|
Revenons
à Jésus
On
trouve dans Saint Marc une parole de Jésus qui
impose à tous ceux qui veulent sérieusement le
suivre d’adopter une attitude spirituelle précise.
Il s’agit des propos que nous transmettent Mc
10,42, Mt 20,25, Lc 22,25. Les voici : « Les
ayant appelés près de lui, Jésus leur dit :
‘Vous savez que ceux qu’on regarde comme les
chefs des nations leur commandent en maîtres et
que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il
ne doit pas en être ainsi parmi vous : au
contraire, celui qui voudra devenir grand parmi
vous, se fera votre serviteur, et celui qui voudra
être le premier parmi vous, se fera l’esclave
de tous. Aussi bien, le Fils de l’Homme lui-même
n’est pas venu pour être servi, mais pour
servir et donner sa vie en rançon pour une
multitude’ ». Il ne fait pas de doute que
pour Jésus toute forme d’autorité est devenue
superflue. Parce qu’il vit dans l’abandon
confiant au Père, il n’a pas besoin des règles
du jeu valables pour le pouvoir et la
subordination. Et c’est pourquoi le service dans
un espace affranchi de l’autorité est la maxime
qui dirige sa vie et le lien qui unit ses
disciples, femmes et hommes, au plus profond de
leur être et non par des mots d’ordre et des
formules extérieurs.
Le
service et non la fonction de tutelle
On
ne saurait vraiment le dire assez souvent et le répéter
: la fonction qui exerce une tutelle n’est pas
un concept biblique, car elle recèle en elle
l’idée d’autorité et de subordination. En
outre cette notion véhicule l’image d’une échelle
dont les degrés s’harmonisent parfaitement avec
l’idée d’une hiérarchie. A la place de la
fonction de tutelle le Nouveau Testament utilise
une notion prosaïque. Celle-ci a, dans le langage
des grands l’arrière-goût d’une valeur dépréciée
: c’est la « diaconia », en clair le
service (en fait le service de la table). Cette
expression a un relent qui évoque à un tel point
la terre que des notions appartenant à une sphère
supérieure comme le pouvoir, les autorités, la
dignité, voire la puissance ne peuvent ni ne
veulent condescendre à son niveau. Et voici
l’ordre prescrit par Jésus : que le plus élevé
soit le serviteur de tous. Ainsi on devra
particulièrement souligner ses propos
recommandant de renoncer aux termes de « sacerdoce
sacré ». Face à la plénitude d’humanité
que Jésus représente, ces mots revêtent un
aspect particulièrement creux et vide.
Le
service de gouvernement au lieu du ministère
pontifical
Mais
il y a un autre phénomène attesté par le
Nouveau Testament : le terme de « prêtre »
est très soigneusement évité dans le contexte
des fonctions communautaires. On utilise ici des
emprunts faits au domaine profane. Il n’y a
aucune désignation provenant du domaine sacré et
cultuel. Il est possible que la magnifique
parabole de Jésus sur le bon Samaritain ait ici
joué un rôle. Le prêtre y fournit en effet un
exemple horrifiant et démotivant (cf. Lc. 10,31).
Et c’est pourquoi nous trouvons dans le Nouveau
Testament des notions comme « Président, épiscopes
(pour ceux qui ont une vue sur l’ensemble),
Anciens, pasteurs, gouvernants ». Un assez
grand nombre de ces termes qui étaient à
l’origine totalement étrangers au culte et au
domaine sacré se sont maintenus jusqu'à nos
jours : cf évêques, pasteurs, curés presbytres,
diacres.
Et
la prêtrise de la femme ?
Pour
terminer je voudrais donner la parole à Hans Küng
tel qu’il s’exprime dans sa brochure toujours
actuelle qui date de l’année 1971 et qui a pour
titre : Prêtre ? Pour quoi faire ? Il y écrit
: « Le service de l’Église ne doit pas être
exclusivement réservé au sexe masculin, il ne
doit pas être un club constitué d’hommes. Pour
qu’une Église soit convenablement renouvelée,
la pleine participation de la femme à la vie de
la communauté ecclésiale sur la base de l’égalité
des droits entre femmes et hommes est nécessaire.
Cela n’inclut pas seulement l’intégration de
la femme à la coresponsabilité dans les diverses
instances de conseil et de décision, mais aussi
son accès à tous les services particuliers de
l’Église et son investissement pour des
missions. On devrait encore moins parler d’une
prêtrise de la femme (de « femmes-prêtres »)
que d’une prêtrise réservée à l’homme.
Mais alors qu’à des missions confiées à la
femme pour le service de gouvernement territorial,
de même peut-être et surtout non-territorial, on
a opposé des motifs d’ordre socio-culturel, on
n’en trouve aucun qui soit impératif du point
de vue théologique. Le service de gouvernement au
sein d’une communauté requiert des capacités
physiques, intellectuelles et spirituelles ainsi
qu’un engagement qui se manifeste avant tout
dans le sens de la proximité humaine et dans la
disponibilité à accompagner les êtres humains
dans la franchise et la confiance. Prétendre que
l’on trouve ces capacités chez les hommes mais
non chez les femmes, c’est faire
intellectuellement et spirituellement un bond
gigantesque en arrière. Ceux qui, dans l’Église,
détiennent les pleins-pouvoirs de gouvernement à
l’échelle globale devraient se laisser mesurer
à l’aune du livre auquel ils se réfèrent si
volontiers. Il s’agit de faire passer dans la
pratique de l’Église ce qu’on lit dans Gn
1,27 : ‘Et Dieu créa l’être humain à son
image, homme et femme il les créa.’ »
(traduit
de l’allemand par Jean Courtois, F-69005-Lyon)
|