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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ac 2,1-11
2ème lecture : Ga 5,16-25
Évangile : Jn 15,26-27; 16,12-15
Il faut le dire clairement :
la Pentecôte n’est pas une fête indépendante, pas plus qu’elle n’est la fête du
Saint-Esprit.
La Pentecôte est la plénitude de Pâques, le
50ème jour (7x 7) de la Pâque du Christ vivant,
dont la vie se manifeste désormais à travers ses
disciples qui forment l’Église. Après la
Résurrection et l’Ascension,
la Pentecôte nous fait entrer dans le mystère
pascal. Comme Église, nous sommes partie
prenante de Pâques… en étant le Christ
ressuscité, le Christ vivant et agissant au cœur
du monde. Que nous disent les textes bibliques
d’aujourd’hui, concernant cette fête?
1.
Actes 2,1-11.
À chaque année, on relit ce texte du livre des
Actes des Apôtres où saint Luc, par des
allusions à l’ancienne Alliance, nous montre
qu’avec la Pentecôte, le mystère de Pâques est
complété et qu’il s’agit désormais d’une
recréation du monde, une création nouvelle où
l’on retrouve l’harmonie, l’unité
et la Loi nouvelle.
1)
L’harmonie.
Avec le récit de la tour de Babel (Gn 11,1-9),
l’auteur veut nous montrer la désharmonie entre
les humains qui parlent des langues différentes
et qui sont incapables de se comprendre :
« Allons, descendons et brouillons ici leur
langue, qu’ils ne s’entendent plus les uns les
autres! » (Gn 11,7). La tour demeure
inachevée et les hommes sont dispersés : « De
là, le Seigneur les dispersa sur toute la
surface de la terre et ils cessèrent de bâtir la
ville » (Gn 11,8). Pour saint Luc, la
Pentecôte, c’est l’harmonie retrouvée :
« Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se
rassemblèrent en foule. Ils étaient dans la
stupéfaction parce que chacun d’eux les
entendait parler sa propre langue » (Ac
2,6). C’est donc Babel à l’envers : « Comment
se fait-il que chacun de nous les entende dans
sa langue maternelle? » (Ac 2,8)
2)
L’unité.
Dans le récit des Actes, douze nations sont
nommées pour parler de l’universalité de la
mission chrétienne, et, malgré cette diversité,
l’unité est assurée : « Parthes, Mèdes et
Élamites, habitants de
la Mésopotamie, de la Judée et de
la Cappadoce; des bords de la mer Noire, de la province d’Asie, de
la Phrygie, de la Pamphylie, de
l’Égypte et de la Lybie proche de Cyrène,
Romains résidant ici, Juifs de naissance et
convertis, Crétois et Arabes, tous, nous les
entendons proclamer dans nos langues les
merveilles de Dieu »
(Ac 2,9-11). Le don de l’Esprit de Christ, l’Esprit Saint, rétablit donc
l’unité de langage dans la pluralité des
langues. Ce qui signifie que l’unité n’est
possible que dans l’acceptation de la diversité.
3)
Loi nouvelle.
Par une autre allusion à l’ancienne Alliance,
saint Luc veut montrer que la Pentecôte nous fait passer de
la Loi de Moïse à une Loi nouvelle. Pour se
faire, saint Luc évoque la grandiose
manifestation de Dieu au mont Sinaï, pour la
conclusion de la première Alliance. Selon les
explications rabbiniques, des flammes de feu
avaient gravé les 10 commandements sur les
tables de pierre. Ici, les langues de feu se
posent sur chacun des membres de l’assemblée :
« Ils virent apparaître comme une sorte de
feu qui se partageait en langues et qui se posa
sur chacun d’eux » (Ac 2,3).
La Loi nouvelle n’est donc plus inscrite sur des tables de pierre;
elle est inscrite dans le cœur des disciples.
N’est-ce pas ce que le prophète Ézéchiel avait
déjà annoncé : « Je vous donnerai un cœur
neuf et je mettrai en vous un esprit neuf;
j’enlèverai de votre corps le cœur de pierre et
je vous donnerai un cœur de chair » (Éz
36,26). On peut comprendre ici que
la Loi nouvelle, c’est celle de l’Amour et que
l’Amour peut s’exprimer dans toutes les langues,
puisqu’il est universel et l’Amour permet
l’unité.
