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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ac 2,1-11
2ème lecture : Rm 8,8-17
Évangile : Jn 14,15-16.23b-26
La mémoire de l’avenir!
La célébration de
la Pentecôte vient clôturer le temps pascal, la cinquantaine. C’est donc toujours en
ayant Pâques en tête que nous pouvons célébrer
la Pentecôte. Il ne faut pas faire de cette fête
un événement matériel et historique; c’est au
cœur de la Pâque du Christ, mort et ressuscité,
que l’Esprit a été donné aux disciples et qu’il
nous est donné, encore aujourd’hui. L’Esprit qui
a ressuscité Jésus et qui l’a fait Christ et
Seigneur, c’est ce même Esprit, nous dit saint
Paul, qui nous fait fils et filles de Dieu :
« C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui affirme
à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu »
(Rm 8,16). Si Pâques est le sommet de la vie
chrétienne, avec la Pentecôte, vient s’accomplir notre être chrétien. Mais qu’est-ce que ça change
pour nous les humains, d’être habités par
l’Esprit Saint, l’Esprit de Christ?
1.
L’Esprit est Amour.
Dans l’évangile de saint Jean, Dieu est Amour et
pour le connaître, il nous faut faire
l’expérience de l’Amour. Quelle est-elle?
« Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma
parole; mon Père l’aimera, nous viendrons chez
lui, nous irons demeurer auprès de lui » (Jn
14,23). Si je lis bien ce verset de
l’évangéliste Jean, c’est l’Amour qui nous unit
au Christ et à Dieu. Mais comment le savoir?
« Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes
commandements. Moi, je prierai le Père, et il
vous donnera un autre Défenseur qui sera pour
toujours avec vous » (Jn 14,15-16). Et saint
Jean précise (malheureusement, c’est coupé dans
l’évangile d’aujourd’hui) : « C’est lui,
l’Esprit de vérité, celui que le monde est
incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit
pas et qu’il ne le connaît pas. Vous, vous le
connaissez, car il demeure auprès de vous et il
est en vous » (Jn 14,17).
Donc, si
nous sommes capables d’aimer, selon l’évangile
de Jean, c’est parce que nous sommes habités de
l’Esprit de Christ, qui lui, est Amour. La
question qui surgit : l’Amour serait-il
sélectif? Devons-nous aimer seulement ceux et
celles qui pensent comme nous ou qui font partie
de la même Église que nous? La réponse est non!
Car l’Esprit est universel!
2.
L’Esprit est universel.
Ça veut dire quoi au juste? Dans sa première
lettre aux Corinthiens, saint Paul écrit :
« Il y a diversité de dons, mais c’est le même
Esprit; diversité de ministères, mais c’est le
même Seigneur; divers modes d’action, mais c’est
le même Dieu qui produit tout en tous. Chacun
reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du
bien de tous » (1 Co 12,4-7). Est-ce que
l’Esprit habite plus les catholiques que les
autres chrétiens, ou même les autres croyants?
Je ne le crois pas, puisque dans l’histoire,
nombreux sont ceux et celles qui, par Amour, ont
su travailler « en vue du bien de tous »
(1 Co 12,7), en rendant le monde meilleur et
plus humain. Il y en a même, parmi ceux-là, qui
se disent non croyants : sont-ils habités de
l’Esprit sans même le savoir? Peut-être! La
question cependant demeure!
Une chose
est certaine : dans le livre des Actes des
Apôtres, lorsque saint Luc raconte l’événement
théologique de la Pentecôte, ce sont tous ceux et celles qui étaient rassemblés qui furent remplis
de l’Esprit Saint (Ac 2,4). Saint Luc ne dit pas
que seuls les vertueux sont habités de l’Esprit.
Non! On peut supposer qu’ils étaient nombreux
avec les Douze et les disciples, transformés par
l’Amour et réunis dans un même lieu théologique,
c’est-à-dire le cœur où l’Esprit établit sa
demeure.
3.
L’Esprit est mouvement.
