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Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ (B) : 14 juin 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture : Ex 24,3-8
2ème lecture : Hb 9,11-15
Évangile : Mc 14,12-16.22-26

« Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20b). Tels étaient les derniers mots de notre lecture évangélique de dimanche dernier, à la fête de la Sainte Trinité. On peut vraiment dire aujourd’hui qu’ils sont multiples les modes de présence du Christ ressuscité : présence en la personne des pauvres, présence dans la proclamation, dans l’interprétation et dans l’actualisation de l’Écriture, présence au milieu de ceux et de celles qui prient ensemble, et aujourd’hui, présence particulière dans l’Eucharistie que nous célébrons à chaque dimanche. Par ailleurs, Marc ne mentionne pas l’ordre de refaire le geste : le « faites ceci en mémoire de moi », qu’on retrouve ailleurs dans les évangiles et chez saint Paul. Pourquoi? C’est sans doute pour montrer le caractère unique et définitif de l’Alliance nouvelle scellée une fois pour toutes, par la mort résurrection du Christ. Ce qui veut dire que célébrer l’Eucharistie, à chaque dimanche, ce n’est pas répéter et refaire le sacrifice de la croix…Non! Jésus a donné sa vie une fois pour toutes. L’évangéliste Marc lui fait dire d’ailleurs : « Amen, je vous le dis : Je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le Royaume de Dieu » (Mc 14,25).

Mais alors, que célébrons-nous quand nous célébrons l’Eucharistie? Le théologien Gérard Sindt écrit : « L’Eucharistie est présence du souvenir de demain ». Quelle belle expression! Dans le fond, l’évangéliste Marc qui écrit après Pâques nous dit explicitement que les disciples ont participé pleinement au sacrifice du Christ : « Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna et ils en burent tous » (Mc 14,23). Être disciple du Christ, c’est déjà être mort avec lui une fois pour toutes. C’est exactement ce que l’auteur de la lettre aux Hébreux nous dit lorsqu’il affirme que le Temple du corps du Christ est plus grand et plus parfait que celui de l’ancienne Alliance (Hb 9,11). Ce Temple qui est son corps de Ressuscité, c’est l’Église que nous sommes. Aussi, l’auteur de la lettre aux Hébreux ajoute : « C’est par ce Temple qu’il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel en répandant, non pas le sang des animaux, mais son propre sang : il a obtenu ainsi une libération définitive » (Hb 9,12). Et c’est pourquoi : « Le sang du Christ purifie notre conscience des actes qui mènent à la mort pour que nous puissions célébrer le culte du Dieu vivant » (Hb 9,14). L’Eucharistie n’est donc pas seulement un rappel du sacrifice de la croix, mais bien une fête humaine qui renforce les liens du sang de la nouvelle famille chrétienne qui anticipe la fête éternelle. L’Eucharistie perpétue la présence du Ressuscité au cœur de notre vie et appelle tous les participants à donner leur vie pour les autres, comme le Christ l’a fait pour eux (pour nous).

Les sacrifices d’animaux de l’ancienne Alliance, qu’on retrouve en 1ère lecture aujourd’hui, sont devenus caducs. Comme chrétiens, nous n’avons plus à nous asperger d’eau sacrée ou de sang pour nous purifier, afin de célébrer le culte. Nous sommes purifiés, pardonnés et sauvés définitivement par le sang du Christ. Tels sont les propos de l’auteur de la lettre aux Hébreux. Malheureusement, de nombreux chrétiens, encore aujourd’hui, célèbrent l’Eucharistie comme au temps de l’Ancien Testament. À trop insister sur la croix, ils finissent par oublier complètement la Résurrection du Christ qui donne pourtant toute sa signification à la célébration eucharistique. Si le Christ se fait présent dans nos eucharisties, c’est pour que nous vivions de sa vie de Ressuscité, afin de la donner à d’autres. Ce n’est pas une présence figée dans une hostie, qu’on expose en vue d’adoration. C’est une présence agissante qui invite à l’engagement. Le théologien français Patrick Jacquemont écrit : « La Cène est un repas et non un reposoir. Les disciples sont allés préparer la table. Les peintres soigneront les détails de la nappe, de la vaisselle. L’essentiel n’est pas là mais dans le cercle autour de Jésus à la veille de sa mort. Il rompt le pain. Il ne s’agit plus seulement de multiplier les pains mais de manifester une présence. Mon corps, Jésus est présent et il promet d’être présent chaque fois que sera rompu le pain. Ce qui se réalisera dès le soir de Pâques autour de la table de l’auberge d’Emmaüs. D’eucharistie en eucharistie. Jésus est présent pour que nous vivions de sa vie qui éclate au matin de Pâques. La coupe passe. Mon sang, ma vie. Le vin nouveau est fait pour donner vigueur. Jésus nous donne sa vie pour que nous la partagions à notre tour. La main qui reçoit le corps du Christ est prête à donner du pain à l’affamé. Les lèvres qui boivent à la coupe sont libres pour embrasser le sidéen. Le Corps et le Sang du Christ sont le saint sacrement du repas qui donne à vivre sans repos ».

