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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ap 7,2-4.9-14
2ème lecture : 1 Jn 3,1-3
Évangile : Mt 5,1-12a
Ce dimanche, on laisse le temps ordinaire pour célébrer la
fête de tous les saints, non seulement ceux et
celles qui sont reconnus officiellement comme
tels et qui ont leurs noms inscrits sur le
calendrier liturgique, mais aussi tous ces
hommes et toutes ces femmes de nos familles, de
nos amis, souvent anonymes, qui ont vécu tout
simplement leur histoire avec ses hauts et ses
bas, qui ont travaillé, qui ont aimé, qui ont
donné, qui ont su transmettre des valeurs
humaines à leurs descendants. On les fête tous
et toutes aujourd’hui… C’est la seule journée
qui leur est consacrée. Il ne s’agit pas de
relativiser la sainteté. Non! Il s’agit
seulement de reconnaître toutes ces luttes, tous
ces combats, tous ces engagements d’une
multitude d’hommes et de femmes qui ont cherché,
en leur temps, à rendre le monde plus beau, plus
juste et plus fraternel. En un mot, c’est la
fête de ceux et celles qui ont humanisé notre
monde. Mais, de ces gens anonymes, que nous
disent les textes bibliques qui nous sont
proposés aujourd’hui?
1.
Ils sont 144,000 (Ap 7,4).
Apocalypse signifie révélation. Comme tous les
passages de ce livre, celui qu’on a aujourd’hui
est codé. Pourquoi? Parce qu’il a été écrit à
des moments difficiles où seuls des initiés
pouvaient en comprendre le sens. Il y a beaucoup
de symboles dans l’Apocalypse. Les chiffres :
4 est le chiffre de l’univers terrestre : les 4
points cardinaux, les 4 anges pour les 4 coins
de la terre et de la mer…donc, le monde entier.
12 et son multiple 144 signifient la totalité et
1,000 la multitude innombrable…ce qui fait
144,000 serviteurs de Dieu, c’est-à-dire toute
l’humanité, marqués du sceau, du baptême
chrétien (Ap 7,3-4).
Les
couleurs :
le blanc est la couleur de la lumière du soleil,
de la divinité, des rites de passage, de la
pureté : « Après cela, j’ai vu une foule
immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule
de toutes nations, races, peuples et langues.
Ils se tenaient debout devant le trône et devant
l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à
la main » (Ap 7,9). Le trône est le siège de
Dieu et l’Agneau représente Jésus pur et doux,
victime immolé pour les humains.
Mais
attention! On a longtemps compris que l’auteur
de l’Apocalypse identifiait les élus aux seuls
martyrs du 1er siècle, puisqu’il écrit au temps
des persécutions et parle de la grande
épreuve et des vêtements lavés et
purifiés dans le sang de l’Agneau (Ap 7,14)…
mais, il n’en est rien. La grande épreuve c’est
le lot de toutes les vies humaines qui sont
faites de beautés mais aussi de fragilités, de
joies et de peines, de bonheur mais aussi de
souffrances et de malheur. Et laver et purifier
ses vêtements dans le sang de l’Agneau, c’est
adhérer tout simplement à la foi chrétienne, en
assumant son humanité jusqu’au bout comme le
Christ. Les élus sont donc tous les témoins de
la foi et non pas seulement les martyrs du 1er
siècle.
2.
L’amour parental de Dieu (1 Jn 3,1).
L’expérience de l’amour des humains a permis de
définir le Dieu amour, et en découvrant ce Dieu
amour, nous avons aussi compris notre filiation
divine : « Voyez comme il est grand, l’amour
dont le Père nous a comblés : il a voulu que
nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous le
sommes » (1 Jn 3,1a). Et c’est pourquoi
le monde, c’est-à-dire ceux et celles qui ne
croient pas, ne peut nous connaître comme fils
et filles de Dieu, puisqu’il ne connaît pas Dieu
et n’a pas fait l’expérience de l’amour :
« Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous
connaître : puisqu’il n’a pas découvert Dieu »
(1 Jn 3,1b).
Il est vrai
que nous sommes enfants de Dieu, mais ce n’est
pas évident, puisque nous sommes, comme tout le
monde, des êtres matériels : « Bien-aimés,
dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu,
mais ce que nous serons ne paraît pas encore
clairement » (1 Jn 3,2a). Par ailleurs, nous
sommes promis à la résurrection comme le Christ
et c’est là notre espérance et non pas notre
certitude : « Nous le savons : lorsque le
Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à
lui parce que nous le verrons tel qu’il est. Et
tout homme qui fonde sur lui une telle espérance
se rend pur comme lui-même est pur » (1 Jn
3,2b-3).
