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Les 27 et 28 octobre dernier, à Montréal, plus
de 130 personnes se sont rassemblées pour
débattre d’une question incontournable pour la
crédibilité de la foi et l’avenir de l’Église.
Organisé par le Centre justice et foi, en
partenariat avec le Centre Saint-Pierre, Femmes
et Ministères et L’autre Parole, ce colloque
avait pour titre « L’accès des femmes aux
ministères ordonnés dans l’Église catholique :
une question réglée? » Véritable succès
d’assistance – faisant mentir ceux qui croient
qu’il n’y a plus personne qui s’intéresse à ce
débat –, ces assises ont été l’occasion de
constater que, malgré l’interdit « officiel »,
des recherches et des expérimentations se
poursuivent au sein même du catholicisme.
En effet, des catholiques déconstruisent les
arguments qui servent à justifier le refus
d’ordonner des femmes, reconnaissent le
discernement de celles qui aspirent au diaconat
et au presbytérat, renouvellent la théologie des
ministères, expérimentent d’autres pratiques de
leadership ecclésial et s’intéressent à
l’expérience des Églises qui ont ouvert la voie
ministérielle aux femmes.
Ainsi, lors de la conférence inaugurale du
colloque, l’exégète Olivette Genest a
relu, à la lumière de l’exégèse biblique, les
arguments avancés par les autorités romaines
pour refuser l’accès des femmes aux ministères
ordonnés. Selon elle, « les passages bibliques
retenus comme réservant le sacerdoce ministériel
aux hommes sont fort vulnérables. En leur
qualité de textes marginaux et mineurs par
rapport aux grands enjeux théologiques et
christologiques de la Bible, ils ne peuvent
guère servir à étayer des conclusions
doctrinales en théologie des ministères.
Surtout, étant donné leur complexité, ils
demeurent en attente d’une herméneutique plus
poussée ».
Le lendemain matin, Marie-Thérèse van Lunen
Chenu, cofondatrice de l’association
française Femmes & Hommes en Église, a rappelé
que « si, dans la société civile des pays qui se
réfèrent à la norme des droits humains, le
sexisme est prohibé par les lois mais perdure
dans les mœurs, dans les structures
institutionnelles catholiques, le sexisme est
encore la règle – à la fois dans les mœurs et
dans les lois ». Cet enfermement du catholicisme
sur lui-même pourra-t-il perdurer encore
longtemps? Susan Roll, théologienne de
l’Université Saint-Paul, a ensuite parlé de
l’impact « symbolique », pour les croyantes, de
la non-représentation des femmes au sein de la
hiérarchie catholique – en termes d’image de
soi, de rapport au pouvoir et de rapport au
sacré. Puis, Pauline Jacob – dans la
foulée de sa thèse doctorale soutenue à
l’Université de Montréal –, a rendu compte de sa
recherche fort interpellante auprès de femmes
qui discernent présentement un appel à
l’ordination dans l’Église catholique du Québec.
En après midi, une table ronde à teneur
œcuménique a permis à Patricia Peacock,
prêtre anglicane, et à Faye Wakeling,
pasteure de l’Église unie, d’exposer les
processus et instances de décision, au sein de
leur Église respective, ayant favorisé l’accès
des femmes aux ministères institués. En écho à
ces présentations, Gisèle Turcot,
ancienne présidente de la Conférence religieuse
canadienne, a dressé l’historique et le portrait
de la situation actuelle au cœur du catholicisme
où, malgré le « blocage romain », de multiples
lieux d’expérimentation, de résistance et de
discernement s’organisent.
À partir de ces riches exposés – et sous
l’habile animation de la sociologue
Marie-Andrée Roy –, ce colloque a permis aux
participantes et aux participants de
s’approprier le débat par le biais d’un travail
en ateliers, où ils ont pu élaborer des pistes
d’action pour contrer le sentiment d’impasse et
interpeller l’institution. Ces pistes se
regroupent en cinq volets : 1) mettre en réseau
les femmes qui discernent un appel à
l’ordination et établir des alliances entre
différents groupes nationaux, internationaux et
œcuméniques qui sont préoccupés par cet enjeu;
2) rompre le silence sur la question de
l’ordination des femmes en développant des
stratégies de communication pour que ce débat
soit présent dans l’espace public et pour que
les « pratiques ministérielles »
qu’accomplissent déjà nombre de femmes dans
l’Église catholique soient enfin reconnues; 3)
faire mieux connaître la recherche, les
arguments favorables à l’ordination des femmes
et la fragilité des positions romaines par un
travail d’éducation et de sensibilisation de la
population; 4) interpeller nos évêques, leur
présenter des candidates au sacerdoce soutenues
et accompagnées par des communautés chrétiennes
et leur demander de tenir compte de ce
discernement; 5) enfin, mettre en œuvre des
actions ponctuelles : colloques, interventions
médiatiques, activités attirant l’attention sur
un « autre visage » de l’Église.
Une
liturgie d’envoi, présidée par Annine Parent,
a conclu ces assises en célébrant la reprise
d’une parole collective, au sein du catholicisme
québécois, sur cet enjeu fondamental.
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