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Fondatrice du Centre femmes et traditions
chrétiennes de l'Université Saint-Paul à Ottawa,
Pierrette Daviau enseigne en sciences pastorales à
la Faculté des sciences humaines. Les
spiritualités et théologies féministes sont l’un
de ses champs de recherche.
Le 8 décembre dernier, on lisait en première page
du Soleil, un quotidien de Québec , « L'ordination
des femmes est inévitable », affirmation de Madame
Lise Thibault, Gouverneure Générale du Québec,
prononcée en présence du Cardinal Ouellet, fidèle
de Jean-Paul II et de Benoît XVI et Prélat de
l'Église canadienne. Bien sûr, au pays, les 3/4 de
la population sont favorables à l'ordination des
femmes. Alors que les églises se vident et sont
mises en vente, que la moyenne d'âge du clergé
approche les 70 ans, les défis et enjeux sont
majeurs pour la survie d'une Église au service de
l'Évangile.
C'est seulement lorsque hommes et femmes seront
considérés égaux à part entière dans l'Église que
nous pourrons créer des relations humaines
exprimant une communication authentique et
exorciser l'injustice et la déshumanisation qui
tournent les femmes et toutes les personnes
opprimées en symboles provenant d'images
antipathiques et misogynes. La révolution
représentée symboliquement par l'ordination des
femmes est profonde. Nous devons comprendre que la
résistance à son égard est beaucoup plus profonde
que les arguments inconsistants et habituellement
irrationnels avancés par ses opposants. Lorsque la
mentalité d'une hiérarchie patriarcale
exclusivement masculine sera exorcisée du
ministère, l'Église pourra alors commencer à
assumer son rôle de communauté signifiant la
réconciliation rédemptrice avec Dieu et avec les
unEs les autres. Alors seulement l'Église pourra
être crédible en tant que sacrement de l'humanité
sauvée, remettant la société sur les rails vers
une direction rédemptrice.
Notre anthropologie doit cesser d'être modelée
d'après des doctrines sexistes d'une hiérarchie
mâle et d'une complémentarité polarisée. Elle est
appelée à se centrer sur la pleine humanité de
chaque individu qui réunit en lui toutes ces
dualités de pensée, de sentiment, d'activité, de
réceptivité, faussement polarisées comme étant
« masculines » et « féminines ». Le leadership
doit changer de sa forme paternaliste actuelle et
développer une forme de dialogue où il exerce une
capacité à évoquer les dons et les initiatives
créatrices de tous ses membres. Une révolution
psychologique est requise sur la façon dont nous
entrons en relation avec Dieu, le leadership, les
unEs avec les autres, le cosmos ainsi que sur la
relation de l'Église avec « le monde ». Elle
requiert une révolution plus profonde de la
conscience qui reconfigure la psychodynamique de
nos relations personnelles, sociales et
spirituelles avec le monde. La libération de la
femme de projections négatives doit aussi
transformer nos façons d'entrer en relation avec
les aspects corporels et terrestres de notre
existence.
L'ordination des femmes ne peut simplement vouloir
dire l'insertion singulière de quelques femmes
dans le cadre actuel du clergé. La « Parole » ne
doit plus être vue comme venant en dehors des
gens, de la haute chaire qui réduit l'assemblée à
un groupe passif « femmes-enfants ». Grâce au
dialogue, elle doit plutôt jaillir de l'existence
même des gens. L'Église peut alors commencer à
devenir une communauté vivante, plutôt que
l'aliénation d'une activité cléricale mâle et un
assentiment « femelle » laïque.
Je crois aussi que l'ordination des femmes
contribuera à remodeler notre image de Dieu. Au
lieu d'en faire l'image d'un Ego mâle dominant la
nature subjuguée, nous devrions peut-être plutôt
penser Dieu comme le Fondement de l'Être, cette
divine Matrice d'une création sans cesse
renaissante, de laquelle toutes les choses
vivantes sont à la fois créées et renouvelées (cf.
Rosemary Radford Ruether). Il est urgent de
trouver un langage de collaboration authentique;
de réponse écologique consciente vis-à-vis le
vaste réseau de la vie à l'intérieur duquel nous
vivons, nous mouvons et réalisons notre être.
C'est à ce témoignage prophétique que l'Église est
appelée au risque de perpétuer un
contre-témoignage flagrant.
(Ce texte a été écrit à
l'occasion du Colloque organisé à Paris par
Femmes et hommes en Église (FHE) les 20et 21
janvier 2006)
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