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Jésus, un jour de sabbat, passait à travers des
champs de blé et ses disciples se mirent, chemin
faisant, à arracher des épis. Les Pharisiens lui
disaient : «Regarde ce qu’ils font le jour du
sabbat! Ce n’est pas permis.» Et il leur dit:
«Vous n’avez donc jamais lu ce qu’a fait David
lorsqu’il s’est trouvé dans le besoin et qu’il a
eu faim, lui et ses compagnons, comment, au temps
du grand prêtre Abiathar, il est entré dans la
maison de Dieu, a mangé les pains de l’offrande
que personne n’a le droit de manger, sauf les
prêtres, et en a donné aussi à ceux qui étaient
avec lui?» Et il leur disait: «Le sabbat a été
fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat,
de sorte que le Fils de l’homme est maître même du
sabbat.»
Marc 2, 23-28
Si je commence par citer cet extrait de l’Évangile
de Marc qui nous était proposé cette semaine,
c’est pour signifier au point de départ que le
mouvement mondial en faveur de l’ordination des
femmes s’inspire d’abord et avant tout de la vie
et de l’enseignement de Jésus – ce Jésus qui nous
invite à le suivre et qui a osé contester une
autorité religieuse dûment mandatée. Et c’est là,
justement, que se situe le discours du mouvement
en faveur de l’ordination des femmes. Ce soir, mes
propos porteront donc sur le chemin parcouru par
le mouvement WOW. Je ferai un bref rappel de son
historique, des suites données aux résolutions
passées à Dublin en 2001, nos activités entre 2001
et 2005 et le colloque d’Ottawa en juillet 2005.
Enfin, je vous parlerai des projets d’avenir et du
modus operandi que nous voulons privilégier
dès la prochaine réunion du comité directeur qui
aura lieu en mars prochain à Londres.
Fondation
Le réseau WOW est né au terme du Premier synode
européen des femmes, en juillet 1996, à Gmunden
en Autriche. Quatre-vingts participantes au
synode voulaient aborder de front la question de
l’accès des femmes aux ministères ordonnés dans
l’Église catholique, en dépit de la publication
quelque deux années plus tôt d’Ordinatio
sacerdotalis et surtout des précisions
apportées par la réponse Ad dubitum du
préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la
foi. Le débat officiel sur la question
était désormais hermétiquement clos. Et ce, en
dépit des conclusions d’une commission
théologique et de l’apport à l’Église de toutes
ces femmes qui sont devenues expertes en
théologie systématique, dogmatique et
pastorale, en exégèse, en anthropologie
religieuse, en archéologie, sans parler des
autres disciplines. Mais dans toute cette
multitude de femmes, aucune n’est trouvée digne
d’avoir accès ne serait-ce qu’au diaconat, faute
d’avoir un corps d’homme. Que faire? Comment
faire changer une loi qui ne relève ni de
l’Évangile, de la théologie, ni même de la
Tradition quand on remonte suffisamment loin
dans les faits?
En 1998, Myra Poole convoque à Londres une
réunion de représentantes des différents
regroupements nationaux intéressés afin
d’organiser un colloque international sur la
question.
Colloque de Dublin 2001
À Dublin, la conférencière principale Joan
Chittister décrit la tâche qui attend le jeune
mouvement : « Mettre tous nos regroupements à
l’oeuvre pour faire évoluer la théologie de
l’Église et rejoindre une masse critique des
fidèles; vivre un christianisme dangereux; nous
libérer des mandatums et organiser des
colloques, des débats publics comme ceux des
grandes disputes du Moyen Âge (...), des
sessions d’étude, écrire ou commanditer des
livres, créer des sites internet pour assurer
l’éducation permanente, préparer d’autres
conférences où les femmes peuvent s’exprimer en
toute liberté quoi que puissent en être les
conséquences... »
Plusieurs résolutions en vue d’actions concrètes
furent prises à la session de clôture de
Dublin. En voici un bilan sommaire :
1. Demander au pape de révoquer l’interdiction
de débattre sur l’ordination des femmes. Aucune
pétition mondiale adressée directement au Saint
Siège n’a été faite à ma connaissance.
2. Poursuivre le dialogue avec les évêques, les
prêtres et les laïcs de nos localités. Nous le
faisons avec plus ou moins de succès, car plus
souvent qu’autrement, les évêques répondent en
principe : Roma locuta est, causa finita.
3. Appeler les responsables de l’Église
catholique à restaurer le diaconat pour les
femmes conformément à l’Église primitive. Nous
l’avons demandé. Vous connaissez la réponse.
