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La Sainte Trinité (B) : 7 juin 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 


 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Dt 4,32-34.39-40
2ème lecture :  Rm 8,14-17
Évangile :  Mt 28,16-20

Cette fête de la Sainte Trinité est quand même récente (14ème siècle). Elle célèbre le Dieu en personnes. Si on s’en tient à la définition du dogme qui s’est élaboré jusqu’au 4ème siècle (Concile de Nicée en 325), où il est dit qu’en Dieu, il y a trois personnes et que ces trois personnes divines doivent être adorées dans leur unique nature et leur égale majesté, on risque de perdre la majorité des participants de nos assemblées liturgiques, tellement ces propos théologiques sont loin de leurs préoccupations et de leurs aspirations. Il nous faut dire Dieu autrement, si on veut le connaître, le rencontrer et établir une relation avec lui. À partir des textes bibliques qui nous sont proposés aujourd’hui, que peut-on dire de notre Dieu, quand on dit qu’il est Trinité? Quel rapport y’a-t-il entre ce Dieu Trinité et nous les croyants?

1.       Dieu est personnes. La Bible ne parle pas de la Trinité. Par ailleurs, le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont souvent nommés. Dans sa 2ème lettre aux Corinthiens, saint Paul, dans sa salutation, fait une allusion, à ce Dieu Trinité, dans son expérience de foi pascale : « La grâce du Seigneur Jésus, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit soient avec vous tous » (2 Co 13,13). Et Matthieu à la toute fin de son évangile – l’extrait que nous avons aujourd’hui qui invite à l’universalité de la foi chrétienne – utilise explicitement la formule trinitaire concernant le baptême chrétien : « Allez donc! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28,19).

Donc, pour dire Dieu, il nous faut le définir comme relation, don, partage, communication, échange et communion. La seule façon d’en saisir la totalité, il faut nécessairement trois personnes en Dieu, parce que Dieu est Amour et l’Amour a ceci de particulier : il fait exister un tiers : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15,12). L’Amour ne revient pas à celui qui aime; il se donne à un autre. C’est la croissance et la fécondité de l’Amour. Aussi, l’Amour ne nous fusionne pas; il établit une relation interpersonnelle. C’est ce qui fait dire à Léon Paillot, à propos des trois personnes en Dieu : « Dieu, notre Dieu est essentiellement relation, échange. Je peux dire Je s’il y a en face de moi un Tu, dont je me distingue. Mais il faut une tierce personne pour que tous les Je deviennent un Nous ».

On ne peut parler d’un Dieu Père, que s’il y a relation d’amour avec un ou des fils engendrés par lui. Et s’il n’y avait que le Père et le Fils, on pourrait penser qu’ils se suffisent à eux-mêmes : le Père donne la vie et le Fils la reçoit… mais, ça ferait un Dieu limité, centré sur lui-même. Et pourtant, dit le théologien Gérard Sindt : « Dieu, dans la Bible, tend vers le décentrement de lui-même, et c’est l’Esprit qui en est l’opérateur. Il est la fécondité opérationnelle de Dieu, sa féminité et sa maternité. La féminité elle-même est expérience de Dieu ». Et Gérard Sindt ajoute ceci : « Quand on parle personnes en Dieu, c’est toujours l’Esprit qui est le plus difficile à saisir. Il représente ici la tierce personne, c’est-à-dire nous ». Nous sommes donc partie prenante de la Trinité. Nous sommes de la famille de Dieu. De plus, pour qu’il y ait communion, il faut trois personnes; s’il n’y en avait que deux, ce serait simplement relation. Aussi, l’Esprit assure la fécondité de l’Amour du Père pour son Fils qu’il partage avec nous.

Mais que nous disent les trois lectures d’aujourd’hui sur Dieu?

2.       Deutéronome 4,32-40. Yahvé est un Dieu unique au monde. Il n’est pas une force obscure ou impersonnelle comme les autres dieux. Il parle : « Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu de la flamme, et qui soit resté en vie? » (Dt 4,33); il se choisit un peuple : « Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation? » (Dt 4,34a), pour l’accompagner et lui donner sa liberté : « De venir la prendre au milieu d’une autre, à travers les épreuves, des signes, des prodiges et des combats, par la force de sa main et la vigueur de son bras, et par des exploits terrifiants, comme tu as vu le Seigneur ton Dieu, le faire pour toi en Égypte? » (Dt 4,34b). Ce Dieu de l’Alliance veut la liberté et le bonheur de son peuple. Si ce texte insiste plus sur l’unicité de Dieu que sur sa personnalité relationnelle, dans les versets manquants du lectionnaire (vv. 35-38), il y a déjà des signes avant-coureurs de la Trinité : « Du ciel, il t’a fait entendre sa voix (la Parole = le Verbe) pour faire ton éducation; sur la terre, il t’a fait voir son grand feu (Feu = Esprit), et du milieu du feu tu as entendu ses paroles » (Dt 4,36).

3.       Romains 8,14-17. Dans sa lettre aux Romains, saint Paul nomme les trois personnes en Dieu, sans même connaître le mot Trinité. Bien plus, il nous intègre dans la famille trinitaire : « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu » (Rm 8,14). L’Esprit assure le lien entre Dieu et nous; il nous libère de nos peurs et de nos esclavages. Nous reconnaissant comme enfants de Dieu, nous reconnaissons Dieu comme un Père : « L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur; c’est un Esprit qui fait de vous des fils; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant : Abba! » (Rm 8,15). Ce qui veut dire que, dans nos expériences humaines de libération et de souffrances, nous sommes comme le Christ; nous lui ressemblons… C’est la condition pour ressusciter avec lui : « Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, à condition de souffrir avec lui pour être avec lui dans la gloire » (Rm 8,17). L’évangéliste Jean, dans son prologue va encore plus loin sur notre ressemblance avec Christ : « Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu » (Jn 1,12-13).

4.       Matthieu 28,16-20. Dans cette finale de l’évangile de Matthieu, il n’y a pas de récit d’Ascension comme tel, mais plutôt un récit d’envoi en mission. On fait des disciples en baptisant, et le baptême n’est pas réservé à un peuple en particulier; il est universel : « Allez donc! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28,19). La seule exigence qui est demandée, c’est de garder soigneusement ses commandements, sa loi nouvelle, son évangile, sa Bonne Nouvelle : « Et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés » (Mt 28,20a). Et ces commandements se résument en un seul : l’Amour. Donc, aimer comme Christ, nous rend apte à recevoir le baptême, et, ainsi, à devenir disciples. Et l’évangile se termine comme il a commencé : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20b). C’est la réalisation complète de la prophétie d’Is 7,14, repris par l’ange du Seigneur à Joseph, dans le prologue de son évangile : « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous » (Mt 1,23). L’évangile de Matthieu se termine donc comme il a commencé.

En terminant, je voudrais simplement vous proposer cette belle réflexion de l’exégète français Jean Debruynne sur l’évangile de ce dimanche : « Il s’agit de faire des disciples et faire des disciples ce n’est pas recruter de la main d’œuvre ou chercher des adhérents. D’abord il s’agit d’aller. Aller, c’est partir, c’est quitter. C’est être libre. Aller, c’est le contraire d’être enfermé dans sa vérité et prisonnier de ses principes. Aller, c’est devant et ce n’est pas en marche arrière. Aller, c’est un signe de confiance. Va! C’est une décision. Il s’agit d’apprendre à garder les commandements autrement qu’en les gardant au frigidaire. Le seul commandement c’est d’aimer! »


 

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

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