|
« L’Église ne se considère pas autorisée à admettre les
femmes à l’ordination sacerdotale »,
concluait la Déclaration du pape Paul VI dans
Inter insigniores (15 octobre 1976).
Revenant à la charge, le pape Jean Paul II publie la Lettre
apostolique Ordinatio sacerdotalis (22 mai
1994) dans laquelle il reprend la déclaration de
Paul VI en la haussant d’un cran : « Cette
position doit être définitivement tenue par tous
les fidèles de l’Église. »
Cela n’était toutefois pas suffisant. Le cardinal Joseph
Radzinger, préfet de la Congrégation pour la
doctrine de la foi – aujourd’hui Benoit XVI – y
est allé de son commentaire (7 juin 1994). Il y
déclare que cette doctrine revêt un caractère
définitif et appartient au dépôt de la foi. De
plus elle est évoquée plus ou moins ouvertement
comme infaillible.
Et voilà! Alea jacta est!
Le débat était clos, le NON définitif, la question
tranchée pour toujours.
La désobéissance
C’était mal jauger la détermination des femmes et des hommes,
cheminant dans la mouvance de Vatican II, à
l’écoute des signes des temps.
Qui aurait pensé que, moins de 25 ans après la Déclaration
Inter insigniores et 7 ans après Ordinatio
sacerdotalis, aurait lieu une première
Conférence œcuménique internationale sur
l’ordination des femmes à Dublin (WOW
2001); et que les 22-24 juillet
derniers se tiendrait à Ottawa la deuxième
Conférence internationale sur le même sujet
(WOW 2005)?
Qui aurait imaginé que près de 500 personnes – femmes et
hommes – catholiques, anglicans, protestants – 20
pays représentés – allaient participer à Ottawa
aux assises de cette rencontre mémorable sous le
thème : Breaking Silence, Breaking Bread :
Christ Calls Women to Lead?
Qui aurait pu prévoir une telle transgression?
Pourtant, bravant les interdits, une foule bigarrée composée
de femmes et d’hommes a envahi le campus de l’université
Carleton à Ottawa et participé, avec sérieux et
entrain, aux activités de cette rencontre
œcuménique internationale : conférences, table
ronde, ateliers, débats, célébrations,
recueillement, chants et partages ont ponctué cet
événement.
La liturgie d’ouverture s’est faite au son du
tambour et des chants amérindiens. Celle de
clôture était composée de chants, d’écoute de la
Parole de Dieu et d’une procession, illustration
symbolique des femmes venant des quatre coins de
l’horizon. Des étoles violettes ont été
distribuées aux participantes.
Des conférencières prestigieuses et distinguées
nous ont communiqué le fruit de leurs recherches,
de leur réflexion et de leur riche expérience en
regard de l’ordination sacerdotale, surtout pour
les femmes : Elisabeth Schüssler Fiorenza,
Rosemary Radford Ruether ainsi qu’en table ronde,
Mary Hunt, Theresa Hinga, Pilar Aquino et Myra
Poole.
Sur les 44 ateliers programmés, tous se sont
déroulés en anglais sauf deux en français
(peut-être y en a-t-il eu un en espagnol).
Pauline Jacob, doctorante en théologie à
l’université de Montréal, a animé un de ces
ateliers à partir de sa recherche Et si Dieu
appelait des femmes à la prêtrise ou au diaconat?
Sarah Samson (France), quant à elle, a animé
un atelier sur le genre (gender) en christianisme.
Un regard distancié nous fait voir que, dans les
grandes lignes, les différentes présentations vont
toutes dans le même sens. Une évidence. La
structure hiérarchique de l’Église a été calquée
sur le système impérial romain à partir du
patriarcat, lequel a développé une idéologie qui
le justifie, faisant en sorte que les fidèles,
surtout les femmes, ont été maintenus, depuis des
siècles, dans l’ignorance, la dépendance,
l’infantilisme, la déresponsabilisation, la
soumission et l’obéissance. Vatican II a suscité
l’espoir mais, sous le règne de Jean Paul II, la
condition des femmes dans l’Église catholique
romaine s’est faite de plus en plus réductrice,
régressive et archaïque.
