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Moncton (Nouveau-Brunswick), le 11
mars 2006 : table ronde organisée par le Comité
diocésain pour les femmes en Église.
Je me sens à la fois privilégiée et bien petite pour vous
parler d’un sujet aussi complexe que celui du rôle
de la femme dans l’Église.
C’est dans un contexte de silence, de recueillement et de
prière que m’a paru clairement le besoin de parler
encore du rôle de la femme dans l’Église en 2006,
car l’égalité des sexes est loin d’être acquise.
Ceci se vérifie, bien sûr, dans toutes les sphères
de la société. Que l’on pense à la question de
l’équité salariale, aux postes gouvernementaux où
les femmes sont beaucoup moins nombreuses que les
hommes.
Cependant aujourd’hui on voit des femmes jouer des rôles
primordiaux dans notre société moderne. Vous en
connaissez sans doute qui occupent les postes de
gouverneure générale, de présidente ou de
chancelière d’un pays, de générale d’armée, de
sénatrice, de juge à la Cour Suprême, de ministre
d’État, de ministre du culte dans une communauté.
Ces réalités encore rares, montrent
que la femme du 21e siècle peut accéder
à des postes de prises de décisions.
Mais il
est surprenant de constater qu’au niveau des
grandes religions, la femme n’a aucune place quand
il s’agit de postes de direction. Avez-vous déjà
vu une communauté musulmane dirigée par une femme
imanm comme chef de
prière dans une mosquée? Avez-vous déjà vu une
femme élue rabbin par le consistoire israélite?
Dans le christianisme, certaines églises protestantes ont
ordonné des femmes. Je pense entre autre à Lytta
Basset, pasteure et professeure de théologie en
Suisse. Elle est considérée, sur la scène
internationale, comme une des grandes figures de
la pensée chrétienne contemporaine. Elle est
l’auteure de 11 volumes qui lui ont valu la
qualification de « maître spirituel ». On pourrait
énumérer toute une liste de femmes de la même
envergure, toutes spécialistes en théologie :
Sandra Schneiders, Elizabeth Schüssler-Fiorenza,
Joan Chittister, Elizabeth Johnson…
Même si j’ai mentionné plusieurs femmes considérées comme de
grandes théologiennes et que j’ai lu leurs oeuvres
afin de mieux connaître leur pensée, je ne suis
pas pour autant une féministe engagée. Je joue
plutôt un rôle pacifiste et modeste au sein de
l’Église pour une raison bien simple : c’est Jésus
qui m’attire. Sa pédagogie faite de tendresse et
de respect de l’autre, sa façon de s’y prendre
pour remettre les gens debout me fascinent.
Notre Église fonctionnerait-elle mieux si la hiérarchie
romaine était remplacée par un corps féminin? Nul
ne peut l’affirmer. Ce que je déplore dans
l’Église hiérarchique, ce n’est pas tant sa
position sur la question du sacerdoce pour les
femmes, mais plutôt le mutisme qu’on leur impose
concernant les grandes questions et la vie même de
l’Église. Il faut admettre que notre Église
hiérarchique et dirigeante est dysfonctionnelle,
comme d’ailleurs toute famille et toute personne.
Pour qu’elle devienne plus équilibrée et en santé,
il faudra plus d’humilité de part et d’autre,
c’est-à-dire que l’homme et la femme ne se voient
plus comme des rivaux, mais complémentaires et
égaux dans leurs richesses et leurs pauvretés
respectives.
Quelle richesse pour notre Église si l’intuition féminine
était déployée à plein! J’appuie ce que je viens
de dire par une citation d’Yves Duteil,
auteur-compositeur-interprète français et maire de
Précy-sur-Marne, en France : « Ne serait-il pas
temps de trouver notre place entre Mars et Vénus,
d’inviter Ying et Yang au même repas? Il y a trop
longtemps que nous sommes orphelins de l’un ou de
l’autre... Le mythe du guerrier a fait son temps.
