre, non pas des règlements. Et c’est bien plus exigeant. Car, au-delà du permis et du défendu, l’Esprit nous pousse à sortir de nous-mêmes pour aller vers les autres : « Car la loi tout entière trouve son accomplissement en cette unique parole : ‘’Tu aimeras ton prochain comme toi-même’’ » (Ga 5,14). La seule façon de savoir si nous sommes dans l’Esprit de Christ, c’est par les fruits que l’on porte : « Mais voici ce que produit l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. Face à tout cela, il n’y a plus de Loi qui tienne » (Ga 5,22-23).

3.       Jean 15,26-27; 16,12-15. Deux extraits qui composent l’évangile de ce dimanche, deux extraits qui sont empruntés au discours d’adieu de Jésus au soir du Jeudi Saint. Il s’agit en fait du testament spirituel du Christ composé par l’Église de la fin du 1er siècle, à la lumière de sa foi pascale. Dans ce premier extrait (Jn 15,26-27), l’Esprit est présenté comme un défenseur, le Paraclet, l’avocat. On dirait que Jésus est en procès; de fait, sa mort sera un scandale, une mise en question, car elle semblera, aux yeux des hommes et d’abord des disciples, un désaveu de la part de Dieu. C’est pourquoi, l’Esprit viendra porter témoignage en faveur de Jésus, en ce sens qu’il éclairera les disciples sur la vérité du Christ. Ainsi, les disciples deviendront à leur tour les témoins de Pâques : de la Résurrection, de l’Ascension et de la Pentecôte.

Par ailleurs, la vérité sur le Christ se fait progressivement dans l’histoire de l’Église. C’est pourquoi, l’évangéliste Jean écrit : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter » (Jn 16,12). Puisque le Christ ne peut être qu’à travers nous ses disciples, par son Esprit, la vérité n’est pas acquise une fois pour toute. Elle se laisse découvrir dans l’histoire, par les événements et les réalités qui la composent. Donc, la vérité n’est pas un dogme; c’est un chemin à découvrir et à parcourir.

En terminant, l’exégète français Jean Debruynne disait que la vérité ne se calcule pas. Il écrit : « Au moment de passer de ce monde à son Père, Jésus fait appel à témoin. La foi n’est donc pas seulement une leçon à apprendre ou un livre à savoir, c’est un événement. La vérité de l’évangile n’est pas d’abord l’affaire de théologiens ou de prédicateurs, elle est d’abord l’affaire de témoins. La foi est une respiration, c’est une vie. L’Esprit de Pentecôte est justement le souffle de cette vie. La vérité ne se calcule pas, elle vient d’ailleurs, elle ne peut être que surprenante ».


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

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