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L’ecclésiologie et la pastorale sociale sont les
deux domaines des engagements et de la réflexion
d’Yvonne Bergeron. Depuis des années, dans
plusieurs publications, elle demande le
partenariat intégral entre les hommes et les
femmes dans l’Église.
Les ordinations à la prêtrise de femmes
catholiques constituent une étape qui invite
singulièrement à poursuivre la réflexion, le
discernement et l'action. L'événement en lui-même,
qualifié de « transgression de conscience »,
comporte l'affirmation d'une liberté certaine à
l'endroit de l'autorité ecclésiale. Des enjeux
fondamentaux s'y logent pour la société civile,
les Églises et le dialogue interreligieux. Compte
tenu de la brièveté de ce texte, je m'arrêterai
seulement à ce que je considère comme le plus
déterminant pour l'Église catholique, à savoir le
PARTENARIAT INTÉGRAL entre les femmes et les
hommes. Il s'agit d'une réalité non négociable car
ce rapport d'interdépendance, qui caractérise la
relation primordiale entre les femmes et les
hommes, rejaillit sur l'ensemble de nos vies. Ne
sommes-nous pas constitués partenaires?
Or, si l'institution ecclésiale continue de
refuser l'accès des femmes au ministère ordonné,
si elle ne reconnaît pas les femmes d'une façon
pleine et entière, c'est-à-dire aussi sur le plan
structurel et juridique, elle bloque la
réalisation d'un partenariat intégral et donc
authentique
(1). Enjeu majeur qui renvoie au « vice
institutionnel » qui piège fondamentalement le
partenariat et conduit aux véritables causes des
inégalités encore maintenues dans l'Église. Enjeu
majeur également car, de plus en plus ignorée,
cette institution verra s'accentuer la perte de
crédibilité qui l'affecte et qui n'est pas sans
lien avec l'incohérence persistante entre son
discours sur l'égale dignité des humains et sa
pratique paradoxale de discrimination à l'endroit
des femmes.
L'enjeu est de taille et, pour en tenir compte
dans la vérité, il ne suffira pas de petits
ajustements organisationnels. Il est donc urgent
que l'Église catholique consente à « ouvrir » la
question de l'ordination des femmes, à promouvoir
le débat et à opérer les transformations qui
s'imposent. Cela implique de renoncer aux théories
encore dépendantes d'une conception androcentrique
de la nature humaine, d'une lecture sélective et
réductrice des textes bibliques, d'une exégèse
masculinisante, d'une confusion entre symbolique
et biologique et d'un modèle d'Église plus
hiérarchique qu'ecclésial. Cela exige aussi de
prendre en compte la culture partenariale qui
s'impose de plus en plus comme une valeur éthique
incontournable et apparaît aujourd'hui comme un
lieu privilégié de l'inculturation de l'Évangile,
faisant ainsi la distinction entre ce qui
appartient à des contextes historiques et ce qui
relève de la foi en Jésus le Christ vivant. Cela
nécessite enfin pour l'Église un questionnement
radical de la conception et de l'exercice tout
autant du pouvoir que du ministère ordonné. En
effet, d'une part, parce que lié au ministère
ordonné, le pouvoir concentré entre les mains des
clercs discrédite la responsabilité des personnes
baptisées et fausse les rapports hommes-femmes.
D'autre part, pour que l'ordination de femmes soit
un ferment de transformation ministérielle, il est
essentiel de repenser l'ensemble des ministères en
lien avec les théologies de la mission et de
l'appel.
Nous pourrions imaginer ici tout un ensemble de
changements découlant d'un consentement au
PARTENARIAT INTÉGRAL. Chose certaine, c'est non
seulement la justice envers les femmes et
l'équilibre de l'institution ecclésiale qui sont
en cause, mais aussi la promotion d'une plus
grande libération pour l'humanité entière et la
recherche d'une vie en plénitude à saveur
évangélique. Manquerons-nous encore cet autre
rendez-vous avec l'histoire? Saurons-nous, comme
Église, écouter l'Esprit et discerner son passage
du lieu même de ces ordinations de femmes? Au nom
de quoi et de qui les autorités ecclésiales
peuvent-elles continuer d'affirmer que l'Esprit ne
peut appeler des femmes au ministère ordonné?
Bref, sur le plan de son organisation et de ses
propres structures, il est grand temps que
l'Église catholique passe d'un discours sur la
justice et l'égalité aux pratiques qui en font la
démonstration.
(1)
En effet, le partenariat se traduit, de façon
progressive, dans un modèle relationnel fait de
rapports réciproques et interdépendants,
impliquant à la fois la reconnaissance
fondamentale et explicite de la valeur des femmes
et des hommes, le respect de leur différence, une
radicale parité jusque dans l'exercice des tâches
et des fonctions ecclésiales, et ce en vue d'une
mission commune. Voir, à ce sujet, Yvonne
BERGERON, « Au-delà des résistances, partenaires
femmes et hommes en Église », La vie des
communautés religieuses, mars-avril 2000, pp.
82-97.
(Ce texte a été écrit à
l'occasion du Colloque organisé à Paris par
Femmes et hommes en Église (FHE) les 20et 21
janvier 2006)
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