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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ex 24,3-8
2ème lecture : Hb 9,11-15
Évangile : Mc 14,12-16.22-26
« Et moi, je suis avec vous tous les jours
jusqu’à la fin du monde »
(Mt 28,20b). Tels étaient les derniers mots de
notre lecture évangélique de dimanche dernier, à
la fête de la Sainte Trinité. On peut vraiment
dire aujourd’hui qu’ils sont multiples les modes
de présence du Christ ressuscité : présence en
la personne des pauvres, présence dans la
proclamation, dans l’interprétation et dans
l’actualisation de l’Écriture, présence au
milieu de ceux et de celles qui prient ensemble,
et aujourd’hui, présence particulière dans
l’Eucharistie que nous célébrons à chaque
dimanche. Par ailleurs, Marc ne mentionne pas
l’ordre de refaire le geste : le « faites
ceci en mémoire de moi », qu’on retrouve
ailleurs dans les évangiles et chez saint Paul.
Pourquoi? C’est sans doute pour montrer le
caractère unique et définitif de l’Alliance
nouvelle scellée une fois pour toutes, par la
mort résurrection du Christ. Ce qui veut dire
que célébrer l’Eucharistie, à chaque dimanche,
ce n’est pas répéter et refaire le sacrifice de
la croix…Non! Jésus a donné sa vie une fois pour
toutes. L’évangéliste Marc lui fait dire
d’ailleurs : « Amen, je vous le dis : Je ne
boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce
jour où je boirai un vin nouveau dans le Royaume
de Dieu » (Mc 14,25).
Mais alors, que célébrons-nous quand nous célébrons
l’Eucharistie? Le théologien Gérard Sindt
écrit : « L’Eucharistie est présence du
souvenir de demain ». Quelle belle
expression! Dans le fond, l’évangéliste Marc qui
écrit après Pâques nous dit explicitement que
les disciples ont participé pleinement au
sacrifice du Christ : « Puis, prenant une
coupe et rendant grâce, il la leur donna et ils
en burent tous » (Mc 14,23). Être disciple
du Christ, c’est déjà être mort avec lui une
fois pour toutes. C’est exactement ce que
l’auteur de la lettre aux Hébreux nous dit
lorsqu’il affirme que le Temple du corps du
Christ est plus grand et plus parfait que celui
de l’ancienne Alliance (Hb 9,11). Ce Temple qui
est son corps de Ressuscité, c’est l’Église que
nous sommes. Aussi, l’auteur de la lettre aux
Hébreux ajoute : « C’est par ce Temple qu’il
est entré une fois pour toutes dans le
sanctuaire du ciel en répandant, non pas le sang
des animaux, mais son propre sang : il a obtenu
ainsi une libération définitive » (Hb 9,12).
Et c’est pourquoi : « Le sang du Christ
purifie notre conscience des actes qui mènent à
la mort pour que nous puissions célébrer le
culte du Dieu vivant » (Hb 9,14).
L’Eucharistie n’est donc pas seulement un rappel
du sacrifice de la croix, mais bien une fête
humaine qui renforce les liens du sang de la
nouvelle famille chrétienne qui anticipe la fête
éternelle. L’Eucharistie perpétue la présence du
Ressuscité au cœur de notre vie et appelle tous
les participants à donner leur vie pour les
autres, comme le Christ l’a fait pour eux (pour
nous).
Les sacrifices d’animaux de l’ancienne Alliance, qu’on
retrouve en 1ère lecture aujourd’hui, sont
devenus caducs. Comme chrétiens, nous n’avons
plus à nous asperger d’eau sacrée ou de sang
pour nous purifier, afin de célébrer le culte.
Nous sommes purifiés, pardonnés et sauvés
définitivement par le sang du Christ. Tels sont
les propos de l’auteur de la lettre aux Hébreux.
Malheureusement, de nombreux chrétiens, encore
aujourd’hui, célèbrent l’Eucharistie comme au
temps de l’Ancien Testament. À trop insister sur
la croix, ils finissent par oublier complètement
la Résurrection du Christ qui donne pourtant toute sa signification à la célébration
eucharistique. Si le Christ se fait présent dans
nos eucharisties, c’est pour que nous vivions de
sa vie de Ressuscité, afin de la donner à
d’autres. Ce n’est pas une présence figée dans
une hostie, qu’on expose en vue d’adoration.