Les femmes demandent l’accès à l’ordination
sacerdotale parce que certaines d’entre elles
veulent répondre à l’appel que le Seigneur leur
adresse. Elles croient que l’Ecclésia des
femmes pourrait modifier l’image de l’Église
et la rendrait plus proche de l’Évangile. Les
femmes ont une approche naturelle de la vie
« vécue ». Pour l’Église : La présence de prêtres
femmes pourrait la libérer du patriarcat. Lui
apporter une réalité inclusive plus conforme à
l’Évangile. Reconstruire de nouveaux rapports.
La peur
L’atmosphère de cette conférence a certainement
été marquée par un sentiment de crainte souvent
manifesté surtout par les femmes détenant un
mandat de leur évêque. Craignant d’être
sanctionnées par leur évêque, leur présence à la
conférence ne devait, d’aucune manière, être
signalée dans les médias : radio, télévision,
photos, presse écrite, etc. Les organisatrices
ont jugé bon de dissocier la tenue de la
conférence elle-même de celle de la cérémonie
d’ordinations qui a eu lieu le lendemain sur le
fleuve St-Laurent (25 juillet 2005).
Des opinions partagées
Au sujet de ces ordinations, leur pertinence n’a
pas semblé faire l’unanimité chez les
participantes. La plupart ont bien reconnu
l’audace et le courage des nouvelles ordonnées
mais certaines ont qualifié cette transgression
d’un coup d’épée dans l’eau; d’autres se demandent
si la délinquance va faire avancer les choses dans
le sens recherché. D’ailleurs, est-ce bien
désirable, ont dit certaines, que des
prêtres-femmes reproduisent justement ce qui est
reproché au clergé : légitimer l’existence d’une
Église pyramidale, centralisatrice et autoritaire?
Cependant, un grand nombre se réjouissait de
cette avancée.
Toutes souhaitent que cette infraction au droit
canon et ce défi au Vatican puisse provoquer la
réflexion chez le peuple chrétien et relancer le
débat CLOS sur l’ordination des femmes. Il ne
faudrait pas oublier que les leçons du passé nous
apprennent que les grands changements dans
l’histoire humaine ont, la plupart du temps, été
précédés et provoqués par une insubordination
collective.
À quand l’Église-communion? La question est
troublante.
Les raisons profondes
Est-il nécessaire de rappeler l’importance du
baptême dans la vie chrétienne. En effet, la
vocation chrétienne tire son origine du baptême.
Or le sacrement du baptême n’est pas sexué et la
mission qui en découle ne l’est pas davantage.
Une affiche sur un mur de l’université se lisait
ainsi : « Si vous ne voulez pas ordonner des
femmes, arrêtez de les baptiser ».
Ida Raming a rappelé aux congressistes que, selon
le canon 849 du droit canon, le baptême est la
porte d’entrée de tous les sacrements. En effet,
même un homme ne peut recevoir le sacrement de
l’ordre s’il n’est pas baptisé. Les femmes se
basent donc sur leur baptême pour une
participation pleine et entière à la mission
évangélique.
Elles s’appuient également, avec raison, sur
l’attitude de Jésus envers les femmes.
Il leur a permis de sortir de la sphère privée et
de Le suivre (Lc 8, 1-3); elles ont été initiées à
Son enseignement (Lc 24, 6-8); Il a investi Marie
de Magdala d’une autorité qui n’avait pas été
définie par les hommes (Jn 20, 17-18). Si les
évangélistes ont rapporté ces faits, ne serait-ce
pas que, malgré la discrimination sexuelle
ambiante, cette dérogation à la culture de la
religion yahviste faisait partie du mystère de
Dieu?
C’est pourquoi les femmes ne comprennent pas
l’obstination et la rigidité de la position
vaticane concernant l’ordination des femmes.
