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Aussi loin que je puisse me le rappeler, la
première chose que j'ai observée de mon papa,
c'est que c'était un homme amical et chaleureux.
Ce n'était pas de la politesse, ce n'était pas
de la gentillesse, c'était de l'amitié.
Une sorte de volonté d'ouverture. Une volonté
d'établir d'emblée un rapport fraternel avec
tout le monde. Avec les proches comme avec les
plus parfaits étrangers, du garagiste de la rue
Fleury à la cuisinière du petit Poucet à
Sainte-Adèle. Sincèrement, le petit garçon que
j'étais était ravi et extrêmement rassuré.
Assez rapidement, j'ai commencé à réaliser qu'au
delà de cette façon d'être conviviale, il y
avait un véritable engagement social. Mon papa
avait été des mouvements étudiants, du mouvement
ouvrier, de la coopération agricole, de
l'éducation populaire... De tout ce qu'on a
appelé plus tard la Révolution tranquille. A la
recherche d'un monde plus juste où tous
pouvaient vivre dignement.
Bien souvent, l'engagement social conduisait au
combat : un combat sans haine contre la grande
noirceur, contre le conformisme, contre le
conservatisme... Et là il n'y avait pas
d'autorité trop tentaculaire. Il a fallu du
courage pour tenir tête à Duplessis, et pour
plus tard contester le pape!
Heureusement, notre papa, nos parents n'étaient
pas seuls! Il semble que l'amitié et l'ouverture
aux autres produisent des dividendes.
Régulièrement, la maison et la table se
remplissaient de monde : de la famille, des
amis, beaucoup d'amis, des hommes, des femmes,
tous, de différentes façons, engagés dans le
progrès social.
Autour de cette communauté animée on a pu sentir
beaucoup de chaleur humaine, un certain art de
vivre et parfois faire des rencontres qui
relèvent du merveilleux.
À 82 ans, papa, tu as eu une vie bien remplie,
que tu as menée fier et droit, mais vraiment
droit, une droiture difficile à reproduire; tu
fais partie de ceux qui ont réussi à amener le
changement.
Je ne peux pas te saluer sans parler de ton
humour et de ton humilité; l'humour et
l'humilité des gens intelligents qui réalisent
l'énormité de la tâche mais qui vont s'y atteler
quand même avec sérénité.
Papa, on t'aime beaucoup. Beaucoup de gens t'ont
aimé. Tu as beaucoup aimé les gens. Tu as
beaucoup aimé maman et nous tous, sur quatre
générations. Et tu as beaucoup aimé la vie.
Il y a une partie de toi qui reste avec nous, et
c'est quelque chose de très beau et de très
humain: ce sont des valeurs d'une grande clarté,
des valeurs d'homme vrai, qui nous
accompagneront et nous émouvront pour toujours.
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