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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Dt
4,32-34.39-40
2ème lecture : Rm 8,14-17
Évangile : Mt 28,16-20
Cette fête de
la Sainte Trinité est quand même récente (14ème
siècle). Elle célèbre le Dieu en personnes.
Si on s’en tient à la définition du dogme qui
s’est élaboré jusqu’au 4ème siècle (Concile de
Nicée en 325), où il est dit qu’en Dieu, il y a
trois personnes et que ces trois personnes
divines doivent être adorées dans leur unique
nature et leur égale majesté, on risque de
perdre la majorité des participants de nos
assemblées liturgiques, tellement ces propos
théologiques sont loin de leurs préoccupations
et de leurs aspirations. Il nous faut dire Dieu
autrement, si on veut le connaître, le
rencontrer et établir une relation avec lui. À
partir des textes bibliques qui nous sont
proposés aujourd’hui, que peut-on dire de notre
Dieu, quand on dit qu’il est Trinité? Quel
rapport y’a-t-il entre ce Dieu Trinité et nous
les croyants?
1.
Dieu est personnes.
La Bible ne parle pas de la Trinité. Par
ailleurs, le Père, le Fils et l’Esprit Saint
sont souvent nommés. Dans sa 2ème lettre aux
Corinthiens, saint Paul, dans sa salutation,
fait une allusion, à ce Dieu Trinité, dans son
expérience de foi pascale : « La grâce du
Seigneur Jésus, l’amour de Dieu et la communion
de l’Esprit soient avec vous tous » (2 Co
13,13). Et Matthieu à la toute fin de son
évangile – l’extrait que nous avons aujourd’hui
qui invite à l’universalité de la foi chrétienne
– utilise explicitement la formule trinitaire
concernant le baptême chrétien : « Allez
donc! De toutes les nations faites des
disciples, baptisez-les au nom du Père, et du
Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28,19).
Donc, pour
dire Dieu, il nous faut le définir comme
relation, don, partage, communication, échange
et communion. La seule façon d’en saisir la
totalité, il faut nécessairement trois personnes
en Dieu, parce que Dieu est Amour et l’Amour a
ceci de particulier : il fait exister un tiers :
« Aimez-vous les uns les autres comme je vous
ai aimés » (Jn 15,12). L’Amour ne revient
pas à celui qui aime; il se donne à un autre.
C’est la croissance et la fécondité de l’Amour.
Aussi, l’Amour ne nous fusionne pas; il établit
une relation interpersonnelle. C’est ce qui fait
dire à Léon Paillot, à propos des trois
personnes en Dieu : « Dieu, notre Dieu est
essentiellement relation, échange. Je peux dire
Je s’il y a en face de moi un Tu,
dont je me distingue. Mais il faut une tierce
personne pour que tous les Je deviennent
un Nous ».
On ne peut
parler d’un Dieu Père, que s’il y a relation
d’amour avec un ou des fils engendrés par lui.
Et s’il n’y avait que le Père et le Fils, on
pourrait penser qu’ils se suffisent à
eux-mêmes : le Père donne la vie et le Fils la
reçoit… mais, ça ferait un Dieu limité, centré
sur lui-même. Et pourtant, dit le théologien
Gérard Sindt : « Dieu, dans
la Bible, tend vers le décentrement de lui-même, et c’est l’Esprit qui en est
l’opérateur. Il est la fécondité opérationnelle
de Dieu, sa féminité et sa maternité. La
féminité elle-même est expérience de Dieu ».
Et Gérard Sindt ajoute ceci : « Quand on
parle personnes en Dieu, c’est toujours l’Esprit
qui est le plus difficile à saisir. Il
représente ici la tierce personne, c’est-à-dire
nous ». Nous sommes donc partie prenante de
la Trinité. Nous sommes de la famille de Dieu.
De plus, pour qu’il y ait communion, il faut
trois personnes; s’il n’y en avait que deux, ce
serait simplement relation. Aussi, l’Esprit
assure la fécondité de l’Amour du Père pour son
Fils qu’il partage avec nous.
Mais que
nous disent les trois lectures d’aujourd’hui sur
Dieu?
2.
Deutéronome 4,32-40.
