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Hommage rendu lors des funérailles de mon père (7 avril 2009)
Jean Lefebvre

 

 


 

Aussi loin que je puisse me le rappeler, la première chose que j'ai observée de mon papa, c'est que c'était un homme amical et chaleureux.

Ce n'était pas de la politesse, ce n'était pas de la gentillesse, c'était de l'amitié.

Une sorte de volonté d'ouverture. Une volonté d'établir d'emblée un rapport fraternel avec tout le monde. Avec les proches comme avec les plus parfaits étrangers, du garagiste de la rue Fleury à la cuisinière du petit Poucet à Sainte-Adèle. Sincèrement, le petit garçon que j'étais était ravi et extrêmement rassuré.

Assez rapidement, j'ai commencé à réaliser qu'au delà de cette façon d'être conviviale, il y avait un véritable engagement social. Mon papa avait été des mouvements étudiants, du mouvement ouvrier, de la coopération agricole, de l'éducation populaire... De tout ce qu'on a appelé plus tard la Révolution tranquille. A la recherche d'un monde plus juste où tous pouvaient vivre dignement.

Bien souvent, l'engagement social conduisait au combat : un combat sans haine contre la grande noirceur, contre le conformisme, contre le conservatisme... Et là il n'y avait pas d'autorité trop tentaculaire. Il a fallu du courage pour tenir tête à Duplessis, et pour plus tard contester le pape!

Heureusement, notre papa, nos parents n'étaient pas seuls! Il semble que l'amitié et l'ouverture aux autres produisent des dividendes. Régulièrement, la maison et la table se remplissaient de monde : de la famille, des amis, beaucoup d'amis, des hommes, des femmes, tous, de différentes façons, engagés dans le progrès social.

Autour de cette communauté animée on a pu sentir beaucoup de chaleur humaine, un certain art de vivre et parfois faire des rencontres qui relèvent du merveilleux.

À 82 ans, papa, tu as eu une vie bien remplie, que tu as menée fier et droit, mais vraiment droit, une droiture difficile à reproduire; tu fais partie de ceux qui ont réussi à amener le changement.

Je ne peux pas te saluer sans parler de ton humour et de ton humilité; l'humour et l'humilité des gens intelligents qui réalisent l'énormité de la tâche mais qui vont s'y atteler quand même avec sérénité.

Papa, on t'aime beaucoup. Beaucoup de gens t'ont aimé. Tu as beaucoup aimé les gens. Tu as beaucoup aimé maman et nous tous, sur quatre générations. Et tu as beaucoup aimé la vie.

Il y a une partie de toi qui reste avec nous, et c'est quelque chose de très beau et de très humain: ce sont des valeurs d'une grande clarté, des valeurs d'homme vrai, qui nous accompagneront et nous émouvront pour toujours.

 

 

 

 

 

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