Dans l’évangile de Jean, Jésus parle de
fidélité à sa parole (Jn 14,23).
Normalement, dit l’exégète français Jean
Debruynne : « L’image qui vient le plus
naturellement de la fidélité, c’est la solidité,
c’est le roc, c’est l’enracinement, c’est ce qui
résiste et qui ne bouge pas. Jésus, lui, écrit
le mot fidélité dans le mouvement. Pour Jésus la
fidélité n’est pas une statue ou un monument,
l’Esprit est mouvement ». Dans le fond, la
fidélité exige l’Amour et l’Amour ne peut être
statique. Aimer ce n’est pas s’accrocher au
passé; c’est regarder toujours en avant, vers
l’avenir : c’est évoluer, se remettre en
question, se convertir, se laisser transformer
par la vie. L’Amour n’est jamais intransigeant,
intolérant; l’Amour fait espérer et permet à
tous les possibles de se réaliser. Et
c’est l’Esprit qui habite le cœur de celui ou
celle qui aime, qui agit et qui met en
mouvement.
Rappelons-nous la semaine passée, dans
l’évangile de Luc, après l’Ascension, les
disciples retournent au Temple de Jérusalem :
« Et ils étaient sans cesse dans le Temple à
bénir Dieu » (Lc 24,53). Ça veut dire qu’ils
n’étaient pas encore en mouvement; ils n’avaient
pas pris conscience que l’Esprit Saint les
habitait et qu’ils devaient sortir pour partir
en mission. En ce jour de la Pentecôte, ils ont
réalisé qu’ils devaient sortir du Temple pour
transmettre le souffle de vie (vent), pour
rassembler dans l’Amour tous les peuples (feu)
et pour communiquer à tous l’Amour universel
(langues). Tel est le rôle de l’Esprit Saint.
4.
L’Esprit est Mémoire.
« Mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui,
vous enseignera tout, et il vous fera souvenir
de tout ce que je vous ai dit »
(Jn 14,26). Mais attention! Ce que Jésus a dit
n’est pas une fin en soi : c’est un
commencement, c’est une semence. Et l’Esprit
Saint, l’Esprit de Dieu qui est l’énergie qui
crée et qui recrée, fait advenir la Parole, à
partir de cette semence qu’a été Jésus Christ,
Parole et Verbe de Dieu. L’Esprit Saint vient
lui-même aviver notre mémoire; il nous fait
souvenir de l’Avenir.
Le
théologien français Gérard Bessière écrit :
« Cette mémoire est un semis. S’y cachent la
semence échappée de la main du semeur, le
minuscule sénevé promis aux croissances
nocturnes, et le grain qui semble mort dans le
sillon ensanglanté. Paroles et actes de Jésus
fermentent dans le terreau de notre histoire,
jusqu’en des lieux humains bien éloignés de nos
églises ».
En terminant, je voudrais simplement poursuivre la réflexion
de Gérard Bessière qui écrit : « Un
théologien a écrit qu’en célébrant
l’Eucharistie, les chrétiens se souviennent
de ce qui sera. Étrange mémoire tournée vers
l’avenir. Mais vraie mémoire de Jésus, car il
avait des millénaires d’avance sur son temps et
nous avons à peine commencé de marcher à sa
suite vers l’horizon qu’il nous a montré. Il
voulait que tout homme, et toute l’humanité,
redeviennent enfant, et même naissent à nouveau.
Ses attitudes, ses initiatives, ses réparties
étaient contagieuses de cette vie inattendue où
les crispations, les duretés, les remords
s’effacent dans la liberté fraternelle des
enfants du Dieu chaleureux qui donne et
pardonne. Rêve, utopie? Oui, mais rêve et utopie
qui fécondent l’histoire et raniment sans cesse
les hommes. L’Esprit nous fait souvenir de ce
qui sera. Dans les ténèbres où nous tâtonnons
souvent, il est feu qui brûle, éclaire,
réchauffe ».
L’Esprit Saint est
la Mémoire de l’Avenir…
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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