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Réf. Bibliques : 2ème lecture : 1 Co 11,23-26
Évangile : Lc 9,11b-17
Du pain à partager et non pas à adorer!
Eucharistie, c’est le nom que l’Église primitive a donné à
l’acte central de sa vie. Eucharistie veut
dire : action de grâce, remerciement. Saint
Irénée affirme : « La façon pour nous
chrétiens de ne pas être stériles, c’est
d’offrir à Dieu notre action de grâce ».
Rendre grâce, faire acte de dépossession de soi,
de reconnaissance de l’autre et partager avec
lui les vraies nourritures, voilà le chemin que
le Christ nous a ouvert au soir du Jeudi Saint.
Mais que retenir de
la Fête-Dieu cette année?
1.
L’Eucharistie : une fête et non pas un
sacrifice.
Je me suis toujours demandé, par quelle
déviation, on est arrivé, dans l’Église, à
célébrer l’Eucharistie comme un sacrifice, celui
de la Croix, qu’on répéterait sans cesse à
chacune de nos messes? Oui! Le Christ est mort!
Mais il est ressuscité! Sa mort n’est donc pas
une fin en soi et elle ne peut être répétée,
puisqu’il n’est mort qu’une seule fois. La mort
du Christ n’a de sens pour nous, que si elle est
suivie de la Résurrection. Et c’est cet événement de Pâques : Mort Résurrection, que nous
célébrons dans l’Eucharistie. Saint Paul nous le
rappelle en 2ème lecture aujourd’hui, dans sa
1ère lettre aux Corinthiens, lorsqu’il écrit :
« Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce
pain et que vous buvez à cette coupe, vous
proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il
vienne » (1 Co 11,26).
La
réflexion que vous vous faites est la suivante :
Il y a donc contradiction avec ce que je viens
de dire précédemment… Mais non! Puisqu’on ne
peut séparer la mort de la résurrection, comme
on ne peut séparer le pain et le vin de la
célébration de l’Eucharistie. Le pain qui est le
symbole de la nourriture, devient ici signe de
la vie donnée du Christ, et le vin qui est le
symbole de la fête, devient ici son sang versé,
c’est-à-dire sa vie partagée à tous ceux et
celles qui en font mémoire, parce que Christ est
non seulement mort mais aussi ressuscité. En
d’autres mots, on ne peut recevoir la vie du
Ressuscité, sans reconnaître le don d’amour
qu’il a fait par sa mort sur la croix. Saint
Jean, dans son évangile, écrit : « Nul n’a
d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de
sa vie pour ceux qu’il aime » (Jn 15,13).
2.
Eucharistie : du pain à partager et non pas à
adorer.
Le récit de la multiplication des pains se retrouve six fois
dans les évangiles : deux chez Matthieu, deux
chez Marc, une chez Luc et une chez Jean. Le
récit que nous avons aujourd’hui, celui de Luc,
présente, comme tous les autres, une forte
résonance eucharistique. Bien que nous n’ayons
pas la description du comment s’est opéré
ce miracle, nous devons souligner l’importance
de cet événement théologique, puisqu’il est
raconté six fois dans les évangiles.
Chez Luc,
ce récit révèle aux apôtres l’identité profonde
de Jésus ressuscité, puisque immédiatement
après, Pierre déclare : « Tu es le Christ de
Dieu » (Lc 9,20). Pour Luc, Jésus est le
nouvel Élie, ce qui inclut nécessairement les
œuvres de son disciple Élisée qui nourrit cent
personnes avec vingt pains d’orge (2 R 4,42-44).
Ici, le rapport est plus frappant : cinq pains
et deux poissons pour cinq mille personnes (Lc
9,13-14). Comme pour Élisée, son serviteur
faisait la distribution des pains; ici, ce sont
les disciples qui la font (Lc 9,16b). Élisée
avait annoncé qu’il y aurait du surplus; ici,
après la distribution, il en reste douze paniers
pleins, de quoi nourrir tout le monde, tout le
peuple, les douze tribus d’Israël.
Dans le
récit de Luc, on retrouve le langage
eucharistique : « Jésus prit les cinq pains
et les deux poissons, et, levant les yeux au
ciel, il les bénit, les rompit et les donna à
ses disciples » (Lc 9,16a). Aussi, Luc situe
la scène à la même heure que l’expérience des
disciples d’Emmaüs : « Le jour commençait à
baisser » (Lc 9,12a), là où les disciples le
reconnaissent à la fraction du pain (Lc 24,31).
Luc songe tellement à l’Eucharistie, qu’il en
oublie les poissons qui sont pourtant là au
début de la célébration.
Enfin, avec
ce récit de Luc, la mission chrétienne est déjà
commencée : les apôtres partagent la mission de
Jésus. Comme lui, ils ont annoncé le règne de
Dieu et opéré des guérisons (Lc 9,1-2.6).
Fatigués de leur mission, ils n’ont qu’une
hâte : « Renvoie cette foule, ils pourront
aller dans les villages et les fermes des
environs pour y loger et trouver de quoi
manger : ici nous sommes dans un endroit
désert » (Lc 9,12b). Une chose est
certaine : ce pain eucharistique n’est pas fait
pour être adoré, mais bien distribué et partagé.
Et s’il en reste autant, c’est pour nourrir tous
les autres qui ne sont pas présents au
rassemblement.
En terminant, saint Augustin disait : « Deviens ce que tu
as reçu ». Dans l’Eucharistie, tu reçois le
Corps du Christ, deviens Corps du Christ. Ce qui
signifie que lorsque nous participons à
l’Eucharistie, c’est très engageant : on devient
d’abord, comme le Christ, des serviteurs des
autres, et en plus, des frères et des sœurs avec
ceux et celles qui communient à la même table
que nous…
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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