Aussi, à l’époque où Marc écrit son évangile, à Rome, vers 70 de notre ère, Jérusalem vient de tomber aux mains de Titus qui a livré la ville aux pillages et aux incendies. À Rome, ce sont les premières persécutions des chrétiens et les premiers martyrs. Pierre a été crucifié. Paul est décapité. On peut comprendre le désarroi des premiers chrétiens qui sont autour de Marc. Où faut-il aller? Quel chemin prendre? Dans ce contexte, la question des disciples à Jésus prend une tout autre dimension : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal? » (Mc 14,12b). Autrement dit, étant donné la situation que nous vivons, pouvons-nous espérer célébrer la Pâque? Pouvons-nous croire encore en la Résurrection de Jésus? La réponse est surprenante et même déroutante : « Il envoie deux disciples : Allez à la ville; vous y rencontrerez un homme portant une cruche d’eau. Suivez-le » (Mc 14,13).

Depuis quand les hommes portent des cruches d’eau? Au temps de Jésus, ce sont toujours les femmes qui font un tel boulot. Quel message veut nous donner l’évangéliste Marc? Selon l’exégète français Jean Debruynne : « Si Marc a saisi sur le vif ce détail de l’homme portant sa cruche, s’il est attentif à cet accessoire concret, c’est que cela doit avoir une importance et un sens. Ce qui paraît un événement bien banal aujourd’hui est incroyable au temps de Marc. Seules les femmes passent dans les rues en portant une cruche. Si Jésus donne ce signe aux disciples, c’est qu’il était criant. Cet homme était le seul de toute la ville à porter une cruche. C’est vrai, dit Jésus, le monde n’est plus ce qu’il était… C’est le monde mis à l’envers, ce sont les hommes qui portent les cruches!... Mais, suivez-le! Cela veut dire deux choses. D’abord si on peut le suivre, c’est qu’il existe toujours un chemin possible, mais ensuite ce que dit Jésus, c’est que le chemin n’est pas habituel. C’est un chemin surprise, un chemin surprenant. Bien sûr Jésus nous annonce ainsi le chemin de sa croix, mais du même coup il nous annonce aussi le chemin de la foi. Ce n’est pas parce que nous sommes un peu perdus que la foi n’existe pas. Elle n’est pas autre, elle est autrement ».

En terminant, ce chemin de la foi n’est pas tracé d’avance; il est toujours à refaire et à découvrir. Une chose est certaine : sur ce chemin de la foi, le Christ nous dit sa présence lorsque nous nous arrêtons pour célébrer l’Eucharistie, non pas pour la contempler, mais bien pour la partager et nous en nourrir. Rappelons-nous simplement ce que disait, au 4ème siècle, saint Augustin, sur l’Eucharistie : « Devenez ce que vous mangez : vous mangez le Corps du Christ, devenez Corps du Christ ». Et j’ajouterais : Vous buvez son sang, c’est-à-dire vous recevez sa vie de Ressuscité… Il vous faut la transmettre aux autres. La seule façon de le faire, c’est par l’engagement.


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

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