La douceur apaise les peurs, permet de faire
tomber l’armure, d’apprendre à baisser la garde. »
(Panorama, décembre 2005, No. 416, page 28)
Mon expérience de 25 années dans la pastorale catéchétique
des adultes m’a convaincue que la grande faiblesse
dans le leadership de l’Église n’est pas mauvaise
volonté, ni manque de dévouement, mais un manque
réel de la contemplation de la personne de Jésus
et de la Parole de Dieu. Seuls les contemplatifs
dans l’action réussissent à toucher le cœur des
humains et à les rejoindre dans leur vécu
quotidien, comme Jésus savait si bien le faire.
« Dieu divinise ce que nous humanisons » disait
François Varillon.
Mon rêve pour l’Église, c’est que nous arrivions ensemble –
laïques, prêtres et religieux – à partager notre
vécu à la lumière de l’Écriture Sainte. Le petit
outil « Parole et Vie », préparé par une équipe du
diocèse de Rouyn-Noranda sous la direction du Père
Pierre Goudreault, nous donne la chance et
l’opportunité de solidifier nos liens et de
réaliser que nous avons tous et toutes besoin les
uns des autres pour grandir humainement et
spirituellement.
J’appuie ma constatation par une citation de Francine Carillo,
pasteure protestante à Genève, poète et écrivaine.
Interviewée par Anne Ponce qui lui posait
récemment cette question : « Y a-t-il une façon
féminine d’être pasteur? », elle répond :
... Un
jour, j’ai eu une discussion passionnante avec un
collègue. Il me confiait : ‘Quand je prêche, j’ai
dans l’idée qu’il faut que j’amène mes auditeurs
quelque part. J’argumente pour les conduire en un
lieu précis.’ Je me suis rendu compte que telle
n’était pas du tout ma conception de la
prédication et peut-être même du ministère!
C’est-à-dire, moi, j’ai plutôt envie de partager
ce qui m’habite, de dire ce qui me nourrit. Quand
je prépare mes prédications, il me faut du temps
jusqu’à ce que le texte me rencontre à
l’intérieur, me mette en route. Si je n’ai pas ce
déclic, je ne suis pas satisfaite, il faut que
j’attende que quelque chose m’arrive pour que je
puisse en parler. Je n’aime pas ces discours
généraux où on parle toujours de la même chose,
quel que soit le texte. On parle beaucoup, on
emploie de grands mots sans rien dire au fond...
Peut-être que les hommes ont en effet cette
tendance à penser qu’ils sont là pour mener le
troupeau. Alors que les femmes songent d’abord
à partager la vie.
J’ai très
peur des discours clos ou dogmatiques. Je m’en
méfie, car ils ne rencontrent pas les gens dans
leur quête, ils ferment la porte. D’où
l’importance de former de petits groupes pour le
partage de la Parole. La Parole est au milieu de
nous, nous nous disons l’Évangile les uns aux
autres... Rien ne me rejoint plus que d’entendre
les gens prendre la parole, car ils me racontent
Dieu. Comme pasteur, je ne pense pas avoir le
monopole de la Parole. ...
Dieu se
dévoile au fil de nos vies et de nos rencontres.
Mais il n’est jamais là comme un objet sur lequel
on pourrait mettre la main. Le problème est
qu’aujourd’hui, nous avons beaucoup de mal à
trouver les mots pour en parler, pour l’annoncer :
on a l’impression d’utiliser un langage usé. Mais
ce n’est pas l’Évangile qui est usé, c’est la
manière de le dire! (Panorama – le mensuel
chrétien de spiritualité – janvier 2006, no. 417,
page 13 ...)
Aux femmes qui sont devant moi ce matin et à toutes les
femmes de par le monde, je dis, en empruntant une
citation du moine Enzo Bianchi, fondateur d’une
communauté monastique en Italie : « Sache vivre le
temps d’attente. L’attente n’est pas signe de
faiblesse, mais de force, de stabilité, de
conviction, c’est une responsabilité. Elle invite
au partage. L’attente n’est pas une attitude
passive, ni une évasion, mais un mouvement actif.
... C’est une action qui ne se limite pas à
l’aujourd’hui, mais opère dans le futur, en
tournant notre esprit vers un avenir. Sans cette
claire compréhension, c’est le fatalisme ou
l’impatience qui nous menacent. »
Donc, femme d’aujourd’hui, toi qui attends depuis les débuts
de l’humanité d’être l’égale de l’homme, pose-toi
cette question : Te distingues-tu par une
espérance certaine?
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