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Lutter contre l’homophobie en Église
Gérard Laverdure

 

 

 

La conscience et l'Évangile d'abord

Je suis membre de la communauté St-Pierre-Apôtre depuis 2001 et j'y ai œuvré quelques années en pastorale. Je fais aussi partie du Conseil de pastorale qui a décidé d’inviter Laurent McCutcheon, président fondateur de Gai Écoute et de la Fondation Émergence, à venir prendre librement la parole à notre assemblée dominicale (16 mai) pour souligner la journée internationale de lutte contre l’homophobie (17 mai). Son intervention a pris la forme d’une lettre à Jésus personnelle comme membre de son Église.

La référence ultime pour les chrétiens c'est leur conscience. Même Benoît XVI l'a affirmé lorsqu'il était le professeur Joseph Ratzinger. L'Église c'est bien plus que le pape, la Curie romaine ou le Vatican. Infiniment plus. Cette structure administrative est désuète depuis longtemps et n'a même pas osé mettre en place la collégialité (gouvernance avec l'ensemble des évêques) proposée par Vatican II pour garder le contrôle… On l’entend de plus en plus, le Vatican et certains évêques s’éloignent de la vie, ne prêtent pas l’oreille aux bruissements de vie et aux lumières de l’Esprit dans les consciences, à son Souffle dans l’histoire de l’humanité. Comme adulte j'ai une pensée et une parole propres. J’ai une conscience animée par l’Esprit Saint. Je n'attends donc pas des réponses des autorités à mes questions. J’évalue les enjeux sociaux et éthiques en communauté, locale et mondiale, ouvert aux réflexions des autres. Les autorités ecclésiales ont erré tellement souvent dans l'histoire en se prenant pour Dieu lui-même que la sagesse et Jésus (Lc 13, 54-57) demandent d'exercer son propre jugement.

Quand la science éclaire la religion

Comme au temps de Galilée que l'Église a condamné, passant outre aux découvertes de la science, aujourd'hui ce sont les homosexuels qui font les frais de visions à courte vue. Les sciences humaines ont établi que l'homosexualité est une tendance naturelle, que l'on retrouve même dans la nature. Une religieuse, docteure en sexologie, Marie-Paul Ross, va dans le même sens dans son livre Traverser l'épreuve (2010): «L'authentique homosexualité est une variante tout à fait naturelle, rencontrée chez une minorité d'hommes et de femmes» p. 163. C'est une meilleure compréhension de l'être humain par les sciences humaines - il n'y a pas qu'une seule orientation sexuelle naturelle - qui ouvre les horizons. L'obsession et le mépris du sexe (et de la femme tentatrice, voire impure) et sa répression féroce, cruelle, courent tout au long de l'histoire de l'Église catholique (cf. Des eunuques pour le royaume des cieux, l’Église catholique et la sexualité de Heinemann, 1992). Il est temps qu'on en sorte pour se brancher sur la Bonne nouvelle d'un Dieu compatissant, miséricorde, vivant, épris de liberté et de justice sociale. Jésus ne s'enfarge pas dans les questions de sexualité mais place l'amour au centre de tout.

Même si je critique vertement l'organisation de l'administration d’une institution qui fonctionne comme une multinationale, j'affirme que la réalité du christianisme (de l’Église catholique en particulier) dans l'histoire humaine est infiniment plus complexe et riche de fruits dignes des meilleurs jardins. Même avec des bouts pourris comme l'inquisition et les guerres de religion, les complicités avec les pouvoirs : les aristocraties, le colonialisme, le fascisme et le capitalisme. Par ailleurs, même le syndicalisme, pourtant levier de justice et de dignité pour les travailleurs, a connu et connaît encore (FTQ) des épisodes pourris. Malgré cela, on n’aurait pas nos conditions de vie actuelles ni les protections collectives en place sans lui. Il en va ainsi pour l’Église.

Ma foi chrétienne me pousse à m'intéresser aux grandes questions de notre époque et à m'y impliquer, soit à incarner ma foi dans ce monde comme citoyen. J'ai été de nombreuses luttes de justice sociale (dont celle contre la torture avec l'ACAT) et environnementale. La lutte contre l'homophobie en est une. L'Évangile de Jésus auquel je me réfère me pousse à m’émerveiller devant les beautés de la vie, à aimer librement et à contribuer à lever tous les jougs qui se présentent sur mon chemin. La foi m'a permis de traverser des épreuves et des deuils et je conçois que d'autres les traversent sans cette foi. L'Être à l'origine de tout n'appartient à personne et se révèle comme il veut quand il veut. Si on peut s'enfermer dans des visions intégristes et manichéennes du monde, religieuses ou autres, on peut aussi se laisser ouvrir, devenir une source de vie et de liberté, de dignité et de justice avec les autres. Y a ben d'la place pour les homosexuels dans le coeur de Dieu, mais les humains ont la nuque raide et le coeur dur. C'est long de devenir vraiment humains et accueillants aux autres différents de nous.


Lundi 17 mai 2010

 


 

 

 

 

 

 

 

 

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