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Réf. Bibliques : 2ème lecture : 1 Jn
3,1-2.21-24
Évangile : Lc 2,41-52
Nous sommes la famille du Ressuscité…
Lorsqu’on dit que la fête de
la Sainte Famille a été instaurée par le pape
Léon XIII à la fin du 19ème siècle et étendue à
l’Église universelle par le pape Benoît XV en
1921, pour suggérer un modèle de famille à
imiter, je me demande en quoi la famille de
Jésus, présentée par Luc, est-elle un modèle
pour les familles d’hier et d’aujourd’hui? Il y
avait même un prédicateur, au début du 20ème
siècle qui s’était laissé emporter par le sujet
en disant : « Suivez le modèle de
la Sainte
Famille! Ayez de nombreux enfants ». À l’époque où on avait douze, quinze et même vingt enfants,
c’est un tour de force que de présenter la
famille de Jésus comme le modèle par excellence
pour les grosses familles. Mais vous savez, dans
l’Église, on n’est pas à une contradiction près…
Mais pourquoi cette fête? Et quel est le but de
saint Luc de nous parler de la famille de Jésus?
1.
Tout est Pâques.
Au tout début de l’Église, comme le dit bien le
dominicain Léon Paillot, on ne célébrait que la
fête de Pâques, et ce, toutes les semaines et
même à chaque jour. C’était Pâques tous les
jours. Cependant, lorsque le christianisme est
devenu religion d’État au temps de l’empereur
romain Constantin, au 4ème siècle, la curiosité
populaire a forgé des légendes qu’on trouve dans
les évangiles apocryphes, concernant l’enfance
de Jésus, méconnue par les évangélistes
eux-mêmes, mais que la dévotion populaire a su
développer jusqu’à nos jours et plus
particulièrement au cours du 17ème siècle. On a
donc fait une relecture matérialiste et
fondamentaliste des évangiles, auxquelles on a
ajouté des histoires provenant des apocryphes
pour essayer de dire quelque chose sur Jésus de
Nazareth, dans sa vie de tous les jours.
Mais
attention! Cette façon de faire est doublement
dangereuse : d’une part, à trop vouloir composer
une histoire humaine à ce Jésus devenu Christ et
Seigneur à Pâques, par une interprétation
littérale des évangiles et en y insérant des
histoires souvent farfelues des récits
apocryphes, on a fini par déshumaniser
complètement le Jésus historique : qu’on pense à
sa conception, à sa naissance, à ses miracles, à
sa connaissance et à sa perfection. Et d’autre
part, en matérialisant les récits évangéliques,
on a fini par le faire disparaître complètement
de nos vies. Comment peut-il être vivant et
présent aujourd’hui, si, après sa résurrection,
Jésus de Nazareth, revenu à la vie comme avant,
a continué de marcher, de parler, de manger et
de partager avec ses disciples, comme avant sa
mort?
Prenons le
récit évangélique de saint Luc d’aujourd’hui.
Léon Paillot écrit : « Il est évidemment
tentant de chercher dans ce récit de l’escapade
de Jésus au Temple, lors de sa montée à
Jérusalem avec ses parents pour
la Pâque, à
l’âge de 12 ans, des leçons sur la famille de
Jésus, Marie et Joseph. Or ce n’est pas le
projet de Luc, il ne fait pas de la petite
histoire; son récit n’est pas un reportage. Il a
un projet autrement plus important : il s’agit
pour lui, en deux chapitres, de présenter les
grands thèmes de la bonne nouvelle qu’il se
charge d’annoncer aux premières communautés
chrétiennes, et à nous aujourd’hui. Luc,
d’ailleurs, ne savait probablement rien de
l’enfance de Jésus ».
Alors, que vient faire ce récit?
2.
Une annonce de Pâques.
Au chapitre deux de l’évangile de Luc, on lit
deux montées successives de Jésus au Temple de
Jérusalem. La première, au moment de sa
présentation et de sa circoncision (Lc 2,22-39),
où la mère devait être purifiée selon la Loi de
Moïse, et la deuxième, à l’âge de douze ans
(bar-mitzvah) où l’adolescent devient fils de la
Loi de Moïse (Lc 2,41-52). Dans ces deux récits
qui se suivent, saint Luc nous parle déjà du
Christ de Pâques. Sa seule référence à
l’histoire, c’est celle de l’application de la
Loi juive. Tout le reste est de la théologie.