4. Encourager les femmes conscientes de leur
vocation à faire des études en vue du diaconat
et même de la prêtrise; soutenir l’organisation
de programmes de formation appropriée là où ils
n’existent pas. À ce chapitre, beaucoup de
travail a été fait. Des programmes ont été
institués dans plusieurs pays grâce aux cours
par correspondance, un séminaire virtuel et des
réseaux d’appui aux candidates. Des bourses
d’études sont mises à la disposition des femmes
qui veulent poursuivre leurs études
théologiques.
5. Promouvoir la cause par des manifestations
régulières, par une journée annuelle de prière
le 25 mars et par une conférence internationale
tous les 3 ou 5 ans. Effectivement, la tradition
s’installe dans de nombreux pays de manifester
en silence devant la cathédrale des divers
diocèses au moment de la Messe Chrismale. Des
liturgies se célèbrent le 25 mars dans tous les
coins de la planète pour célébrer l’appel des
femmes aux ministères. Un travail de traduction
se fait pour en faciliter le partage. Un second
colloque œcuménique international a eu lieu en
2005.
6. Adapter le langage liturgique pour inclure
l’expérience religieuse des femmes. Ce travail
se fait surtout «sur le tas» dans les petites
communautés, mais aussi par la publication de
liturgies par et pour des groupes féministes,
basé très souvent sur le travail des
théologiennes et des théologiens dans les
facultés. Ces textes foisonnent surtout dans les
petites églises domiciliaires animées par des
femmes perçues par leur communauté comme ayant
une vocation sacerdotale.
7. Demander que Rome reconnaisse la validité
des Ordres conférés à Ludmila Javarova et autres
de l’Église du silence (en l’ancienne
Tchécoslovaquie, par exemple). Ça s’est fait.
8. Trouver de l’aide financière pour aider
celles et ceux qui ont perdu leur situation en
raison de leur revendication de l’ordination des
femmes. Certaines agentes de pastorale ont
trouvé une nouvelle situation par
l’intermédiaire discrète de militantes et de
militants; les professeurs qui perdent leur
emploi s’en vont le plus souvent du côté des
facultés œcuméniques ou protestantes...
9. Encourager les personnes qui ont subi des
préjudices à exposer publiquement les foudres du
Vatican. Certaines personnes y sont
effectivement parvenues grâce aux médias ou à la
publication d’un livre ou d’un article de
journal. Je pense à Sr Carmel McEnroy, renvoyé
de son poste d’enseignante dans un séminaire
américain pour avoir signé une pétition dans le
New York Times. 10. Mettre rapidement en
place un système de courrier électronique qui
puisse faciliter le travail en réseau des
associations. Ce réseau est en place depuis
2002.
11. Enfin la Conférence a proposé que l’étole
violette soit adoptée comme symbole
international de la cause de l’ordination des
femmes.
Voilà pour le bilan de Dublin.
Entre deux conférences…
Le comité directeur de WOW s’est rencontré trois
fois: à Salzbourg en 2003 pour se doter d’une
constitution. Et comme les 7 femmes ordonnées
sur le Danube venaient d’être excommuniées, nous
avons demandé à Rome de lever la sanction. Peine
perdue. Nous avons aussi préparé une lettre
destinée à tous les canonistes de nos divers
pays et aux membres de la curie romaine, leur
demandant de changer le libellé du canon 1024
pour qu’il se lise persona baptisata au
lieu de vir baptisatus. Aucune réaction,
sauf d’un canoniste réputé qui nous a dit de
jouer plutôt la carte des droits de la
personne. Les deux rencontres subséquentes, en
2003 et 2004, ont surtout été consacrées à la
préparation du colloque 2005.
Ottawa 2005
Le thème du colloque d’Ottawa en dit long sur sa
visée: Rompre le pain, rompre le silence. Le
Christ appelle les femmes au leadership.
L’Eucharistie et la Parole sont au coeur de nos
préoccupations, et le Christ appelle aussi les
femmes à être «maîtres de la Parole, ministres
des sacrements et guides de la communauté», pour
reprendre le titre du document de la
Congrégation pour le clergé de 1999. Le mot
d’ordre de WOW étant «un sacerdoce renouvelé
dans une Église renouvelée», quel modèle de
leadership allions-nous privilégier dans une
communauté de disciples égaux? Chose assez
étonnante, nos conférencières n’ont pas fait
porter leur propos sur le leadership comme tel,
ni les qualités que devraient posséder, par
exemple, celles qui aspirent aux ministères
ordonnés. Pour résumer très brièvement,
elles nous ont plutôt incité à ne plus militer
pour l’ordination dans l’institution patriarcale
actuelle. Mieux vaudrait reconnaître dans nos
communautés les charismes de l’Esprit déjà à
l’oeuvre.