2.
Galates 5,16-25.
Au tout début de sa lettre, saint Paul explique
aux Galates qu’ils n’ont pas à suivre la Loi
juive pour être d’authentiques croyants. Oui, le
croyant est libre de toute loi. Par ailleurs,
saint Paul s’inquiète : « Vous, frères, c’est
à la liberté que vous avez été appelés.
Seulement, que cette liberté ne donne aucune
prise à la chair! Mais, par l’amour, mettez-vous
au service les uns des autres » (Ga 5,13).
Un chrétien doit vivre sous la conduite de
l’Esprit : « Mais en vous laissant conduire
par l’Esprit, vous n’êtes plus sujets de
la Loi » (Ga 5,18).
La foi chrétienne reste une lutte entre
la Loi de Moïse inscrite sur des tables de
pierre et
la Loi
de l’Esprit inscrite dans le cœur des croyants.
Qu’on ne s’y trompe pas : c’est l’Esprit qui
nous fait vivre, non pas des règlements. Et
c’est bien plus exigeant. Car, au-delà du permis
et du défendu, l’Esprit nous pousse à sortir de
nous-mêmes pour aller vers les autres : « Car
la loi tout entière trouve son accomplissement
en cette unique parole : ‘’Tu aimeras ton
prochain comme toi-même’’ » (Ga 5,14). La
seule façon de savoir si nous sommes dans
l’Esprit de Christ, c’est par les fruits que
l’on porte : « Mais voici ce que produit
l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté
bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi.
Face à tout cela, il n’y a plus de Loi qui
tienne » (Ga 5,22-23).
3.
Jean 15,26-27; 16,12-15.
Deux extraits qui composent l’évangile de ce
dimanche, deux extraits qui sont empruntés au
discours d’adieu de Jésus au soir du Jeudi
Saint. Il s’agit en fait du testament spirituel
du Christ composé par l’Église de la fin du 1er
siècle, à la lumière de sa foi pascale. Dans ce
premier extrait (Jn 15,26-27), l’Esprit est
présenté comme un défenseur, le
Paraclet, l’avocat. On dirait que
Jésus est en procès; de fait, sa mort sera un
scandale, une mise en question, car elle
semblera, aux yeux des hommes et d’abord des
disciples, un désaveu de la part de Dieu. C’est
pourquoi, l’Esprit viendra porter témoignage en
faveur de Jésus, en ce sens qu’il éclairera les
disciples sur la vérité du Christ. Ainsi,
les disciples deviendront à leur tour les
témoins de Pâques : de la Résurrection, de l’Ascension et de la Pentecôte.
Par ailleurs, la vérité sur le Christ se fait progressivement
dans l’histoire de l’Église. C’est pourquoi,
l’évangéliste Jean écrit : « J’aurais encore
beaucoup de choses à vous dire, mais pour
l’instant vous n’avez pas la force de les
porter » (Jn 16,12). Puisque le Christ ne
peut être qu’à travers nous ses
disciples, par son Esprit, la vérité n’est pas
acquise une fois pour toute. Elle se laisse
découvrir dans l’histoire, par les événements et
les réalités qui la composent. Donc, la vérité
n’est pas un dogme; c’est un chemin à découvrir
et à parcourir.
En terminant, l’exégète français Jean Debruynne disait que la
vérité ne se calcule pas. Il écrit : « Au
moment de passer de ce monde à son Père, Jésus
fait appel à témoin. La foi n’est donc pas
seulement une leçon à apprendre ou un livre à
savoir, c’est un événement. La vérité de
l’évangile n’est pas d’abord l’affaire de
théologiens ou de prédicateurs, elle est d’abord
l’affaire de témoins. La foi est une
respiration, c’est une vie. L’Esprit de
Pentecôte est justement le souffle de cette vie.
La vérité ne se calcule pas, elle vient
d’ailleurs, elle ne peut être que surprenante ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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