Yahvé est un Dieu unique au monde. Il n’est pas
une force obscure ou impersonnelle comme les
autres dieux. Il parle : « Est-il un peuple
qui ait entendu comme toi la voix de Dieu
parlant du milieu de la flamme, et qui soit
resté en vie? » (Dt 4,33); il se choisit un
peuple : « Est-il un dieu qui ait entrepris
de se choisir une nation? » (Dt 4,34a), pour
l’accompagner et lui donner sa liberté : « De
venir la prendre au milieu d’une autre, à
travers les épreuves, des signes, des prodiges
et des combats, par la force de sa main et la
vigueur de son bras, et par des exploits
terrifiants, comme tu as vu le Seigneur ton
Dieu, le faire pour toi en Égypte? » (Dt
4,34b). Ce Dieu de l’Alliance veut la liberté et
le bonheur de son peuple. Si ce texte insiste
plus sur l’unicité de Dieu que sur sa
personnalité relationnelle, dans les versets
manquants du lectionnaire (vv. 35-38), il y a
déjà des signes avant-coureurs de la Trinité :
« Du ciel, il t’a fait entendre sa voix (la Parole
= le Verbe) pour faire ton éducation; sur la
terre, il t’a fait voir son grand feu (Feu =
Esprit), et du milieu du feu tu as entendu
ses paroles » (Dt 4,36).
3.
Romains 8,14-17.
Dans sa lettre aux Romains, saint Paul nomme les
trois personnes en Dieu, sans même connaître le
mot Trinité. Bien plus, il nous intègre dans la
famille trinitaire : « Tous ceux qui se
laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là
sont fils de Dieu » (Rm 8,14). L’Esprit
assure le lien entre Dieu et nous; il nous
libère de nos peurs et de nos esclavages. Nous
reconnaissant comme enfants de Dieu, nous
reconnaissons Dieu comme un Père : « L’Esprit
que vous avez reçu ne fait pas de vous des
esclaves, des gens qui ont encore peur; c’est un
Esprit qui fait de vous des fils; poussés par
cet Esprit, nous crions vers le Père en
l’appelant : Abba! » (Rm 8,15). Ce qui veut
dire que, dans nos expériences humaines de
libération et de souffrances, nous sommes comme
le Christ; nous lui ressemblons… C’est la
condition pour ressusciter avec lui :
« Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes
aussi ses héritiers; héritiers de Dieu,
héritiers avec le Christ, à condition de
souffrir avec lui pour être avec lui dans la
gloire » (Rm 8,17). L’évangéliste Jean, dans
son prologue va encore plus loin sur notre
ressemblance avec Christ : « Mais à ceux qui
l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a
donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.
Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir
de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de
Dieu » (Jn 1,12-13).
4.
Matthieu 28,16-20.
Dans cette finale de l’évangile de Matthieu, il
n’y a pas de récit d’Ascension comme tel, mais
plutôt un récit d’envoi en mission. On fait des
disciples en baptisant, et le baptême n’est pas
réservé à un peuple en particulier; il est
universel : « Allez donc! De toutes les
nations faites des disciples, baptisez-les au
nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit »
(Mt 28,19). La seule exigence qui est
demandée, c’est de garder soigneusement ses
commandements, sa loi nouvelle, son évangile, sa
Bonne Nouvelle : « Et apprenez-leur à garder
tous les commandements que je vous ai donnés »
(Mt 28,20a). Et ces commandements se
résument en un seul : l’Amour. Donc,
aimer comme Christ, nous rend apte à recevoir le
baptême, et, ainsi, à devenir disciples. Et
l’évangile se termine comme il a commencé :
« Et moi, je suis avec vous tous les jours
jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20b). C’est
la réalisation complète de la prophétie d’Is
7,14, repris par l’ange du Seigneur à Joseph,
dans le prologue de son évangile : « Voici
que la vierge concevra et enfantera un fils
auquel on donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se
traduit : Dieu avec nous » (Mt 1,23).
L’évangile de Matthieu se termine donc comme il
a commencé.
En terminant, je voudrais simplement vous proposer cette
belle réflexion de l’exégète français Jean
Debruynne sur l’évangile de ce dimanche :
« Il s’agit de faire des disciples et faire des
disciples ce n’est pas recruter de la main
d’œuvre ou chercher des adhérents. D’abord il
s’agit d’aller. Aller, c’est partir,
c’est quitter. C’est être libre. Aller, c’est le
contraire d’être enfermé dans sa vérité et
prisonnier de ses principes. Aller, c’est devant
et ce n’est pas en marche arrière. Aller, c’est
un signe de confiance. Va! C’est une
décision. Il s’agit d’apprendre à garder les
commandements autrement qu’en les gardant au
frigidaire. Le seul commandement c’est
d’aimer! »
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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