|
Neuf femmes nord-américaines recevront
l’ordination sacerdotale ou le diaconat le 25
juillet 2005 lors d’une cérémonie présidée par
Christine Mayr-Lumetzberger (Autriche) et Gisela
Forster (Allemagne) devenues évêques au printemps
2003. Pour bien symboliser la précarité de la
situation de la femme en Église, l’événement se
déroulera sur un bateau naviguant dans les eaux
internationales du golfe du Saint-Laurent.
Le projet fait suite à l’initiative d’un groupe de sept
femmes ordonnés prêtres en 2002 sur le Danube. De
là est issu un mouvement le RCWP (Roman catholic
Womenpriests Program) dont le but est de favoriser
la pleine accession de femmes à la prêtrise,
c'est-à-dire en conformité avec les exigences du
rituel romain.
Depuis, les ordinations se sont succédé : en août 2003, en
Espagne, celle de sœur Patricia Fresen (Afrique du
Sud), dominicaine, qui sera par la suite expulsée
de son ordre sous la pression du Vatican. Le 2
juin 2004, à nouveau sur le Danube, six femmes
sont devenues diacres, dont une Française,
Geneviève Beney, qui accédera à la prêtrise le 2
juillet 2005 à Lyon, et une canadienne, Michele
Birch-Conery qui compte parmi les neuf futures
ordonnées du 25 juillet.
Prises entre leur attachement au catholicisme et leur désir
de faire évoluer cette Église qu’elles aiment,
fait remarquer sœur Patricia Fresen, théologienne
et directrice du séminaire, des femmes
s’inscrivent volontiers au programme de formation
destiné aux aspirantes au sacerdoce mis sur pied
par les deux évêques susmentionnées. Une seule
règle les guide : ne pas déroger au rituel et
procédures établis pour les circonstances par le
Vatican. La réponse des femmes montre que leur
initiative est manifestement inspirée par
l’Esprit.
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le cheminement
de carrière accéléré des deux premières femmes
évêques : prêtres sur le Danube en 2002, elles
seront consacrées évêques au printemps 2003 à
Passau par un évêque schismatique selon certains
ou par un groupe d’évêques en bons termes avec
Rome selon d’autres. A ceux qui leur en feront la
remarque, elles répondront qu’il est temps de
passer des bonnes intentions aux actes, de forcer
le débat et d’écrire une page d’histoire. Plus
tard, quand les documents attestant de la validité
de leur ordination seront publiés, le monde aura
évolué et leur geste visionnaire sera mieux
apprécié. Entre-temps, les nouvelles recrues
entendent protester contre la discrimination
sexiste au sein de l’Église catholique, quitte à
ce qu’elles soient excommuniées par après.
Car ce geste pose de sérieuses questions aux canonistes et
gardiens de l’orthodoxie, comme le fut le
responsable de la Congrégation pour la doctrine de
la foi, le cardinal Ratzinger, avant de devenir le
pape Benoît XVI. Régie par le droit canonique,
l’administration des sacrements est en effet
valide si les effets du sacrement sont
réellement conférés et licite si le tout
est conforme au droit canon (le code juridique qui
régit l’institution ecclésiastique romaine). Or
une femme, comme le pain avec levain pour célébrer
l’eucharistie, représente une matière
illicite pour l’octroi du sacrement de l’ordre,
bien que pour ceux qui le reçoivent le sacrement
reste valide. Un jour, espèrent-elles, l’Église
acceptera que la personne du Christ soit
représentée par une femme et qu’elle soit
considérée à l’égal des hommes comme un signe
du sacrement.
Mais dans le contexte actuel, la réaction de la Congrégation
pour la doctrine de la foi a été rapide : elle a
déclaré invalide et nulle les ordinations du
Danube quinze jours seulement après les événements
et excommunié les sept femmes qui y ont participé
de même que les deux évêques qui l’ont présidée.
Cette réaction ne devait pas mettre fin aux
aspirations des femmes qui revendiquent la
reconnaissance de leur rôle dans l’Église et une
pleine accession au ministère sacerdotal tout en
préservant son origine apostolique. Profondément
attachée à leur institution, elles rejettent en
effet l’idée d’une ordination qui ne serait pas
conforme aux préceptes et au cadre juridique
romains. Pas d’Église parallèle donc, mais le même
désir d’ouvrir une porte à toutes celles qui
désirent être ordonnées selon la tradition
catholique romaine.
Selon Judith Johnson, la stratégie est porteuse. « La
première étape consistait à préserver notre
héritage et notre tradition catholique sans
quitter l’Église mais en amorçant son renouveau.
Ce parcours nous appartient à toutes. En Amérique
du Nord, il commencera en juillet 2005, sur la
voie maritime du Saint-Laurent. » Attendons de
voir si la hiérarchie acceptera ou refusera à
nouveau d’ouvrir le débat.
Pour des informations
supplémentaires :
Sur
le site de la Women's Ordination Conference (WOC),
l'article de Judith Johnson,
Ordinations on the St. Lawrence.
[
RETOUR ]
|