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Des amours, des
engagements, des amitiés qui ont traversé toute
sa vie, avec la modestie d’un sacré bon disciple
de Jésus de Nazareth et de son Évangile.
Une foi robuste,
intelligente doublée d’un humanisme inspirant et
attachant. Une solide posture laïque et
séculière qui n’a cessé de défendre et de
promouvoir des rapports pertinents entre la
culture moderne et le christianisme.
Des ouvrages
éclairants fondés sur sa riche expérience
sociale, éducative, politique et ecclésiale.
Des combats
nécessaires pour des débats de fond dans une
institution qui depuis un bon moment s’y refuse.
Quelque chose ici qui rappelle les affrontements
cruciaux entre Paul et Pierre au début de
l’Église. Mais surtout une dynamique qui tient
de l’importante tradition prophétique
inspiratrice de tous les renouveaux historiques
de l’Église.
Un bon serviteur
de la liberté, surtout celle de la conscience et
celle de la foi. Et oui, la conscience humaine
n’est-elle pas le sanctuaire où Dieu lui-même
n’y entre que sur notre invitation.
Et cette autre
conviction : selon Jésus de Nazareth et aux yeux
de Dieu, ce n’est pas d’abord la religion qui
démarque les êtres, mais leur humanité ou leur
inhumanité. Conviction qui amène le chrétien à
cheminer avec tous ceux, croyants et incroyants
qui travaillent à l’humanisation dans toutes ses
dimensions.
Et sa tendresse
qui a fait de lui, au quotidien, un sacré bon
époux, un père très présent et attentif, et un
merveilleux grand-père. Comment ne pas célébrer
ici Marie-Berthe. Elle est du meilleur cru de la
femme moderne et une formidable éducatrice. Une
famille réussie quoi!
Tel est, me
semble-t-il un écho au testament spirituel de
Jean-Paul.
Nous sommes ici
de toutes les postures religieuses ou
humanistes. Mais nous avons en commun la même
condition de base face aux rapports entre la vie
et la mort. Du bord de la mort on ne mesure pas
la vanité de la vie, mais sa grandeur, sa
beauté, sa gravité.
Nous sommes
aussi, ici, dans une église chrétienne porteuse
d’une parole particulière, singulière qui bien
comprise, n’a rien d’un monopole de la vérité.
On ne possède pas la vérité, on a besoin de la
vérité des autres. Il en est ainsi de Dieu autre
qui nous a risqués libres pour une alliance
offerte gratuitement à notre liberté, de plein
pied avec Lui. Il a voulu être une parole parmi
les nôtres. Quelle leçon pour ceux qui
absolutisent leur religion, leur morale ou leur
dogme qu’il soit religieux ou laïque.
Permettez-moi de
citer ici un témoin de ceux qu’on appelle des
incroyants, des agnostiques ou des athées.
Disons d’abord que ces nominations négatives me
semblent injustes. Et encore plus aujourd’hui où
un nombre grandissant de nos contemporains
veulent aller au bout de leur humanité jusque
dans ses profondeurs spirituelles, sans religion
ou croyance en Dieu.
Je suis entrain
de lire le dernier ouvrage d’un philosophe athée
que j’estime beaucoup. Il s’agit d’André Comte
Sponville et de son livre qui s’intitule
L’esprit de l’athéisme.
Cet extrait du
livre donne un sens émouvant et pertinent à ce
que nous sommes entrain de vivre dans cette
cérémonie d’adieu.
« Ce que la
religion chrétienne apporte, lorsqu’on a perdu
un être cher, ce n’est pas seulement une
consolation possible; c’est aussi un rituel
nécessaire. Une veillée funèbre, une oraison,
des chants, des prières, des symboles, des
attitudes, des rites, des sacrements. On
n’enterre pas un homme comme une bête. On ne le
brûle pas comme une bûche. Le rituel chrétien
marque cette différence, il la souligne, il la
confirme. Et oui, le christianisme humanise la
mort et la civilise (et l’ouvre sur un horizon
de sens et chez les croyants chrétiens, sur
Dieu) ».