D’autant plus que, avant la Déclaration Inter
insigniores de Paul VI, la Commission biblique
pontificale avait été consultée par la
Congrégation pour la doctrine de la foi, et avait
déclaré, à l’unanimité : « Il ne semble pas que le
Nouveau Testament à lui seul permette de résoudre
clairement et une fois pour toutes le problème de
l’éventuelle accession des femmes au
presbytérat. »
Et maintenant…
Le propre et l’avantage d’une rencontre comme
celle-ci est de favoriser les échanges. Un temps
avait été prévu pour les rencontres sectorielles.La réunion du groupe francophone a donné ceci (ce
n’est cependant pas exhaustif) :
Constatation :
Suggestions :
-
Développer des stratégies
-
Travailler à la justice sociale
-
Travailler sur les grands enjeux de l’humanité
à la lumière de l’Évangile
-
Inviter les femmes, et surtout les hommes, qui
sont libres de parole vis-à-vis de
l’institution à manifester publiquement leur
opinion sur le
sujet.
La langue
Cette conférence œcuménique internationale fût un
événement important. Il fallait y être.
Cependant, un ombre au tableau : la langue.
L’anglais y a été omniprésent.
Le dépliant promotionnel, la formule pour
l’hébergement, le programme, les informations,
l’assemblée d’affaires du WOW, les affiches etc.
tout était en anglais. Il y eut bien sûr la
traduction simultanée aux deux conférences et
table ronde, mais la qualité laissait parfois à
désirer. Il est regrettable qu’il en soit ainsi.
Une organisation, si puissante soit-elle, ne peut
prétendre à une stature universelle si elle
méconnaît, dans les faits, la richesse et l’apport
important des cultures et des langues qui ont
façonné l’histoire humaine. En négligeant ces
dernières, le WOW se prive du rapport de force
dont il aurait pourtant besoin pour affronter la
résistance des conservateurs et traditionalistes
dans l’Église.
De plus, il serait dommage que les femmes du WOW
répètent, par cette attitude, justement ce
qu’elles reprochent à l’institution ecclésiale à
savoir : l’ignorance de l’autre parce que
différent.
La prochaine conférence sur l’ordination des
femmes se tiendra à Rome. Il sera intéressant
d’observer si la langue italienne y sera aussi
absente que le français au pays du bilinguisme.
En conclusion
Jésus a défatalisé l’histoire des femmes en ne les
excluant pas, et même en choisissant plusieurs
d’entre elles comme tiers révélateurs de l’amour
de Dieu.
Dieu ne saurait se manifester tant qu’existeront
des inégalités, des injustices et des relations de
domination des hommes sur les femmes.
Et que vienne ce jour.
Comme les premières communautés chrétiennes à
Jérusalem, toutes et tous pourront alors
s’exclamer d’un même cœur et d’une même voix :
L’Esprit-Saint et nous avons décidé que… (Ac
15, 28)
COMMUNIQUÉ
(remis à la presse par le WOW à la fin de la
conférence)
-
Nous, femmes et hommes venus de vingt pays,
rassemblés pour la deuxième Conférence
œcuménique internationale sur l’ordination des
femmes
-
Nos discussions ont porté principalement sur le
leadership des femmes comme ministres dans
l’Église catholique romaine
-
Nous avons approfondi la notion de prêtrise,
dans le sens de diversité des ministères au
service des fidèles
-
C’est avec urgence que nous demandons au
Saint-Siège d’écouter les femmes et de
reconnaître leur vocation baptismale
-
Nous croyons qu’il en va de la crédibilité même
de l’Église catholique romaine et de son avenir
-
Nous reconnaissons la diversité dans le
mouvement en faveur de l’ordination des femmes
et rendons hommage aux femmes déjà
ordonnées
-
Nous réitérons notre appel pour que soit
réinstitué le diaconat pour les femmes
-
Nous en appelons à l’ensemble du Peuple de Dieu
– incluant le Saint-Siège et tous les évêques et
prêtres – pour que soit reconnue la validité de
l’appel des femmes au sacerdoce.
(Traduction libre)
|