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A propos de l’ordination des femmes à la prêtrise
Werner BROCK, curé de la paroisse catholique
Saint Arbogast, (Kehl-Marlen, Allemagne)

 

Revenons à Jésus

On trouve dans Saint Marc une parole de Jésus qui impose à tous ceux qui veulent sérieusement le suivre d’adopter une attitude spirituelle précise. Il s’agit des propos que nous transmettent Mc 10,42, Mt 20,25, Lc 22,25. Les voici : « Les ayant appelés près de lui, Jésus leur dit : ‘Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations leur commandent en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, se fera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, se fera l’esclave de tous. Aussi bien, le Fils de l’Homme lui-même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude’ ». Il ne fait pas de doute que pour Jésus toute forme d’autorité est devenue superflue. Parce qu’il vit dans l’abandon confiant au Père, il n’a pas besoin des règles du jeu valables pour le pouvoir et la subordination. Et c’est pourquoi le service dans un espace affranchi de l’autorité est la maxime qui dirige sa vie et le lien qui unit ses disciples, femmes et hommes, au plus profond de leur être et non par des mots d’ordre et des formules extérieurs.

Le service et non la fonction de tutelle

On ne saurait vraiment le dire assez souvent et le répéter : la fonction qui exerce une tutelle n’est pas un concept biblique, car elle recèle en elle l’idée d’autorité et de subordination. En outre cette notion véhicule l’image d’une échelle dont les degrés s’harmonisent parfaitement avec l’idée d’une hiérarchie. A la place de la fonction de tutelle le Nouveau Testament utilise une notion prosaïque. Celle-ci a, dans le langage des grands l’arrière-goût d’une valeur dépréciée : c’est la « diaconia », en clair le service (en fait le service de la table). Cette expression a un relent qui évoque à un tel point la terre que des notions appartenant à une sphère supérieure comme le pouvoir, les autorités, la dignité, voire la puissance ne peuvent ni ne veulent condescendre à son niveau. Et voici l’ordre prescrit par Jésus : que le plus élevé soit le serviteur de tous. Ainsi on devra particulièrement souligner ses propos recommandant de renoncer aux termes de « sacerdoce sacré ». Face à la plénitude d’humanité que Jésus représente, ces mots revêtent un aspect particulièrement creux et vide.

Le service de gouvernement au lieu du ministère pontifical

Mais il y a un autre phénomène attesté par le Nouveau Testament : le terme de « prêtre » est très soigneusement évité dans le contexte des fonctions communautaires. On utilise ici des emprunts faits au domaine profane. Il n’y a aucune désignation provenant du domaine sacré et cultuel. Il est possible que la magnifique parabole de Jésus sur le bon Samaritain ait ici joué un rôle. Le prêtre y fournit en effet un exemple horrifiant et démotivant (cf. Lc. 10,31). Et c’est pourquoi nous trouvons dans le Nouveau Testament des notions comme « Président, épiscopes (pour ceux qui ont une vue sur l’ensemble), Anciens, pasteurs, gouvernants ». Un assez grand nombre de ces termes qui étaient à l’origine totalement étrangers au culte et au domaine sacré se sont maintenus jusqu'à nos jours : cf évêques, pasteurs, curés presbytres, diacres.

Et la prêtrise de la femme ?

Pour terminer je voudrais donner la parole à Hans Küng tel qu’il s’exprime dans sa brochure toujours actuelle qui date de l’année 1971 et qui a pour titre : Prêtre ? Pour quoi faire ? Il y écrit : « Le service de l’Église ne doit pas être exclusivement réservé au sexe masculin, il ne doit pas être un club constitué d’hommes. Pour qu’une Église soit convenablement renouvelée, la pleine participation de la femme à la vie de la communauté ecclésiale sur la base de l’égalité des droits entre femmes et hommes est nécessaire. Cela n’inclut pas seulement l’intégration de la femme à la coresponsabilité dans les diverses instances de conseil et de décision, mais aussi son accès à tous les services particuliers de l’Église et son investissement pour des missions. On devrait encore moins parler d’une prêtrise de la femme (de « femmes-prêtres ») que d’une prêtrise réservée à l’homme. Mais alors qu’à des missions confiées à la femme pour le service de gouvernement territorial, de même peut-être et surtout non-territorial, on a opposé des motifs d’ordre socio-culturel, on n’en trouve aucun qui soit impératif du point de vue théologique. Le service de gouvernement au sein d’une communauté requiert des capacités physiques, intellectuelles et spirituelles ainsi qu’un engagement qui se manifeste avant tout dans le sens de la proximité humaine et dans la disponibilité à accompagner les êtres humains dans la franchise et la confiance. Prétendre que l’on trouve ces capacités chez les hommes mais non chez les femmes, c’est faire intellectuellement et spirituellement un bond gigantesque en arrière. Ceux qui, dans l’Église, détiennent les pleins-pouvoirs de gouvernement à l’échelle globale devraient se laisser mesurer à l’aune du livre auquel ils se réfèrent si volontiers. Il s’agit de faire passer dans la pratique de l’Église ce qu’on lit dans Gn 1,27 : ‘Et Dieu créa l’être humain à son image, homme et femme il les créa.’ »

 

(traduit de l’allemand par Jean Courtois, F-69005-Lyon)

 

 

 

 

 

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