Le respect de ce
philosophe athée pour nous chrétiens devrait
nous inviter à mieux comprendre et accueillir la
plausibilité de sa propre option. Et oui, il y a
aussi de la vérité hors de chez soi. Je pense
que Jean-Paul signerait ce propos.
Mais revenons au
testament spirituel de Jean-Paul.
Dans la foulée
de l’Évangile de ce matin, il y a d’autres
perles de son testament.
« Je ne vous
quitte pas, j’arrive sur l’autre rive dans les
bras des miens qui m’ont précédé. Je serai votre
pied-à-terre sur la rive de l’éternité. Et je
veillerai sur vous qui êtes sur la rive du
temps; c’est un des plus beaux cadeaux que le
Dieu du Ressuscité nous a fait. Bien sûr, c’est
là un grand mystère. Mais quelle espérance
inestimable! »
Pour nous
chrétiens, la mort c’est un peu comme la lampe
qui s’éteint quand se lève un nouveau jour. Et
le chrétien altruiste qu’est Jean-Paul ajoute
ceci : « Quand on quitte cette terre il ne reste
que ce que l’on a donné. »
En terminant je
vais évoquer des symboles seuls capables
d’exprimer l’indicible de l’âme humaine et aussi
de la foi.
D’abord Paul
Éluard et puis François Mauriac.
La nuit n’est
jamais complète.
Il y a toujours
au bout du chagrin
une fenêtre
ouverte,
une fenêtre
éclairée.
Il y a toujours
un rêve qui veille,
désir à combler,
faim à satisfaire.
Un cœur généreux
Une main tendue
Une main ouverte
Des yeux
attentifs
Une vie, la vie
à partager.
Peut-on mieux
dire notre foi en celui qui seul peut nous
entraîner au-delà de la mort, de nos deuils
inconsolables.
Dans une société
où tout se joue à court terme, dans une culture
narcissique de l’individu qui pense et agit
comme s’il n’y avait rien avant lui et après
lui, il est bon de se rappeler cette pensée
chrétienne de François Mauriac.
«Nous sommes
libres de lutter contre le sommeil de la mémoire
et de l’oubli … Dieu nous a donné la grâce de
ressusciter en nos âmes la présence de ceux qui
dans nos vies ont été un sang chaud, un cœur
brûlant, aimant et aimé …»
Nous sommes
d’une tradition charnelle et spirituelle qui
traite de la naissance et de la mort,
Du pain et du vin,
De l’angoisse et du désir,
De l’homme et de la femme,
De la justice et de l’amour
Comme des constituants sacrés
De la vie et de la conscience humaine,
Comme des traces fulgurantes
De l’esprit de Dieu qui, au matin du monde,
Nous a inspiré un souffle, un élan qui
Cogne toujours à notre vœu d’immortalité …
Avec le fol
amour entêté des nôtres, de notre coin de terre,
et de l’arbre de vie que nous y avons planté,
redisons-le :
Cette parole
souvent confuse que nous murmurons dans la nuit
de notre plus intime mystère
Ce cœur silencieux qui est le nôtre avec ses
cris étouffés quand il éclate de peine
Ce visage obscur de notre plus secrète aventure
intérieure en quête de sens et d’espoir
Tout cela appelle le jour et la lumière à la
source comme à l’horizon de nos courages, de nos
amours, de nos abandons, de nos re-partances,
envers et contre tout.
Mais tu le sais,
Seigneur, notre cœur est inquiet jusqu’à ce
qu’il se repose en toi et en ces êtres à travers
qui tu nous as aimés.
Mon cher
Jean-Paul, que Dieu te garde au milieu des
tiens. Veille sur eux.
Et nous tes amis
et tes collègues
Longtemps, longtemps après ta mort
Nous dirons, non tu n’es pas mort
Six pieds sous terre, tu frères encore.
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