C’est une présence agissante qui invite à
l’engagement. Le théologien français Patrick
Jacquemont écrit : « La
Cène est un repas et non un reposoir. Les disciples sont allés préparer la
table. Les peintres soigneront les détails de la
nappe, de la vaisselle. L’essentiel n’est pas là
mais dans le cercle autour de Jésus à la veille
de sa mort. Il rompt le pain. Il ne s’agit plus
seulement de multiplier les pains mais de
manifester une présence. Mon corps, Jésus
est présent et il promet d’être présent chaque
fois que sera rompu le pain. Ce qui se réalisera
dès le soir de Pâques autour de la table de
l’auberge d’Emmaüs. D’eucharistie en
eucharistie. Jésus est présent pour que nous
vivions de sa vie qui éclate au matin de Pâques.
La coupe passe. Mon sang, ma vie. Le vin
nouveau est fait pour donner vigueur. Jésus nous
donne sa vie pour que nous la partagions à notre
tour. La main qui reçoit le corps du Christ est
prête à donner du pain à l’affamé. Les lèvres
qui boivent à la coupe sont libres pour
embrasser le sidéen. Le Corps et le Sang du
Christ sont le saint sacrement du repas qui
donne à vivre sans repos ».
Aussi, à l’époque où Marc écrit son évangile, à Rome, vers 70
de notre ère, Jérusalem vient de tomber aux
mains de Titus qui a livré la ville aux pillages
et aux incendies. À Rome, ce sont les premières
persécutions des chrétiens et les premiers
martyrs. Pierre a été crucifié. Paul est
décapité. On peut comprendre le désarroi des
premiers chrétiens qui sont autour de Marc. Où
faut-il aller? Quel chemin prendre? Dans ce
contexte, la question des disciples à Jésus
prend une tout autre dimension : « Où veux-tu
que nous allions faire les préparatifs pour ton
repas pascal? » (Mc 14,12b). Autrement dit,
étant donné la situation que nous vivons,
pouvons-nous espérer célébrer
la Pâque? Pouvons-nous croire encore en la
Résurrection de Jésus? La réponse est surprenante et même déroutante : « Il envoie
deux disciples : Allez à la ville; vous y
rencontrerez un homme portant une cruche d’eau.
Suivez-le » (Mc 14,13).
Depuis quand les hommes portent des cruches d’eau? Au temps
de Jésus, ce sont toujours les femmes qui font
un tel boulot. Quel message veut nous donner
l’évangéliste Marc? Selon l’exégète français
Jean Debruynne : « Si Marc a saisi sur le vif
ce détail de l’homme portant sa cruche, s’il est
attentif à cet accessoire concret, c’est que
cela doit avoir une importance et un sens. Ce
qui paraît un événement bien banal aujourd’hui
est incroyable au temps de Marc. Seules les
femmes passent dans les rues en portant une
cruche. Si Jésus donne ce signe aux disciples,
c’est qu’il était criant. Cet homme était le
seul de toute la ville à porter une cruche.
C’est vrai, dit Jésus, le monde n’est plus ce
qu’il était… C’est le monde mis à l’envers, ce
sont les hommes qui portent les cruches!...
Mais, suivez-le! Cela veut dire deux choses.
D’abord si on peut le suivre, c’est qu’il existe
toujours un chemin possible, mais ensuite ce que
dit Jésus, c’est que le chemin n’est pas
habituel. C’est un chemin surprise, un chemin
surprenant. Bien sûr Jésus nous annonce ainsi le
chemin de sa croix, mais du même coup il nous
annonce aussi le chemin de la foi. Ce n’est pas
parce que nous sommes un peu perdus que la foi
n’existe pas. Elle n’est pas autre, elle est
autrement ».
En terminant, ce chemin de la foi n’est pas tracé d’avance;
il est toujours à refaire et à découvrir. Une
chose est certaine : sur ce chemin de la foi, le
Christ nous dit sa présence lorsque nous nous
arrêtons pour célébrer l’Eucharistie, non pas
pour la contempler, mais bien pour la partager
et nous en nourrir. Rappelons-nous simplement ce
que disait, au 4ème siècle, saint Augustin, sur
l’Eucharistie : « Devenez ce que vous
mangez : vous mangez le Corps du Christ, devenez
Corps du Christ ». Et j’ajouterais : Vous
buvez son sang, c’est-à-dire vous recevez sa vie
de Ressuscité… Il vous faut la transmettre aux
autres. La seule façon de le faire, c’est par
l’engagement.
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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