Elisabeth Schüssler Fiorenza en dresse une
longue liste : ministère d’engagement au niveau
politique, ministère de guérison, ministère
d’enseignement, ministère des beaux arts, et
ainsi de suite. (Son texte intégral sera publié
sous peu en français au site WOW2005). Rosemary
Radford Ruether pour sa part nous met en garde
contre le cléricalisme, ennemi juré de l’égalité
et de la justice: au lieu de nous accrocher, à
l’instar du clergé actuel, à l’avoir, au savoir
et au pouvoir, nous devons plutôt aspirer à
l’être, au partage et au service. Une table
ronde et quelque 40 ateliers ont fourni à plus
de 500 personnes un lieu propice pour échanger
sur tous les aspects de la lutte pour l’égalité
de droit et de fait des femmes dans l’Église
catholique. Aucun projet d’action précise
n’émane de ce colloque.
Projets d’avenir
Du 17 au 19 mars prochain, le comité directeur
de WOW se réunira à Londres pour son assemblée
annuelle. À ce moment-là, Jennifer Stark, membre
depuis 10 ans de CWO (Grande Bretagne) assumera
la présidence du mouvement. Nous avons convenu
qu’il ne s’agirait pas d’une simple réunion
d’affaires pour régler les questions d’ordre
administratif. Nos rencontres prendront l’allure
d’un synode, ou plutôt d’une démarche synodale.
Non pas pour faire concurrence au synode
européen des femmes mais bien pour faire un
bilan annuel du dossier et relancer certains
projets d’actions concrètes. La démarche
consistera en trois sessions de quatre étapes
chacune : une brève communication d’environ 20
minutes sur un sujet déterminé, suivi d’une
période d’échanges pour arriver à un consensus
sur les gestes concrets à poser. Cette année
nous aborderons les thèmes suivants: Faire le
bilan. Quel chemin a été parcouru dans
l’exécution des résolutions de 2001, plus
particulièrement en ce qui a trait au dialogue
avec la hiérarchie de l’Église. Comment rétablir
le dialogue lorsque le débat est censé être
clos? Comment convaincre les hautes instances
ecclésiastiques que cet enseignement est loin
d’être unanimement reçu par les fidèles? Dans un
deuxième temps, une réflexion sur l’Eucharistie,
source et sommet de la vie chrétienne. Peut-être
pourrions-nous publier un exposé complémentaire
qui reflète mieux les théologies
libérationnistes et féministes de notre époque.
Finalement, nous allons nous pencher sur trois
nouveaux ministères possibles pour notre
mouvement: i) celui de l’obéissance prophétique
(dans la ligne de ce que nous venons d’entendre
de Geneviève et de Patricia), ii) le ministère
d’accompagnement des femmes appelées aux
ministères ordonnées, pour les encourager à se
donner la formation théologique et
l’accompagnement spirituel dont elles ont
besoin, et iii) le ministère «d’irritation»
(pour reprendre l’expression de nos consoeurs
américaines), le devoir qui nous incombe de
revendiquer des prêtres pour nos communautés.
Car nous sommes persuadées qu’avec la pénurie
non de vocations sacerdotales mais d’hommes
non-mariés appelés par l’Esprit, c’est tout le
système sacramentel que nous risquons de perdre.
Pourquoi la synodalité? Tout d’abord, parce que
c’est une vieille et très bonne tradition
ecclésiale. Nous ne sommes pas des artisanes de
schisme dans l’Église: au contraire. Nous aimons
l’Église et nous voulons travailler ensemble à
la rajeunir et l’embellir. La synodalité est
aussi une démarche marqué au coin de l’égale
dignité des personnes, de la coresponsabilité,
de la collégialité, de la communion.
Conclusion
Le mouvement international pour l’ordination des
femmes prend à coeur sa vocation de rappeler à
nos dirigeants actuels que pour survivre, notre
Église a besoin de prêtres selon le coeur du
Christ... et que l’Esprit, la Sagesse
éternelle, appelle à cette vocation qui elle
veut: hommes et femmes, personnes célibataires
et mariées, personnes hétérosexuelles et autres.
Nous allons donc continuer à revendiquer les
prêtres dont nous avons besoin. La pire erreur
serait de nous taire, de baisser les bras devant
l’intransigeance romaine. Par crainte de
l’excommunication? Mais qui, au juste, est
hérétique ici? Celles et ceux qui veulent vivre
l’Évangile ou ceux qui tiennent mordicus à
l’application du Droit canonique? Notre Église
se meurt faute de sang nouveau.
Le texte évangélique du début vient nous
rappeler l’obligation qui nous incombe de garder
vivante la mémoire subversive de Jésus en
faisant Église autrement, en redonnant à
l’Eucharistie sa place centrale, pour nourrir un
monde qui a faim de Dieu. L’appel de l’Esprit se
fait entendre. Il est plus que temps de donner à
l’autre moitié de l’humanité la possibilité d’y
répondre.
(Pour
le
16e colloque
œcuménique
international organisé par l'association
Femmes et Hommes en Église,
janvier 2006)
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