Lors de la
première montée à Jérusalem, saint Luc témoigne
déjà de la confirmation de la Nouvelle Alliance
par l’Ancienne Alliance : un vieillard, Syméon,
un prophète qui attendait la consolation
d’Israël, c’est-à-dire son salut, le Messie :
« Il lui avait été révélé par l’Esprit Saint
qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le
Christ du Seigneur » (Lc 2,26). Les parents
de Jésus sont étonnés de ce que dit Syméon de
l’enfant. D’ailleurs, le vieillard prend
l’enfant des bras de sa mère, ce qui signifie
qu’il ne lui appartient pas, puisqu’il est déjà
lumière pour le monde entier : « Car
mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé face
à tous les peuples : lumière pour la révélation
aux païens et gloire d’Israël ton peuple »
(Lc 2,30-32).
Lors de la
deuxième montée à Jérusalem, celle
d’aujourd’hui, au moment de la Pâque, à
l’occasion de ses douze ans, les parents de
Jésus sont encore étonnés et ne comprennent pas
la mission de leur fils : « En le voyant, ils
furent frappés d’étonnement et sa mère lui dit :
‘’Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte
avec nous? Vois, ton père et moi, nous te
cherchons tout angoissés’’ » (Lc 2,48).
Cette deuxième montée annonce, dans l’esprit de
Luc, la dernière, c’est-à-dire Pâques, la mort
résurrection du Christ. On y retrouve plusieurs
éléments qu’on peut mettre en parallèle :
1)
Jésus est dans le Temple avec les maîtres de la
Loi; il les écoute et les interroge (Lc 2,46).
Eux sont impressionnés de son intelligence (Lc
2,47). À sa dernière Pâque, Jésus est aussi dans
le Temple, mais cette fois, les maîtres de la
Loi veulent s’en débarrasser : « Il était
chaque jour à enseigner dans le Temple. Les
grands prêtres et les scribes cherchaient à le
faire périr » (Lc 19,47).
2)
Il a fallu trois jours pour que Marie et Joseph
puissent retrouver Jésus (Lc 2,46). Et, au bout
de trois jours, sa réponse à Marie est :
« Pourquoi donc me cherchiez-vous? Ne
saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon
Père? » (Lc 2,49). Trois jours après la mort
de Jésus, les femmes arrivent au tombeau et
voient deux hommes en vêtements éblouissants qui
leur disent : « Pourquoi cherchez-vous le
vivant parmi les morts? Il n’est pas ici, mais
il est ressuscité » (Lc 24,5-6a).
3.
La famille du Christ :
C’est évident que Jésus de Nazareth a sûrement
eu une famille humaine comme les nôtres. Comment
aurait-il pu devenir homme sans naître dans une
famille? Cependant, le but de l’évangéliste Luc
n’est pas de nous retracer sa famille humaine;
il n’en sait rien. Il dira même un peu plus loin
dans son évangile : « Sa mère et ses frères
arrivèrent près de lui, mais ils ne pouvaient le
rejoindre à cause de la foule. On lui
annonça : ‘’Ta mère et tes frères se tiennent
dehors; ils veulent te voir’’. Il leur
répondit : ‘’Ma mère et mes frères, ce sont ceux
qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent
en pratique’’ » (Lc 8,19-21).
La 1ère
lettre de saint Jean que nous avons aujourd’hui,
en 2ème lecture, nous dit clairement que nous
sommes tous et toutes enfants de Dieu, à cause
de l’Amour : « Voyez comme il est grand,
l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu
que nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous
le sommes » (1 Jn 3,1a). Donc, si Jésus
était Fils de Dieu, nous sommes de la même
famille que lui. La seule condition est la
suivante : « Avoir foi en son Fils Jésus
Christ, et nous aimer les uns les autres comme
il nous l’a commandé » (1 Jn 3,23). Il n’y a
rien d’autre à faire; seul l’Amour peut nous
rendre semblables au Christ et nous insérer dans
sa famille : « Dès maintenant, nous sommes
enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne
paraît pas encore clairement. Nous le savons :
lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons
semblables à lui parce que nous le verrons tel
qu’il est » (1 Jn 3,2).
En terminant, saint Augustin disait : « Toute notre vie,
il nous faut chercher Dieu et lorsqu’on l’a
trouvé, il nous faut le chercher encore ».
L’exégète français Jean Debruynne, commentant
l’évangile d’aujourd’hui, dit ceci :
« Comment se fait-il que vous m’ayez cherché? Il
s’agit de la fugue de Jésus durant le pèlerinage
à Jérusalem. C’est aux reproches de ses parents
que Jésus répond : Comment se fait-il que vous
m’ayez cherché? Alors que tout le monde voudrait
bien pouvoir s’emparer de la foi comme d’une
réponse, Jésus dépossède les croyants et fait de
la foi une question, dont d’ailleurs il
n’apporte pas la réponse. Comment se fait-il que
vous m’ayez cherché? C’est à chacun de répondre.
En tout cas ne comptez pas sur Dieu pour
répondre à votre place ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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