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Cette image d’un
homme debout, si joliment exprimée dans une
chanson de Georges Dor, traduit parfaitement la
nature, la vie et l’action de Jean-Paul
Lefebvre. Je ne connais personne qui a exercé
son métier d’homme et de croyant avec une plus
grande liberté de conscience et une plus grande
assurance.
Les membres du Réseau Culture et Foi se souviendront avec
affection de Jean-Paul Lefebvre, décédé le 3
avril dernier. Il fut, avec le P. Richard
Guimond, o.p., notre père fondateur, mais aussi
un prophète, un ami fidèle et un frère. Partout
où la vie l’a conduit, dans les mouvements
d’Action catholique, dans le syndicalisme, dans
le travail d’éducation populaire, comme député
d’un parti politique et, enfin, comme
fonctionnaire, il a vécu sa vie «debout». Tout
son parcours est marqué par son humanisme, par
sa foi, par son courage et par sa volonté de
changer le monde et de le rendre meilleur.
On ne saurait
trop souligner son profond attachement à
l’Église et sa volonté d’en faire une société où
les laïques jouent pleinement leur rôle de
membres du Peuple de Dieu et participent
activement à sa vie. Faciliter l’inculturation
de la foi dans notre société, rendre l’Église
institution moins autoritaire et moins
centralisatrice, moins cléricale et plus
fraternelle, moins préoccupée de ses structures
et plus fidèle à l’Évangile, dans la foulée de
Vatican II, voilà les objectifs fondamentaux qui
ont animé Jean-Paul.
L’exercice de la
fonction critique au sein de l’Église et sur la
place publique s’inscrivait dans cette
perspective. Elle était pour lui, un aspect
indissociable de la vie des baptisés. L’élection
du pape Jean XXIII et la tenue du concile
Vatican II avaient enthousiasmé Jean-Paul et
l’avaient convaincu que l’Église s’était
vraiment engagée sur la voie de la modernité et
du renouvellement. La publication, en juillet
1968, de l’encyclique Humanae vitae du
pape Paul VI a refroidi rapidement son
enthousiasme et mettait fin aux espoirs suscités
par Vatican II.
Avec cette
encyclique, l’Église venait de subir une perte
irréparable de crédibilité et avait raté un
rendez-vous historique avec la culture de notre
époque. Et les fidèles ont été nombreux déserter
l’Église avec fracas ou dans le silence le plus
total. Comment Paul VI avait-il pu soustraire à
l’autorité du Concile et se réserver pour lui
seul la question de la régulation des
naissances? Comment, surtout, avait-il pu
ignorer l’avis de deux Commissions qu’il avait
lui-même créées et dont il avait nommé les
membres? Au moment de la parution de
l’encyclique, la plupart des théologiens (et
sans doute des évêques) croyaient que la
fécondité était un devoir essentiel de la vie
des couples mais que chacun des rapports sexuels
n’avait pas obligatoirement à être fécond? Sur
cette question, Jean-Paul était intarissable.
Il est possible
que le regard critique de Jean-Paul sur l’Église
l’ait fait considérer par certains comme un
ennemi et que certains plus conservateurs aient
été quelque peu scandalisés par son ton
polémique. Pourtant ses trois œuvres –
L’Église a-t-elle abandonné les croyants?
en 1993, Lettre aux évêques du Québec en
2001, et son livre virtuel La liberté dans la
foi mis sur le web en 2005 – sont en réalité
une recherche vigoureuse de dialogue.
Un dialogue qui
naît d’une foi et d’un amour profonds, qui n’a
pas peur de dénoncer ce qui lui apparaît manque
de lucidité ou manque de courage de la part de
la hiérarchie, et qui ne demande pas mieux que
de voir l’autre en face lui répondre... Certains
grands témoins de notre milieu l’ont bien
compris – pasteurs, théologiens et
théologiennes, croyants et croyantes de la base
– qui sont devenus ses amis, ses interlocuteurs
privilégiés dans cette recherche d’un renouveau
ecclésial.
Ce désir de
renouveau lui a fait créer le Réseau Culture et
Foi. Il voulait s’assurer que les richesses de
notre foi et de notre culture chrétiennes
puissent être transmises aux prochaines
générations et qu’une authentique spiritualité
chrétienne pour les laïques soit possible dans
le plein respect des valeurs séculières
auxquelles notre époque est si attachée. Il nous
a d’ailleurs laissé
un vibrant
témoignage là-dessus.
Nous vénérerons
la mémoire de cet homme en étant fidèles à son
idéal et à ses intuitions.
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