3.
Les Béatitudes : la charte des petits et des
pauvres (Mt 5,1-12a).
En écrivant : « Il gravit la montagne » (Mt 5,1),
Matthieu évoque Moïse au Sinaï. Pour la
communauté de Matthieu, l’allusion est claire :
Jésus est le nouveau Moïse et les Béatitudes
sont la nouvelle Loi qui s’adresse d’abord aux
pauvres, aux petits, aux exploités, aux
méprisés, aux exclus, aux persécutés, aux
blessés de la vie. Au nombre de huit, ces
béatitudes sont à la fois un revirement de
situation pour ceux qui sont concernés et une
promesse de bonheur pour les autres qui, en les
appliquant, changent la situation des personnes
concernées.
Les trois
premières – pauvres de cœur, doux, ceux qui
pleurent… – marquent davantage un manque et
l’expérience vécue de ce manque, et ceux qui les
vivent ces béatitudes, c’est-à-dire ceux qui
savent reconnaître leur pauvreté et celle des
autres, ceux qui sont doux et font preuve de
douceur envers les autres et ceux qui pleurent
mais qui savent consoler les autres… ceux-là
seront comblés : ils renverseront la réalité des
pauvres, des sans défense et des affligés.
La
béatitude centrale – faim et soif de justice…
– exprime une attitude profonde par rapport à la
première valeur de toute
la Bible,
qui consiste à rétablir la justice pour
les autres d’abord, afin que nos droits soient
respectés. C’est la seule façon pour Dieu de
rassasier ceux et celles qui éprouvent une telle
faim et une telle soif. Ce désir de justice ne
peut être orienté vers soi, s’il n’est pas
d’abord tourné vers l’autre, les autres.
Les trois
béatitudes suivantes – les miséricordieux,
les cœurs purs et les artisans de paix… –
indiquent davantage le trop-plein d’amour qui
doit déborder sur les autres et qui nous fait
ressembler au Christ et à Dieu : « Ceux-là
verront Dieu et seront appelés fils de Dieu »
(Mt 5,8.9).
Enfin, la
8ème qui est dédoublée en ils d’abord et
en vous ensuite… exprime la dure réalité
de la communauté de Matthieu qui vit les
persécutions romaines de la fin du 1er siècle et
les insultes, à cause de sa foi au Christ de
Pâques. Pour Matthieu, la récompense ne peut
être que plus grande dans les cieux (Mt 5,12a).
En cette fête de
la Toussaint, l’exégète Charles Wackenheim écrit : « Notre monde regorge d’hommes,
de femmes, d’enfants et de vieillards qui
pleurent : de douleur, de solitude, de misère.
Heureux sont-ils, s’ils font de leurs larmes un
aveu, un cri, un appel au secours, une
protestation, une parole d’espoir capable de
sécher les larmes d’un plus malheureux qu’eux.
C’est ainsi que Dieu les console : par la
compassion. Du même coup, nous apprenons à
distinguer le bonheur authentique du
divertissement tapageur et la bonne humeur du
sarcasme. Le chrétien aime la détente et
l’humour, qui conjurent l’esprit de sérieux,
cette maladie de l’esprit et de l’âme : Un saint
triste est un triste saint. La fête de
la Toussaint se nourrit de la joie de Dieu offerte aux hommes. Tel est le secret de
la transformation du monde à laquelle nous
sommes attelés ».
En terminant, comme la fête d’aujourd’hui concerne surtout
les saintes et les saints anonymes de
l’histoire, reprenons ces belles paroles du
prêtre compositeur Robert Lebel : « Ils sont
nombreux les bienheureux qui n’ont jamais fait
parler d’eux, et qui n’ont pas laissé d’image…
Tous ceux qui ont, depuis des âges, aimé sans
cesse et de leur mieux, autant leurs frères que
leur Dieu! Ceux dont on ne dit pas un mot, ces
bienheureux de l’humble classe, ceux qui n’ont
pas fait de miracle… Ceux qui n’ont jamais eu
d’extase, et qui n’ont laissé d’autre trace,
qu’un coin de terre ou un berceau. Ils sont
nombreux ces gens de rien, ces bienheureux du
quotidien, qui n’entreront pas dans l’histoire…
Ceux qui ont travaillé sans gloire, et qui se
sont usé les mains, à pétrir, à gagner le pain.
Ils ont leurs noms sur tant de pierres, et
quelquefois dans nos prières, mais ils sont dans
le cœur de Dieu! Et quand l’un d’eux quitte la
terre, pour gagner la maison du Père, une étoile
naît dans les cieux… ÉTERNELLEMENT HEUREUX!
DANS SON ROYAUME! »
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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